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En ce temps-là alorson se réveillait le matinsous des canonnades d’azurdes ruisseaux d’ordes écarlatesbranle-bas !Le jour se fracassait aux fentes des voletsTous les parquets n’étaient que galettes de mielAh ! ce ciel ! ce ciel ! ce ciel !Le soleil d’août fort comme un Turcclaquait les vitres des maisonsivres soudain d’être d’agateTrop de feux ! Ce ciel pur !et ce filin de brise à l’ample cargaisonde thymde serpoletÔ ! senteurs ô parfums En ce temps-là, alorsDe mes douze ans, de mes enfantines saisons…
Louis Calaferte
52 - Clairière
Le ciel est gris et bas Il fait pourtant clairièreLa lumière ne vient pas du jour mais d’un sourireLe sourire de quelqu’un qui se cache dans l’airUne personne qui n’est pas et qui est là dans le silence
Une fauvette pose ses notes une à une tout doucementSur chaque feuille un son futile de gaietéDe petite gouttes d’eau tombent de temps en tempsMais le ciel un peu frais est de très bonne humeur
Le feuillage des arbres est plein de doigts légersQui font bouger le vent inventeur de clartéIl ne fait pas très beau mais c’est presque pareilIl fait un printemps froid amical et clairière
Alain Bosquet
53 chaque secondechaque secondechaque secondechaque secondechaque secondechaque secondechaque secondeemprunte à l'éternitésentiers et extrémités
Paul Poule
54 - Le matin
Sur le tranchant d’une crêtele soleil commence à danser les petites jambes timides de l’étésortentde la jupe bariolée du printemps. Le son et la rosée s’embrassent Et le faucheur entend craquer ses côtes Le sommet d’une montagne montepour surplomber le jour. Aleksandar Djordjevitch
55 - Herbes
une odeur de menthe chaudeaux lèvres de l’enfant je suis mortelmais j’aime une prairie s’étonnele bois craquede penser le jour vibrede l’eau fraîcheau corps fragile de l’insecte j’ai des ailesje les brûle.
Serge Brindeau
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AVEC TOI POUPEE concocter des trucs, tiens voilà la carriole à nippes qui se rajazze cahin-caha par ici, ça veut avec nouspartir là-bas, la trompette bouchéenous envoie d’un souffle vers le haut du temps,dans la plus dureoreille de ce monde, comme ça aussiça nous encoigne nous les bois-rouge entrePour-faire-plaisir et Pour-faire-mal, et alors,quand ça nous lâche,tu t’affales au beaumilieu de mon être. (MIT DIR DOCKE kungeln, es kommtder Lumpenkarren daher-gajazzt, mit uns wills dahin, die gestopfteTrompetehaucht und zeithauf,ins härtesteOhr dieser Welt, auch so,klemmts uns Rot-holzige zwischenZulieb und Zuleid, dann,wenn es uns loshakt,sackst du mir mittenins Sein.)
Paul Celan
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Il est près de la mer un pays transparent,un pays d’arbres frais et de poissons étrangesoù j’irai voyager avec un corps d’enfant,il est un pays vert profond comme des anges. Je ne veux pas mourir dans l’odeur de mon sangavant d’avoir aimé ce pays sans mélangedont j’ai le cœur chargé de l’amour déchirant,ce pays de cristal, d’or, de raisins, d’oranges. Jean-Claude Renard
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Il fera chaud encoredans l’ouragan de tes cheveuxdont je soupèse l’âgej’y jette de loin déjàmes désirs poignée de sel dans le feu la mer tourne en rondcerclant d’écume ton puitsoù mon œil tombe en pleurant conduis le troupeau de mes mainsvers la brousse que la faux brûlepour que l’herbe y renaisse plus vive conduis mes mains comme une caravanequi cherche une litière bonnelaisse bouger le tempssous la patte de mon impatience. Alexandre Voisard
59 - Horizon Toute la ville est entrée dans ma chambreles arbres disparaissaientet le soir s’attache à mes doigtsLes maisons deviennent des transatlantiquesle bruit de la mer est monté jusqu’à moiNous arriverons dans deux jours au Congoj’ai franchi l’Equateur et le Tropique du Capricorneje sais qu’il y a des collines innombrablesNotre-dame cache le Gaurisankar et les aurores boréalesla nuit tombe goutte à gouttej’attends les heures Donnez-moi cette citronnade et la dernière cigaretteJe reviendrai à Paris Philippe Soupault
60 J’entre à tâtons Sous la robe des fraises Et des femmes toutes noires. Oui, Je bois à la vie Et à cette ombre, Cachée encore dans le bol Et l’assiette creuse. Yves Namur