Histoire du bulldog


L’histoire du Bulldog est longue et pleine de zones d’ombre. Il est très difficile de dater sa création car les écrits d’époque sont peu précis sur le standard et le nom du chien. La langue Anglaise a beaucoup évolué à travers le temps et ne s’est formalisée qu’au 18 eme siècle, faisant ainsi varier le nom de la race avec l’évolution de la langue.

Les Origines

Quand les Romains envahirent la Bretagne (l’Angleterre), ils durent faire face aux chiens les plus féroces jamais rencontrés qui se déclinaient en 2 types molossoïdes : large et petits. Tous deux possédaient un courage et une férocité hors norme.

Après la conquête Normande de 1066, on retrouve l’apparition de ce type de chiens dans les écrits.

En 1209 à Stamford, le conte de Warren aimait regarder les chiens de boucher s’affronter avec les taureaux et il fit don d’un champs aux habitants de la ville afin qu’ils organisent des combats le jour de la Saint Brice chaque année. La description du chien utilisé était plus détaillée « …yeux marrons clairs, museau court comme un singe, poil ras et dans les marrons, dos large, pattes hautes et musclées… ».  On les appellait « Alaunt ».


Comme l’explique en 1406 Edmond de Langley, duc de York, dans son livre « Master of Game », il y avait 3 variétés de « Alaunt », Alan Gentil, Alan Viature et Alan de Boucherie.

Seul ce dernier était utilisé contre les taureaux.

Sous le règne de Elizabeth I (1558-1603), les combats contre les taureaux et les ours devinrent très populaires.

C’est en 1631 que le nom bulldog fit son apparition pour le distinguer des Mastiffs. Dans la lettre de Preston Eastwick, marchand Anglais vivant en Espagne demandait dans son courrier à destination de l’Angleterre « …a good mastive dogge…and two Bulldoggs. »

En 1707, Guy Miege écrivait « nos Mastiffs, spécialement ceux que l’on appelle Bulldogs ont un courage incroyable… »


Combat et cruauté

Les combats d’animaux étaient réservés au début aux rois et à leur cour. Mais les puissants ont vite compris qu’il vallait mieux donner du « pain et des jeux » à son peuple afin qu’il ne réflechisse pas trop à sa pauvreté et à sa condition sociale.

Les combats de taureaux devinrent très rapidement populaires et plusieurs facteurs peuvent l’expliquer.

La mentalité envers les animaux était différente surtout pour le chien comparativement à nos jours. Une race de chien était alors créee par l’homme uniquement pour le servir ou le divertir (combat, chasse, guerre, gardiennage). Un chien devait etre utile.

L’éducation des masses était proscrite et laissait donc place aux instincts les plus primaires.

Les classes pauvres ne pouvant s’offrir le luxe d’avoir des animaux sauvages (lions, tigres,…) à mettre face à leurs chiens, utilisérent l’animal le plus agressif et le plus commun à leur disposition, le taureau.

Les combats de taureaux étaient aussi un lieu de paris et donc une possibilités de gagner beaucoup d’argent en peu de temps.

Enfin, les Anglais considéraient que la viande d’un taureau qui avait combattu des chiens était plus tendre.

Le taureau était attaché à un piquet par une chaine ou un corde de 5 à 10 metres et en face 2 Bulldogs, qui étaient remplacés par 2 autres lorsqu’ils étaient morts ou blessés..

Les 2 chiens face à lui devaient mordre et ne pas lâcher son museau . Le museau étant la partie la plus semsible si le chien arrivait à « verrouiller » à cet endroit, le taureau était impuissant.

Les Bulldogs, quant à eux, devaient attaquer presque en rampant pour exposer le moins de surface possible aux cornes du taureau.

C’est pourquoi les grands Mastiffs ou Alaunts n’étaient pas adaptés car trop grands et pas assez rapide face à l’agilité du taureau.


Les Bulldogs utilisés étaient par conséquent de taille moyenne (42-43 cm au garrot), léger (20-25 kg) pour la rapidité et l’agilité, courageux, athlétiques, robustes, prognathes pour permettre une forte prise en étau et un museau court pour faciliter la respiration lors de la prise.

L’être humain ayant une imagination sans borne lorsqu’il s’agit de cruauté n’épargna pas les Bulldogs et les taureaux.

Les récits des commentateurs de combat de l’époque regorgent malheureusement d’anecdotes les plus atroces les une que les autres.

Par exemple, les sabots avant du taureau étaient coupés ainsi que les oreilles et la queue ou ses flancs tailladés pour le rendre plus agressif.


On faisait couler de l’huile bouillante dans les oreilles des Bulldogs épuisés par le combat et qui ne développaient plus assez d’agressivité, on mettait du sel sur leurs plaies, du poivre dans leur narine et on mettait le feu sous eux pour les obliger à se remettre debout.

Un éleveur a coupé les pieds de sa chienne avant de l’envoyer au combat pour prouver sa tenacité et sa férocité afin de vendre plus cher ses chiots et il fini par lui couper la tête.

La folie humaine est sans limite et les animaux en ont fait les frais.




Le déclin

Les combats avaient mauvaises réputations pour la bourgeoisie car ils étaient devenus une attraction de pauvres et mal vus par l’église qui perdait ses fidèles le dimanche, jour de combat et voyait d’un mauvais œil les jeux d’argent.

La premier projet d’interdiction fut présenté au Parlement Anglais en 1802 par Lord Sheridan.

En 1829, la loi a failli passer mais a perdu par 45 voies.

En 1835 fut enfin votée par le Parlement la loi d’interdiction des combats taureaux/chiens. Malgré celà les combats durèrent encore 20 ans.

Les éleveurs de Bulldogs destinés aux combats arrêtèrent petit à petit leurs activités de reproduction car le chien n’était plus rentable. La race a commencé à se raréfier entrainant moins de diversité génétique et plus de consanguinité.

Le Bulldog Club apparût en 1875 suivi de la création du premier standard écrit sur le Bulldog, basé sur deux chiens considérés comme parfait: Rosa et Crib.


Malheureusement, le Bulldog qui commençait à devenir à la mode en Angleterre comme chien de compagnie
était plus un chien trappu et court sur pattes faisant fi du standard édicté.

Ce phénomène de mode évinça les éleveurs et propriétaires de Bulldog correspondant au standard, laissant la part belle aux juges de concours de beauté qui ne connaissaient rien au Bulldog et suivaient l’effet de mode de la déformation physique du chien.

Comme le décrit Vero Shaw dans son livre « Illustrated Book of the Dog » édité en 1881, la tendance à un Bulldog archi typé amena les éleveurs à casser volontairement, avec un maillet, le museau des chiots en tapant sur le bout de la truffe, puis à appliquer un appareillage avec une cale de bois appelé « Jacks » qui obligeait le museau à rester le plus court possible pendant la croissance. Cette mutilation était faite très tôt pour profiter des os mous du chiots.



Au début du 20 ème siècle, éleveurs et juges suivirent à la lettre les recommandations de type, faites par Jacob Lamphiers, dans son livre « Properties and Points of the Bulldogs ». L’article 5 est révélateur du nouveau choix physique : « taille de la face : la distance entre l’avant des pommettes et l’extrémité du museau doit etre la plus courte possible ».

L’objectif n’a pas été de faire subsister une race mais de la déformer au gré des modes en repoussant les limites de l’archétype faisant ainsi fi de la santé du chien.


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Le Bulldog Anglais moderne

Le Bulldog Anglais moderne n’a donc plus rien en commun avec ses ancêtres et il est passé de chien de travail à chien handicapé.

Ce chien est aujourd’hui malade et fragile et ne doit sa survie qu’à l’entêtement de l’homme (insemination artificielle et césarienne).

Il cumule toutes les tares possibles dès le plus jeune âge (dysplasie des hanches et des coudes, rupture des ligaments, opération des paupières et des cloisons nasales, problèmes cardio vasculaire, incontinence, problèmes de peau, risque de décès avec la chaleur, problèmes cérébraux,…)

Après la cruauté, la race a subi l’ignorance et l’arrogance de l’homme.



                
                            1878                                                                       1880                                                 



       
              1884                                                1886                                        1910   

                                                                                   

                1960                                            2010

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Bibliographie :  "The Story of the Real Bulldog" Ken Mollett & Robert Jenkins - "Illustrated Book of the Dog" Vero Shaw - "History of Fighting dogsDr. Dieter Fleig

Texte : Arnaud Petit