Les réformes.‎ > ‎La religion‎ > ‎

Psychologie analytique

Un article copié/collé de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Allégorie alchimique extraite de l'Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier, XVIIIe siècle.

La psychologie analytique (« Analytische Psychologie » en allemand) est une théorie élaborée par le psychiatre Carl Gustav Jung dès 1913. Elle est avant tout une démarche propre au psychiatre suisse, créée pour la différencier de celle de Sigmund Freud, et qui se propose de faire l'investigation de l'inconscient et de l'âme, c'est-à-dire la « psyché ».

L'histoire de la psychologie analytique est ainsi intimement liée à la biographie de Jung. Représentée dans ses débuts par l'« école de Zurich », avec Eugen Bleuler, Franz Riklin, Alphonse Maeder et Jung, la psychologie analytique est d'abord une théorie des complexes, jusqu'à ce que Jung, dès sa rupture avec Freud, en fasse une méthode d'investigation générale des archétypes et de l'inconscient, ainsi qu'une psychothérapie spécifique.

La psychologie analytique, ou « psychologie complexe » (« Komplexe Psychologie » en allemand), est à l'origine de nombreux développements, en psychologie comme dans d'autres disciplines. Les continuateurs de Jung sont en effet nombreux, et organisés en sociétés nationales dans le monde. Les applications et développements des postulats posés par Jung ont donné naissance à une littérature dense et multidisciplinaire.

La faisant reposer sur une conception objective de la psyché, Jung a établi sa théorie en développant des concepts clés du domaine de la psychologie et de la psychanalyse, tels celui d'inconscient collectif, d'archétype ou de synchronicité. Elle se distingue par sa prise en compte des mythes et traditions, révélateurs de la psyché, de toutes les époques et de tous les continents, par le rêve comme élément central de communication avec l'inconscient et par l'existence d'instances psychiques autonomes comme l'anima pour l'homme ou l'animus pour la femme, la persona ou l'ombre, communs aux deux sexes. Considérant que le psychisme d'un individu est constitué aussi bien d'éléments de la vie personnelle du sujet que de représentations faisant appel aux mythes et symboles universels, la psychothérapie liée à la psychologie analytique se structure autour du patient et vise au développement du « Soi » par la découverte de cette totalité psychique à travers la notion d'individuation. Le psychiatre suisse dépasse en outre le cadre épistémologique de la psychanalyse freudienne pour explorer des disciplines comme la science physique ou les types de personnalités et qu'il inclut dans sa théorie psychique. Cette intégration d'autres disciplines a ainsi provoqué des divergences théoriques nombreuses et les critiques de tous bords ont mis en cause la psychologie analytique, accusée d'être une « psychologie des races » ou une mystique.

Histoire de la psychologie analytique [modifier]

L'histoire de la psychologie analytique est intimement liée, à ses débuts, à la biographie du psychiatre suisse qui en a jeté les bases, Carl Gustav Jung (1875 - 1961). Celui-ci en développe en effet les postulats seul. Peu à peu Jung est rejoint par des personnalités du monde médical, psychanalytique ou psychiatrique principalement qui élaborent ainsi une littérature abondante et diversifiée.

Les débuts : l'« école de Zurich » et la période psychanalytique

Jung débute sa carrière comme psychiatre à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich surnommé le Burghölzli en 1900. C'est dans cet hôpital universitaire, sous la direction d'Eugen Bleuler qu'il va, petit à petit, constituer sa nouvelle approche. Tout d'abord il amasse une somme importante de rêves et de délires de patients. Il met au point une méthode tenant de la psychanalyse, fondée sur l'échange verbal et sur l'étude des manifestations inconscientes ainsi que sur le transfert. Refusant l'hypnose comme Freud, Jung développe une approche amplificatoire des symboles oniriques, ce qui le distingue du fondateur de la psychanalyse. Enfin, il décrit un appareil psychique différent de la topique freudienne, notamment par l'hypothèse d'un inconscient collectif, qu'il conceptualise à la suite de l'étude des délires de son patient Emil Schwyzer. Au début, Jung définit cette méthode comme une observation des profondeurs psychiques, empruntant à son mentor Eugen Bleuler le nom de « psychologie des profondeurs » ou (« Tiefenpsychologie » en allemand). Son versant expérimental, datant de ses travaux avec Franz Riklin, tente d'approcher les complexes grâce à la méthode dite des associations de mots. Il travaille aussi avec le psychanalyste Ludwig Binswanger. Dès ces années, Jung considère que l'inconscient est formé en partie d'éléments psychiques autonomes, souvent personnifiés et qui influencent le conscient. Il se démarque dès lors de la doctrine des pulsions de Freud. Jung parle à ce moment de « psychologie des complexes ».

La clinique psychiatrique du Burghölzli vers 1890.

C'est en tant que pionnier de la psychanalyse, et « dauphin » de Freud, que Jung vaut d'être considéré comme le père de la psychologie analytique. C'est en effet à la suite d'une longue collaboration avec la psychanalyse de Freud, de 1909 à 1913, qu'il peut développer ses concepts et approcher la structure de l'inconscient. Ainsi, en 1910 l'Association Internationale de Psychologie Analytique est créée et Jung en est son premier président, et ce jusqu'en 1914. Ainsi, dès les débuts de la psychanalyse, l'école de Zurich de Bleuler et Jung forme « un noyau de troupe combattant pour la reconnaissance de la psychanalyse ». Publiant des Jahrbuch (« annales ») et accompagnant Freud lors de ses allocutions, il se démarque néanmoins rapidement de l'orthodoxie psychanalytique. Ainsi, en 1906, Jung publie sa Psychologie de la démence précoce dans lequel il utilise la psychanalyse mais où pointe déjà sa vision divergente de la libido. Cependant Freud signale cet ouvrage comme étant l'un des points d'aboutissement, avec celui de Bleuler sur la schizophrénie, de l'école de Zurich. Aux États-Unis, grâce à ses recherches sur les associations surtout, et suite à son allocution à l'université Clark à Worcester, en 1908, Jung est davantage connu que Freud. L'année 1907 marque l'apogée des contributions de l'école suisse à la psychanalyse de Vienne.

C'est cependant un ouvrage de Jung qui va provoquer sa rupture avec la psychanalyse et précipiter la création de la psychologie analytique. Jung rencontre en 1912 « Miss Miller », portée à sa connaissance par les travaux de Théodore Flournoy, et dont le cas névrotique étaye davantage sa théorie de l'inconscient collectif. L'étude de ses visions lui procure les matériaux nécessaires pour fonder son raisonnement, qu'il développe dans l'ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles. Freud parle alors d'« hérésie ». Jung est officiellement banni dès le mois d'août 1912. Dès lors, le mouvement psychanalytique se divise en deux obédiences : les partisans de Freud d'un côté, avec Karl Abraham (qui écrit une critique de Jung) et Ernest Jones en défenseurs de l'orthodoxie freudienne, et ceux de Jung de l'autre, dont Leonhard Seif, Franz Riklin, Johan Van Ophuijsen, Alphonse Maeder.

Rupture avec Freud et fondation de la psychologie analytique

Ce n'est qu'après avoir rompu avec Freud, en 1914, que Jung donne à sa démarche le nom de « psychologie analytique » parce qu'elle se propose d'analyser et d'identifier les phénomènes psychiques de la psyché. Les ouvrages de vulgarisation la feront connaître sous le nom de « psychologie jungienne » car elle doit en effet beaucoup à C. G. Jung, terme qui sera repris par ses successeurs, pour la différencier davantage sur la scène publique de celle de Freud, qui l'a toujours ignorée. Le docteur Ernst Bernhard, jungien italien, la nomme par ailleurs la « psychologie individuative » mais Jung préfère parler soit de psychologie analytique, soit, dans ses derniers travaux, de « psychologie complexe ». Frieda Fordham explique néanmoins que la formule « psychologie complexe » s'emploie plus volontiers actuellement, celle de « psychologie analytique » prêtant à confusion avec l'approche du psychologue George Frederick Stout qui est le premier à l'employer en 1886.

Jung définit précisément la psychologie analytique dès août 1913 au XVIIe Congrès International de Médecine organisé à Londres, lors d'une conférence intitulée « General Aspects of Psychoanalysis ». Il y présente cette « nouvelle science psychologique » comme née de la « technique analytique », la distinguant de la psychanalyse de Freud et de la psychologie des profondeurs d'Eugen Bleuler. Jung y suggère également de libérer la théorie psychanalytique de son « point de vue exclusivement sexuel » en se focalisant sur un nouveau point de vue énergétique, se fondant sur Henri Bergson et sur le pragmatisme de William James pour son approche épistémologique. Mais ce n'est qu'en 1914, après sa démission de l'Association Internationale de Psychanalyse que Jung organise autour de lui un groupe de médecins qui rejettent comme lui l'École de Vienne. Ces derniers constituent donc l'École de psychanalyse de Zurich. Jung en partage la direction avec Alphonse Maeder qui apporte à la conception des rêves comme compensation psychique une fonction prospective, orientée par la nécessité d'accomplir le développement du sujet. Franz Riklin est quant à lui également affilié à Jung. En 1916 ce dernier publie simultanément une série d'articles à New York et Londres, écrits durant les quatorze dernières précédentes et intitulée Collected Papers on Analytical Psychology. La préface de cet ouvrage constitue un véritable manifeste de ce courant, dans lequel Jung précise ses postulats de travail. Selon Charles Baudouin, « vers la fin de la guerre, Jung est en possession de toutes ses idées directrices », notamment les types psychologiques et les archétypes.

Jung conserve ainsi son obédience à la théorie psychanalytique, disant, dès les débuts de son schisme, qu'il emprunte à la fois à Freud et à Alfred Adler (et sa théorie de la volonté de puissance), pour en faire une synthèse. Sa terminologie change néanmoins suivant le point de vue adopté dans ses investigations. Sa démarche n'est plus exclusivement sexuelle et la valeur du symbole se détourne de l'orientation freudienne, enfin, la méthode synthétique et prospective est privilégiée. Néanmoins la création de la psychologie analytique n'est pas quelque chose de consciemment recherché, Jung évoluant dès 1914 et jusqu'en 1918 dans une phase de régression et de « dépression créatrice » qui lui permet de se confronter à l'inconscient. Sa façon de diriger la cure analytique s'en ressent ; il cherche alors chez ses patients les éléments de leurs « mythes personnels » et donne là les premiers signes d'une future théorie cohérente et distincte de celle de Freud et qu'il appelle à cette époque alternativement « psychologie analytique » ou « psychologie prospective ». Jung constitue autour de lui et de sa femme Emma Jung un cercle de partisans constitué d'Eugène Bleuler, de Franz Riklin (auteur d'une volumineuse étude sur la symbolique dans les contes intitulée Wunscherfüllung und Symbolik im Märchen en 1908), d'Alphonse Maeder (qui permet également la diffusion de la psychanalyse en France, d'Adolf Keller, de Toni Wolff, d'Hans Trüb et d'Herbert Oczeret. Jung réunit également chez lui des sommités du monde intellectuel comme le chimiste Eduard Fierz, ainsi que le mystique juif Siegmund Hurwitz. Contrairement à la psychanalyse de Freud, la psychologie jungienne n'a de cesse de chercher à étendre son système à d'autres disciplines.

Photographie des membres du congrès international de psychanalyse de 1911 à Weimar réunissant les principaux créateurs de la psychologie analytique :
Emma Jung (6e depuis la droite, premier rang),
Toni Wolff (3e depuis la droite, premier rang),
Franz Riklin (1e depuis la droite, premier rang),
Carl Gustav Jung (7e depuis la droite, second rang) et
Alphonse Maeder (3e depuis la gauche, quatrième rang).

Jung et ses partisans fondent donc le Club psychologique de Zurich qui réunit nombre de personnes différentes et qui devient l'Association de Psychologie Analytique le 30 octobre 1914 et dont Jung est le premier président. Cette association a pour but avoué de promouvoir les théories de Jung et rassemble la plupart des analystes zurichois qui ont rompu avec Freud. Elle suit néanmoins les principes de l'école suisse de psychanalyse, mais on s'y intéresse davantage aux moyens d'aider les gens « à améliorer leurs capacités d'adaptation à la vie ». À ce moment-là de sa vie, Jung est considéré comme le seul théoricien analytique capable de rivaliser avec l'homme de Vienne, d'autant plus que la psychologie analytique s'implante aux États-Unis, avec les analystes Kristine Mann et Eleanor Bertine et en Angleterre, avec Mary Esther Harding, qui fonde en 1922 le Club Psychanalytique de Londres. Par ailleurs, le docteur Helton Godwin Baynes traduit les œuvres de Jung en langue anglaise. Au Club de Zurich, certaines dissensions aboutissent néanmoins à des départs, avec le cercle des fidèles de Jung d'une part et le cercle de Riklin d'autre part. Oskar Pfister notamment dénonce le culte de la personnalité autour de Jung.

L'institut C. G. Jung et le « groupe de Munich »

En 1925, à Zurich, a lieu la première conférence de l'Association de Psychologie Analytique intitulée « Psychologie analytique », au cours de laquelle Jung donne une histoire de sa pensée, revenant aussi sur ce qu'il nomme « les années Freud ». Dès lors, Jung s'entoure d'hommes et de femmes qui le suivront jusqu'à la fin de sa vie. Aniéla Jaffé est d'abord secrétaire de l'Institut à partir de 1947 avant de devenir sa secrétaire personnelle à partir de 1955 et jusque dans ses dernières années. Barbara Hannah est sa continuatrice aux États Unis alors que James Kirsch, Carl Alfred Meier, seul analyste qualifié par Jung de « disciple et de dauphin », et Jolande Jacobi (qui passe son doctorat de psychologie dans le seul espoir de l'aider dans son travail) le représentent en Europe. Jung fait aussi la connaissance en 1933 de celle qui sera sa continuatrice principale, Marie Louise von Franz. Cependant, la psychologie analytique va connaître dès 1933, lorsque Jung remplace Ernst Kretschmer à la présidence de Société Internationale de Psychothérapie, alors récupérée par les nazis, sa période la plus trouble. Son critique principal, Richard Noll argue que Jung est alors, de sa volonté même, « Reichsführer » de la psychothérapie en Allemagne, souhaitant contrôler la société freudienne de psychanalyse. Jung quitte la présidence en 1940 non sans avoir empêché que des concepts de la psychologie analytique, comme celui d'inconscient collectif, n'aient été récupérés à des fins de propagande idéologique.

En 1935, devant le succès des ralliements, le Club psychologique devient une association professionnelle, la Scweirzerische Gesellschaft für praktische Psychologie, groupant médecins et psychologues autour de Jung. Depuis 1933 existe également le cercle d'Eranos (ou journées d'Eranos) à l'instigation d'une admiratrice de Jung, Olga Froebe-Kapteyn. Il s'agit d'un rendez-vous de spécialistes de disciplines diverses, à Ascona, en Suisse italienne, autour de l'étude du symbolisme et qui s'impose rapidement comme un lieu d'humanisme[A 1]. Eranos concerne au début nombre d'analystes jungiens, mais également des personnalités scientifiques comme Mircea Eliade ou Paul Radin. Olga Fröbe-Kapteyn fonde également l'« ARAS », pour Archive for Research in Archetypal Symbolism, une entreprise de catalogage des symboles, images de rêves, et autres manifestations des archétypes à travers les âges et les cultures en 1933.

En 1948 Jung rédige les statuts de fondation d'un institut destiné à faire se rencontrer des éminents spécialistes de diverses disciplines, dans une orientation commune, celle de la psychologie analytique. Il y enseigne jusqu'à sa mort et guide toute une génération d'étudiants qui poursuivent ses recherches. Carl Alfred Meier en est le premier président et, depuis le 26 juillet 1955, date du 80e anniversaire de Jung, l'AIPA, qui siège à Zurich, rassemble toutes les sociétés jungiennes du monde. Un Kuratorium est également crée, dont Jung est le président, épaulé par Medard Boss. L'institut publie régulièrement des Études qui hissent la psychologie analytique au rang de théorie psychologie de premier ordre. Le premier volume est signé du Pr Carl Alfred Meier et est consacré aux incubations et aux symboles de la guérison dans les rêves. L'étude compte également les travaux d'Hans Schaer sur les « Représentations du salut », ceux de Gerhard P. Zacharias, de Siegmund Hurwitz ou d'Edgar Herzog, auteur de Psyche und Tod, lié aux thèmes oniriques de la mort. Des ouvrages écrits en coopération apparaissent également, ainsi celui de Marie Louise von Franz et d'Emma Jung sur La Légende du Graal (1961).

Une vue de la maison abritant l'Institut C. G. Jung à Küsnacht.

Le groupe de Munich est, après celui de Zurich, le plus prolifique, en particulier après la Seconde Guerre Mondiale. Il publie, en deux volumes, une étude dense intitulée Reich der Seele (Royaume de l'âme en français)et animée par le Dr Gustav R. Heyer et le Pr Friedrich Seifert. Ils y examinent l'imagerie de la psyché à travers les âges et les civilisations. Heyer traite également de l'aspect thérapeutique, en s'attachant à montrer que le masochisme peut être résolu par une approche non sexualiste mais tenant du collectif. Selon lui, la sexualité peut elle aussi signifier autre chose qu'elle-même, en cela elle ne peut être, comme chez Freud, le seul niveau de lecture des psychopathologies. L'étude rassemble d'autres jungiens se concentrant davantage sur l'anthropologie tels Hilde Supan-Schwerdt qui distingue deux psychismes, l'un spirituel et l'autre matériel ou l'indianiste et ami de longue date de Jung, Heinrich Zimmer. Ce dernier décrypte l'imagerie liée à l'inconscient dans la religion indienne et établit un parallèle entre la figure du gourou et celle de l'analyste européen. Le groupe de Munich compte également S. Strauss-Kloebe, M. von Hornstein, E. Weippert ou Lucy Heyer.

Internationalisation de la psychologie analytique et principaux continuateurs de Jung

L'histoire de la psychologie analytique a eu très tôt des échos dans les pays anglo-saxons et en premier lieu au Royaume-Uni. Nombre de patients de Jung étaient en effet des Américains ou des Britanniques, qui fondèrent par la suite des institutions dans leurs pays respectifs. Il y eut également des analystes en URSS, à l'insu du pouvoir, avec des analystes comme Emilii Medtner ou Valery Zelensky. Cependant, d'autres pays ont accueilli la théorie jungienne, malgré l'ancrage de la psychanalyse de Freud dans les cercles universitaires comme l'Allemagne ou l'Italie pour les plus importants. « Dans certains pays, comme l'Italie, la psychologie analytique reste même, pendant des années, la seule forme de psychanalyse connue, sans doute parce que l'intérêt de Jung pour le phénomène religieux rend ses théories plus admissibles » dans un pays catholique. Des universités américaines offrent aujourd'hui des cours et des formations à la démarche jungienne comme la Pacifica Graduate Institute, en Californie. Sur le modèle de L'Institut C. G. Jung de Zurich où le psychiatre suisse a officié, se sont également crées des instituts de formation à l'analyse et de recherches comme le C. G. Jung Institute of New York. Existent également des Instituts locaux, à Los Angeles, San Francisco et Chicago.

Selon Christian Delacampagne l'école jungienne a évolué dans deux directions : en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis une partie de ses membres l'ont professionnalisé au sein d'organisations structurées, une autre partie, depuis, a tenté de la prolonger, revendiquant son influence orientale et son art de vivre, proche de la mouvance New Age. La Société suisse de psychologie analytique, constituée à Zurich le 17 août 1957, est ainsi la première à se définir comme strictement réservée aux praticiens de l'analyse. Son premier président est Kurt Binswanger, à qui succède Fierz-Monnier en 1961. Sur son modèle, nombre de sociétés professionnelles vont apparaître dans différents pays au point de se regrouper, en 1958, sous l'autorité d'une Société internationale de psychologie analytique dont le premier président est Robert Moody, suivi par Franz Riklin. L'autre branche donnera naissance à divers courants de développement personnel ou de pratiques alternatives proches du syncrétisme spiritualiste.

Après la création d'instituts et d'associations de recherche en psychologie analytique, l'organisation de congrès réguliers, un certain nombre d'auteurs vont émerger, poursuivant les travaux de Jung et en en développant la portée dans le domaine de la médecine et de la psychiatrie surtout. L'étude des psychoses, initiée par Jung et Bleuler, est synthétisée par M. Schehaye. Mary Esther Harding poursuit l'étude des symboles du Soi (Journal into Selft, 1956), Erich Neumann s'intéresse à l'influence du génétique, H. K. Fierz-Monnier se concentre sur la signification clinique des types jungiens, Renée Brand étudie le phénomène de transfert analytique et Albert Jung analyse la réalisation de soi. L'examen des rêves d'enfant selon la conception culturelle de Jung va également entrer en psychiatrie grâce à plusieurs figures : Michael Fordham, W. Zublin, Robert Moody (sur la fonction du contre-transfert) et A. Plaut.

Une conférence lors des journées d'Eranos de 1938. Au premier rang : C. G. Jung et Olga Froyeb-Kapteyn, le conférencier est Paul Masson-Oursel de Paris.

Dès le début de la psychologie analytique, l'Allemagne fut réceptive aux apports de Jung, en raison de son activité à Zurich et du fait qu'il était germanophone.

Les analystes jungiens vont non seulement propager la psychothérapie analytique mais également poursuivre les travaux de Jung sur les rêves, les archétypes et sur certains concepts comme la synchronicité ou la symbolique des nombres. Marie Louise von Franz est ainsi la principale continuatrice de Jung. Reliant l'alchimie, les mathématiques et les contes de fées à l'analyse jungienne, elle étend sa méthode et publie aussi la plupart des manuscrits inachevés de Jung. Les analystes actuels, James Hillman, John Beebe, Anthony Steven ou Clifford Mayes, ont véritablement assimilé, puis approfondi la psychologie analytique de Jung.

Les développements de la psychologie analytique

Les nombreuses approches de Carl Gustav Jung ont donné lieu à des continuités théoriques, des recherches et des pratiques. Parmi les domaines ayant donné lieux à des continuations, les plus connus sont la typologie psychologique, les psychothérapies d'inspiration jungienne, l'éducation et l'étude des archétypes notamment. Une série de personnalités de diverses disciplines, analystes ou non, témoignent de la pérennité et du développement constant de la psychologie analytique.

Courants de la psychologie analytique

La psychologie archétypale

Le psychothérapeute américain et premier directeur de l'Institut Jung de Zurich en 1959, James Hillman étudie les manifestations symboliques modernes, et surtout celles se faisant jour dans la pathologie comme l'anxiété, l'onanisme ou la folie. Hillman se définit lui-même comme un analyste « écopsychologique ». Il voit dans l'activité onirique la clé de l'équilibre personnel, expliquant que le rêve contient les « données archaïques qui créent les phantasmes ». L'interprétation ne peut être littérale, autrement elle simplifie. Compte avant tout l'émotion et le processus de métaphorisation de l'imagination. L'inconscient collectif est alors représenté comme un « enfer intérieur » (« Unterwelt » en allemand), source du renouveau de la personnalité. La mythologie permet d'expliquer les pathologies, mais aussi de donner des clés pour la thérapie. Il recommande donc un « retour à la Grèce », distinguant deux voies modernes : l'approche monocentrique, marquée par la pensée chrétienne et judaïque, celle du Moi, et la voie helléniste, celle de l'inconscient, polycentrique et qui nourrit Le polythéisme de l'âme (1982). Hillman ne reconnaît par ailleurs pas de nombreux concepts établis par Jung comme le processus d'individuation, et dénonce le « mythe de l'analyse », si bien que certains le considèrent comme un « anti-jungien ». Les travaux de Joseph Campbell sont proches de ceux d'Hillman. Cet anthropologue américain a ainsi étudié les domaines de la mythologie comparée et de la religion comparée dans une approche psychologique dans le but de découvrir les schémas fondamentaux et archétypiques de la croyance et du mythe. Il a développé une théorie du monomythe. Dans son essai de 1949, Le Héros aux mille et un visages (The Hero with a Thousand Faces) Campbell analyse les variations d'images et les métaphores utilisées de tous temps pour symboliser les transformations psychiques de l'individu dans une méthode proche de celle d'Hillman, c'est-à-dire fondée sur l'émotion.

Education et psychologie analytique

L'analyste Clifford Mayes.

L'ouvrage de Carl Gustav Jung, Psychologie et éducation, est le premier à mêler psychologie analytique et éducation. Cette étude donna lieu par la suite à la création d'une pensée jungienne de l'éducation. David Lucas dans son article « Carl Gustav Jung et la révolution copernicienne de la pédagogie » résume ainsi cette fusion de la psychologie de Jung avec les catégories de l'éducation comme pratique : « L’œuvre de Carl Gustav Jung conduit à considérer que la relation pédagogique ne met pas seulement en jeu des contenus ou des consignes rationnelles, mais aussi une influence tenant à la sensibilité et à la personnalité du pédagogue. L’éducation n’est alors plus de l’ordre du seul discours, mais tient également aux dispositions psychiques de l’adulte. Or ces dispositions échappent largement aux méthodes pédagogiques programmées d’avance, et dépendent au contraire de ce que l’éducateur est dans le plus intime de sa psychologie. Cette attention portée à l’équation personnelle de l’adulte constitue une véritable révolution copernicienne de la pédagogie, car si l’être de l’éducateur devient la principale détermination de l’influence qu’il exerce sur l’enfance, ce sera tout d’abord lui qui devra être éduqué ». Ce type de travaux permet une approche nouvelle du nourisson et initiée par Michael Fordham .

Influence sur les sciences humaines

Ethnologie et anthropologie de l'imaginaire

L'étude des mythologies comparées a bénéficié de la psychologie analytique, notamment à travers le concept d'archétype. Deux figures ont en effet intégré une partie de la démarche de Jung. Le Hongrois Károly Kerényi a ainsi collaboré plusieurs fois avec Jung, dans Introduction à l'essence de la mythologie (1953) puis dans Le Fripon divin (1958), avec Paul Radin également. Mircéa Eliade parle lui aussi « une continuité entre les univers onirique et mythologique ». Des ethnologues jungiens ont par ailleurs très tôt permis une diversification disciplinaire de la théorie de Jung. Ainsi John Layard et Erich Neumann qui élabore une étude de la figure du héros comme symbole du Moi agissant. Gaston Bachelard, dans ses écrits comme la Psychanalyse du feu, développe une théorie de l'imagination influencée par la symbolique des archétypes. Ses méthodes d'analyse doivent beaucoup à la démarche de la psychologie analytique. Jung a également travaillé avec l'indianiste Heinrich Zimmer et avec le sinologue, traducteur du Yi King, Richard Wilhelm.

Le sinologue Richard Wilhelm.

Archétypologie et esthétique

L'analyse des manifestations archétypales conduit nombre d'analystes à étudier l'œuvre d'art et la littérature dans une perspective jungienne. Charles Mauron nomme cette approche la « psychocritique », et, s'il emprunte nombre de concepts à la méthode de Freud, l'examen des conditions psychiques personnelles est tiré des travaux de Jung. Jennifer Waelti-Walters étudie notamment les thèmes liés au mythe d'Icare dans l'œuvre de Jean-Marie Le Clézio. L'analyste jungienne belge Gilberte Aigrisse a également publié « Une interprétation jungienne de quelques toiles de van Gogh » alors que James Krsch étudie le symbolisme dans Moby Dick d'Herman Melville à travers le complexe de l'inflation. Charles Baudouin a par ailleurs proposé diverses lectures de grands auteurs, Molière ou Jean Racine. Enfin Gilbert Durand, à travers son ouvrage Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, s'appuyant sur les archétypes et leurs dynamismes de représentation, établit deux régimes esthétiques : le « diurne » et le « nocturne ». La mythanalyse, qu'il développe avec Pierre Solié, se veut aussi être une « archétypologie ». Durand a également réalisé un travail d'élargissement de l'archétypologie vers le domaine artistique, notamment dans Beaux-arts et archétypes : la religion de l'art (1989) en introduction duquel il explique que « la philosophie de l'archétype est encore sinon à illustrer (...) mais bien à défendre un quart de siècle après la disparition de l'« inventeur » de cette notion, Carl Gustav Jung ». Le critique et spécialiste de la littérature Northrop Frye qui publie en 1949 Anatomy of Criticism se réfère directement à la théorie des archétypes de Jung qui sont pour lui des « modèles thématiques ou purement littéraires, indifférents aux règles de la vraisemblance ». En somme, pour lui, les mythes sont « les principes structurels de la littérature ». Le critique littéraire Georges Poulet a notamment transposé les modèles jungiens dans l'étude des textes et des univers imaginaires.

Les psychothérapies d’inspiration psychanalytique

Indirectement, la théorie de Jung a eu une profonde influence sur la société et sur les psychothérapies d’inspiration psychanalytique (« PIP »). En effet, les notions jungiennes ont connu une réactualisation au sein des psychothérapies, notamment à travers son idée de ce que doit être la « cure analytique » en face-à-face avec le patient. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, dans leur Dictionnaire de la psychanalyse expliquent : « Les deux grandes écoles de psychothérapie du XXe siècle sont l'école de psychologie analytique fondée par Carl Gustav Jung et l'école de psychologie individuelle fondée par Alfred Adler, nées toutes deux d'une dissidence avec celle fondée par Freud ». La thérapie du « jeu de sable » est issue de la psychologie analytique de C. G. Jung. Développée par Dora Kalff à partir du « jeu du monde » de Margareth Löwenfeldt, il s'agit pour le patient, adulte ou enfant, de donner forme, avec du sable sec et humide, et des figurines, aux images inconscientes et imaginaires. Ce jeu fait écho à un épisode de la vie de Jung, quand il dut se confronter à l'inconscient. Le jeu lui permet alors de canaliser les images émanant de la psyché. Charles Baudouin cite pèle-mêle : la méthode de Paul Bjerre, de Léopold Szondi créateur de la notion d'« inconscient familial », Robert Desoille et le « rêve éveillé », Paul Diel, Ludwig Binswanger et Medard Boss et leur « analyse existentielle », Igor Caruso, Paul Tournier (la « médecine de la personne »), A. Stocker entre autres. Paul Watzlawick, qui étudia à l'institut C. G. Jung de Zurich de 1949 à 1954, fonde ses travaux sur la thérapie brêve sur l'hypothèse d'un inconscient familial. Stephen Gilligan qui développa la « créativité générative », proche des techniques de l'hypnose ericksonienne, et qui reprend l'idée d'un inconscient créateur dont l'expression est le Soi.

La caractérologie et la typologie

Très tôt la psychologie jungienne a intéressé la psychologie expérimentale et la psychométrie, notamment en Amérique. Ainsi, C. A. Neymlann et K. D. Kohlstedt, dans Diagnostic test for introversion-extraversion (1928) établissent un questionnaire fondé sur la typologie de Jung. Laird (1926) puis Flemming (1927) l'utilisent dans les procédures de recrutement ou de reconversion. C'est surtout la théorie des types psychologiques qui a une influence féconde sur une génération de psychologues : le Myers Briggs Type Indicator de Katherine Cook Briggs et d'Isabel Myers ayant abouti au questionnaire MBTI ® (pour « Myers-Briggs Type Indicator ») utilisé dans certaines méthodes de coaching provient de la classification en types de Jung. La socionique est une théorie des relations entre les types de personnalités inspirée également des types psychiques, crée par Aushra Augustinavichute. Par ailleurs, la typologie jungienne de la personnalité a nettement influencé la graphologie et la caractérologie de l'« école de Groningue ». Une élève de Jung, Ania Teillard, auteur des Types psychologiques de Jung et leur expression dans l'écriture et de L'Âme et l'écriture (1948) met en relief les correspondances graphiques et les types psychiques. Enfin, le psychiatre et neurologue suisse Hermann Rorschach s'inspira de la typologie de Jung pour bâtir son test projectif portant son nom, publié dans Psychodiagnostic (1921) et très utilisé aujourd'hui.

Sur l'éthique, la sociologie et l'économie

Le professeur d'économie et sociologue Eugen Böhler enfin appliqua la théorie jungienne au comportement de masse, expliquant que la vie économique « est moins régie par les intérêts du pays que par des impulsions collectives issues des fantasmes et des mythes » alors qu'Erich Neumann, dans Tiepfenpsychologie und neue Ethik (1947) explique en quoi la vision jungienne renouvelle la morale, en se fondant sur le psychisme. Il a décrit le phénomène de la « souffrance représentative » par lequel un individu partage et exprime le fardeau d’un collectif et qu’il peut « détoxifier » par son travail thérapeutique individuel, suivant la formule de Jung selon laquelle tout changement sociétal est d'abord personnel. Hans Trüb, dans Du Soi au monde (1947) étudie la figure du Soi dans l'imaginaire jungien, source d'une nouvelle éthique s'il elle n'est pas confondue avec la figure de Dieu.

Fondements philosophiques et épistémologiques de la psychologie analytique

Le philosophe américain William James a beaucoup influencé la pensée de C. G. Jung

Héritages philosophiques

Jung se réclame principalement du courant philosophique de l'Américain William James, fondateur du pragmatisme, et qu'il a rencontré lors de son séjour aux États-Unis en 1909. Jung y fait également la connaissance d'autres figures de ce courant comme John Dewey ou Franz Boas en anthropologie. Le pragmatisme est pour Jung la voie sûre pour asseoir la psychologie sur des bases scientifiques. En ce sens sa théorie est une observation des phénomènes, une phénoménologie. Le psychologisme est ainsi suspect à ses yeux. Tout au long de ses écrits Jung voit dans l'empirisme non seulement le gage d'une neutralité de méthode mais aussi le respect d'un principe éthique qui doit être la règle du psychologue : « Je considère donc comme un devoir moral de ne pas émettre d'assertions sur les choses que l'on ne peut voir et dont on ne peut démontrer l'existence, et je considère que l'on commet un abus de pouvoir épistémologique quand on le fait malgré tout. Ces règles valent pour les sciences expérimentales. La métaphysique en observe d'autres. Je me considère comme tenu de respecter les règles de la science expérimentale. En conséquence on ne trouvera pas dans mes travaux d'assertions métaphysiques, ni - nota bene - la négation d'assertions métaphysiques » explique-t-il.

Selon Luigi Aurigemma, la pensée de Jung est également marquée par celle d'Emmanuel Kant, et plus généralement par la philosophie rationaliste allemande. Ses conférences dévoilent sa parfaite assimilation de la pensée kantienne, en particulier des textes Critique de la raison pure et Critique de la raison pratique. La pensée de Jung appartient pour Luigi Aurigemma au « relativisme épistémologique » car elle « ne postule aucune croyance de nature métaphysique ». Jung utilise en effet la grille rationaliste de Kant pour brider sa pensée, pour s'interdire des excursions dans le métaphysique. Pour Françoise Parot, et a contrario de la pensée rationalisante, Jung est également l'héritier des mystiques (Maître Eckhart de Hochheim, saint Augustin ou Hildegarde de Bingen) et des Romantiques, qu'ils soient scientifiques, comme Carl Gustav Carus ou Gotthilf Heinrich von Schubert en particulier, ou philosophes et écrivains Nietzsche et Goethe, de Schopenhauer dans sa conceptualisation de l'inconscient. Quant à sa typologie elle est profondément dépendante de la pensée de Carl Spitteler et de son concept d'« imago ».

Héritages scientifiques

Le groupe de recherche de Wilhelm Wundt en 1880.

Jung étant psychiatre de formation il possède une connaissance approfondie de l'état des sciences de son temps[F 4]. Il se réfère en effet régulièrement à la psychologie expérimentale de Wilhelm Wundt. Son test des associations de mots établi avec Franz Riklin est l'application directe de la théorie de Wundt. Bien que la psychologie analytique doive beaucoup à Freud, Jung emprunte des concepts à d'autres théories. Ainsi l'expression d'« abaissement du niveau mental » provient des recherches du psychologue français Pierre Janet dont Jung a suivi les cours pendant ses années d'étude, en 1901. Jung utilise par ailleurs le concept de « participation mystique » qu'il doit à l'ethnologue français Lucien Lévy-Bruhl et qu'il l'utilise pour décrire « le fait surprenant que [les primitifs] éprouvent des relations qui échappent à la compréhension logique », à l'image de cette tribu d'Amérique du sud où les hommes prétendent qu'ils sont des aras rouges.

L'expression anglaise de « pattern of behaviour », qui sert de synonyme pour les archétypes provient de l'éthologie. Néanmoins l'apport principal qui façonna la psychologie jungienne demeure la psychanalyse de Freud, et dont Jung repris nombre de concepts, en particulier la méthode d'investigation de l'inconscient par les associations d'idées, mais aussi d'autres analystes tels Sándor Ferenczi (Jung s'appuie sur sa notion d'« affect ») ou Ludwig Binswanger avec la daseinsanalyse. Jung affirme ainsi que « la contribution de Freud à notre connaissance de la psyché est, sans aucun doute, de la plus haute importance. Elle offre une information pénétrante des sombres recoins de l’âme et du caractère humain, qui ne peut être comparée qu’à la Généalogie de la morale de Nietzsche. À cet égard, Freud fut l’un des grands critiques culturels du XIXe siècle ».

Différences avec la psychanalyse

La psychologie analytique ne reconnaît pas les postulats fondamentaux de la psychanalyse et propose deux ruptures majeures vis-à-vis de la théorie freudienne : l’existence d’un inconscient « double », individuel et collectif et le sens du concept de libido. Jung élargit en effet la conception freudienne de la pulsion vers un concept de dynamique psychique globale. Le désir de la mère dans la vision jungienne n’est pas relatif à l'inceste et ne confine pas au seul Complexe d'Œdipe. Par ailleurs la névrose est provoquée par une incapacité du conscient à affronter la réalité et ne remonte pas forcément à la lointaine enfance. La divergence est selon lui davantage philosophique : « Par rapport à Freud, je suis en désaccord avec son matérialisme, sa naïveté (la théorie du trauma), ses hypothèses fantaisistes (la théorie de Totem et Tabou) et avec son point de vue purement biologique qui ne tient pas compte du contexte social (la théorie des névroses) ». Parmi les divergences principales la perception du symbole est centrale. Il est la composante fondamentale de l'archétype et il s'oppose au signe, alors que pour Freud il est le produit de la condensation. Par ailleurs, pour Jung comme pour Sabina Spielrein (La Destruction comme cause du devenir, 1912) qui a introduit la notion en psychanalyse, la pulsion de mort est liée à la renaissance de l'être et non comme un instinct de mort.

Enfin, la divergence majeure quant à l'analyse est celle relative au transfert. Jung explicite sa position dans Psychologie du transfert, phénomène qui consiste en le fait de transférer sur son analyste des sentiments, négatifs ou positifs, au cours de la cure et qui est recherché par la psychologie analytique alors que Freud y voit une cause de détérioration (la névrose de transfert). Il ne s'agit donc pas pour Jung d'un phénomène pathologique qu'il s'agirait de réduire par l'analyse, mais d'un phénomène naturel dans la relation entre deux êtres humains, phénomène qui résulte du déploiement des dynamiques archétypiques entre deux personnes. Le transfert est donc, sinon normal, nécessaire à l'analyse. L'analyste permet ainsi au patient de se libérer d'un complexe en l'absorbant, de manière à lui permettre de progresser. De ce fait, la distinction freudienne entre transfert et contre-transfert est inopérante, ce dernier terme étant réservé à la façon dont l'analyste fait inconsciemment obstacle à la poursuite du processus analytique.

Les postulats de la psychologie analytique

La psyché, ou « âme », objet de la psychologie analytique et les manifestations psychiques

La psychologie analytique décrit et révèle des « invariants de l'âme » selon Jung. Celle-ci est un lieu de rencontre entre le conscient et l'inconscient, considéré comme une dynamique qui tend à l'équilibre. Chaque concept de la psychologie jungienne, donne du sens à un aspect du système psychique. Les termes de « système psychique », de « psyché » ou d'« âme » sont tour à tour employés par Jung et ses collaborateurs, néanmoins Jung n'utilise pas le terme d'âme sans en reconnaître les connotations religieuses, ce qui lui valût la critique de mystique, notamment de la part de Freud ou de Richard Noll. Pour la psychologie analytique l'âme humaine, au sens psychique, est naturaliter religiosa (« naturellement religieuse »), en ce sens cette théorie réhabilite la fonction religieuse et spirituelle en psychologie. Il s'agit pour Jung de la seule position éthique permettant de penser l'homme dans sa globalité : « Qu'on se représente comme on voudra la relation entre Dieu et l'âme, une chose est certaine : l'âme ne peut pas être un « rien que » ; au contraire, elle a la dignité d'une entité à laquelle il est donné d'être consciente d'une relation avec la divinité ».

Représentation conique de la structure de la psyché selon la psychologie analytique :
1. le Moi ;
2. le conscient ;
3. l'inconscient personnel ;
4. l'inconscient collectif ;
5. la partie de l’inconscient collectif qui ne peut être connue, dite « inconscient archaïque ».

La psychologie analytique envisage plusieurs voies possibles pour accéder à la psyché et qu'elle nomme les manifestations psychiques. Freud se limitait au rêve et à son contenu latent, aux mots d'esprit, aux lapsus et enfin aux actes manqués, sans oublier le comportement pathologique et névrotique alors que Jung étend les manifestations inconscientes à la culture et aux systèmes de pensée. Le rêve, qui demeure, comme chez Freud, la « voie royale » d'exploration de l'inconscient et les visions qui sont des rêves transgressant la barrière consciente, sont ainsi des appels directs de l'inconscient. Les phantasmes par ailleurs sont des matériaux inconscients que la méthode de l'imagination active permet d'intégrer. Les productions esthétiques (dessins, écrits...) dont les allégories et gravures alchimiques sont des projections conscientes de matériaux inconscients. Les mythes enfin, à un niveau davantage culturel, sont des représentations d'archétypes. Le domaine de la parapsychologie est également pour Jung un réservoir de phénomènes psychiques. La vision de fantômes par exemple s'explique par une projection de complexes psychiques personnifiés.

Le rêve et le mythe

En 1916 Carl Gustav Jung publie Points de vues généraux de la psychologie du rêve, dans lequel il développe sa propre compréhension des rêves qui diffère beaucoup de celle de Freud. Pour lui, les rêves sont aussi une porte ouverte sur l'inconscient, mais il élargit leurs fonctions par rapport au point de vue freudien. Selon Jung, une des principales fonctions du rêve est de contribuer à l'équilibre psychique en compensant les jugements de la vie consciente : un homme dévoré par son ambition et son arrogance par exemple se verra en rêve petit et frêle. L'inconscient pour Jung lui montre par ce moyen que son attitude est trop assurée, trop consciente, et refuse l'intégration de parties inférieures de la personnalité, en général niée par le caractère arrogant : l'acceptation de faire des erreurs ou les sentiments. Jung appelle ce mécanisme la « compensation », fonction qui a pour rôle de rétablir l'équilibre naturel de la psyché. Un contenu inconscient est ainsi mis en images par l'intermédiaire du symbole qui, pour Jung, a une face affective (il fait naître un sentiment pouvant être parfois numineux lorsqu'il est relié à un archétype) et une face intellectuelle. Certains sont personnels, et d'autres sont collectifs et ont de tout temps signifié la même chose ; ils expriment les phases du processus d'individuation que l'on retrouve dans les ouvrages littéraires, les peintures, l'alchimie ou encore les mythes.

La psychologie analytique est surtout connue pour son étude historique et géographique des mythes comme élaboration inconsciente visant à expliquer, par le symbole, la structure et les manifestations de la psyché. Le mythe représente directement les éléments et phénomènes provenant de l'inconscient collectif et pouvant se modifier, dans sa représentation, à travers l'histoire mais demeurant dans leurs significations toujours semblables. Si Jung se fonde surtout sur les mythes chrétiens ou païens (grecs et latins), il tente néanmoins de montrer que l'inconscient est composé de mythologèmes qui se retrouvent dans toutes les cultures. Il s'intéresse alors aux religions de l'hindouisme, du zoroastrisme ou encore à la pensée chinoise, qui toutes sont communes quant aux représentations des fondamentaux de la psyché. La psychologie analytique s'intéresse au champ des significations, partant de l'hypothèse que l'être en en constant contact avec les matériaux universels et symboliques de l'humanité.

Concepts de la psychologie analytique

Les lieux psychiques

Jung va, dès 1906, se démarquer de la topique psychanalytique en imaginant la structure de la psyché comme un ensemble d'instances psychiques plus ou moins autonomes, et non comme seulement un ensemble polaire conscient/inconscient. Reprenant néanmoins des concepts majeurs élaborés par Freud, comme le Moi et l'inconscient, Jung en élargi la dimension au collectif. Sa contribution principale reste le Soi, ou archétype de la totalité, qui structure la psyché et oriente son développement, et les instances personnifiées comme l'anima et l'animus, la persona et l'ombre.

La Conscience

Il s'agit selon Jung d'un champ d'attention, plus ou moins variable, et qui a émergé de l'inconscient au fil du développement de l'appareil psychique et neurologie humain. Pour Jung, « la conscience humaine, la première, a créé l'existence objective et la signification et c'est ainsi que l'homme a trouvé sa place indispensable dans le grand processus de l'être »; elle est en effet le lieu psychique privilégié du « complexe Moi », caractérisé par la volition et le raisonnement, par la mémoire également. Le Moi n'est cependant pas la seule autorité sur la conscience, celle-ci étant intermittente et d'autres complexes pouvant devenir semi-conscients. L'anima peut ainsi devenir consciente et agir contre le Moi, comme dans les rêves notamment. James Hillman parle ainsi d'un « moi imaginal » lorsqu'il baigne dans l'inconscient. Celui-ci est souvent figuré sous les traits d'un personnage d'autorité comme le roi dans l'alchimie ou les rêves. Certains autres phénomènes psychiques ou physiques provoquent également dans la conscience des « abaissement du niveau mental » qui laissent alors pénétrés des contenus inconscients. Les visions et délires sont ainsi des zones de faible résistance psychique qui influencent directement la conscience.

Jérôme Bosch, Hieronymus (« Aussi l'âme est-elle non seulement un problème personnel, mais un problème du monde entier, et c'est à ce monde entier que le psychiatre à affaire »).

L'inconscient

Concept psychanalytique par excellence, l'inconscient (« Unbewusten » en allemand) est néanmoins chez Jung bien plus qu'un réservoir de souvenirs et de pulsions refoulées : il a une dimension vitale (il a une fonction dans le développement de l'individu) et une dynamique[H 3]. Tout d'abord, Jung définit l'inconscient comme l'espace de l'inconnu, son approche est, dans ses premiers travaux, philosophico-pragmatique. Jung part en effet d'une conception théologique et philosophique de l'inconscient, celle de Schopenhauer et de la psychologie expérimentale. Par l'étude des complexes avec Franz Riklin, Jung postule un inconscient motivé qui compense l'attitude consciente. Il constate que l'homme se distingue par deux réalités, l'une connue (la conscience), l'autre inconnue constituées de matériaux et de phénomènes hors de portée de l'attention qu'il nomme la « psyché objective ». La structure de cet espace répond aux représentations traditionnelles de la psychanalyse de Freud néanmoins Jung va distinguer dans l'inconscient une partie collective et une partie individuelle, propre à la personnalité : l'inconscient personnel composé des instances psychiques personnifiées, c'est-à-dire l'ombre, la persona, l'anima ou l'animus. Il intègre également d'autres processus comme les complexes autonomes. L'inconscient personnel se manifeste dans les rêves et les productions imaginaires et est également en constante relation avec la personnalité : « la psychologie n’est pas uniquement un fait personnel. L’inconscient, qui possède ses propres lois et des mécanismes autonomes, exerce sur nous une influence importante, que l’on pourrait comparer à une perturbation cosmique. L’inconscient a le pouvoir de nous transporter ou de nous blesser de la même façon qu’une catastrophe cosmique ou météorologique ».

L'inconscient collectif

Concept majeur de la théorie jungienne, l'inconscient collectif (« kollectiven unbewusten » en allemand) a été postulé bien avant la psychologie analytique, en philosophie et en psychologie expérimentale. Jung dit d'ailleurs en tenir l'idée de Schopenhauer mais c'est la méthode de Freud qui lui en a permis l'investigation. Alors que l'inconscient personnel fait partie intégrante de la personnalité, l'inconscient collectif est universel et commun à tous les hommes. Il constitue ainsi « une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux ». Jung en parle souvent comme de la couche la plus profonde de l'âme, qui abrite deux processus clés de la psychologie analytique : les instincts et les archétypes. Jung lui donne l'épithète de « collectif » car ces matériaux se distinguent par leur récurrence d'apparition dans l'histoire humaine. L'inconscient collectif ne se transmet pas mais ses éléments constitutifs, les archétypes se transmettent comme des possibilités de représentations. L'expérience humaine, au fil des siècles, nourrit ce réservoir d'images primordiales qui conditionne ensuite tout être humain. Les rituels religieux ou animistes naissent ainsi d'une identification aux matériaux collectifs par la participation mystique. Les grands mythes naissent de ces systèmes fonctionnels autonomes, qui ne doivent rien à la personnalité, et qui la conditionnent sur la voie de l'individuation ou lorsqu'un archétype est excité (« constellé » dans le vocabulaire jungien) ; c'est pourquoi selon Jung tous les mythes ont des interprétations similaires d'une civilisation à l'autre. L'inconscient collectif enfin est comme un champ où tous les points sont reliés, c'est-à-dire que les archétypes et les instincts sont tous contaminés : un mythe a des motifs appartenant à d'autres mythes proches, ce qui forme un réseau dense où chaque motif se tient et conditionne les autres. Les images mythiques sont sous forme de chaîne multidimensionnelle mise en évidence par Marie-Louise von Franz qui reprit les travaux de Jung à sa mort, expliquant la métamorphose des motifs mythiques à travers les périodes historiques. Les recherches les plus spéculatives de Jung, notamment sur la synchronicité, dans La Synchronicité comme principe d'enchaînement a-causal (1952), posent l'hypothèse que la nature de cette couche de l'inconscient collectif et des archétypes est psychoïde (« comme l'âme »), c'est-à-dire qu'ils échappent à la représentation, au contraire des phénomènes psychiques connus et qu'ils participent d'une transgression des limites matière-esprit.

Le soi

Le terme de « Soi » (« Selbst ») est le plus difficile d'approche au sein de la psychologie analytique. Jung en parle dès l'ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles (1912). Carl Gustav Jung utilise ce terme dans le sens d'un concept mais il en fait par la suite l'un des piliers de sa théorie. En psychanalyse traditionnelle c'est notamment Heinz Kohut qui en a théorisé et développé le concept mais dans une acception narcissique. Jung utilise lui le Soi comme l'archétype qui structure la psyché. Le retrouvant dans toutes les mythologies et religions du monde, il s'agit d'un archétype central représentant la relation dynamique qui existe entre la conscience et l'inconscient. Jung dit du Soi qu'il est « une entité sur-ordonnée au Moi », c'est-à-dire plus un lieu psychique inhérent à la structure psychique qu'un processus. Il a pour fonction de réaliser l'être, de maintenir le contact des différentes couches psychiques entre elles : « Le soi est la donnée existant a priori dont naît le moi. Il préforme en quelque sorte le moi. Ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même ». Jung demeure conscient de la réalité anthropomorphique de ce concept qui désigne au final la totalité de la psyché. Il traduit l'expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d'une conscience englobant de plus en plus d'éléments inconscients. Le Soi intervient dans le processus d'individuation et le concept est celui le plus repris et le plus développé par les continuateurs de Jung. Marie Louise Von Franz estime ainsi que le Soi est l'archétype ordonnateur de tous les autres, celui qui possède en soi la structure de la psyché et ses plans architectoniques alors que Michael Fordham appelle « soi primaire » l'état où la différenciation psycho-corporelle n'existe pas encore dans le développement de l'enfant. En tant que représentation de la totalité psychique, le Soi est nécessairement paradoxal et est « à la fois la quintessence de l’individu et une entité collective », un espace a-moral. Le Soi est un archétype universellement représenté, à travers une symbolique de la Totalité et de la Quaternité : « Vivant en Occident, j'aurais dû dire le Christ, au lieu du Soi ; dans le Proche-Orient, ce serait approximativement Chadir ; en Extrême-Orient, Atman, Tao ou Bouddha ; dans le Far West, lièvre ou mondamine ; et dans le monde de la Cabale enfin, Tifereth ».

La synchronicité

Carl Gustav Jung proposa de nommer « synchronicité » l'occurrence simultanée de deux événements qui ne présentent pas de rapport de causalité mais dont l'association prend un sens pour la personne qui les éprouve. Le concept, inventé lors de l'allocution de Jung à la mémoire de Richard Wilhelm en 1930, n'a de sens qu'au sein de la psychologie et ne peut être réduit à un fait avéré et scientifique dans la mesure où il constitue pour Jung une hypothèse de travail et a causé de nombreuses ambiguïtés : « J'emploie donc ici le concept général de synchronicité dans le sens particulier de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue. Le terme s'oppose à « synchronisme » qui désigne la simple simultanéité de deux évènements. La synchronicité signifie donc d'abord la simultanéité d'un certain état psychique avec un ou plusieurs événements parallèles signifiants par rapport à l’état subjectif du moment, et - éventuellement - vice-versa ». Le concept est parmi les plus développé par les continuateurs de Jung, Michel Cazenave, Carl Alfred Meier et James Hillman principalement, mais il a aussi été récupéré par divers courants de spiritualité qui en retirent la rigueur scientifique. Selon Jung, un archétype constellé dans l'inconscient peut, sous certaines conditions, transgresser la frontière matière/psyché. Jung a étudié ces phénomènes avec le physicien Wolfgang Pauli, au travers d'une correspondance nourrie des apports des deux spécialistes et dans leur essai commun : La Synchronicité, principe de relation a-causale (1952). Les deux hommes voient dans la synchronicité la possibilité d'explication d'un rapport des faits « non constatables en soi », liés aux manifestations de l'inconscient et des archétypes. Jung appelle unus mundus (terme provenant de Schopenhauer) cet état où ni la matière ni la psyché ne sont distinguables alors que Pauli voit lui un langage double, à la fois scientifique et symbolique. Selon lui, le phénomène dépend de l'observateur. Néanmoins tous deux se rejoignent sur la possibilité d'une conjonction de la physique et de la psychologie : « Ces expériences [celles de Jung sur l'alchimie] m'ont montré que la physique moderne est capable de présenter sous une forme symbolique les processus psychiques jusque dans les moindres détails ».

Les processus psychiques

Animus et anima, représentés par la figure de l'androgyne alchimique.

La psychologie analytique distingue entre deux types de processus psychiques : ceux venant de l'individu, dits « personnels », appartenant à la psyché subjective, et ceux collectifs, liés à la structure même de la psyché objective, appelés « transpersonnels ». Ces processus sont tous archétypiques. Certains sont particulièrement liés à la conscience comme l'anima, la persona ou l'ombre, d'autres sont davantage collectifs. Jung les appelle notamment des « personnages » car ils sont toujours personnifiés et ils représentent un aspect de la psyché.

Les archétypes contra-sexuels 
l'anima et l'animus

L'anima chez l'homme et l'animus chez la femme sont les archétypes du sexe opposés, c'est pourquoi Jung nomme ce couple « contra-sexuel ». Ils ont une fonction de régulation ou d'adaptation et contiennent une certaine charge psychique les rendant relativement autonomes au Moi[F 13]. L’anima est ainsi une image innée de la femme chez l’homme (c'est la part féminine de l’homme), l’animus, une image innée de l’homme chez la femme (c'est la part masculine de la femme). Tous deux sont perçus dans les rêves et se distinguent des autres archétypes personnels par la charge émotionnelle qu'ils véhiculent. Leur intégration permet de relier le conscient à l'inconscient et forme le travail préliminaire de l'individuation. Pour Jung tout homme a une image (ou « imago ») psychique de la femme, représentant dans sa psyché personnelle sa propre relation avec l'inconscient. C'est pourquoi pour les hommes l'anima représente les sentiments et les affects. L'anima ne renvoie pas à l'Œdipe freudien : il s'agit d'une fonction psychique personnifiée, celle de la relation du Moi masculin à l'inconscient et qui a pour but de compenser la conscience. Contrairement à l'anima, l'animus féminin n'est pas un. Chez la femme, il est à l'origine de comportement et de paroles acerbes et magistrales, péremptoires. Ces deux archétypes peuvent fasciner le Moi, c'est-à-dire l'envahir psychiquement. Jung parle alors de « possession par l'animus ou l'anima » lorsque l'un ou l'autre envahit le champ du conscient. L'étude des manifestations de l'anima ou de l'animus a donné lieu à une littérature abondante, d'Emma Jung (La Légende du Saint Graal) à Marie Louise von Franz (La Femme dans les contes de fée), de Clarissa Pinkola Estés (Femmes qui courent avec les loups) à Annick de Souzenelle (Le Féminin de l'Etre. Pour en finir avec la côte d'Adam).

La persona

La persona permet d'afficher un Moi social, en ce sens cet archétype permet de réguler l'influence extérieure sur la personnalité.

Comme l'anima et animus, la persona est un autre concept clé de la psychologie analytique désignant la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société et présent de la même façon chez les deux sexes : « La persona est le système d'adaptation ou la manière à travers lesquels on communique avec le monde. Chaque état, ou chaque profession, par exemple, possède sa propre persona qui les caractérise (...) Mais le danger est que l'on s'identifie à sa persona : le professeur à son manuel, le ténor à sa voix. On peut dire, sans trop d'exagération, que la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est ». Le concept de persona, au sein de l'écologie psychique, s'oppose donc à l'ombre, qui est la véritable personnalité mais reniée par le Moi. Le Moi conscient s'identifie tout d'abord avec la persona au cours du développement de l'enfant. L'identification aux diplômes, au rôle social, au titre honorifique, à la carrière par exemple, est autant d'éléments qui participent à la constitution de la persona et qui, à terme, constituent une voie d'ignorance de soi. Pour Jung, la persona n’a rien de réel, elle n’est qu’un compromis entre l’individu et la société donnant l’illusion de l’individualité. L'individuation doit, dans un premier temps, permettre à l'individu de dévêtir se masque, sans trop d'empressement néanmoins car souvent il est le seul moyen d'identification du patient.

L'enfant intérieur

L'enfant divin ou « fripon divin », enfant intérieur, puer aeternus, enfant éternel ou encore trickster représente l'archétype de la part enfantine qui existe en chaque adulte, quel que soit le sexe. Jung développa cette instance psychique avec Paul Radin et Károly Kerényi dans Le Fripon divin : un mythe indien et dans Introduction à l'essence de la mythologie. Paul Radin le définit comme un des mythes centraux de l'humanité : « Il n'est guère de mythe aussi répandu dans le monde entier que celui que l'on connaît sous le nom de « mythe du Fripon » dont nous nous occuperons ici. Il y a peu de mythes dont nous puissions affirmer avec autant d'assurance qu'ils appartiennent aux plus anciens modes d'expression de l'humanité ; peu d'autres mythes ont conservé leur contenu originel de façon aussi inchangée. (...) Il est manifeste que nous nous trouvons ici en présence d'une figure et d'un thème, ou de divers thèmes, doués d'un charme particulier et durable et qui exercent une force d'attraction peu ordinaire sur l'humanité depuis les débuts de la civilisation ». Selon sa relation à l'ombre, le fripon divin connaît quelques variantes, bénéfiques ou maléfiques comme la fée, le lutin ou le gnome. Le mythe du petit personnage farceur a été défini par Radin comme étant la figure de l'archétype du trickster, Kokopelli chez les Amérindiens, littéralement « farceur », petit personnage mythique présent dans toutes les cultures.

L'Enfant divin est, dans la mythologie, souvent lié au thème du jeu.

L'ombre

L'ombre est l'archétype de la partie inférieure de la personnalité, la somme de tous les éléments psychiques personnels et collectifs qui, incompatibles avec le Moi n'ont pas été vécus ou acceptés moralement[F 15]. Ils forment donc dans l'inconscient de l'individu, quel que soit son sexe, une personnalité souvent autonome et opposée au conscient. L'ombre se comporte toujours de façon compensatoire, elle a pour but de limiter le Moi dans son désir de contrôle, et de lui rappeler l'existence d'une part de la personnalité enfouie à cause de l'éducation et de la socialisation. Le personnage de l'ombre est souvent dans les rêves figuré sous les traits du double, bénéfique ou maléfique, ou du héros et de l'anti-héros, du traître également (Judas pour Jésus Christ par exemple). Jung y voit un archétype, celui de l'« éternel antagoniste » personnifié le plus souvent par les avatars du Diable. Dans la thérapeutique jungienne, l'ombre doit être acceptée puis intégrée à la psyché car elle est à l'origine de nombreux conflits psychiques, tant interne qu’externe, en même temps qu'elle impose au sujet de se confronter à ce qu'il veut ignorer de lui-même, et que de cette confrontation naît une forme d'éveil.

Les archétypes

Avec le concept d'inconscient collectif, auquel il est étroitement lié, le concept d'archétype (« grandes images » au sens étymologique) est fondamental dans la compréhension de la théorie de Jung. Celui-ci emploie parfois l'expression d'« images primordiales » ou de patterns of behaviour (« schéma de comportement ») de manière synonymique car l'archétype est inhérent à la structure neuronale et conditionne la représentation humaine. L'archétype est un complexe psychique autonome siégeant dans l'inconscient des civilisations, à la base de toute représentation de l'homme sur son univers, tant intérieur qu'extérieur : ils sont « les fondements de la part collective d'une conception ». Il se démarque par une intense charge émotionnelle et instinctuelle dont la rencontre teinte la vie de l'homme qui y est confronté de manière existentielle : « L'expérience archétypique est une expérience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi tranquillement des archétypes, mais se trouver réellement confronté à eux est une tout autre affaire. La différence est la même qu'entre le fait de parler d'un lion et celui de devoir l'affronter. Affronter un lion constitue une expérience intense et effrayante, qui peut marquer durablement la personnalité ». Les archétypes, dont il est erroné, pour Jung, de croire en dresser la liste, sont à la source de tous les mythes et parfois dominent même les nations ou les religions, qui y trouvent leurs terreaux de croyances. Jung a ainsi parler du nazisme comme un assujettissement à l'archétype païen relatif au dieu nordique Wotan, expliquant le débordement d'agressivité et la fascination exercée par Hitler. Jung nomme également l'archétype comme des structures imaginales immuables dans l'histoire et les civilisations telles la forêt et la mer pour l'inconscient, le père-soleil, la mère-Terre, le mariage sacré (hiérosgamos en grec), le dragon, l'arbre de vie, l’unus mundus, etc. Le débat sur le caractère héréditaire des archétypes est récurrent au sein de la psychologie jungienne, même si Jung a toujours refusé d'en faire des éléments hérités biologiquement.

Illustration du Faust de Goethe : Faust (la conscience) aux prises avec Méphistophélès (l'ombre).

L'individuation

Article détaillé : Individuation (psychologie analytique).

L'individuation est le processus complexe qui passe par différentes étapes de prise de conscience formées de la confrontation et de l'intégration des contenus inconscients. Il s'agit du concept central de la psychologie analytique, développé dès 1916, puisqu'il est le but de la psychothérapie jungienne, dans la mesure où il permet de réaliser le Soi : « L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et d'autre part de la force suggestive des images inconscientes ». L'individuation est donc le processus initiatique que doit emprunter l'analysé pour intégrer les autres instances de la psyché : la persona qui représente l'identification de la personne avec son rôle dans la société, l'ombre qui contient tout ce que la personne juge moralement répréhensible, l'anima (pour les hommes), ou l'animus (pour les femmes), qui représentent respectivement les valeurs féminines et masculines. Pour Jung nombre de conflits inconscients à l'origine de troubles névrotiques résultent de la difficulté à accepter cette dynamique qui vient décentrer le sujet conscient de sa position habituelle et le confronter à des parts de lui-même qu'il avait l'habitude d'ignorer.

La personnalité et la typologie

Le modèle explicatif des types

Article détaillé : Type psychologique.

Les types psychologiques sont la contribution majeure de la psychologie analytique aux sciences humaines. Débordant le cadre expérimental pour développer une théorie de la personnalité, Jung met en évidence, dans son ouvrage fondateur : Les Types psychologiques, dès 1911, trois grandes paires de caractéristiques de la psyché humaine, caractéristiques qu’il fonde à la fois sur sa pratique de la psychanalyse mais aussi sur une étude de la différenciation psychologique au cours des différentes époques pré et post-chrétiennes. Constatant l'utilisation abusive de sa typologie, qui tranche définitivement avec la caractérologie traditionnelle (il s'agit de mécanismes, non de caractères), il développe dans l'ouvrage L'Homme et ses symboles une mise en garde : si l'homme de science peut schématiser ainsi la personnalité, il n'en demeure pas moins que le mélange ne peut être réductible à une image aussi simplificatrice. Dans cette typologie, Jung distingue quatre fonctions dont deux sont dites « rationnelles » car elles émettent un jugement soit de l'ordre de la logique (fonction Pensée), soit de l'ordre de l'affectif (fonction Sentiment). Les deux suivantes sont dites « irrationnelles » car elles se fondent sur une perception soit de l'ordre global des choses perçues sans en voir le cheminement (fonction Intuition) soit de l'ordre de la perception corporel immédiate (fonction Sensation). Chaque individu possède les quatre fonctions à des degrés d'évolution différents, en raison de l'influence de l'éducation et de la socialisation. La fonction principale sera la plus consciente, à la disposition de la volonté mais toutes sont des fonctions d'adaptation au réel. C'est la plus développée, celle avec laquelle l'individu est le plus à l'aise pour se diriger dans le monde et s'y adapter. Deux autres fonctions plus ou moins développées, dites « auxiliaires », antagonistes de celles conscientes puisqu'elles s'opposent nécessairement deux à deux. Elles plongent dans l'inconscient personnel, d'où elles peuvent constituer des refoulements ou s'allier à des complexes psychiques.

Les quatre fonctions de la personnalité selon la psychologie analytique.

À cette première grille de lecture, Jung y sur-ordonne deux « attitudes » : l'extraversion[C 11], qui est le mouvement de la libido vers l'extérieur et qui se réfère à l'objet et l'introversion qui est elle le mouvement de la libido tournée vers l'intérieur et dont le point de départ est le sujet. Ainsi Jung dessine, à partir de ces quatre fonctions et de ces deux attitudes, et selon leur degré de conscience et de dominance sur le sujet, un certain nombre de types psychologiques expliquant notamment les conflits de personnes (un introverti face à un extraverti) ou les passions personnelles (un type Pensée deviendra scientifique). Ce modèle eût une forte influence sur les théories managériales, à travers le Myers Briggs Type Indicator et la vision socionique, mais aussi en développement personnel, en graphologie.

Deux développements : le Myers Briggs Type Indicator et la socionique

Articles détaillés : Myers Briggs Type Indicator et socionique.

Isabel Briggs Myers et Katherine Cook Briggs, sa mère, sont deux américaines et analystes jungiennes qui dans les années 1950 ont développées l'approche de Jung, en élaborant un questionnaire psychométrique pour faciliter l'application et la démocratisation de la théorie, son utilisation également dans le monde du travail. L'indicateur MBTI identifie alors 16 grands types de personnalité à partir des deux préférences possibles sur chacune des quatre dimensions précédentes. Il détermine alors des « préférences individuelles » et quatre « tempéraments » qui forment les catégories de personnes, notamment au travail. Myers et Briggs ont ainsi crées leur fondation[35], dispensant des formations.

Parallèlement, dans le monde soviétique, mais accessible seulement depuis les années 1990, Aushra Augustinavichute, une lituanienne, élabore la socionique[36] qui modélise la personnalité, sur la base des types psychologiques de Jung, selon 16 types, en huit paires des types complémentaires, aussi appelés duals. Avec Antoni Kępiński, elle développe les sociotypes utilisés aujourd'hui dans le management et dans le marketing pour approcher les comportements du consommateur. La socionique est un modèle stipulant que chacun des seize types psychologiques possèdent un rôle social plus ou moins déterminé. Chaque personne accepte et produit de l’information de manière différente selon son type, ce qui génère des comportements différents selon les types. Il est ainsi possible de pronostiquer les tendances des relations entre les gens, notamment dans certains milieux comme la famille ou le travail.

Les complexes

Article détaillé : Complexe (psychologie).

Alors psychiatre à la clinique universitaire de Zurich, avec Franz Riklin, Jung élabore une théorie générale des complexes psychiques, colligée sous le titre Experimentelle Untersuchungen über die Assoziationen Gesunder. Il est ainsi l'inventeur du terme et à l'origine de son adoption en psychanalyse. Le complexe (gefühlsbetonte Komplexe en allemand) » pour désigner ces fragments psychiques à forte charge affective, séparés du conscient et constitués « d'un élément central et d'un grand nombre d'associations secondaires constellées ». Les indices de complexes sont ainsi nombreux : pouls, transpiration, temps de réponse, etc. Il s'agit d'un nœud psychique de pulsions s'agglomérant dans l'inconscient et influençant le conscient. Néanmoins, de manière parallèle à l'opposition inconscient personnel / inconscient collectif, Jung va distinguer deux types de complexes : les complexes supra-personnels liés à des archétypes et symbolisant leurs influences sur le conscient et les complexes personnels, qui sont nés des collisions avec la disposition instinctive générale. Une fois autonomes, les complexes sont personnifiés dans l'inconscient et apparaissent sous des formes symboliques dans les rêves notamment.

Les instincts.

Les instincts sont des données objectives, naturelles, ancrées dans la biologie et dans le vivant, qui insufflent aux archétypes leur énergie psychique. Jung en dénombre sept : la sexualité (en cela il s'oppose à Freud qui en fait l'instinct premier), la faim, la soif, le sommeil, la créativité, le religieux et la volonté de puissance enfin. Dans la psychologie analytique, l'instinct et l'image sont liés. Ainsi, « l'instinct agit et, en même temps, forme une image de son action. Les images déclenchent des actions, et les actions sont structurées par les images » explique James Hillman qui ajoute : « les images relèvent du même continuum que l'instinct ». L'instinct est donc à la source de toute conscience et de toute inconscience, de toute réalité psychique. Il possède donc un dynamisme et une image instinctuelle. Ils forment en quelque sorte le contenu ou le thème (mot que Jung reprend souvent, de manière synonyme) de l'archétype, au-delà de sa forme symbolique et c'est pour cette raison qu'ils sont considérés au sein de la thérapie jungienne car ils renseignent sur l'attitude du conscient face aux nécessités biologiques. Dans tous les cas, les archétypes et leurs dynamiques font qu'ils sont souvent confondus avec les instincts même si « les structures archétypes ne sont pas des formes statiques. Ce sont des éléments dynamiques, qui se manifestent par des impulsions tout aussi spontanément que les instincts ».

La psychothérapie jungienne

La psychologie analytique s'est nourrie principalement des cas d'analyses, d'abord conduits par Jung, puis par ses continuateurs et analystes. Jung n'a en effet jamais cessé de pratiquer l'analyse parallèlement à ses recherches. Rattachée aux « psychothérapie d'inspiration psychanalytique », la psychothérapie jungienne diverge néanmoins de l'analyse-type de Freud, par le cadre éthique qu'elle instaure, et par les techniques mises en œuvre.

Le cadre thérapeutique et éthique

L'indianiste Heinrich Zimmer en 1933 a coécrit avec Jung un ouvrage, Der Weg zum Selbst (La Voie vers le Soi) dans lequel la psychothérapie est mise en parallèle avec les initiations de la religion hindouiste.

Déontologie et conduite de l'analyse

Formellement l'analyse jungienne diffère peu de celle de la psychanalyse traditionnelle. Elle porte en effet sur un nombre de séances hebdomadaires allant de une à deux et sur une méthode de discussion et d'abréaction et dure en moyenne trois ans. Néanmoins la position de l'analyste et de l'analysé diffère ; ceux-ci sont en effet face-à-face et sans recours à un divan. Des éléments non analytiques peuvent prendre place, tels que la suggestion ou l'imagination active, le jeu de sable, la peinture ou toute autre forme de créativité. L'entretien sera parfois semi-directif (alors que la cure psychanalytique est un entretien non-directif). L'individu est au centre de la thérapie, comme l'explique Marie-Louise Von Franz dans Psychothérapie. L'expérience du praticien où elle récapitule la pensée de Jung sur ce point. Le transfert est recherché et l'interprétation des séries de rêves est l'un des piliers de la thérapie jungienne. Pour le reste, les règles s'apparentent à la psychanalyse classique : l'analyste examine la libre association et vise la neutralité et l'éthique, celle-ci étant entendue comme le respect du rythme de développement du patient. En effet l'analyse jungienne ne vise pas seulement et uniquement l'examen du passé du patient, mais a pour tâche de reconnecter la conscience avec l'inconscient et ainsi permettre une adaptation avec la vie sociale et émotionnelle. La névrose est en effet pour Jung le symptôme non d'un retour du refoulé mais d'une incapacité éthique à faire face à la réalité. L'inconscient est ainsi source d'éthique et l'analyse a pour tâche de mettre à la conscience l'entière personnalité du patient, d'autant plus que « les processus inconscients mis en jeu dans le transfert induisent une relation de dépendance de l’analysant qui perd ses défenses et ses repères habituels. Ceci demande que l’analyste soit le garant de la relation transférentielle ». C'est pourquoi les analystes jungiens doivent avoir une solide culture générale, notamment en histoire des symboles. Leur formation est longue (3 années après la formation intiale de psychiatre en général). En France par exemple, la Société française de psychologie analytique forme les analystes d'obédience jungienne.

« Travail intérieur » et éthique

La psychothérapie issue de la psychologie analytique repose sur les postulats décrits par Jung, considérés comme des concepts opérants et mis en cohérence par le « travail intérieur », l'individuation. « Chaque vie est un déroulement psychique » indique Jung et il précise que « La tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de lui-même ». La thérapie jungienne se concentre donc surtout sur l'individuation, non sur la cure des symptômes immédiats comme la névrose et se veut une thérapie synthétique-herméneutique. Pour Jung la thérapeutique s'enracine dans le vécu et le quotidien du patient : « La psychanalyse et vie ne sont pas séparées. Quand une analyse authentique s’est déroulée, l’individu devient apte à entretenir avec son inconscient, tout au long de sa vie, une relation, un dialogue dans lequel le moi laisse advenir ce qui émerge de l’inconscient, le considère attentivement, s’y confronte et l’évalue. Ce n’est qu’à l’issue de ce processus qu’une position de sujet peut apparaître ». Si la plupart des continuateurs de Jung mettent en œuvre une psychothérapie similaire à celle du psychiatre suisse, quelques-uns mettent en cause certains points de vue. James Hillman notamment se focalise davantage et exclusivement sur l'émotion véhiculée par l'image, se passant de toute interprétation littérale. D'autres se concentrent sur l'enfant exclusivement, comme Clifford Mayes en utilisant la catharsis.

Techniques mises en œuvre : imagination active et dialogue intérieur

Articles détaillés : Imagination active et Dialogue intérieur.

L'imagination active est une méthode qui permet de donner une forme sensible aux images de l'inconscient et de s'y confronter dans le cas où est ressentie une perturbation émotionnelle, permettant ainsi à élargissement de la conscience. Elle consiste ainsi à fixer son attention sur cette émotion, et, plus généralement, sur les fantasmes inconscients portés à la conscience, puis de les laisser se développer librement, sans que la conscience n'interfère. L'utilisation de techniques artistiques est recommandée. Elle conduit donc à « relier les plans conscients et les plans inconscients » ou à donner vie aux images spontanées. Le dialogue intérieur est la seconde technique utilisée en psychothérapie jungienne, méthode très similaire à celle de l'imagination active. L'analyste jungien Anthony Steven explique que ce dialogue intérieur permet de représenter les archétypes sous les traits de figures autonomes qu'il nomme « daimon ». Charles Baudouin en fait lui une « variante » de l'imagination active et qui représente ce « théâtre intérieur » de l'être. Le dialogue intérieur est devenu un outil de développement personnel grâce à Hal Stone et Sidra Stone, un couple d’analystes américains d’inspiration jungienne. Ils en ont fait une thérapie brève à part entière dont « l’objectif est de mieux se connaître en donnant la parole aux sous-personnalités contraires (ou « voix ») et contradictoires qui nous habitent et que nous brimons ».

Critiques de la psychologie analytique

La psychologie analytique fut, dès sa fondation, l'objet des critiques venant de la sphère psychanalytique, Freud en premier lieu, qui vit en l'œuvre de Jung celle « d'un mystique et d'un snob ». Les tenants du freudisme multiplièrent durant tout le XXe siècle les critiques, portant principalement sur le caractère mystique des écrits de Jung. D'autres analystes, en particulier des praticiens jungiens, dénoncèrent le « culte de la personnalité » autour du psychiatre suisse. Enfin, sa collusion avec le nazisme demeure l'une des critiques les plus récurrentes.

Richard Noll et la « prophétie » de Carl Gustav Jung

La critique du psychiatre américain Richard Noll, qui publia par deux ouvrages (Le Culte de Jung, 1994 et Le Christ aryen, 1997) examinant l'ambivalence selon lui du personnage de Jung, fut la plus acerbe à l'encontre des collusions de Jung avec le régime nazi. Son argumentaire est violent, assimilant Jung à un gourou aux délires de grandeurs et pétrit de théories racistes et nazies, promoteur d'un Christianisme intégriste. Selon lui Jung est en réalité un « prophète völklich » qui, se faisant toutefois passer pour chrétien, œuvre au retour du paganisme. Ainsi, derrière l'arrière-plan des accusations de collusion avec le nazisme, critique qui existe également chez Ernest Jones, ce que reproche Noll c'est la tentative que Jung a selon lui entreprise, via le culte de sa personne comme modèle et prophète, de restaurer le paganisme : « De même que Julien, Jung se présenta pendant de nombreuses années comme chrétien, alors qu’il pratiquait le paganisme dans l’intimité ». Noll considère aussi que Jung est un habile menteur n'ayant jamais cru à ses concepts originaux, œuvrant pour la déconfiture du monde religieux : « je suis convaincu – et c’est l’un des arguments de cet ouvrage – que Jung a fabriqué délibérément, et quelque peu trompeusement, ce masque du vingtième siècle pour rendre sa vision du monde magique, polythéiste et païenne plus acceptable à une société laïcisée, conditionnée à ne respecter que les idées d’apparence scientifique ». Néanmoins ces ouvrages sur Jung sont considérés par la plupart des psychologues et historiens de la psychanalyse comme des attaques personnelles. Élisabeth Roudinesco notamment argumente : « Même si les thèses de Noll sont étayées par une solide connaissance du corpus jungien […], elles méritent d’être réexaminées, tant la détestation de l’auteur vis-à-vis de son objet d’étude diminue la crédibilité de l’argumentation ». Richard Noll affirme également que dans la fameuse tour de Bollingen, Jung, franc-maçon, fait représenter un certain nombre « d'outils et de symboles maçonniques et alchimiques ».

La critique du mouvement autour de la personnalité de Jung

L'analyste jungien américain Andrew Samuels dans Jung and the PostJungians explore le milieu de la psychologie analytique, éclairant les nombreuses dissensions internes autour de concepts clés de Jung mais en raison des divergences de personnes également. Dans Controversies in Analytical Psychology Robert Withers la prépondérance de la figure de Jung sur la psychologie analytique, qui a constamment évolué après lui, forme la critique principale. Lors de la fondation du Club de psychologie de Zurich les critiques quant au culte de la personnalité autour de Jung existaient déjà. Hans Rudolf Wilhelm, suivant Oscar Pfister, prétendait que Jung accumulait autour de lui une « mafia pour anéantir Riklin ». Plus tard, en 1948, Medard Boss et Hans Trüb se démarquent aussi de la primauté de l'approche jungienne.

Sigmund Freud ainsi que ses partisans ont été les critiques principaux de la psychologie analytique.

La critique de la psychanalyse officielle

Du point de vue psychanalytique, nombre d'analystes continuateurs de Freud se sont prononcés sur le « cas de Jung ». Dominique Bourdin, agrégé de philosophie et docteur en psychopathologie et psychanalyse, stigmatise Jung dans La Psychanalyse, de Freud à aujourd'hui : « Renonçant aussi bien à l'importance de la sexualité infantile qu'au rôle organisateur de la crise œdipienne dans l'histoire singulière de chaque individu, Jung est sorti de la psychanalyse – même s'il continue à utiliser ce terme, désormais compris comme analyse de contenus psychiques généralement inconscients (...). Peut être est-ce un prophète du « retour du religieux », indépendamment des Églises traditionnelles, et en précurseur du courant spirituel du New Age, selon lequel nous entrons désormais dans « l'ère du Verseau », que nous pourrions le décrire le plus adéquatement. Ce faisant, il a délibérément quitté le terrain des sciences humaines et de la pensée rationnelle ». Karl Abraham est le premier à établir, alors que Jung était encore rattaché officiellement à Freud, une critique argumentée. Dans son écrit « Critique de l'essai d'une présentation de la théorie psychanalytique de C. G. Jung » Karl Abraham s'attaque aux postulats de Jung. Il dénonce le « délayage de l'inconscient » opéré par le psychiatre suisse. La « teinte religieuse » du concept, qui devient dès lors un « arrière-plan mystique » fait de Jung un « théologien » et non plus un psychanalyste. Cette critique est récurrente dans la littérature psychanalytique. Yvon Brès explique quant à lui que le concept jungien d'inconscient collectif « témoigne également de la facilité avec laquelle on peut glisser du concept d'inconscient psychologique vers des perspectives relevant d'un univers de pensée étranger à la tradition philosophique et scientifique dans laquelle ce concept est né ». La seconde génération de psychanalystes freudiens, représentée par Donald Woods Winnicott ou Jacques Lacan par exemple, perpétuent la critique également. La synthèse critique est réalisée par Edward Glover, continuant celle d'Ernest Jones, dans Freud ou Jung (1941).




Comments