81 - Retouche à ma porte Ouverte sur les chemins, écharpes de l’amour, sur l’eau qui joue à la prisonnière sur le soleil qui traîne en riant son boulet sur la nuit qui se caresse aux fanes encore tièdes des bois Fermée sur la table aux fleurs coupées sur le lit démâté par les rêves sur les mots qui poussent vers le sucre divin, ô connaissance, leurs colonnes de fourmis Daniel Boulanger
82 - Les premiers signes Parfois nous revient une odeur de colle, de plumier. Alors le mol éclatement des bogues dans la cour Fait signe encore au fond d’un jour presque oublié d’octobre Où l’on a su qu’on n’était rien, déjà, qu’un souvenir. Jacques Reda
83 - Prunelles Elle pipi bleu dans la mer rousse je t’épie nette sous le fourré Des choses dévalent des sentiments c’est la bouche bée la main courante demain la nuit en habit prune les sphinx collés aux murs du vent Elle va de neige en catastrophe avec un sac à main plus léger qu’un remords Elle va de ciel en serpentaire Avec trois ruines et des grenats Elle va de vague en à-peu-près Sur un très grand cheval de sel Elles sèchent sur la prairie elles rient dans leur silence ce sont des Rose des Ernestine c’est le dernier soleil des cimes la nuit osseuse dans la penderie Ce sont des Rose des Ernestine Pierre Peuchmaurd
84 - Petites annonces 1) Recherche ange voyageur pour liaison stable 2) Propose incendies calibrés 3) Offre métamorphose en toute espèce animale, retour à l’humain garanti 4) Vend mèches toutes nuances 5) Achète ruines ébauches et soupirs 6) Loue temps perdu 7) Donne le la 8) Leçons de maintien en haute altitude 9) Héberge échappés des poubelles 10) Marie les cieux et les enfers Michel Butor 85 Quand beaucoup de choses Au soleil s’acceptent, Quand on n’a pas envie De quitter le pré, le talus, Quand on se sent de connivence Avec tous les verts, Avec la barrière et plus loin Les toits du hameau, On peut être tenté de se dire Que la sphère est partout En train de s’accomplir. Guillevic
86 Quand le livre du jour s’ouvre comme de lui-même à la page de ton réveil Quand un sourire se lève avant toi et croise l’eau fraîche d’un visage d’enfant Quand la bouilloire siffle les tartines de confiture entrent en gare Le ciel est bleu nous sommes prêts pour le départ. Jacques Goorma
87 Quand nous étions vêtus de lourds et verts manteaux et chaussés de nuages dans les sabots du ciel Quand les rouges chevaux hennissaient sur les mers et qu’aux oreilles blondes des douces enfantines les grelots de midi scintillaient de leurs fleurs Quand la brume d’hiver ensablait dans ses moufles les chemins incertains et les forêts lointaines Quand les rires avaient des peaux de mirabelles dans la maison de jonc et le jardin d’osier Quand les fenêtres crues s’ouvraient sur des campagnes de serpolet bruyant aux paumes des ravines Quand c’était ce temps-là ce temps-là ce vieux temps
Louis Calaferte
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Ce n’est pas drôle de mourir Et d’aimer tant de choses : La nuit bleue et les matins roses, Les fruits lents à mûrir. Ni que tourne en fumée Mainte chose jadis aimée, Tant de sources tarir... Ô France, et vous Île de France, Fleurs de pourpre, fruits d’or, L’été lorsque tout dort, Pas légers dans le corridor. Le Gave où l’on allait nager Enfants sous l’arche fraîche Et le verger rose de pêches...
Paul-Jean Toulet
89 Regarde l’arbre. Sa perpétuelle chevauchée Du détritus vers l’oiseau. Viens. Approche tes lèvres de mes lèvres. Ecoute au-delà de l’oiseau. Nous irons vers la mer. La mer efface les aphorismes. Jean Sénac
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Le bleu sert la pente du toit. Le feuillage serre le grain de l'air.Il n'y a que la rumeur pour dorer la lumière.Des visages pressent le pas.Parfois, la rue semble aller de soi.Quelqu'un là s'éveille et rempare le vent. Philippe Leuckx