Vu d'ici

Comme le dit Marcel                                                            Juin 2012           


Bon, cet après-midi, je vais à la Poste.

Mais, suis-je bête !  Nous sommes mercredi. Elle est fermée, ma Poste. Je n'ai pas le choix, c'est la seule du canton. De mon temps, comme disent ceux qui sont plus près du cimetière que du berceau, chaque commune en possédait une avec deux ou trois facteurs distribuant le courrier à pied ou à vélo. Après une journée bien remplie, ils rentaient la sacoche vide avec souvent un sacré coup dans la musette…

Tant pis, mon colis partira demain. D'ailleurs, je vais en profiter pour aller à la Gendarmerie faire établir une procuration pour le vote de dimanche. C'est que je suis un bon citoyen, moi ! Enfin, un citoyen de la campagne, parce qu'il faut bien distinguer ceux des villes de ceux des champs, plus rustiques, plus frustres, forcément.

Bref, me voici devant la gendarmerie. Je tente d'en pousser la porte d'entrée qui refuse obstinément de se laisser faire. Pas normal à trois heures de l'après-midi ! Ils ne peuvent pas être en grève nos pandores, ils n'en on pas le droit…C'est alors que j'avise un petit panneau vissé sur la porte : "La gendarmerie est ouverte au public le lundi après-midi, le mercredi après midi, (mais ce jour-là la poste est fermée) le jeudi matin et le vendredi après-midi". Allons, je reviendrai demain…et j'en profiterai pour refaire mon plein de carburant, des fois que…

Cette fois, j'ai bien ajusté ma fenêtre de tir : la porte de la gendarmerie s'ouvre sans résistance. En revanche, derrière son guichet le représentant de la Loi garde un visage fermé.

Il me toise, suspicieux :

" Cprquoâ ?" Traduisez "c'est pourquoi ?"

C'est qu'il se méfie notre pandore. Ici, tout visiteur est un délinquant en puissance, surtout si, comme votre serviteur il a le visage un peu trop hâlé. Je ne sais pourquoi, je me sens envahi par un sentiment de culpabilité.

Je lui explique néanmoins l'objet de ma requête. Le visage de notre militaire se ferme davantage. Je dois remplir un formulaire qu'il me tend à regret.

"Si vous vous trompez, jette-t-il, tant pis pour vous, il faudra tout recommencer. Pas de rature ! "

Je m'applique, tel l'écolier observé par le maître. Bien-sûr, il me manque un document, un justificatif quelconque…faut revenir !

Ouf, après deux ou trois allers et retours et un plein de carburant, ma procuration est validée. Déjà, la veille, j'avais réussi à poster mon colis, in extremis car j'avis oublié que la poste ferme à 17 heures sonnantes  tous les jours où elle daigne être ouverte. Vous me suivez ?

"C'est ça, le progrès !" dit souvent Marcel.

Pour en revenir à mon devoir civique ne me demande jamais pour qui je vais voter, mais pourquoi je continue à voter  C'est que comme aux course, je suis un vrai looser ! Je ne tire jamais le bon numéro. Au premier tour des présidentielles, j'ai joué Méluche placé. Ce couillon a terminé 4ème ! Même pas sur le podium !

Au deuxième tour,  mon bourrin est arrivé en tête, mais comme ils n'étaient que deux concurrents et que ce n'était pas le prix de l'Arc de triomphe,  il était hyper favori, cela ne me rapportera pas ma mise.

Aux législatives, rebelote ! Le candidat se réclamant de Méluche a terminé dans les choux. Et là, cerise sur le gâteau, le Rossinante de l' UMP sur lequel je n'avais pas misé un fifrelin a battu d'une courte tête ma pouliche favorite. Je dois dire à sa décharge qu'elle n'est pas très connue sur les champs de course politiques.

Remarquez, j'aurais dû m'en douter, dans l'Aveyron, département rural s'il en est, le vote de droite prévaut. Sauf, évidemment dans les villes, mais des villes dans l'Aveyron…de gros bourgs, tout au plus.

Voilà. Bambi dispose d'une majorité inédite, l'Etat P.S. triomphant. Oui, mais pourquoi faire ? On n'en sait trop rien. On nous a rebattu les oreilles  sur la nécessité de donner au Président les moyens de son action. Mais de programme, point. Ou si peu. D'ailleurs, oubliant d'interroger les candidats sur les enjeux de la crise et la façon dont le gouvernement compte y remédier, les media, et pas seulement les people se sont passionnés pour le crêpage de chignon auquel se sont livrées l'ex et l'actuelle de Bambi.

Comme le dit Marcel, toujours lui : "c'est un Président normal, la preuve, il n'a connu que des nanas chiantes !"

Marcel  sait de quoi il parle, lui qui a collectionné  une dizaine de maîtresses successives qui lui ont pourri la vie.

Marcel, homme normal, a pour Bambi les yeux de Chimène. Il croit que le changement c'est maintenant.

A l'Assemblée Nationale, l'Aveyron est majoritairement représentée par des élus de l'UMP. Je vous l'ai déjà dit, les aveyronnais ne veulent contrarier personne. Ils ont voté pour un Président de gauche et des députés de droite.

Laissons le dernier mot à Marcel, qui médite, les yeux fixés sur son petit jaune :

"De toute façon on n'y peut rien, seule une bonne révolution pourrait renverser la donne. Mais les français n'y sont pas prêts, et je doute que ce soit demain.

De toute façon, c'est peut-être mieux ainsi : les révolutions génèrent un terreau fertile où naissent et prospèrent les dictatures."






Regrets                                                                                   Mai 2012



" On va finir par le regretter !"

Gaston m'observe et guette ma réaction.

Gaston, qui affiche sans complexe ses soixante-dix printemps, est une figure du village.

Ce vieux célibataire à la bedaine avantageuse et à la moustache en croc arbore toujours son éternelle redingote élimée dont la teinte douteuse a pu être verte. On y devine, à la fraicheur des auréoles, le menu de  son dernier repas. Aujourd'hui, Gaston s'est payé une omelette aux fines herbes…

"Tu crois pas qu'on va le regretter ?"

Gaston avance toujours en crabe. Non pas seulement à cause de sa patte folle que pour avancer  il  lance sur le côté avant de rapatrier sa jambe valide  mais aussi parce qu'en bon aveyronnais il aborde ses interlocuteurs par la bande, prêchant le faux pour savoir le vrai, appâtant ses victimes pour mieux les ferrer.

Moi, en vieux briscard, j'élude :

- Et toi, qu'en penses-tu ?

- Faut voir…

Toujours pour ceux qui sont contre, et contre ceux qui sont pour, Gaston n'aime pas l'ordre établi. Longtemps, il a milité au Parti Communiste jusqu'à ce qu'en 1981 des communistes entrent au gouvernement. Il s'est alors senti tout naturellement quelque sympathie pour le Front national avant de considérer qu'Arlette Laguillier était une personne tout à fait fréquentable. L'arrivée aux affaires du petit Nicolas fut pour lui une bénédiction. Il s'était découvert un adversaire à sa mesure.

Au lendemain du 6 mai, Gaston s'est réveillé avec la gueule de bois. L'élection d'un "président modeste" ne faisait pas son affaire.

"Le Nabotléon, on va le regretter, je te dis.  Comment veux-tu critiquer Bambi,  un mec qui réduit son salaire et celui de ses ministres, qui interdit le cumul des mandats, et fait entrer dix-sept femmes au gouvernement ? Si au moins il avait nommé Strauss-Khan à Matignon, on aurait pu se marrer ! pense donc, avec toutes ces nanas, il aurait introduit le coq dans la basse-cour !

"Remarque, il parait que chez les arabes Ayrault  signifie phonétiquement pénis. (aïro)

"Tu vois d'ici ces roitelets du Maghreb ou du Moyen-Orient racontant qu'ils ont reçu en visite officielle le Pénis français…en grande pompe, comme il se doit !  

Content de lui, il sort de sa poche une improbable blague à tabac et entreprend de se rouler une cigarette. J'admire la dextérité avec laquelle il fabrique son pétard alors que la nature l'a doté de mains de bûcheron plus habituées à charroyer  les billes de bois.

Quand il est lancé, on n'arrête plus Gaston :

" Bambi, il sait s'entourer. La Rama Yade,  je l'aimais bien, jolie tronche, mais avec la Najat Belkacem, on n'a rien perdu au change. Moi, quand je la vois à la télé je préfère sa tronche que celle de la Rachida. Question de goût. Mais le Maroc quel vivier de femmes pour nos politiques !

- Elles sont d'origine marocaine mais françaises et nées en France, corrigeai-je.

- J'en conviens. Mais admets que nos excellences ont un goût marqué pour le Maroc. Chirac y allait régulièrement en villégiature, Strauss-Khan y possède un Rhiad et voilà que notre nain de jardin est parti y roucouler avec Carla !

- Peut-être voulait-il que Carla Brunit ! En parlant d'Italie, ce serait bien que le repris de justice bordelais éprouve définitivement la tentation de Venise…

L'arrivée inopinée de Marcel ramène un peu de sérieux dans nos échanges. Marcel, c'est l'instit' à la retraite, l'intellectuel du village.

- Vous en êtes encore à parler politique, attaque-t-il. Cette élection c'est un non-événement. Ce sont les marchés qui nous gouvernent, pas les hommes ! La révolution  c'est quand il n'y a plus de pain et pas assez de brioche !

Marcel,  connu pour ses idées à l'emporte-pièce ne manque pas de bon sens :

"C'est pas la tronche à Sarko qui l'a fait battre, c'est le million de chômeurs en plus qui a provoqué la bascule, c'est la précarité !"

"Il voulait aller chercher la croissance avec les dents, les gens l'ont cru. Mais comment leur expliquer que les promesses n'engagent que ceux qui y croient !

"Il y a des gens tellement cons qu'ils imaginent qu'il y a plus cons qu'eux. Forcément ça les rassure.

 

- Bon, toi, l'intellectuel on a du mal à te suivre l'interrompt Gaston. Moi tout çà   m'a donné la pépie. Allez, venez boire un coup !

En bon aveyronnais, on décline poliment l'invitation, mais Gaston connaît les codes. A sa troisième sollicitation, nous nous laissons convaincre.

J'avais oublié de vous dire que Gaston est célibataire, mais qu'il ne vit pas seul. Sur le seuil de la porte, Raspoutine, son chien fidèle joue les paillassons. Gaston le repousse doucement et ouvre son buffet. A gauche les verres, à droite les boissons alcoolisées.

Gaston en extrait trois verres à la propreté douteuse plus translucides que transparents, avant d'empoigner l'inévitable bouteille de Ricard.

Marcel, rêveur, regarde son breuvage se troubler sous l'effet du glaçon.

" Les français font tout à l'affect : ils ont adoré Sarko avant de le jeter, ils aimeront Hollande avant de le virer. Comme l'écrivait Alfred de Musset :"Aimer, c'est là le point, qu'importe la maîtresse !

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! "

                                                                                                                                             Hamid Dali

 

 

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Cauchemar                                                                       avril 2012


Une rumeur assourdie mais grandissante m'a sorti de ma torpeur. J'ai quitté mon fauteuil Grand-Siècle, (je les préfère aux Voltaire) et me suis dirigé à la fenêtre.

Dehors, une foule immense vociférait :

-Da-li, sa-laud, le peuple aura ta peau !

Bleus de travail, salopettes, casquettes et bérets, pantalons de mauvais goût, trahissaient la condition modeste des manifestants.

"La France d'en bas",  me dis-je, rassuré, ou plutôt ses représentants, ces bras-cassés de syndicalistes.

Au premier rang, un bonhomme à la moustache Bovéante brandissait une pancarte sur laquelle figurait cette inscription : "casse-toi, pôv con !"

Mon sang n'a fait qu'un tour. – "Viens ici si tu es un homme !" Taillé comme un camion américain, l'homme s'est avancé, aussitôt bloqué par un triple cordon de CRS faisant avorter toute amorce de dialogue dont je suis pourtant si friand.

« Da-li, sa-laud, le peuple aura ta peau ! »

J'ai refermé la fenêtre. En ce jour béni du 7 mai 2012, le soleil était revenu, au terme d'une campagne diluvienne. La veille, la France reconnaissante m'avait reconduit pour un second mandat.

Oh, ce ne fut pas facile. Au premier tour, la Marine, toutes voiles dehors, avait lancé contre moi ses Sections d'Assaut, prétendant me déborder sur mon extrême droite. La naïve ! En  fin tacticien, le général Buisson l'avait précédée sur le champ de bataille et occupait déjà le terrain. Mais la populace avait surtout majoritairement voté pour Lou Ravi, mon concurrent le plus sérieux qui se voyait déjà à ma place.

Mais voilà ! Il ne sera pas dit que Simplet a fait la nique à Grincheux !

Je me suis enfoncé dans mon fauteuil, l'esprit vagabond. Que pouvait-on donc me reprocher ?

Mon premier quinquennat avait pourtant été exemplaire. Certes, la racaille occupe encore trop à mon goût les ghettos de nos métropoles. Les basanés y sont encore trop visibles. Mais avouez que j'ai des excuses : J'ai manqué de bras. En ne remplaçant pas un flic sur deux partant à la retraite, certains karchers me sont restés sur les bras.

Certes, un million de fainéants supplémentaires se sont inscrits chez Paul Emploi. Quel mauvais esprit ! Après tout, s'ils ne veulent pas travailler plus pour gagner plus, ça les regarde. Ils auraient pu prendre exemple sur moi : Omni-président, j'ai substantiellement augmenté mon propre salaire. Normal, c'est moi qui suis celui que je fais tout !

Certes, le tissu industriel part en lambeaux. Mais là, j'y suis pour rien : faute à la crise ! Et puis ce n'est pas grave, mes amis du CAC 40 me disaient l'autre jour au Fouque'ts que jamais leurs dividendes avaient été aussi élevés !

Certes, le trou de la sécu est abyssal, mais j'y travaille : en réduisant  leurs moyens aux hôpitaux, en empêchant les médecins de proximité de s'installer, je compte bien que les puent-la-sueur renonceront à se soigner : tout bénef !

Certes, j'ai regroupé les tribunaux et rogné sur les magistrats. J'espère ainsi convaincre les victimes des quartiers pauvres de renoncer à déposer plainte. C'est excellent pour les statistiques.

Certes, la dette atteint des sommets hymalaïesques. Qu'importe, je refilerai le bébé à mes successeurs. Dans cinq ans j'irai quant à moi faire du fric chez l'ami Bouygues. D'ailleurs, mes vieux jours sont assurés : j'ai épousé une grosse fortune.

Certains esprits chagrins se demandent par quel miracle j'ai été réélu.

Facile : quand j'étais mioche, je prenais plaisir à écouter, devant les Grands Magasins, les bonimenteurs qui vendaient leur camelote. Il fallait voir avec quelle dextérité ils manipulaient leurs ustensiles de démonstration devant un public ébahi, vantant l'épluche légume qui vous transformait une vulgaire pomme de terre en dés, en chips, en pommes allumette, voire en cœur….Sauf que les nombreux acheteurs, arrivés chez eux, renonçaient à utiliser l'appareil après plusieurs tentatives infructueuses et quelques sérieuses coupures aux doigts.

J'ai ainsi appris qu'avec du bagout et surtout beaucoup d'aplomb, on pouvait vendre n'importe quoi à n'importe qui…Y compris un programme électoral…

- Da-li-sa-laud, le peuple aura ta peau ! 

Je me suis réveillé en sursaut, la bouche sèche. Quel horrible cauchemar ! Sarkozy réélu ?  J'ai ouvert ma fenêtre pour respirer un grand coup. De foule hostile, point. Par-dessus le grillage,  mon voisin a lâché sa houe et levé une main molle en guise de salut…Non, on n'était pas le 7 mai. Seulement au lendemain du premier tour. Tout restait encore possible Ouf !

 

J'ai ouvert mon journal. Au premier tour, l'Aveyron a voté à gauche. Bambi batifole sur les terres du sud et de l'ouest du département. Mais les p'tits gars de la Marine  ont plus que doublé le précédent score de son père, cartonnant danss les hameaux de l'Aubrac peuplés de rares agriculteurs grassement subventionnés, mais où, comme chacun sait, l'insécurité est grande : si, la nuit,  en voiture, vous y êtes victime d'une panne de carburant, vous ne serez dépanné qu'au matin. Je ne saurais trop vous recommander de prévoir une couverture, en cette saison  les nuits sont froides !

 

                                                                                                                                                 Hamid Dali

 

 Repas de campagne                                                  Mars 2012                                                                                       



A Gillorgues, crise ou pas crise, on ne se laisse pas abattre. On ne manquerait pour rien au monde les repas thématiques organisés par le foyer rural, prétexte à  agapes pantagruéliques  fortement arrosées comme il se doit. Comme dans le célèbre village gaulois d'Astérix, on résiste encore et toujours à l'envahissante déprime qui semble avoir submergé le pays.

Aussi, lorsqu'on nous a annoncé que le plat principal consistait en un "sac d'os",  certains esprits chagrins ont cru naïvement que la récession nous avait atteints à notre tour.

Mais seuls les ignares, en l'occurrence les "estrangers", je veux dire ceux qui ne vivent pas dans l'Aveyron ont pu s'y tromper. Le sac d'os est un mets délicieux quoique roboratif : on remplit une panse de porc avec du plat de côtes et autres morceaux  d'échine, qu'on apprête avec toutes sortes d'ingrédients pour en relever le goût, et on fait cuire le tout. Beaucoup d'os, oui, mais surtout beaucoup de viande autour.

Le thème du jour étant l'Auvergne, soupe au lard et charcutailles s'imposaient en amuse-gueule,  puis  le fromage permettait de patienter jusqu'au dessert, l'Auvergne étant, comme le dit la pub un grand plateau de ces laitages.

A l'apéro, après sa troisième Salers, (Auvergne oblige),  mon vieux complice de la communale s'est essayé à l'humour gras : « Putain, quand on a parlé de sac d'os au menu, j'ai cru qu'on avait trucidé la Marie-Jeanne ! » 

Ici, tout le monde connaît la Marie-Jeanne, un grand échalas de fille, véritable sac d'os emballé dans une peau qui n'incite pas aux cochonneries.

A Gillorgues, je me tue à vous le dire, on ne fait pas de politique. On préfère parler du temps, du temps qui fait et du temps qui passe. Beaucoup de têtes grisonnantes, dans la salle, ces mêmes têtes qui, naguère  jeunes hommes conquérants, draguaient les jeunes filles faussement effarouchées en faisant le coup de poing dans les bals. Ces mêmes hommes, - c'était hier -  qui, lorsque la batteuse s'installait au village et dégorgeait son grain, montaient jusqu'au grenier, sans manifester le moindre rictus de souffrance, des sacs remplis jusqu'à la gueule et accusant un bon quintal sur la bascule.

Non, on ne parle pas politique, vous-dis-je. Cela pourrait dégénérer en bagarre générale, et on est venu s'amuser, que diable !

Pourtant, l'esprit un peu embrumé et le Saint-Pourçain aidant, je me suis risqué à apostropher mon voisin de table, (celui qui était assis à ma droite mais que je savais de gauche).

Tu crois qu'il va être battu, le "petit Sire" ?

Oui, je sais, j'ai emprunté à mon néanmoins ami du Bernadeil cet épithète heureux pour désigner l'excité de l'Elysée.

- Boudiou ! Sûr qu'il va être battu ! Je peux pas imaginer qu'il en soit autrement ! Tu crois pas qu'il a fait assez de dégâts comme ça ?

Autour de moi on fait chorus :

- Ouais, je sais pas si le Hollandais fera beaucoup mieux, mais en tout cas il pourra pas faire pire. Qu'il se casse ce pauvre c…

A l'autre bout de la table, ce n'est pas la même chanson :

- Arrêtez, les mecs, il n'a pas fait que des conneries ! Au moins il a viré pas mal de  parasites !

- Des parasites ?

- Ouais, les fonctionnaires surnuméraires, les Roms et tous ces putains d'étrangers qui vivent que d'aides sociales ! Sur nos impôts, bien-sûr !

-  Heureusement qu'on ne bouffe que du porc, ce soir, on est sûr au moins qu'il n'est pas hallal, surenchérit un aviné.

- Qu'est-ce que tu as contre les étrangers ? Ma mère était polonaise, intervient mon voisin de droite.

- C'est pas pareil, tu vas pas quand-même comparer une polonaise et un arabe !

- Toi tu es mûr pour voter Marine !

- Et toi Mélenchon !

Les deux camps se toisent. L'atmosphère se fait électrique et pourtant on n'en est encore qu'au champagne servi avec le dessert  et le pousse-café reste à venir…

Par bonheur, à Gillorgues, nos épouses sont  des maitresses femmes qui, il faut le reconnaître, ne manquent pas d'habileté pour imposer le cessez-le-feu. :

- On n'est pas venues ici pour entendre toutes vos conneries, ça va nous couper la digestion ! Tiens, Julien, toi qui en connais de bonnes, si tu nous racontais une blague ?

Et Julien, qui n'est ni de gauche ni de droite puisqu'il se situe dans un marais centriste tendance 3B, (Bayrou Borloo Baylet) s'exécute de bonne grâce :

"C'est l'histoire de ce chauffeur routier qui doit effectuer une livraison à Lyon. Sur le bord de la route, il croise une ravissante auto-stoppeuse que, bien-sûr, il embarque. La chair est faible!  Ne pouvant résister, il lui propose la botte. La belle consent à condition qu'il la prenne par là où la nature ne l’avait guère prévu. Qu'à cela ne tienne ! Notre bonhomme se gare sur le premier parking venu et entreprend sa conquête. Son affaire étant faite, le routier, content de lui, se rhabille en chantonnant : "Je suis Léon, je vais à Lyon, avec mon beau camion !"

En écho, il entend la voix de l'auto-stoppeuse devenue subitement grave chantonner à son tour " Je suis Léo, je suis homo, je viens du bal masqué de Pau !"

 

Mon voisin de droite, rêveur :

- Ton histoire ressemble bougrement au rapport qu'ont eu les français avec Sarko !


                                                                                                                                                  Hamid Dali

 

 

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UN PETIT JAUNE ?                                                                                                          février  2012



 

Le nez rubicond reposant douillettement  sur sa moustache givrée, la tête de mon voisin apparaît par-dessus le grillage.

-  "Fa pa caou !"

-   Non, il ne fait pas chaud, traduis-je.

Evidemment nous évoquons ce froid sibérien qui a envahi la France, et forcément, nous osons une comparaison avec ce terrible hiver 1956 que même mon néanmoins ami Michel Del Fat du Bernadeil n'a pas pu connaître malgré son âge avancé.

-  "Ca avait commencé au début du mois de février, comme cette année, et même le vin avait commencé à geler dans la souillarde ! ".*   Il y a des souvenirs qui marquent.

Gaston, (c'est son prénom),  me tire par la manche.

- " Allez, viens boire un coup, ça nous réchauffera.

Pour la forme, je décline l'invitation. A Gillorgues comme partout dans l'Aveyron, nous avons nos codes. D'abord, refuser l'invitation. A la deuxième sollicitation avoir l'air partagé entre acquiescement et refus. A la troisième, accepter franchement.

Gaston a allumé un grand feu de bois pour soulager son chauffage central. Dans son salon, il règne une douce chaleur qui contraste avec les -8° à l'extérieur et il n'est que 6 heures du soir.

- Un petit jaune ?

Chez nous c'est : "un Ricard, sinon rien !" comme le dit la pub. Gaston, qui n'a pas de doseur et  la main un peu lourde, persifle : "Avec ou sans glaçon ? "

Au troisième verre, mon interlocuteur dont le nez a pris un teint écarlate me regarde en coin :

- Dis-donc, toi qui a été gendarme, qu'est-ce que c'est cette histoire de flics qui ont fait des

faux pour enchrister d'autres flics ?

Je renonce à lui expliquer que je n'ai jamais été gendarme mais flic, justement. Ici on ne fait pas la différence : on les fréquente rarement et seulement au café du canton.

- Tu veux parler de l'I.G.S, l'Inspection Générale des Services de la préfecture de Police qui aurait bidonné une procédure pour mettre en cause Yannick Blanc le chef du bureau des étrangers parisien ?

- Ouais, j'ai lu ça dans le journal…

- Tu sais, tout ça, c'est politique. Il se trouve que Yannick Blanc, (qui, au passage n'est pas flic) est proche de la gauche. Il occupait un poste sensible où la bande à Sarko avait besoin de placer l'un des siens. Il était facile de l'évincer en lui accordant une promotion, mais son entourage a cru pouvoir faire d'une pierre deux coups en faisant éclater un beau scandale mettant en cause des hommes et des femmes connus pour leur proximité avec les socialos. Parmi eux, il y avait d'ailleurs un ancien garde du corps de Daniel Vaillant, l'ancien ministre de l'Intérieur de Jospin. Les Sarko boys ne reculent devant rien pour servir leur maître et l'IGS est un instrument du pouvoir. Ils n'ont pas hésité à faire des faux pour arriver à leurs fins…

-  Dis-donc, tes gars de l'IGS, c'est des flics ou la Gestapo ?

-  Je n'irai pas jusque là, faut pas exagérer. D'ailleurs, lorsqu'ils ont à traiter de simples dérapages ou malversations commises par les personnels de la Préfecture de Police, ils font leur boulot assez correctement. Ils sont généralement choisis parmi leurs collègues de la P.J. car ils doivent parfaitement maîtriser la procédure pénale. Mais certains sont recrutés suivant des critères qui me laissent dubitatif.  Je me souviens que l'un d'eux qui servait à l'époque dans un service territorial de la Police Judiciaire. Il avait détourné, à la suite d'une saisie provenant d'un cambriolage, un magnifique manteau de fourrure en vison. Il est vrai que sa maîtresse du moment était frileuse.

On lui avait alors demandé de choisir entre une révocation accompagnée de poursuites judiciaires ou une affectation à l'IGS. Il a préféré assurer ses revenus, une maîtresse coûte si cher à entretenir !

Alors, comme tu l'imagines, on l'a affecté dans une section spécialisée dans les coups tordus…

Depuis Vidoq, ce coupe-jarrets devenu préfet de Police, peu de choses ont changé dans la "Grande Maison"

- Mais qu'est-ce que tu appelles les "Sarko boys ?"

-  Des hommes proches du Président-Candidat. A vrai dire,  les plus en vue étaient à l'origine surtout  proches de Charles Pasqua. L'actuel ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a été Secrétaire Général de la Préfecture des Hauts-de Seine ce département dont Pasqua était président du Conseil Général. Quand Pasqua a été nommé ministre de l'Intérieur, il a appelé Guéant à son cabinet avant de le bombarder Directeur Général de la police.

Michel Gaudin,  l'actuel préfet de Police, a été secrétaire Général du Conseil Général des Hauts de Seine quand Pasqua en était le Président, lequel l'a nommé Directeur du Personnel de la Police. Sarko a ainsi hérité des hommes liges de Pasqua… Squarcini, l'actuel chef de la DCRI, une officine mêlant services secrets et renseignements généraux créée par notre président-candidat, est d'origine Corse, comme Pasqua, qui lui a favorisé sa carrière…Passe moi la rhubarbe, je te passerai le Séné.

De fait, Sarko aime bien se servir chez les autres. Chargé de préparer l'élection de Pasqua à la Mairie de Neuilly, il profite d'une indisposition passagère de celui-ci pour s'y  faire élire à sa place. Devenu Maire, il célèbre le mariage de Laetitia avec Jacques Martin, (celui de la télé,)  et il la lui fauche quelques temps plus tard. Il ne s'en est jamais vanté, mais Jacques Martin est allé lui mettre son poing dans la figure, ce qui a valu au futur président de faire consigner sa mésaventure dans un commissariat parisien…Devenu président, il a débauché quelques caciques socialos, et maintenant il pille les idées du Front National…

-   Un vrai coucou, en somme…

-   Un vrai coucou devenu rapidement cocu de Laetitia avant de faire cocu les Français…mais c'es la loi du genre, chez les politiques.

 

Passé le 5eme Ricard, Gaston se fait philosophe.

-  "Le problème, avec les politiques, c'est que certains sont sans doute sincères et ils veulent réellement changer les choses. Après tout, les peuples ont besoin d'être gouvernés. Mais une fois élus, ils sont comme les morpions : la place est si chaude et douillette, que pour les en déloger, bonjour !"

 

Satisfait de sa saillie, Gaston, avec une élégance qui n'appartient qu'à lui se gratte consciencieusement l'entre-jambes.


                                                                                                                                    Hamid Dali

 



* La souillarde était une petite pièce généralement voutée,  pourvue d'un évier en  pierre et ouvrant sur la pièce commune. On y entreposait et lavait la vaisselle.



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CONTE DE NOËL                                                                                                                   janvier  2012

                                                                                                                                                                                                                                                          La fête est finie. Dans mon village, on a décroché les dernières guirlandes de Noël, éteint les derniers lampions.

    

On a un peu la gueule de bois, bien-sûr, et l'estomac embarrassé. Pour éviter de se prendre les pieds dedans, on remise dans les placards la  kyrielle de jouets en plastique toxique "made in china" que le père Noël a apporté aux enfants et dont, leur premier émerveillement  passé, ils ne veulent déjà plus.

L'ancien curé de Gillorgues, (paix à ses cendres), ne croyait pas au père Noël. Ce mécréant prétendait que c'était le petit jésus qui apportait leurs joujoux aux enfants. A croire que père Noël faisait de la concurrence  au Père qui est aux cieux. De doctes agnostiques affirment d'ailleurs que la naissance du Christ a été située par les premiers chrétiens au 25 décembre pour contrer les fêtes païennes célébrant l'allongement des jours  après le solstice d'hiver.

Bref, les fêtes passées il a bien fallu émerger de cette torpeur que nous confère la trêve des confiseurs, allumer la radio ou la télé, et lire les journaux.

Pas beau du tout le monde réel. Avec un sens du raccourci qui m'a laissé dubitatif, un journal régional titrait à la une : "Le cadavre de Perpignan : placé en garde à vue".

Je ne veux pas être pessimiste, mais je crains que l'interrogatoire du macchabée donne du fil à retordre aux enquêteurs.

De l'autre côté du mur, mon voisin, qui a du bon sens, me lance :

"Moi, je regarde chaque jour les JT de Jean-Pierre Pernot et de Claire Chazal, et ainsi j'ai l'impression que c'est Noël toute l'année ! " Pourtant cette année il n'est pas impossible que le père Noël joue les prolongations au-delà de  Pâques. Deux impétrants, en effet se disputent la corde et se préparent à nous asséner, comme au téléthon, force promesses de dons.

Dans la hotte de Saint Nicolas, le tartarin de l'Elysée, cet hercule aux petits bras qui prétendait nettoyer au Karcher les écuries des banlieues et tirer la croissance avec les dents, on devrait trouver de belles baisses de prix et du chômage, des salaires en hausse vertigineuse et une douillette couverture sociale.

Et peu importe si, avec des mines gourmandes le premier sinistre, son père fouettard, ce Cassandre des temps modernes nous prédit l'apocalypse sur des airs de "je vous l'avais bien dit ! Les enfants pas sages  qui ont voté à gauche il y a quinze ans doivent être punis !"

Plus énigmatique, le père Noël Corrézien, alias l'inconsistant, nous réserve à n'en pas douter des cadeaux surprises dont il entretient savamment le secret.

Comme le dit mon voisin, (pas celui qui est de l'autre côté du mur, celui qui est de l'autre côté du grillage), "de toute façon, que ce soit l'un ou l'autre ça ne changera rien, c'est pas les politiques qui nous gouvernent". Et de citer avec un accent aveyronnais à couper au laguiole "Standards & Poors et autre Moody's,", ces pelés, ces galeux qui font la pluie et le beau temps et dont nous vient tout le mal.

Moi, pour étendre ma culture, je pousse parfois jusqu'au café du canton où j'ai mes habitudes. La tenancière, qui couve d'un œil torve sa caisse enregistreuse tout en surveillant sa basse-cour de clients, détient sur chaque propos un avis à géométrie variable :

"Hollande a raison, lance un consommateur, Sarkozy est vraiment un sale type !"

C'est bien vrai ça approuve la gargotière.

- Il a pas fait que des conneries lui rétorque son voisin. Il a bien fait de réduire la voilure de ces fainéants de fonctionnaires.

- C'est vrai aussi ! répond la tenancière en écho.

- Tiens, ça me fait penser que je dois aller à la Poste.

- Hé, couillon, elle est fermée ta Poste, tu sais bien que maintenant elle n'ouvre pas le mercredi ! C'est ta voilure de fonctionnaires qui est trop réduite !

- En parlant de voilure, ajoute un troisième pilier de bar,  moi je crois que je vais voter Marine !"

Mon voisin de comptoir, un UMP qui "ne fait pas de politique", les yeux plongés dans la rubrique des faits divers de son journal soupire : "Il s'en passe, des choses, dans l'Aveyron, des choses pas belles du tout : un fils qui, prenant sa mère pour un punching-ball, a failli l'envoyer ad patres, un père de famille qui confond ses enfants avec des sex-toys…"

- Té, remarque mon voisin de droite qui a de la suite dans les idées, on parle plus de Strauss-Kahn…

- C'est vrai, çà, dommage, on s'amusait bien !

La conversation prenant un ton égrillard d'où il ressortait que toutes les femmes de l'univers ne savaient pas tout ce qu'elles perdaient à ne pas fréquenter ces pieds nickelés, je suis retourné à la maison, où ma femme à moi, courroucée par mon retard, m'a assené que je ne savais pas ce que je perdrais, moi, si elle se décidait à retourner chez sa mère.

Ainsi va la vie au village…semblable, à n'en pas douter à celle de bien d'autres villages de notre douce France où "c'était mieux avant".

Nostalgie, quand tu nous tiens ! Il me souvient d'un temps déjà très ancien où l'on cultivait la solidarité comme on cultivait son jardin. Le vieux curé du village, (Dieu ait son âme), avait une bedaine qui lui remontait jusqu'au double menton. Il est vrai qu'il aimait la bonne chère et ne dédaignait pas le péché de chair. Mais, bien que pauvre comme Job, ce saint homme était "toujours du côté des pauvres ruisselant" comme dirait Michel Naudy citant Victor Hugo, son maitre à penser (1). Lui apportait-on une volaille ou un gibier tout apprêté ? Il courait en faire don aux nécessiteux. Une nuée d'orage menaçait-elle ? Il ôtait prestement sa soutane, et, retournant ses manches, il prêtait la main aux agriculteurs.

Ce sans le sou soulageait même ses paroissiens aux fins de mois difficiles en leur prêtant quelque argent trouvé je ne sais où et remboursable, bien-sûr au taux zéro… quand il était remboursé… Le verbe haut, le caractère bien trempé, notre Don Camillo du village donnait à ses fidèle envie de croire en Dieu et aux mécréants, dont je suis, envie de croire en l'Homme…

 Voilà, cher lecteur, (mon néanmoins ami Michel prétend qu'il n'est pas le seul à me lire)  chers lecteurs, donc, c'était mon conte de Noël).

Il n'y en aura pas d'autre, car, si j'en crois radio comptoir, la fin du Monde est prévue au 21 décembre 2012.

Bonne année quand même !

                                                                                                                                                      Hamid Dali

 

(1)            C’est pas vrai !

           MSN

 

 

 

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C'EST LA CRISE                                                                                                    octobre  2011

 

 

C'est la crise, mon pôv' mossieur ! Dans le commerce, c'est bien connu, il est

de bon ton de toujours se plaindre. Mais ce commerçant là semblait sincère. Pourtant, ce n'est pas  le chaland qui manque dans cette station balnéaire très courue de la Costa Brava, l'une des plus chics d'Espagne qui attire régulièrement des touristes venus de toute l'Europe. Depuis peu, on y croise aussi les Tunisiens et les Egyptiens du printemps arabe, et même quelques ressortissants du Moyen-Orient. En cette journée d'arrière saison où le thermomètre affiche allègrement ses 33° sous les palmiers, (on est à la mi-octobre, s'il vous plait !) les touristes jouent les prolongations. Et pourtant, c'est la crise… Un peu plus loin,  ce restaurateur qui propose d'appétissants produits de la mer grillés à la "planxa" confirme : " Au mois d'août, les rues étaient noires de monde. A se marcher dessus ! Mais voilà, le touriste boude boutiques et restaurants. Autrefois, on refusait du monde. Maintenant on arrive à remplir les terrasses, et encore…mais à l'intérieur, les salles sont désespérément vides. Pourtant, les prix sont restés sages, mais les clients n'achètent plus rien ! La crise, vous dis-je !"

Après avoir conseillé à ces sinistrés de rejoindre les "indignados" madrilènes, nous sommes remontés dans l'Aveyron, ce havre de prospérité où le chômage plafonne à moins de 6%. Il faut dire que chez nous il n'y a pas de fainéant comme le dit mon voisin. Le travail, ça se trouve ! Il suffit d'aller le chercher ! Et parfois, on va le chercher loin, à Paris surtout où "la limonade" tient le haut du pavé,  mais aussi jusqu'en Argentine où quelques vagues ancêtres de mon beau-frère ont créé une colonie devenue prospère et aujourd'hui célèbre.  Bref, la crise ? Quelle crise ?

Avant de nous octroyer quelques jours de farniente, nous sommes allés voter. Bon, c'était un vote pour rire, puisqu'il s'agissait de choisir un candidat à la candidature. Curieux et inquiets à la fois, nous avons pris quelques précautions en garant la voiture loin du bureau de vote. Parce que chez nous, on ne fait pas de politique. Curieux, parce qu'on voulait voir qui, près de chez nous, partageait "les valeurs de la Gauche". Des fois qu'on surprenne notre voisin ! Inquiets parce qu'on ne voulait pas être reconnus nous même et catalogués bolcheviques. Heureusement, Valls étant candidat, on pouvait se dédouaner en disant qu'on avait voté pour le mec de droite. D'ailleurs Chirac avait bien dit qu'il voterait pour le candidat François ! Et là, patatras ! Le chef du bureau de vote ne m'a même pas demandé de carte d'identité ! Cela se comprend, il m'a connu chenapan à l'époque où son épouse était l'institutrice du village !

Quant à moi, séduit par la croisade anti mondialiste de Montebourg, j'ai voté pour lui. Je l'avais rencontré avant même qu'il entre en politique. Candidat socialiste à la députation, il prétendait secouer  la fourmilière de la rue Solférino.

Hélas, cent fois hélas, le candidat de la rupture de gauche s'est rallié "à titre personnel" à l'inconsistant François.

Pour le deuxième tour, nous n'avons pas eu à nous cacher. Le P.S. avait organisé son scrutin dans un local aimablement prêté par la mairie mais où étaient dans le même temps exposées les œuvres d'un artiste peintre local. Oh, pas du Picasso, bien-sûr,  pas même  période rose, mais quelques nus de belle facture. Visiblement ce n'est pas Martine qui avait servi de modèle.                                                                 

Voilà. Nous savons à présent que le deuxième tour des présidentielles opposera Bonnet noir à Bonnet rose (très pale).

Bonnet noir, qui pour l'heure fait des efforts surhumains pour se faire oublier. Déjà, en 2007, il nous avait expliqué qu'il serait le candidat de la rupture. Ministre de Balladur, puis de Chirac, il nous était apparu, par un tour de passe-passe dont il a le secret, comme un homme neuf. On allait voir ce qu'on allait voir. On a vu.

Mais les français ont une phénoménale capacité d'oubli. Eteignez, pour quelques mois les projecteurs braqués sur moi, le temps que je change de veste et je vais réapparaître, au printemps 2012 tout beau, tout neuf. Le printemps de Neuilly, en quelque sorte. Le Poutine des beaux quartiers.

Nous, on fait pas de politique. Néanmoins, on est fiers de célébrer le cinquantenaire de la mort de Paul Ramadier. Oui, oui, celui qui inventa la vignette auto soi-disant pour améliorer l'ordinaire des petits vieux.

Mais les français ont la mémoire courte. Ils oublient qu'il fut aussi l'un de ceux (rares) qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain, entra en résistance, sauva quelques juifs, et devenu le premier président du Conseil de la IVème République, fit voter d'importantes lois sociales.

Oui, les français ont la mémoire courte. Ils ne se souviennent que de la vignette.

D'ailleurs, ils ont déjà oublié que "Chamalo" encore surnommé « l'inconsistant de Corrèze » fut le Premier Secrétaire du P.S. qui fit perdre à la gauche deux législatives et deux présidentielles.

Encore un candidat de la rupture…


                                                                                                                                                                            Hamid Dali



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Page blanche                                                                                    septembre 2011


                                                                                                   

 


Ah, le vertige de la page blanche ! Lorsque mon rédac' chef  et néanmoins ami m'a demandé de reprendre du collier pour noircir quelques pages du Kanal et commenter une actualité il est vrai très riche, j'ai "flippé". Bien-sûr, il y aurait beaucoup à écrire, mais ce pervers avait précisé : "l'actualité vue de Gillorgues." Gillorgues est un petit village endormi, blotti dans un nid de verdure, quelque part sur les derniers contreforts du Massif Central !

D'abord, chez nous, c'est entouré de collines, alors, forcément, cela restreint notre horizon. Et puis, ici, on ne fait pas de politique, et on évite les sujets qui fâchent. En bon citoyen, lors des échéances électorales, on se rend massivement aux urnes et on élit un député de gauche, un conseiller général de droite et un maire sans étiquette. Il faut nous comprendre, on ne veut vexer personne.

Chez nous, on commente plus volontiers le dernier repas champêtre pris en commun, 150 couverts, tout de même…on évoque le temps qu'il a fait, on disserte longuement sur le temps qu'il fait, et on se risque à quelques pronostics sur le temps qu’il fera. On convient du fait que les agriculteurs et les jardiniers ont besoin de pluie, que les vacanciers et les retraités préfèrent le soleil, et que les jardiniers-retraités sont partagés. Mais le temps, c'est comme le gouvernement : on prend celui qui vient, fataliste ! Il faut imaginer Sisyphe heureux, disait Camus. Oh, n'allez pas croire qu'on ne suive pas l'actualité ! A preuve, notre vieille voisine a baptisé  le coq de ma vieille mère "Strauss Khan" au prétexte qu'à peine le poulailler ouvert il honore avec une énergie dont on serait presque jaloux les quinze poules de la basse-cour. Quant à l'adorable petite chienne de l'ancien conseiller municipal, interminable saucisse à pattes, elle répond au doux nom de Carla.

Bref, on suit l'actualité…sur le journal local de préférence, qui relate avec un luxe de détails chaque accident de la circulation, avec ou sans hémoglobine, ou bien les résultats du dernier concours de quilles. On épluche la rubrique nécrologique en attendant paisiblement son tour. On suit religieusement la grand-messe de Jean-Pierre Pernot sur TF1 lequel nous apprend que le père Gustave, 85 ans aux prunes, a rouvert à Pamparigouste son atelier de sabotier…le temps d'une prise de vue. 

Il y a bien longtemps que l'école a fermé, et les bigotes ne se consolent pas de n'avoir plus de curé. Plus de cloche pour ponctuer les étapes de la vie, plus de commerce, dans ce village dortoir, dans ce village mouroir, autrefois florissant comme en témoignent quelques maisons aussi cossues qu'ancestrales.

Et pourtant, Gillorgues grouille d'enfants. Mais le car de ramassage scolaire les avale au petit matin pour les régurgiter le soir au moment où papa et maman rentrent de leur journée de travail… A la ville.

Il y a peu, c'était la rentrée scolaire. Une rentrée sans problème nous a assuré Luc Châtel, notre ministre de l'Education né aux Etats-Unis…non, vous confondez, ce n'est pas lui qui est né en Corée. Bref, une rentrée «» avec plein de profs et d'instits en moins et plein d'élèves en plus. C'est plus rentable en termes de budget, parait-il, mais en termes de retour sur investissement, cela reste à voir.

Bref, Kévin était content de rentrer à l'école, pour retrouver ses copains et sa maîtresse. Il l'a dit au micro de France-Inter. Les télés n'ont pas été en reste, Chloé, Jordan, et j'en passe y ont été de leur petite phrase attendrissante. Ah, ces chères têtes blondes ! 

Mouloud, lui, n'a pas été interrogé. On avait trop peur que ça lui prenne la tête. Il faut le comprendre après tout. Parce que Mouloud n'est pas bête. Il sait que l'école, c'est du temps perdu. User ses fonds de culotte sur les bancs des écoles pendant quatorze à vingt ans, au bas mot, tout cela pour savoir remplir un formulaire chez Paule, pardon, chez Pôle Emploi, quel gâchis !

Il y a peu, c'était aussi la rentrée judiciaire pour Jacou le Croqueur. Il faut dire que depuis qu'il n'est plus aux affaires, notre ancien président a la cote. Nous, ici, on l'a toujours aimé. Il est vrai que nous sommes tous un peu paysans dans l'âme, nous qui avons ou avons eu un parent agriculteur. Lui, au mois n'a pas peur d'aller au cul des vaches, et il apprécie la tête de veau. Et économe, avec ça. Les médisants affirment qu'il n'a jamais mis la main à son portefeuille, confondant son argent et l'argent public, ses électeurs et les employés de la mairie de Paris. Ce côté auvergnat ne nous déplaît pas, nous qui connaissons la valeur de l'argent. A Gillorgues, une bonne douzaine de nos familles sont montées à Paris, investir dans une affaire, car ici, il pousse surtout des cailloux. La limonade, ça a eu payé. Mais ce n'était pas facile ! Il a parfois fallu ruser avec le fisc en transvasant quelques bouteilles de Ricard achetées au supermarché du coin dans des bouteilles facturées et  marquées de l'estampille officielle ! On se débrouille comme on peut…pas de quoi en faire tout un pastis !

Alors, on est avec toi, Jacou ! Ils vont quand-même pas te condamner pour des broutilles !

Pourtant, sans faire de politique, on ne comprend pas que tu veuilles voter Hollande ! C'est vrai, ce qu'on raconte, t'aurais plus toute ta tête ? D'accord, François est un pays à toi, mais tout de même ! Tu aurais dit Manuel Valls, à la rigueur…non, pas Valls, au fait c'est un crypto Sarkozyste. Sarkozy…Ah, celui-là ! A Gillorgues, on ne fait pas de politique, mais on aimerait bien qu'il prenne un long, très long congé parental…


                                                                                                            

    
                                                                                                                                                           Hamid Dali
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