131
Ramper avec le serpent se glisser parmi les lignes rugir avec les panthères interpréter le moindre signe se prélasser dans les sables se conjuguer dans les herbes fleurir de toute sa peau Michel Butor
132 La jeunesse coule de la colline Dans un filet de vin pur Tous les cris sont perdus Dans l’air raréfié Notre âge s’est égaré dans un fruit de la pente. Philippe Leuckx
133
La mort trompe Alors Trompe-la Déchire l’écran BANDE Ton cor et Jouis En respirant l’Arc-en-ciel Stéphane Barbery
134 J’observe ta sentence d’observer D’un mouvement de limbes,Entre le rayon et l’herbierDe la sphère en allée, bruissante sur l’allée(ballon ailé)Hors déployée,Si déployée que tu puisses être. J’envie le rayon de te battre,La poussière de te porter,L’herbe qui cingle sous ta robeCette chair jamais déposée. Jean-Paul Guibert
135 - Retouche à l’espérance
au jardin secret un cerisier desserti par les merles garde la lumière en accord de septième
Daniel Boulanger
136 La pluie ne se pose pas encore sur n’importe quelle épaule. L’accordéoniste a tourné les cartes. L’aiguiseur de couteaux part avec la femme grondante. Il fait bon préparer le malaise sans faille. Bidons de lait. Pianos mécaniques du matin. Les vélos frictionnent. Fleurs maboules. On salue au hasard ; on se trompe de porte. Les premiers chanteurs ne savent quelle plage précipiter. Les nus de septembre sont les plus beaux. Ni vent ni chiens bretteurs. Les livres n’en finissent pas de sourire Aux devantures dorées comme des chapeaux de paille. Yves Martin
137 - L’été Voici l’été de ton nom murmuré le grand été vert tout autour de ta maison et si doux quand glisse dessus ton regard voici les miels de somnolence à ton cou d’herbes folles l’oubli collier de mésanges je soufflais sur toi un vent de puits alors tes yeux avouaient leur beauté années-lumière et sous ma main de parfaite innocence naissait ton corps le parfait pays voici l’été profond dans ton oreille mais pour moi l’été cratère où tu n’es pas le grand châle bleu de l’espace où mourir Gaston Miron
138 – Bouquet de frissons Une pensée fleurie dans une fissure la langue du lézard devant un tesson La tache de lumière violette sur les marches du porche à côté de la flaque où le vieux chien vient boire Michel Butor
139 Reste L’essaim solitaire du soleil La plaine au ventre d’alluvions aux cuisses fermes sur le fleuve L’ineffable déchirure douce de la pêche sous le pouce puissant Ce qui est dit n’a pas vraiment de place Werner Lambersy
140 Battez, pour qu’ils soient mousseux, Quelques œufs ; Incorporez à leur mousse Un jus de cédrat choisi ; Versez-y Un bon lait d’amande douce ; Mettez de la pâte à flan Dans le flanc De moules à tartelettes ; D’un doigt preste, abricotez Les côtés ; Versez goutte à gouttelette Votre mousse en ces puits, puis Que ces puits Passent au four, et, blondines, Sortant en gais troupelets, Ce sont les Tartelettes amandines !
Edmond Rostand