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Ainsi va le jour ainsi va la nuitLe désert mène à l’oasisAinsi bat le sang ainsi bat la sèveLa fusée aux astres s’élèveAinsi soit l’amour ainsi soit la vieLa musique aux îles conduitPar la terre le ciel la mer la grèveVous êtes entré dans mon rêve. Jacques Charpentreau
272 – Du pain et des étoiles
Du pain sur les genouxLes étoiles au loin, très loin.Je mange du pain en regardant les étoiles.Je suis si absorbé, ô oui, tellementQue parfois je me trompe, au lieu du painJe mange les étoiles.
Oktay Rifat
273 – De soi-même
Plus ne suis ce que j’ai étéEt ne le saurais jamais être,Mon beau printemps et mon étéOnt fait le saut par la fenêtre.
Amour, tu as été mon maîtreJe t’ai servi sur tous les Dieux,Ah si je pouvais deux fois naîtreComme je te servirais mieux !
Clément Marot
274 Du cœur on entend si peu, on est là à distance des mains, de la bouche, et l'effleurement si mince comme brindille sur la paume. On entendrait une feuille frôler l'œil. Parfois, écrire repose le corps. On a appris à écouter le temps au- delà de la vitre et le ciel est ce cil qui tombe. Pour rien.
Philippe Leuckx
275 – La belle Lurette La belle Lurette est venue,Cheveux aux vents, épaules nues,Robe de soie, sabots de bois,Et je ne l’ai pas reconnue.
Marquez la cadence, un, deux, trois,Entrez dans la danse avec moi,L’été s’en va, voici l’automne,Ma belle Lurette est-ce toi ? Au vent les feuilles tourbillonnentJe suis seul et ne vois personne. La dernière danse est finie,Belle Lurette m’abandonne. Le vent chante sa litanie,Tombent les feuilles de la vie :Aussi vite qu’elle est venue,La belle Lurette est partie.
Jacques Charpentreau
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Elle était déchaussée, elle était décoiffée,Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;Moi qui passais par-là, je crus voir une fée,Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs ?
Elle me regarda de ce regard suprêmeQui reste à la beauté quand nous en triomphons,Et je lui dis : Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?
Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive ;Elle me regarda pour la seconde fois,Et la belle folâtre alors devint pensive.Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l'eau caressait doucement le rivage !Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,La belle fille heureuse, effarée et sauvage,Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.
Victor Hugo
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homme approximatif comme moi comme toi lecteur et comme les autresamas de chairs bruyantes et d’échos de consciencecomplet dans le seul morceau de volonté ton nomtransportables et assimilable poli par les dociles inflexions des femmesdivers incompris selon la volupté des courants interrogateurshomme approximatif te mouvant dans les à-peu-près du destinavec un cœur comme valise et une valse en guise de têtebuée sur la froide glace tu t’empêches toi-même de te voirgrand et insignifiant parmi les bijoux de verglas du paysage.
Tristan Tzara
278 Parce que le monde est mon enfance, parce que le monde était, parce que le monde était monde, était enfance des mondes. Parce que. Parce que tu voulais planter mes yeux dans tes miroirs, et qu'ainsi tes miroirs puissent épier sans relâche les miens, les regarder, oui, et cela sans répit jusqu'à la nuit. Parce qu'il faut bien plus, et d'autres le savent, l'ont su, que trois ombres, trois haches, une pioche, et un cornet de pistache grillée pour émouvoir la cendre. Parce qu'il y avait, et qu'il y aura le ciel comme avant, et des restes d'anciens mondes. Des restes d'enfance, et du bon temps passé à glisser dans l'enfer. Paul Poule
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Le matin est assisLes arbres vont et viennentSeule tinte, goutte à goutteLa noria des oiseaux
Pierre Torreilles
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Près de Mantes qui fut autrefois JolieGuerville était mon village : mon enfanceEut deux syllabes pour collines. Vint la Dame des Portes, la premièreouvrit le passage vers l’autre rive Du temps, la seconde, c’était moi-même.Depuis je suis miroir parmi les miroirsOù s’inscrit l’image du monde.
Lionel Ray