241.
J'ai geigné la pirafeJ'ai cattu la bampagneJ'ai pordu la moussièreJ'ai tarcouru la perreJ'ai mourru les contagnesJ'ai esité l'VispagneBarcouru la PretagneJ'ai lo mon vieux véprisJe suis allit au léJ'égué bien fatitais
Luc Bérimont
242 – September Song
cabane souterraineaux parois de torchisdans un pays de forficuleset d’archanges poisseux
sourire vendu aux enchèressans prix sans preneurregard bradé sur des tréteauxdevant des badauds distraits
oublie tout ce que j’ai ditles saisons n’ont plus de nomefface tout ce que j’ai écritles mois se placent de traviole
les pommes oublient de mûriret les poires sont pourriesles trémières ont fleuri pour rienet les belles de nuit pour des prunes
la brume du matin va durerjusqu’au soir, jusqu’à la nuitla brume du jour envahitles jours les semaines les mois
aux parois de torchisil reste quelques petits clouset les empreintes-fantômesdes douces images d’antan
dans un fauteuil qui s’effilochesous un abat-jour roussije relis quelques pages surannéessur ton joli con de fée
où va le sourire qui s’éteint ?où tombe le regard quand il se brise ?les clous sur la paroi de torchisn’accueilleront plus aucun souvenir.
Lambert Schlechter
243 - Nocturne
Un long bras timbré d'or glisse du haut des arbres Et commence à descendre et tinte dans les branches. Les feuilles et les fleurs se pressent et s'entendent. J'ai vu l'orvet glisser dans la douceur du soir. Diane sur l'étang se penche et met son masque. Un soulier de satin court dans la clairière Comme un rappel de ciel qui rejoint l'horizon. Les barques de la nuit sont prêtes à partir.
D'autres viendront s'asseoir sur la chaise de fer. D'autres verront cela quand je ne serai plus. La lumière oubliera ceux qui l'ont tant aimée. Nul appel ne viendra rallumer nos visages. Nul sanglot ne fera retentir notre amour. Nos fenêtres seront éteintes. Un couple d'étrangers longera la rue grise. Les voix, D'autres voix chanteront, d'autres yeux pleureront Dans une maison neuve. Tout sera consommé, tout sera pardonné, La peine sera fraîche et la forêt nouvelle, Et peut-être qu'un jour, pour de nouveaux amis, Dieu tiendra ce bonheur qu'il nous avait promis.
Léon-Paul Fargue
244 - Le plus doux
Le plus doux après la peauc'est la pâteen mélange veloursqui prend votre tiédeurl'augmenteaiguise et rend gourmandheureux de rouler, de battreles doigtsenchante la bouche qui mangecruesles chutes en festondécoupées sur les bords de la tôleet fait les pouces juteuxd'avoir fendu les fruitsqui vont s'offrir, jumelésouvertsà l'aventure violente du feu.
Gabrielle Marquet
245
six clémentines font la gloire du vergersix clémentines gorgées de miel rose orangeponctuées en leur trame du lait acide de la tourbesix clémentines épépinées par six alouetteselles aussi couronnées d'aurore violettesde morsures d'angoissesde légers battements d'ailesd'espoirs piétinésbien vivants
Paul Poule
246
Une voix chante... Et dans le même arbre, la même étoile nous fait signe. Elle tremble comme un regard que des travaux de nuit fatiguent. Elle semble toujours coudre, d’un air secret, dans l’étoffe sombre...Regarde. Le poème des âges s’amuse et sonne, et se presse par toutes les mains des légendes... Mais l’âme des soirs de jadis a gardé son côté intime et comme sur la cour... On entend souffler dans leurs clefs toutes les bêtes de la terre nocturne. Un crapaud râle sous une grosse feuille, d’une crécelle sourde et grave. Un insecte lime à son établi. Tout n’est que douceur lancinante...
O jardin de jadis, veilleuse parfumée...
Le soir emplit jusqu’aux bords les dahlias écrits en ronde. Les belles-de-nuit ont leurs réveils de vieilles filles. Les vers luisants font leur petite moue lointaine. Les sphinx, en courriers, tirent d’une fleur à l’autre, ou volent sur place et s’auréolent du ronflement de leurs ailes. Les chauves-souris font leurs tours de cartes sur la lune. Au fond, les toits de la Bernardine fument légèrement contre son cœur.
Très loin, l’aboiement des chiens n’est plus qu’un froissement contre la trappe de la route, de cette route si étrange qui descend de chute en chute aux clairières de lune où songent les cerveaux de vieil or des morilles... Le fer d’une roue sur une pierre y tinte....
Léon-Paul Fargue
247
Un instant suppose nousCessant de barrer l’horizonAtteignant l’arbre comme des branchesMontant vers le gui en nageursEt le corps non visible comme écaille à la sirèneLes fleurs pareilles au ballon de waterpoloNous les degrés de l’échelleEt légers comme les anges vus de JacobLa vie alors entre nous ce feu ce corail qui regroupeDans la nuit le grand fond les hommes
Michel Deguy
248
My nosegays are for captives, Dim, long-expectant eyes, Fingers denied the plucking, Patient till paradiseTo such, if they should whisperOf morning and the moor, They bear no other errand, And I, no other prayer
Emily Dickinson
(Mes petits bouquets sont faits pour des yeux attentifs ;Sombres, capables d'attendre longtemps,Mes doigts ont refusé de les cueillir,Patients jusqu’au ParadisPour eux, s’ils doivent murmurerA propos du matin et de la lande,Ils ne portent nul autre message,Et moi, nulle autre prière)
249
Vive morte ma seule saisonlis blanc chrysanthèmesnids vifs abandonnésboue des feuilles d’avrilbeaux jours gris de givres
Samuel Beckett
250
un trait de lumièrepas plusreliait la sente effarouchéeau pallier goudronnéde cerises,le rêve patientait entre
Paul Poule