d- DES PASSEURS

Le Réseau LEROGNON-GILBERTZ

 

            Jean LEROGNON, soldat de l’armée française, est démobilisé en mai 1940 après l’invasion implacable des troupes allemandes. Il rentre alors de Dijon où il était affecté au Centre d’Organisation d’Artillerie Auto. Mais son retour à la maison sera de courte durée. Alors que le système des expulsions vient de se mettre en place, la famille est décrétée Indésirable et devra déménager le 17 juillet suivant dans un petit appartement à Joeuf.

 

 

tout à gauche, Jean LEROGNON, 1939-1940

 

 

            C’est alors que Jean organise son réseau pour permettre aux fuyards du régime Nazis de passer la frontière vers la France.

 

            Parallèlement, Charles GILBERTZ œuvre dans le même sens.

 

            Son premier coup d’éclat sera, alors qu’il est chargé de rapatrier dans son camion les soldats Uckangeois internés au camp de prisonniers militaires de Troie, n’en trouvant que 3, il affirmera à l’officier du camp en « reconnaître » 60 de plus qu’il ramènera chez eux (essentiellement près de Nancy).

 

            Il renouvellera un peu plus tard l’exploit en déposant un plein chargement de fugitifs à Novéant, juste après la frontière.

 

            La pression devient trop forte, et devant le danger de se faire prendre, il doit cesser ce type d’actes héroïques, mais il n’est pas question pour lui de laisser faire. Aussi, partant de l’étang Scharff (entre Uckange et Ebange), il organise des départs à pied pour Joeuf, emportant avec lui, entre autres, les réfugiés cachés chez l’abbé Marcel LEROY (avant que ce dernier ne soit expulsé dans le Lot-et-Garonne le 14 novembre 1940).

 

            Au cours de l’une de ses haltes au Café Français de Montois-la-Montagne, Monsieur HEISS, le patron, le présente à Jean LEROGON et les deux hommes décident alors de conjuguer leur action pour créer le réseau LEROGNON-GILBERTZ au début de l’année 1941.

 

            Les risques sont grands, à tout moment les petites expéditions peuvent tomber sur une patrouille, ce qui arrivera au moins une fois, mais Jean arrivera à sauver sa vie en tuant l’officier qu’il vient de croiser. Il lui confisquera son poignard pour en faire un « trophée », poignard qui est toujours dans la famille aujourd’hui.

 

            Durant les années 1941 et 1942, le groupe de Résistant continuera sans relâche à aider les Réfractaires, les Insoumis, les Evadés … , Lorrains ou Luxembourgeois, à rejoindre le territoire français, alimentant ainsi les Maquis en hommes.

 

            Au cours de 1942, Jean est arrêté par les allemands, interné à la prison de Queuleu, il sera rapidement libéré par manque de preuves.

            Cette même année, Charles, qui, ouvertement, porte le béret et refuse de parler l’allemand, est aussi arrêté après avoir été dénoncé par un SA. Lui aussi sera vite libéré.           

 

Le 27 novembre 1942, il apprend qu’il a été dénoncé par l’un de ses protégés qui, pris par les allemands, n’a pu résister à la torture. Charles n’a alors pas d’autre choix que de se cacher avec sa femme avant de fuir. Jean, aidé de Monsieur MAYER de Florange, organisera leur départ le 3 janvier 1943 en même temps que 18 autres Uckangeois.

 

            La voisine de la famille GILBERTZ, Eugénie VALLERICH prend alors le relais début 1943 et devient le pilier de base du réseau à Uckange. Native de Luttange, elle n’oubliera pas ses anciens voisins et amis et aidera nombre d’entre eux à Passer par la même voie.  

            Toute l’année 1943, le réseau LEROGNON-VALLERICH continue son œuvre en aidant cette année là plus de 100 candidats au départ sans jamais rien demander en retour.

            Jean CUISINIER, qui travaillait au Heeresstandortverwaltung, fournissait alors nombre de faux papiers pour faciliter le passage de barrages dans les zones françaises.

 

            Mais le 8 décembre, alors qu’il rentre de son travail à Hagondange, Jean LEROGNON est arrêté à Joeuf par la Gestapo sur dénonciation, cette fois, nul n’est besoin de preuve pour l’interner.

            Jean se savait recherché déjà depuis quelques jours, mais il avait décidé de ne pas fuir préférant son œuvre de patriote à sa propre sécurité.

 

            Le long calvaire commence, après avoir été interné et torturé à la prison de Briey pendant 48 jours, il partira sans avoir livré aucune information pour les geôles de Nancy puis de Compiègne pour arriver sous le matricule 13826 au camp de Weimar-Buchenwald.

 

            Le 4 décembre 1944, il est transféré au camp de Nuxei, annexe de Dora-Nordhausen. Affaiblit, il ne pèse plus que 40 kilos, malade, il est transféré à l’infirmerie du camp de Wieda où il décède quelques minutes à peine après son arrivée.

 

            Né en 1909 dans les Vosges, opposant de la première heure, ce Héros de la Résistance, qui n’a jamais demandé un seul centime à ses protégés, repose désormais dans un champ devant le camp de Wieda.

 

            Son épouse, Valérie, terminera son œuvre, en permettant à Louis ROYER de Luttange de rejoindre la France par le réseau, et pour lequel Jean n’avait pas fui.

            Elle-même arrêté peu de temps après Jean, ne devra sa survie qu’en simulant une surdité totale.         

On imagine quelles furent ces heures atroces où elle devait feindre de ne rien entendre des cris de son mari que l’on torturait non loin de sa cellule.

 

 

 

LES MEMBRES DU RESEAU :


JEAN et VALERIE LEROGNON

et leur fils MICHEL

CHARLES GILBERTZ

EUGENIE VALLERICH

JEAN et SIMONE CUISINIER

Monsieur MAYER de Florange

SIMONE DIBIFFE

L'abbé MARCEL LEROY

EUGENE ANDRE

 



   Eugénie VALLERICH - 1943


Charles GILBERTZ - années 80

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