151 – Retouche à la Champagne nuages en vendange beaux vieillards cousus d’or sucez le sein de la colline dans son corset de vigne l’église a sa face de craie des saints aux ongles noirs lèvent des coupes dans ses tableaux éteints Daniel Boulanger
152 - Ma sœur presqu’île - vite un baiser - d’iguane ou d’archipel ? - tu te souviens les royaumes partaient dans le cobalt pour un rire éclaté pour un objet qui n’avait pas de domestiques ? - tu mens les roses se couchaient sur toi comme des tigres - sois doux sois doux comme un tangage - ma sœur presqu’île Alain Bosquet
153 – Fabre-des-Insectes Sachant que l’humble arpent d’un jardinet claustral Contient plus de secrets qu’un mortel n’en pénètre, Il vit seul comme un pâtre et pauvre comme un prêtre, Et d’un grand feutre noir coiffé comme Mistral. C’est un homme incliné, modeste et magistral, Qui plus qu’un monde au loin cherche à ses pieds un être, Et qui, ne regardant que ce qu’on peut connaître, Préfère un carré d’herbe à tout le ciel astral. Pensif, — car dans ses doigts il a tenu des ailes, — Poursuivant les honneurs moins que les sauterelles, — Les sommets rêvent-ils d’être des sommités ? — Il nous offre une vie égale aux fiers poèmes, Et des livres qu’un jour il faudra que ceux mêmes Feignent de découvrir, qui les ont imités.
Edmond Rostand
153 - retouche au Paradis le soir de verveine et d’estampes loin du vacarme et disparate s’enrubanne d’une sonate des îles naissent sous les lampes Daniel Boulanger
154 O bonté étrange de l’entre-regard : la forêt qui s’ouvre au silence des oiseaux bonté aussi des mains qui vont le lent chemin du pollen au ventre doux à l’aube humide des seins au buisson. Mains sages du rythme et de la montée sauvage de la saison : notre paresse ensoleille une naissance agile dans l’asile fauve des foins. Cossic
155 – November 3 I’m sitting in a cafe,drinking a Coke. A fly is sleepingon a paper napkin. I have to wake him up,so I can wipe my glasses There’s a pretty girlI want to look at.
Richard Brautigan
(3 novembre Je suis assis dans un caféà boire un Coca. Une mouche sommeillesur une serviette en papier. Il faut que je la réveillepour essuyer mes lunettes. Il y a une jolie filleque j’ai envie de regarder.)
156
Un vent chasse l'autreet les étoiles mordent la poussièremordent la terre et la poussièreet la mer qui est un désertmordu de lunes et de requinsLes étoiles touchent le fondet se rallument au noirdu fond noir de la meroù tout est calme, qui chasse le vent Et là-dessus il y a des théories Mais vient la fille aux seins de pierres levéesaux jambes de blé aux yeux d'eau froidela fille glorieuse de ses naissancesqui va crier sous le cyprès et les étoiles mordent la poussière
Pierre Peuchmaurd
157 – Eclairage à perte de vue Je tiens ce nuage or et mauve au bout d’un jonc l’ombrelle ou l’oiselle ou la fleur l’ombrelle ou l’oiselle ou la fleur La chevelure descend des cendres du soleil se décolore entre mes doigts entre mes doigts Le jour est gorge-de-pigeon Vite un miroir Participé-je à ce mirage Si le parasol change en paradis le sol jouons jouons à l’ange jouons à l’ange à la mésange jouons à l’ange à la mésange au passereau Mais elles qui vaincraient les grêles et l’orage mes ailes oublieront les bras et les travaux Plus léger que l’argent de l’air où je me love je file au ras des rets et m’évade du rêve
La Nature se plie et sait ce que je vaux Louis Aragon
158 - Sur la colline sèche Du balcon à la colline, un surplomb d'été. Il va falloir grimper soleil. Et graver dans le bleu ces mots qui frétillent dans les herbes courtes - pierre, vipère, repaire de rapace. Le regard évince le moindre faux pas. La main caresse une chaleur sourde. Toute l'enfance s'assèche dans les bruits émiettés. Parfois la grâce libre d'un oiseau signe l'espace ouvert. L'été couve, intact.
Philipe Leuckx
159 Même si les seins sont des fleurs fugitives tes cuisses d’herbe bercent ma main et les baisers sont lents comme la clarté lents j’oublie et la pesanteur et la peine la peine des fleurs trop éloignées pour s’embrasser et mes doigts s’effeuillent sur tes épaules comme si le vent semait et je meurs de tendresse partout et de nouveau ma main coule sur ton corps clair sur les pommes que je caresse de mon œil nu.
Radovan Ivsic
160 C’est dimanche aujourd’hui. L’air est couleur du miel. Le rire d’un enfant perce la cour aride : On dirait un glaïeul élancé vers le ciel. Un orgue au loin se tait. L’heure est plate et sans ride.
Paul-Jean Toulet