121 - Le sud Du fond d’un de tes patios avoir regardéles antiques étoilesd’un banc de l’ombre avoir regardéces lumières éparsesque mon ignorance n’a pas appris à nommerni à ordonner en constellations,avoir senti le cercle d’eaudans la secrète citernel’odeur du jasmin et du chèvrefeuillele silence de l’oiseau endormi,la voûte du vestibule, l’humidité- ces choses, peut-être, sont le poème. J-L Borges 122 (Une pensée du corps) À la pointe des chemins, un jardin possible dans le désordre des lieux, des fruits peints, des œufs creux. Croquis d’un presque printemps ? Dans la vérité de l’herbe, de l’obscur gel : la nidification des passereaux de craie. Et une femme endormie proche de ma bouche. Gaspard Hons
123 - Les temps légers Cette année-làle ciel devenait bleu pour un rienle soleil jamais ne demandait l’heureet nous avions tous les jours rendez-vous à quatre heuresavec une mésange noire extrêmement légère Dire merci au rire était coutumierLa brise appelait la clématite par son nomPersonne ne se pressait et le ruisseau lui-mêmene courait pas plus vite que la libellule Cette année-làla terre te voulait du bien C’est vieux tout ça Claude Roy
124 - Terre Un vin très léger se promèneet dévide son filsur l’ombre plus apparente du jourmais l’œil superficiel et clair comme un verrel’enferme dans sa prison. Les mains glacent les parois tièdescomme un chant d’élytre sur le cristalet la balle bondittrès haut dans l’air du verre tout est sagetout est blanc ce mouvement dans l’œil si naturelest sans souffrance
Marcel Leconte
125 - Le tilleul Il éveille les abeilles et midi,l’été,l’heure dorée des ruches,l’amour avant l’amour.Il donne une rondeur au monde et mûrit dans la mémoire.C’est toute la plus volumineuse richesse soudain gonflée de lumière et légère. James Sacré
126 - Toi Un seul homme est né, un seul homme est mort sur cette terre.Affirmer le contraire est pure statistique ; l’addition est impossible.Non moins possible que celle d’ajouter l’odeur de la pluie au rêve que tu as rêvé l’autre nuit.Cet homme est Ulysse, Caïn, Abel, le premier homme qui ordonna les constellations, l’homme qui dressa la première pyramide, l’homme qui écrivit les hexagrammes du Livre des Echanges, le forgeron qui grava des runes sur l’épée de Hengist, l’archer Einar Tamberskelver, Luis de Léon, le libraire qui engendra Samuel Johnson, le jardinier de Voltaire, Darwin à la proue du Beagle, un juif dans la chambre létale – avec le temps, toi et moi.Un seul homme est mort à Ilion, dans le Métaure, à Hastings, à Austerlitz, à Trafalgar, à Gettysburg.Un seul homme est mort dans les hôpitaux, dans des navires, dans la difficile solitude, dans l’alcôve de l’habitude et de l’amour.Un seul homme a regardé le vaste aurore.Un seul homme a senti dans sa bouche la fraîcheur de l’eau, la saveur des fruits et de la chair.Je parle de l’unique, de l’un, de celui qui est toujours seul. J-L Borges
127 Toujours cette tranquillitéPaupières. Pavots. Parfums.Et l’oranger qui nous encenseet nous rend semblablesà cette aube nueposée à même la peau.Ose humer la rosée.Ose toucher l’infini. Jacques Izoard
128 Près d’une palissade repose un soleil fatigué. Où il a pris refuge, je construirai ma maison d’encre. Après l’extinction de quelques vives voix, l’aire desacacias me sourit : un pic y travaille dans le brasier de l’aube
Gaspard Hons
129 - Touraine Aimé la LoireOù la lumière dure.O pierre pureEn ta fraîcheur d’histoire. Meurs oublié,Lisse reflet des âgesAux yeux mouillésD’une fille qui nage. Aimé d’amourProfond, profond la LoireOù ce cœur lourdDe ses soifs trouve à boire. Elle épelaitL’eau de ses voyelles sagesEt l’on parlaitFrançais dans tes feuillages.
Norge
130 Frisson dei giorniIn EwigkeitNebbia sed sorrisoOrgasme with OphéliaVenix nos sicut aurora Jean Tardieu