les cahiers‎ > ‎cahiers d'écoliers‎ > ‎

Cahier de poésies d'une écolière suisse





Cahier de poésies écrit et illustré par Marie-Thérèse Cuenat,
une écolière suisse, âge, classe, année et ville non mentionnés

il reste 76 pages, certaines ont été enlevées, en particulier entre la page 58 et 59 de notre numérotation, la suite du poème "Les Echos" est absente
17,5 x 21,5 cm



Photos des pages


Images importées de notre galerie Souvenirs d'école
Chacune pointe vers la galerie où vous pourrez l'agrandir à votre convenance









Retransciption des poèmes


Plusieurs de ces poèmes semblent ne pas se trouver à ce jour sur le web,
grâce à Marie-Thérèse nous les avons retranscrits ici :

d'abord les poèmes semblant inédits sur internet puis les poèmes connus

poèmes d'inspiration bucolique marqués d'un B
poèmes d'inspiration patriotique marqués d'un P
poèmes d'inspiration religieuse marqués d'un R


poèmes semblant inédits sur internet :

Le Rhin Suisse P
Le semeur (Virgile Rossel) B
Jeanne d'Arc P
L'ange gardien R
Plus près de toi mon Dieu R
Saint Louis de Gonzague R
Le Grütli P
Le vieux chasseur B
Dans le bon vieux temps B
Le laboureur et son fils B
Les petits sabots B
La Présentation R
Noël ! Noël ! R
Le voyageur R
Noël ! Noël ! C'est Noël ! R
Les Échos B


poèmes déjà présents sur le web :

L’oiseau prisonnier (Alexandre Dumas fils) B
L’âne et la flûte (Florian) fable
Le vieillard et les trois jeunes gens (La Fontaine) fable
Le fuseau de ma grand'mère (Édouard Plouvier) B
Mon Jura (Virgile Rossel) P
Le ciboire doré (Mgr de La Bouillerie) R
Le merle (André Theuriet) B
La fenaison (Joseph Autran) B
Chant de Paix (Juste Olivier) P
La bataille (André Lemoyne) P
La pauvre fille (Alexandre Soumet) B
Extase (Victor Hugo) B R


Le Rhin suisse


Quand ces nains, vils flatteurs, gros de fiel et de haine,
S'arrachent par lambeaux les peuples de la plaine
Et veulent enchaîner le fleuve souverain,
Mon cœur prend en pitié leur muse courtisane ;
Le cheval n'a jamais porté le bât de l'âne :
Il est à nous le Rhin.

Notre érable de Trons le couvre de ses branches.
Il écoute, joyeux, le bruit des avalanches,
Il reflète nos monts dans son cours souverain ;
Soir et matin, là-haut, le pâtre, au sein des nues,
Contemple, en priant Dieu, ses deux rives connues :
Il est à nous le Rhin.

Il ne connaîtra pas nos montagnes captives :
Les fils des fils de Mals peuplent encore ses rives,
Son flot n'est point le serf du Franc ni du Germain ;
Digne des vieux Grisons, il coule fier et libre.
A la Suisse le Rhin comme à Rome le Tibre :
Il est à nous le Rhin.

Les Alpes sont à nous, et la cime des neiges
Et leurs pics sourcilleux, formidable cortège
Séculaire berceau du fleuve souverain ;
Là, nos pères ont bu sa vague froide et pure.
Il fallait au grand fleuve grande nature :
Il est à nous le Rhin.

Il est à nous le Rhin. Voyez-le dans sa course
Bondir et s'élargir en sortant de sa source ;
Au pied du Saint-Gothard il est né souverain ;
Mais là-bas, mais là-bas, son onde insaisissable
Va se perdre ignorée et mourir dans le sable :
Il est à nous le Rhin.


(auteur non mentionné, suisse assurément)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le semeur


De lourds vols de brouillard planent sur le village.
C'est l'automne. Les sacs de blé sont mesurés,
La herse est sur le char, et guidant l'attelage
Le semeur d'un pas lent monte aux champs labourés.
Il s'arrête. Sans hâte, en trois bandes égales,
Dans toute sa largeur, le champ est piqueté ;
Puis comme un bruit lointain et grêle de cigales
S'élève, et vers le ciel le blé roux a chanté.

Zie !... Or le paysan d'un geste large et grave
Etend la main et ouvre à chaque pas, suivi
D'un essaim familier de moineaux qui le brave
Et qui, chassé, revient picoter à l'envi.

Zie !... Et le laboureur, d'une marche rythmée,
A fait ainsi le tour de son premier sillon ;
Zie !... Et le bon soleil à la face embrumée,
Tout à coup se dévoile et luit sur le vallon.

Zie !... Et le sac rempli, le semeur recommence,
Confiant sa richesse au sol qui la rendra ;
La terre ne reçoit pas en vain la semence ;
Demain tout va germer, bientôt tout mûrira ...

Le soir, les yeux perdus dans le ciel qui rougeoie,
Travaillant en silence et souriant parfois,
Le cœur battant d'espoir et de paisible joie,
Il songe au blé bien sec qui siffle entre ses doigts.

Le blé germe. Le blé verdit. L'épi se forme ;
Sur les yeux du semeur le ciel de juin a luit,
Et soudain, la moisson, comme une vague énorme,
Agite ses flots d'or qui roulent devant lui.


Virgile Rossel
juriste, politique et écrivain suisse (1858-1933)
pages sur Virgile Rossel :

RetroTrame - évènements
RetroTrame - histoire
Le Copiste

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Jeanne d'Arc


Au foyer de l'humble chaumière
A Domrémy, jeanne filait,
Filait, priait, il lui semblait
Qu'on répondait à sa prière
Le rouet disait sa chanson
Et les cloches de la chapelle
Semblaient à l'unisson
"Jeanne, lève-toi, Dieu t'appelle"

Refrain
C'était l'angélus qui sonnait
Et Jeanne bientôt comprenait
Ce que le ciel exigeait d'elle (bis)

II
Quand Jeanne fut au pâturage
Plus tard à garder son troupeau
Les cloches sonnaient de nouveau
Et tenaient le même langage
Elles disaient à Jeanne : "Viens
Un peuple attend sa délivrance
Laisse ton village et les tiens
Viens, chasse l'ennemi de France"

Refrain
La cloche sonnait le tocsin
Arme-toi pour le combat saint
Et toi Jeanne est notre espérance (bis)

III
Un jour de mai victorieux
Jeanne dans Orléans rentrait
Sur ses pas la foule accourait
L'acclamant d'une voix joyeuse
Chaque cloche te chaque battant
Dans l'église proche ou lointaine
Disait un refrain triomphant
Qui sonnait par toute la plaine

Refrain
Et sur ce carillon vainqueur
Le peuple répétait en chœur
"Gloire à la bonne lorraine" (bis)

IV
Mais quand vint le jour du supplice
A la mort on la vit marcher
Sans faiblir et sur le bûcher
Offrir à Dieu son sacrifice
Toutes les cloches de Rouen
Tandis que s'élevait la flamme
Sonnèrent un glas déchirant
Pour conduire au ciel sa grande âme

Refrain
Jeanne nous ne t'oublierons pas
Et tocsins, carillons et glas
Sonneront toujours dans notre âme (bis)


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



L'ange gardien


Gardien céleste de ma vie
Doux ami qui suivez mes pas
C'est à vous que je me confie
Mon ange ne me quittez pas
Ici-bas toute chose change
Qu'il me reste au moins un soutien
Demeurez avec moi mon ange
Pour être toujours mon gardien

II
Que votre force me protège
La vie est un rude chemin
Et moi si faible que ferais-je
Si vous ne me teniez la main
Mon pied glisserait dans la fange
Mais avec vous je ne crains rien
Demeurez avec moi mon ange
Pour être toujours mon gardien

III
Quand viendra mon heure dernière
Aurore du jour éternel
Ami fidèle de la terre
Soyez mon ami dans dans le ciel
Auprès de vous que je me range
Au beau palais éternel
Demeurez avec moi mon ange
Pour être toujours mon gardien


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Plus près de toi mon Dieu


Plus près de toi mon Dieu, plus près de toi
Même en courbant le front sous l'éclair du glaive
Que mon hymne s'élève plus près de toi, Seigneur
Plus près de toi mon Dieu, plus près de toi

II
Lorsque la nuit descend autour de moi
Quand je me sens perdu au fond du désert
Mon chant s'élance encore plus près de toi, Seigneur
Plus près de toi mon Dieu, plus près de toi

III
Ou va le dur chemin ? il mène au ciel
Toujours ta volonté m'apparaît parfaite
Chantons avec les anges, plus près de toi, Seigneur
Plus près de toi mon Dieu, plus près de toi

IV
Au jour que tu viendras mon divin Roi
A ton premier signal je me lèverai
Et je serai toujours plus près de toi, Seigneur
Plus près de toi mon Dieu, plus près de toi


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Saint Louis de Gonzague


Patron chéri de la jeunesse
Protégez-nous dans nos combats
En vain ils renaîtront sans cesse
Si votre main soutient nos pas
Vous avez traversé votre âge
Sans en connaître les dangers
Nous lutterons avec courage
Si vous gardez nos cœurs légers (bis)

II
Quelle est cette âme dont l'aurore
Brille de l'éclat du grand jour
Arme d'élite qui dévore
La flamme Sainte de l'amour
C'est Louis ange d'innocence
Qui suivant les pas de Jésus
Déjà se montre dès l'enfance
Le noble émule des élus

III
En vain la brillante fortune
Verse ses dons à pleines mains
La gloire humaine l'importune
Il la repousse avec dédain
Honneurs, plaisirs, trésors, empires
N'ont pas un regard de ses yeux
C'est plus haut que son âme respire
Et sa couronne est dans les cieux

IV
Séduits par l'erreur et le doute
Pourrons-nous comme vous
Marcher dans la céleste route
Si vous n'avez pitié de nous
Louis, votre cœur s'intéresse
Au bonheur de nos jeunes ans
Oh ! demandez que la sagesse
Soit la fleur de notre printemps

V
L'innocence à vos yeux si belle
Puissions-nous toujours la garder
Comme vous, gracieux modèle
Que nous aimons à regarder
Vous avez triomphé sans cesse
Des luttes du monde et des sens
Oh ! demandez que la sagesse
Soit la fleur de notre printemps

VI
Mais pour suivre ici-bas vos traces
Et régner au ciel avec vous
Nous avons tant besoin de grâces
Demandez-les à Dieu pour nous
Si nos cœurs tombent de faiblesse
Nous avons vos secours puissants
Oh ! demandez que la sagesse
Soit la fleur de notre printemps


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le Grütli


Il est une prairie au bord d'une eau profonde,
Asile inaccessible au vain fracas du monde,
Où l'étranger souvent veut avoir médité.
C'est là que vers le soir, au pied des monts sauvages,
J'aime à frapper encore les rochers des rivages
Du nom de liberté.

Car il me semble alors, du milieu des bois sombres,
Voir s'avancer vers moi de gigantesques ombres,
Que ce magique nom évoque dans la nuit.
Leurs regards sont levés à la voûte éternelle
Et dans leurs mains, qu'unit la cause fraternelle
Le glaive de Morgarten luit.

Au serment qu'ont juré leurs bouches courageuses,
J'entends répondre au loin mille voix généreuses,
Que la voix des forêts répète en longs échos ;
Et la rive opposée, à ce bruit qui l'éveille,
Renvoie encore des cris qu'apporte à mon oreille
Le lac en agitant ses flots.

Viens, suis-moi, digne enfant de l'antique Helvétie !
Allons rêver tous deux d'honneur et de patrie
Au lieu qu'habite encore l'esprit de nos aïeux !
Allons nourrir nos cœurs de souvenirs sublimes !
S'il est des temps féconds en tyrans, en victimes,
Il est des jours plus glorieux.

Ce fut ce noble instinct des droits ineffaçables
Qui vint jadis placer en leurs mains redoutables
Le glaive défenseur des foyers envahis.
De ces nobles pensées entretenons les flammes,
Et que ces mots toujours soient gravés dans nos âmes :
"Mourir pour sauver son pays !"


(auteur non mentionné)

Le Grütli (aussi appelé Rütli en allemand, terme signifiant « Petite prairie ») est une prairie faisant partie des mythes fondateurs de la Suisse. Considérée comme monument national, elle se situe au bord du lac des Quatre Cantons dans la commune uranaise de Seelisberg. Selon la légende, le Grütli est le lieu où les premiers Confédérés se sont réunis lors de leur conjuration contre les baillis autrichiens et y ont prêté le serment historique.
article Wikipédia
Dictionnaire historique de la Suisse

La bataille de Morgarten eut lieu le 15 novembre 1315, au sud de Zurich où quelque 1 500 confédérés suisses repoussèrent les 4 000 à 8 000 soldats du duc Léopold Ier d'Autriche, seigneur de Habsbourg.
article Wikipédia
Dictionnaire historique de la Suisse

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~


Le vieux chasseur


Toi qui descends des hautes cimes,
Petit oiseau libre et joyeux,
As-tu franchi les rocs sublimes,
Dont le sommet cherche les cieux ?
As-tu vu l'Alpe solitaire
Et du glacier les vieux sillons,
Alouette vive et légère,
Viens m'égayer par tes chansons.

Du soir des ans le froid me gagne ;
Dans le vallon je viens mourir.
Mais sur les flancs de la montagne
Autrefois j'aimais à courir ;
Autrefois, d'un pied téméraire,
Je gravissais les pics glacés ;
Alouette vive et légère,
Rappelle-moi les jours passés.

As-tu vu le chalet tranquille
Où se rassemblent les troupeaux ?
Un vieux sapin, sur cet asile,
Laisse tomber ses longs rameaux ;
Sous cet ombrage tutélaire
J'attendis souvent le matin ...
Alouette vive et légère
As-tu chanté sous le sapin ?

As-tu vu le manteau de neige
Qui repose sur les grands monts ?
Là, le chamois que Dieu protège,
Va boire en paix l'eau des glaçons ;
Là, le vautour bâtit son aire ;
Là, le chasseur suit le gibier ...
Alouette vive et légère
As-tu passé sur le glacier ?

La fatigue a raidi ton aile ;
De plus loin tu dois revenir.
Par delà la cime éternelle
Aurais-tu vu le ciel s'ouvrir ?
Repose-toi sur la chaumière
Où je languis infirme et vieux ...
Alouette vive et légère
Viens aussi me parler des cieux.


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Dans le bon vieux temps


Dans le bon vieux temps disait souvent ma grand'mère
Dans le bon vieux temps
Ecoutez-moi les enfants
Il faisait bon sur la terre
Point de chagrins ni misères
Dans le bon vieux temps (bis)

Refrain :
Ah vous en dites trop grand'mère
Ah vous en dites trop vraiment

2ème couplet
Dans le bon vieux temps
Le ciel était sans nuages
Dans le bon vieux temps
C'était toujours le printemps
Dans l'été jamais d'orages
L'hiver on cherchait l'ombrage
Dans le bon vieux temps (bis)
(Refrain)

3ème couplet
Les femmes étaient distraites
Les enfants étaient charmants
Et les servantes muettes
Ne faisaient point de gazelles
(Refrain)

4ème couplet
Point de gens de toutes sortes
Point de voleurs ni brigands
On voyageait sans escorte
On ne fermait point ses portes
(Refrain)

5ème couplet
On soignait bien mieux ses hardes
Un jupon durait cent ans
Fillettes étaient sur leurs gardes
Pour n'être point babillardes
(Refrain)

6ème couplet
Le vin coulait des fontaines
Les fruits étaient permanents
Sans semer venaient des grains
Les melons pendaient aux chênes
(Refrain)

7ème couplet
Les pâtés et les brioches
Croissaient au milieu des champs
On trouvait dessous les roches
De fort bon ... en broche
(Refrain)

8ème couplet
Des corbeaux le doux ramage
Réjouissait les passants
La blancheur de son plumage
Faisait l'honneur du bocage
(Refrain)

9ème couplet
Les chats sans griffes aux pattes
N'égratignaient pas les gens
Je parle de vieilles chattes
Qui étaient amies des rattes
(Refrain)

10ème couplet
Le cochon rempli d'adresse
Etonnait par ses talents
Il donnait à la jeunesse
Des leçons de politesse
(Refrain)

11ème couplet
Les renards étaient modestes
Les crapauds étaient charmants
Et personne ne le conteste
Que la tortue était leste
(Refrain)

12ème couplet
Le singe était sans malice
L'escargot des plus savants
Enseignait à l'écrevisse
A bien faire l'exercice
(Refrain)

13ème couplet
Les ânes plein d'industrie
Jouaient de tous les instruments
De leur voix la mélodie
Chassait la mélancolie
(Refrain)

14ème couplet
Les chameaux les dromadaires
N'avaient pas le dos saillant
Les loups traitaient en bons frères
Les agneaux et les bergères
(Refrain)

15ème couplet
Vieillissait ô ma grand'mère
Hélas oui mes chers enfants
Mais à part cette misère
Tout était fait pour nous plaire
Dans le bon vieux temps
Dans le bon vieux temps


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le laboureur et son fils


Ce n'est pas en un jour que Paris fut bâti ;
C'est petit à petit que l'oiseau fait son nid ;
Mais on fait à la fin tout ce que l'on veut faire.
"Hé ! comment voulez-vous, mon père,
Que je laboure tout ce champ ?
Disait le fils d'un fermier de Nanterre ;
Pour en venir à bout il faudrait plus d'un an."
Puis, perdant tout à fait courage,
Au lieu de se mettre à l'ouvrage,
Sur sa bêche il se reposait.
L'entendant parler de la sorte,
Le père lui dit : "Il est vrai,
J'en conviens, la tâche est trop forte ;
Laboure seulement ce coin ;
Mais il faut, mon fils, apporter quelque soin.
— Si ce n'est que cela, la chose est bien aisée."
Repartit le fils. En effet
Dès le soir l'ouvrage fut fait.
Le lendemain, autre tâche imposée ;
il s'en acquitte assez facilement ;
Le jour d'après il n'est pas moins ardent ;
Bref, ce champ qui devait lui donner tant de peine,
Et de l'ouvrage pour un an,
Fut labouré dans la semaine.
Enfant, qui redoutez un travail trop constant,
Voulez-vous abréger la leçon qui vous lasse ?
Que sans y manquer, chaque jour,
Une tâche réglée et s'ordonne et se fasse ;
Ainsi l'ouvrage avance et le temps paraît court.


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Les petits sabots


I
Enfant voici venir décembre.
Dans l'air passent de noirs corbeaux.
Il neige mais close est la chambre.
Préparez vos petits sabots.

II
Car Noël façonne en silence
Pour vous ses jouets les plus beaux.
Le vent souffle avec violence.
Préparez vos petits sabots.

III
Sans bruit dans l'âtre il va descendre,
Enfant, pendant votre repos.
Confiants, auprès de la cendre,
Déposez vos petits sabots.

IV
Quand paraîtra la pâle aurore,
La nuit soufflant sur ses flambeaux
L'apercevra sans doute encore
Penché sur vos petits sabots.

V
Dormez. De vos soucis moroses
Ignorez les pesants fardeaux.
Le bonheur est, chers enfants roses,
Caché dans vos petits sabots.


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



La Présentation


Marie à l'âge le plus tendre
S'acheminait vers le saint lieu.
La voix de Dieu se fait entendre,
Elle va se donner à Dieu.
Les premiers soupirs de son âme
S'élèvent vers son créateur.
Elle sait que le ciel réclame
Les prémisses de notre cœur.

II
Elle a laissé, vierge fidèle,
Ses héritages passagers
Que fait à son âme immortelle
Le monde et ses trésors légers.
Gloire, beauté, plaisir, richesse,
Tout n'est que l'ombre du bonheur.
Au ciel donc toute sa tendresse
Et les prémisses de ton cœur.

III
Nous que le même exemple entraîne
Nous voulons suivre dès ce jour
Les pas de notre souveraine,
Donner à Dieu tout notre amour.
Vierge conduisez-nous vous même
Et que de nos mains le Sauveur
Reçoive les présents qu'il aime,
Les prémisses d'un jeune cœur.


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Noël ! Noël !


Au pauvre sous son toit de paille,
A l'ouvrier qui dans l'oubli
De l'aube au soir souffre et travaille,
Le corps penché sur l'établi ;
A tous ceux qu'attriste une peine,
A tous ceux que poursuit la haine,
De part Jésus l'Emmanuel,
Noël ! Noël !

Aux cœurs brisés par les alarmes
Et qui n'ont plus aucun espoir,
Aux yeux rougis par tant de larmes,
Aux fronts ridés par le devoir,
Aux enfants que l'orgueil méprise,
Aux vieillards dont la voix se brise,
De part Jésus l'Emmanuel,
Noël ! Noël !

Au riche pour que sa main donne,
Au puissant pour qu'il soit plus doux,
A l'offensé pour qu'il pardonne
Et se jette enfin à genoux ;
Au faux savant pris de folie
Pour qu'il ait peur et s'humilie,
De part Jésus l'Emmanuel,
Noël ! Noël !

Sur notre terre froide et blanche
Où la neige a flétri les fleurs,
Sous la mousse où dort la pervenche,
Dans les vallons, les bois en pleurs,
Dans les jardins nus et sans roses,
Et sur le seuil des portes closes,
De part Jésus l'Emmanuel,
Noël ! Noël !

Dans l'océan semé de voiles
Où le pêcheur vogue anxieux,
Dans les flots verts où les étoiles
Semblent cligner comme des yeux,
Dans la nuit aux formes étranges,
Et dans le ciel parmi les anges,
De part Jésus l'Emmanuel,
Noël ! Noël !


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le voyageur


Je marche dans la plaine
Et ne sais où je vais !
Je chemine avec peine :
Les chemins sont mauvais !
Pourtant je continue
Le voyage tenté,
Car là-haut dans la nue
Une voix a chanté :

Refrain
Marche ! poursuis ta route,
Voyageur, vers le Dieu de bonté.
Marche ! coûte que coûte,
Il faut atteindre le but sacré.
Marche ! poursuis ta route d'un pas assuré.

II
Ô cher pays du rêve
Où s'en va mon désir,
Sur quelle verte grève
Vais-je te découvrir ?
Perdu dans un nuage,
Je crois te voir là-bas :
Je cours vers le mirage
Et ne te trouve pas ...

III
C'est un pays de joie.
Le bonheur y fleurit,
L'espérance y verdoie
Et le cœur s'y guérit.
Ô Dieu, fais que je puisse
Y parvenir demain,
Prête-moi ton office,
Montre-moi le chemin.


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Noël ! Noël ! C'est Noël !


Noël ! Noël ! C'est Noël !
Noël ! Noël ! Noël !
Comme les bergers d'Israël,
Ouvrons nos cœurs à la lumière
De l'étoile familière
Du petit enfant Jésus.
Elle apporte tant et plus
Du grand ciel qui se dévoile :
De la joie et des bonheurs.

Refrain
Brille, brille dans nos cœurs,
Brille, brille, belle étoile !
Brille, brille comme au ciel,
Belle étoile de Noël.

II
Noël ! Noël ! C'est Noël !
Noël ! Noël ! Noël !
Comme les bergers d'Israël,
Ouvrons nos cœurs aux chants des anges
Qui célèbrent les louanges
Du petit enfant Jésus.
Pour les hommes bien voulus
Est venu le Pacifique.
Gloire à Dieu dans les hauteurs !

Refrain
Chante, chante dans nos cœurs,
Chante, chante, doux cantique !
Chante, chante comme au ciel,
Doux cantique de Noël.

III
Ouvrons nos cœurs à la prière.
Près du berceau de lumière
Du petit enfant Jésus.
A genoux et tout émus,
Adorons le grand mystère
Comme firent les pasteurs.

Refrain
Monte, monte dans nos cœurs,
Monte, monte bien, prière !
Monte, monte vers le ciel
Ô prière de Noël !


(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Les Échos


Sous mon frais manteau de verdure,
Dressant bien haut dans le ciel bleu
Mon front dominant la nature,
Comme la reine de ce lieu,
Je suis l'Écho de la montagne.
Écoutez ! les pâtours traversent la campagne,
Ils font vibrer les fifres, les hautbois,
Tout en semblant dormir, je répète leurs voix !
Sonnez hautbois (bis), jouez musettes !(bis)

II
Au fond de la forêt antique,
Sous le dôme des grands sapins,
Dans la pénombre poétique
...

malheureusement la page suivante a été déchirée,
nous ne connaîtrons pas la suite de ce poème

(auteur non mentionné)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



poèmes déjà présents sur le web :


L’Oiseau prisonnier


Enfant, vous avez pris un oiseau dans un champ,
Et vous voilà joyeux, et vous criez victoire !
Et le pauvre petit, dans une cage noire,
Se plaint, et vous prenez sa plainte pour un chant.

Il va vous amuser ainsi jusqu’à demain
Et pour ce court plaisir, vous lui coupez les ailes,
Tout en l’emprisonnant entre ces barreaux frêles,
Pour qu’il ne vole pas plus haut que votre main.

Et vous le regardez ainsi, depuis une heure,
Meurtrir son petit bec dans son étroit cachot,
Courir aux quatre coins, voler de bas en haut,
Avec le cri plaintif de toute âme qui pleure.

Et pourtant vous semez sa cage de muguets
Et de toutes les fleurs, ses anciennes compagnes,
Mais cela ne vaut pas l’air des vastes campagnes
Et les chansons du soir dans le fond des bosquets.

Vous ne voyez donc pas, enfants, quel saint mystère
En becquetant partout remplit l’oiseau pieux ?
Les petits sont dans l’arbre au fond du nid joyeux ;
Pour vous c’est un oiseau ; mais pour eux c’est un père...

Il descend le matin du nid de mousse frêle
Pour prendre un peu de blé qu’il reporte là-haut,
Pour les faire grandir, puis afin que bientôt
Leur cri devienne un chant, et leur duvet une aile.

Or, quand votre captif, qui crie et vous invite,
S’arrête en écoutant, c’est qu’il entend la voix
Des petits qu’il laissa dire du fond du bois :
« Nous allons tous mourir si tu ne reviens vite. »

Car, ne recevant pas ce qu’il doit lui porter,
La mère reste au nid, inquiète et fidèle ;
Et malgré son amour et l’abri de son aile,
Tous ses petits mourront sans avoir pu chanter !

Écoutez donc l’oiseau, respirez donc la rose,
Sans les prendre à la plaine, à l’air pur, au ciel bleu !
Car toujours notre main, à ce que créa Dieu,
Même en le caressant, enlève quelque chose.


Alexandre Dumas fils (1824-1895)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



L’âne et la flûte


Les sots sont un peuple nombreux,
Trouvant toutes choses faciles :
Il faut le leur passer, souvent ils sont heureux ;
Grand motif de se croire habiles.

Un âne, en broutant ses chardons,
Regardait un pasteur jouant, sous le feuillage,
D'une flûte dont les doux sons
Attiraient et charmaient les bergers du bocage.
Cet âne mécontent disait : ce monde est fou !
Les voilà tous, bouche béante,
Admirant un grand sot qui sue et se tourmente
À souffler dans un petit trou.
C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaire,
Tandis que moi... suffit... allons-nous-en d'ici,
Car je me sens trop en colère.

Notre âne, en raisonnant ainsi,
Avance quelques pas, lorsque sur la fougère
Une flûte oubliée en ces champêtres lieux
Par quelque pasteur amoureux
Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse,
Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux ;
Une oreille en avant, lentement il se baisse,
Applique son naseau sur le pauvre instrument,
Et souffle tant qu'il peut. Ô hasard incroyable !
Il en sort un son agréable.
L'âne se croit un grand talent,
Et tout joyeux s'écrie en faisant la culbute :
"Eh ! Je joue aussi de la flûte !"


Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le vieillard et les trois jeunes gens


Un octogénaire plantait.
« Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! »
Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage ;
Assurément il radotait.
«Car, au nom des dieux, je vous prie,
Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ?
Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.
A quoi bon charger votre vie
Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ?
Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées ;
Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
Tout cela ne convient qu'à nous.
- Il ne convient pas à vous-même,
Repartit le vieillard. Tout établissement
Vient tard, et dure peu. La main des Parques blêmes
De vos jours et des miens se joue également.
Nos termes sont pareils par leur courte durée.
Qui de nous des clartés de la voûte azurée
Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment
Qui vous puisse assurer d'un second seulement ?
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage
Eh bien! Défendez-vous au sage
De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui
J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ;
Je puis enfin compter l'aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux.»
Le vieillard eut raison l'un des trois jouvenceaux
Se noya dès le port, allant à l'Amérique ;
L'autre, afin de monter aux grandes dignités,
Dans les emplois de Mars servant la République,
Par un coup imprévu vit ses jours emportés ;
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter ;
Et pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.


Jean de La Fontaine (1621-1695)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le fuseau de ma grand'mère


Ah! le bon temps qui s'écoulait
Dans le moulin de mon grand'père !
Pour la veillée, on s'assemblait
Près du fauteuil de ma grand'mère ;
Ce que grand'père racontait
Comme en silence on l'écoutait !
Et comme alors gaîment trottait
Le vieux fuseau de ma grand'mère !
Comme il trottait !
Et quel bon temps ! quel temps c'était !

II
Grand'père était un vieux bonhomme,
Il avait bien près de cent ans !
Tout était vieux sous son vieux chaume,
Hors les enfants de ses enfants !
Vieux vins dans de vieilles armoires,
Vieille amitié, douce toujours !
Vieilles chansons, vieilles histoires,
Vieux souvenirs des anciens jours !

III
Grand'mère était la gaîté même :
On la trouvait toujours riant ;
Depuis le jour de son baptème,
Elle riait en s'éveillant.
De sa maison, riant asile,
Elle était l'âme ; aussi, depuis
Que son fuseau reste immobile,
On ne rit plus dans le pays.

IV
Le vieux moulin de mon grand'père
Tout comme lui s'est abattu ;
Le vieux fuseau de ma grand'mère
A la muraille est suspendu.
Et vous, couchés sous l'herbe épaisse,
Comme au vieux temps, encore unis,
Je crois vous voir quand le jour baisse,
Et tout en larmes je redis :

V
Ah! le bon temps qui s'écoulait
Dans le moulin de mon grand'père!
Pour la veillée, on s'assemblait
Près du fauteuil de ma grand'mère ;
Ce que grand-père racontait
Comme en silence on l'écoutait !
Et comme alors gaîment trottait
le vieux fuseau de ma grand'mère !
Comme il trottait !
Et quel bon temps ! quel temps c'était !


Édouard Plouvier (1821-1876)

dans Les Refrains du dimanche, cinquante chansons, par Charles Vincent et Édouard Plouvier, illustré par Gustave Doré, Coulon-Pineau éditeur, Paris 1856.

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Mon Jura


Si mon petit pays qui se cache dans l'herbe
N'a point de fier sommet, ni de ville superbe,
Si parfois on en parle avec un air moqueur,
Moi, je l'aime et le vois par les yeux de mon coeur.

II
Son souvenir m'est doux comme le chant des sources ;
Il a pour les songeurs de charmantes ressources,
Ces asiles de paix que les sapins lui font,
Au bord d'étroits sentiers coupant le bois profond.

III
Au creux de ses vallons, au coeur de ses villages,
Le babil des oiseaux nichés dans les feuillages
Se mêle aux bruits des champs, aux bruits de l'atelier ;
Il est fait pour rêver comme pour travailler.

IV
Si les Jurassiens sont gens simples et frustes,
Ils ont le serrement loyal des mains robustes,
Ils ont le franc regard de leurs yeux bien ouverts,
Ils ont le fond joyeux de leurs horizons verts.

V
Oui, tout est sain chez nous, le coeur comme le reste.
Tu n'as rien dépouillé de ta candeur agreste,
Malgré tout ce qui change et ce qui passera,
Tu seras, ô pays, toujours mon vieux Jura.

VI
Ne soyez pas surpris, en écoutant ces choses,
En songeant que là-bas j'ai coulé mes jours roses,
Ne soyez pas surpris que j'aime sans retour
Ma petite patrie avec mon grand amour !


Virgile Rossel (voir ici)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le ciboire doré


Je vous raconterai l'histoire
Que j'ai lue en un manuscrit,
Au sujet d'un petit ciboire
Qui fut doré par Jésus-Christ.

II
C'était à ces heures funestes
Où tout un peuple, contre Dieu,
Contre ses dons les plus célestes,
S'armait et du fer et du feu.

III
Comme on craignait un crime impie,
Une jeune fille s'avisa
D'aller prendre la Sainte Hostie
Et chez elle la déposa.

IV
Où la cacher ?... Dans son armoire !...
La pauvre enfant n'avait pas mieux,
Mais comment trouver un ciboire
Pour y placer le roi des cieux ?

V
Elle cherche dans sa vaisselle
Ce qui lui paraît le moins mal ...
Et choisit, modeste comme elle,
Un joli vase de cristal.

VI
On déroba le saint asile
Aux fureurs d'un peuple brutal ;
Le Seigneur demeura tranquille
Dans le ciboire de cristal.

VII
Mais quand, de sa cachette obscure,
Le précieux trésor fut tiré,
Ciel ! l'Hostie était blanche et pure
Et le ciboire était doré ! ...

VIII
Jésus avait empreint sa trace !!!
Tout ce qu'il touche devient or !
Et cette empreinte, à la surface
Du ciboire se voit encor.

IX
Ce n'est pas une parabole,
Je raconte un fait avéré.
Mais combien j'aime ce symbole
Du ciboire qui fut doré !

X
Jésus ! mon coeur est un ciboire,
Mais qui n'a rien de riche en soi;
Pour lui, renouvelle l'histoire
Du ciboire doré par toi !

XI
L'humilité, la modestie,
La patience, la douceur,
Voilà, divine Eucharistie,
La dorure que veut mon coeur.

XII
Mais le cristal se laissa faire !...
De nous il en est autrement,
Dieu nous dore comme ce verre,
Et nous brisons notre ornement.

XIII
O Jésus ! désormais fidèle,
Je ne yeux pas t'abandonner,
Et ne plus perdre une parcelle
De l'or que tu sais me donner.

XIV
C'est la morale de l'histoire
Que j'ai lue en un manuscrit.
Au sujet d'un petit ciboire
Qui fut doré par Jésus-Christ.


Mgr de La Bouillerie (1810-1882)
évêque de Carcassonne, archevêque de Perga, coadjuteur de Bordeaux
sur le site Bibliothèque Saint Libère sa biographie

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Le merle

Voici la Chandeleur. Les dernières gelées
Sont moins rudes, l'hiver se fond en giboulées.
La pluie aux bois ruisselle et fait, matin et soir,
Un bruit d'eau de moulin tombant du déversoir.
Mais le merle, parmi la bise pluvieuse,
Siffle gaîment déjà son aubade joyeuse.
L'allègre boute-en-train ne peut plus contenir
Sa joie, et dit partout : « Le printemps va venir ! »
Mars arrive, en effet, jetant des soleillées
A travers les forêts et les plaines mouillées.
Le printemps qui commence aux enfants est pareil ;
Le rire avec les pleurs alterne à son réveil.
Mais le beau merle noir, en dépit de l'averse,
Pressent la fleur qui pousse et la feuille qui perce ;
Il chante, et dans la haie où maint chaton jaunit
Il a déjà marqué la place de son nid.
Au cœur d'un saule creux ses petits, dans la mousse,
Durant les nuits de mars dormiront sans secousse ;
Et quand, tout emplumés, ils seront assez forts
Pour quitter le logis et se risquer dehors,
Ils viendront se chauffer sur la maîtresse branche,
Comme de bons bourgeois sur leur seuil, le dimanche ;
Tandis que sautillant d'arbre en arbre, et remis
En voix par un régal friand d'œufs de fourmis,
Le père lancera de claires vocalises
Dans les blancs merisiers et les jaunes cytises.


André Theuriet (1833-1907)
poète, romancier et auteur dramatique français
on trouve le poème dans cette Revue de l'enseignement Primaire du 2 février 1913
(page 9 du pdf)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



La fenaison


Le jour baisse ; les pins, qu'un vent tiède balance,
Du couchant sur nos fronts versent des reflets d'or.
Le vallon se recueille et le champ fait silence :
Dans le pré cependant les faneurs sont encor.

Les laboureurs lassés, remontant à la ferme,
Ramènent les grands boeufs au pesant attirail :
Chacun songe au repos, chacun rentre et s'enferme :
Les faneurs dans le pré sont encore au travail.

Les voyez-vous là-bas, au bord de la rivière,
Marcher à pas égaux, d'un rythme cadencé ?
Ils mettent à profit ce reste de lumière
Pour finir le travail dès l'aube commencé.

Sous le soleil de feu, sans trêve ni relâche,
Ils ont coupé les foins au village attendus ;
Ils ne partiront pas sans achever leur tâche,
Ils veulent qu'à la nuit tous leurs prés soient tondus.

De la rapide faux, l'éclair par instants brille,
A travers la distance il éblouit nos yeux ;
Par instants une voix d'homme ou de jeune fille
Arrive à notre oreille en sons clairs et joyeux.

Dans le calme du soir, il fait bon de l'entendre,
Il fait bon d'aspirer, dans un air frais et doux,
Ces odeurs de gazon, ces parfums d'herbe tendre
Qui du talus des prés s'élèvent jusqu'à nous.

Le jour s'efface au loin, ses lueurs étouffées
Meurent sur les hauteurs, s'éteignent sur les eaux :
Et chaque vent qni passe apporte par bouffées
L'enivrante senteur des herbes en monceaux.


Joseph Autran (1813-1877)
poète et auteur dramatique français
on trouve le poème dans cette Revue de l'Enseignement Primaire du 14 juillet 1895
(page 10 du pdf)

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Chant de Paix


Dans la plaine un doux murmure
S’éveille au vent du matin;
La nuit même, à peine obscure,
Répète un concert lointain.
Vers la terre qui repose
Et fleurit comme une rose,
Des hauts cieux voilés d’azur
Il vient un chant vague et pur.

Chant de paix, fraîche harmonie !
Voix de l’âme à l’âme unie !
C’est un hymne, chaque jour,
D’espoir , de vie et d’amour.

II
Tout est calme et sans nuage.
Père, mère, enfants, aïeul,
Sont assis, après l’ouvrage,
Sur le banc, sous le tilleul ;
L’arbre en fleur, de son grand dôme
Rafraîchit l’air qu’il embaume,
Et vers son feuillage noir
Bientôt monte un chant du soir.

Chant de paix, tendre harmonie !
Voix de l’âme à l’âme unie !
Comme un cercle sur les eaux,
Etends au loin tes échos.

III
Unis-toi, terre fleurie,
A cet hymne fraternel !
Et formons de la patrie
Le choeur saint, universel.
Nous, ses fils, disons sa gloire !
Assurons-en la mémoire !
Et jusqu’au sommet des temps
Qu’elle monte dans nos chants !

Chant de paix, grande harmonie !
Voix de l’âme à l’âme unie !
Ouvre au ciel ton aile d’or,
Au ciel porte un seul accord !


Juste Olivier (1807-1876)
écrivain, poète, romancier et érudit suisse
quelques-uns de ses poèmes dans ce livret édité pour le bicentenaire de sa naissance

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



La bataille


Là-bas, vers l'horizon du frais pays herbeux
Où la rivière, lente et comme désoeuvrée,
Laisse boire à son gué de longs troupeaux de boeufs,
Une grande bataille autrefois fut livrée.

C'était, comme aujourd'hui, par un ciel de printemps.
Dans ce jour désastreux, plus d'une fleur sauvage,
Qui s'épanouissait, flétrie en peu d'instants,
Noya tous ses parfums dans le sang du rivage.

La bataille dura de l'aube jusqu'au soir ;
Et, surpris dans leur vol, de riches scarabées,
De larges papillons jaunes striés de noir
Se traînèrent mourants parmi les fleurs tombées.

La rivière était rouge : elle roulait du sang.
Le bleu martin-pêcheur en souilla son plumage ;
Et le saule penché, le bouleau frémissant,
Essayèrent en vain d'y trouver leur image.

Le biez du Moulin-Neuf en resta noir longtemps.
Le sol fut piétiné ; des ornières creusées ;
Et l'on vit des bourbiers sinistres, miroitants,
Où les troupes s'étaient hardiment écrasées.

Et lorsque la bataille eut apaisé son bruit,
La lune, qui montait derrière les collines,
Contempla tristement, vers l'heure de minuit,
Ce que l'oeuvre d'un jour peut faire de ruines.

Pris du même sommeil, là gisaient par milliers,
Sur les canons éteints, les bannières froissées,
Épars confusément, chevaux et cavaliers
Dont les yeux grands ouverts n'avaient plus de pensées.

On enterra les morts au hasard... et depuis,
Les étoiles du ciel, ces paisibles veilleuses,
Sur le champ du combat passèrent bien des nuits,
Baignant les gazons verts de leurs clartés pieuses ;

Et les petits bergers, durant bien des saisons,
En côtoyant la plaine où sommeillaient les braves,
Dans leur gosier d'oiseau retenant leurs chansons,
Suivirent tout songeurs les grands boeufs aux pas graves.


André Lemoyne (1822-1907)
poète et romancier français
dans le recueil : Paysages de mer et fleurs des prés

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~


La pauvre fille


J’ai fui ce pénible sommeil
Qu’aucun songe heureux n’accompagne ;
J’ai devancé sur la montagne
Les premiers rayons du soleil.

S’éveillant avec la nature,
Le jeune oiseau chantait sur l’aubépine en fleurs ;
Sa mère lui portait sa douce nourriture ;
Mes yeux se sont mouillés de pleurs.

Oh ! pourquoi n’ai-je pas de mère ?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau
Dont le nid se balance aux branches de l’ormeau ?
Rien ne m’appartient sur la terre ;
Je n’ai pas même de berceau ;
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre
Devant l’église du hameau.

Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j’ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m’appellent jamais leur sœur.
Je ne partage pas les jeux de la veillée ;
Jamais sous son toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m’invite à m’asseoir,
Et de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille,
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.
Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j’adresse mes pas :
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois point étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas.

Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs :
J’y cherche la trace des pleurs
Qu’en m’y laissant peut-être y répandit ma mère.

Souvent aussi mes pas errants
Parcourent des tombeaux l’asile solitaire ;
Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents ;
La pauvre fille est sans parents
Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.

J’ai pleuré quatorze printemps
Loin des bras qui m’ont repoussée ;
Reviens, ma mère : je t’attends
Sur la pierre où tu m’as laissée.


Alexandre Soumet (1786-1845)
poète et dramaturge français

retour à la liste

~ ~ ~ ~ ~



Extase


J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles,
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles,
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel ;
Et les bois, et les monts, et toute la nature,
Semblaient interroger, dans un confus murmure,
Les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d'or, légions infinies,
À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies,
Disaient en inclinant leur couronne de feu ;
Et les flots bleux, que rien ne gouverne et n'arrête,
Disaient en recourbant l'écume de leur crête:
« C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu ! »


Victor Hugo (1802-1885)

retour à la liste