Achille Laviarde, dit Achille Ier, roi d'Araucanie

Achille Laviarde dit Achille Ier, roi d’Araucanie

1841-1902

[voir une photographie sur ReimsAvant]

médaillon par Uzès (Achille Lemot)























On a beaucoup écrit, ces derniers temps, sur ce personnage pittoresque que fut Achille Laviarde.
On n’a souvent rien apporté de nouveau et même au contraire entériné des détails et anecdotes qui se sont avérés faux ou romancés. À mon sens, la meilleure étude est encore, la plus ancienne, celle qu’a faite Eugène Dupont et publiée dans l’Almanach Matot-Braine de 1935 :


ROIS D’OPÉRETTE


Si le IIIe canton de Reims a donné le jour, au cours du dernier siècle, à des personnalités artistiques dont notre cité est fière, notamment le magnifique peintre et dessi­nateur J.-L. Forain, de la rue des Moulins, – et, à certaine distance, ces renommées plutôt locales : le dessinateur Achille Valentin, dit Lemot, de la rue Sainte-Balsamie ; Povillon-Piérard, mémoraliste rémois ; Pierre Dubois, de la rue des Salines, poète, littérateur et imprimeur ; Max Simon, chanteur d’opéra-­comique, le Grenicheux si goûté des « Cloches de Corne­ville » ; Ernest Kalas, achevalé sur les rues Neuve[1] et de Contrai, architecte, peintre, écrivain, – sans compter les alluvions : le peintre Collinet ; les musiciens Ambroise Petit et Louis Mailfait, – et, parmi les vivants : les sculpteurs Auguste et Robert Coutin ; le musicien Jules Hansen ; cet autre, Edmond Robert, poète en supplé­ment, etc. Ledit IIIe est en droit d’inscrire sur ses tablettes des célébrités d’un ordre moins qualitatif, mais qui récol­tèrent leur part de notoriété dans la "chronique" rémoise, parisienne, voire mondiale ! À ne citer que Marie-Anne Detourbay, de la rue Neuve, demi-mondaine sous l’Empire, mondaine accomplie, en tant que comtesse de Loynes, sous la IIIe République, il y aurait de quoi solliciter l’attention de tous ! mais un autre nom vient sous la plume : celui de Achille Laviarde, enfant du Barbâtre, – Achille Ier, roi d’Araucanie –, dont l’exis­tence truffée d’aventures, toute en paillettes étincelantes et cliquetantes, défraya longtemps les « petits Mémoires » croustillants de ces derniers temps !
Et c’est de cette gloire locale que nous allons nous entretenir.

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Achille Laviarde est mort à Paris le 16 mars 1902, âgé de 61 ans. Sa famille rémoise se réduisait alors à quelques survivances : à Reims, les époux Cordier­-Laviarde et ses cousins germains Achille et Henri Laviarde ; à Barbonne-Fayel (Marne), Laviarde, cultiva­teur et maire. Sa dépouille fut inhumée au cimetière du Sud, en sa ville natale. Il était né le 7 novembre 1841, au numéro 201[2], rue du Barbâtre, où son père, Bertrand Laviarde, s’était établi fabricant de tissus, en 1832, – année de choléra ! – Le journal belge, l’ « Indépendant », d’Ixelles-lès-Bruxelles, publiait, le 30 octobre 1882, les détails suivants sur notre héros : « Le prince d’Araucanie, Achille Laviarde, est descendant d’une vieille famille noble qui émigra en France vers 1580, sous le règne d’Élisabeth. Les biens familiaux avaient été confisqués et les têtes mises à prix. Ils se réfugièrent sur les bords de la Suippe, entre Perthes et Liaucourt, pour y mener la vie pastorale. Un Laviarde, attaché à l’État-Major de Pichegru, quitte, vers 1814, sa terre de Suippes et s’ins­talle à Beaumont-sur-Vesle. Claude (de son prénom) laisse trois fils : Julien, Gustave et Bertrand. Julien sera notaire et père de Alfred Laviarde, maire de Barbonne ; Gustave, cultivateur ; Bertrand, fabricant à Reims. Aux environs de Suippes subsistent deux Laviarde : l’un, com­mandant de Cuirassiers, puis colonel de Dragons ; l’autre, – et c’est Bertrand –, achète des laines en République Argentine et fabrique des tissus. Ce dernier se lie à Reims avec le cardinal Thomas Gousset, et « politicail­lera » au bénéfice de Léon Faucher, et de façon désinté­ressée, aussitôt 48. Le comte de Chevigné a dit de lui : « C’est la personnification la plus parfaite de l’honnê­teté ».
À Reims, Achille fit ses études au Lycée, jusqu’en 1859. De 18 à 23 ans, il voyage : Tour de France , Italie, Suisse, Allemagne, Belgique, Angleterre, Algérie. Son père meurt en 1867. Achille était alors au service du Bey de Tunis. De retour en Europe, le duc d’Acquaviva (?) le charge d’une mission pour Saint-Marin (!) II revient à Reims, et s’y occupe de politique en faveur du candidat impé­rialiste Édouard Werlé, maire de Reims, combattu par Jules Simon, qu’il vainc. En février 1870, d’accord avec un journaliste rémois, il s’essaie à fonder la « Ligue des Conservateurs », organe : « La Commune » ; programme : « Ordre, Liberté ». La guerre ajourne tout. – 1870-71. – « Éclaireur de l’Armée », jusqu’au 4 septembre au service du général d’Exéa et du sous-préfet Sébastiani ; puis, à Mézières, Rocroi, Givet, sous le colonel Devolhuet. Il soumet à M. Thiers un projet relatif à la libération du territoire. Le 30 janvier 1872, il est secrétaire pour le IIIe canton de Reims, au service de la Souscription nationale. Partisan d’un plébiscite (on dit par ailleurs qu’il préparait un nouveau Coup d’État !), il est à Chislehurst. Le 15 janvier 1873, il assiste, officiellement, aux obsèques de Napoléon III. Dès septembre, il est président du Comité de pétitionnement de l’Appel au Peuple pour l’Arrondissement de Reims. 16 mars 1874, « Chef » de la Députation rémoise à la proclamation de Majorité du Prince impérial (Sur la photographie du groupement des personnalités rassemblées à cette occasion à Cambden-­House, on l’y voit aux côtés de Paul de Cassagnac). À la suite de l’enquête Girerd, on perquisitionne à son domicile, à Paris, où il s’escrime à fonder des Comités bonapartistes, En 1876, i1 a créé des journaux pour sou­tenir la candidature d’un nommé Perron (?), et va se mêler à la politique espagnole (!). 6 et 14 juillet 1877, entrevues avec Gambetta au sujet d’une candidature dans le Nord qui porte ombrage à l’opportunisme. En 1878, il s’occupe de Coopératives ouvrières. Et c’est à cette date que la mort d’Orélie[3]-Antoine Ier, roi d’Araucanie, va faire virevolter son existence déjà si décousue vers des destins dignes de fournir matière à de folles opérettes à la Offen­bach. Or, c’est une longue histoire ![4]

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Le 17 septembre 1878 décédait à Tourtoirac (Dordo­gne), S. M. Orélie-Antoine Ier roi d’Araucanie et des Patagons, après avoir proclamé comme successeur Gus­tave-Achille Laviarde, prince des Aucas, duc de Kialéon, demeurant, à Paris, boulevard Rochechouart, 110, et à Reims, en sa propriété du boulevard Fléchambault, entre Vesle et canal. Le trône dont héritait notre conci­toyen n’était, en pratique, qu’un vulgaire fauteuil de bureau, bourré de varech et recouvert en moleskine verte. Son royaume, quoi que fort hypothétique, avait des possibilités de plus haute valorisation. Toutefois, le prince légitime n’en avait tiré pied ou aile que sous forme de publicité, à l’usage des « gogos » et pour son étude d’avoué à Périgueux. Sur les deux hémisphères, on ne parlait de cette royauté des antipodes qu’avec 1e sourire diplomatique d’obligation dans les ambassades et chan­celleries !
Le prince des Aucas prit, pour le « Gotha », le nom et le titre de : Achille Ier, Roi d’Araucanie.
Du pont de Fléchambault à Perquencot, capitale de cette province, il y a, à vol d’oiseau et à 1 kilomètre près, plusieurs milliers de lieues, dont le chiffre n’est bien connu que du directeur du Bureau des longitudes. Foisy-Dela­haye, boucher à Reims, rue Clovis, qui, à l’époque de cette transmission de pouvoirs, venait d’obtenir une « palme » de « découpage » au Concours agricole de Paris, n’aurait su, de sa « feuille » nouvellement aiguisée, découper plus exactement en deux partie égales un « bestiau » de la Ferme des Bœufs, à Germaine, où le « Père Weill » engraissait son cheptel bovin, que les Araucans ne parta­gent le Chili, dans les Amériques méridionales ! Le terri­toire de cette province avait 65 lieues de long sur 60 de large et voisinait, non sans aigreur, la Patagonie, plus vaste. Araucans et Patagons étaient frères de race, mais « cordaient » difficilement, et des lustres entiers, ne se rencontrèrent qu’en s’affrontant lance en main, pour ces motifs puérils d’incompatibilité d’humeur qui, dans notre Europe, se résolvent par un divorce à « tourne-dos » intermittents.
Les indigènes de ces contrées pastorales ne se livraient qu’aux travaux bucoliques des champs : labour et fau­chaison, jardinage, exploitation de la pomme de terre, du tabac et du chanvre. Leur labeur forcé se mesurait à l’étendue de leurs besoins alimentaires et vestimentaires : ils faisaient du « cabétisme » sans le savoir ! Ils n’atten­daient point, comme le font nos hippophages actuels, que l’animal s’écroulât de sénilité sur le pavé ou s’enfiévrât mortellement pour l’abattre et le transformer en succulents biftecks ou « bœuf à la mode » juteux ! Tout Indiens qu’ils fussent, ces herbagers ne répugnaient pas à la fréquentation des « hommes pâles » au poil roux, puis­qu’après maintes générations, leurs « dirigeants » avaient estimé juste, équitable et salutaire de s’affubler d’un roi de souche européenne, en la personne falote d’un « avoué » de Périgueux nommé M. de Tounens, lequel, en 1858, par goût apostolique peut-être, sûrement par dégoût du gri­moire et du papier timbré, était allé catéchiser au Chili, d’abord, et d’où, mal reçu, il avait fuit en Araucanie. Il rêva dès lors d’amener à la civilisation européenne ce peuple frustre, et, le brave type ! d’en faire un « allié » de la France ! Après quelques mois de cet apostolat, il avait conquis ces Fils du Soleil, au moral surtout, par l’ardeur de ses convictions, l’énergie de son verbe, la splendeur de ses mirages suggestifs : ils l’adoptent, gre­nouilles libres en gésine d’esclavage, le proclament Roi, à la mode philippienne. L’Europe fut avisée de cet événe­ment par les soins d’une Chancellerie confectionnée en hâte, avec les éléments à portée. Les Chiliens firent la grimace, et, comme en ces latitudes, on a la tête près du bonnet, et le geste prompt, ce fut "illico" la guerre, la « guéguerre » avec ses ristournes pour les « chercheurs d’aventures ». Vite et tôt ! Chiliens, Patagoniens, arment, mobilisent, envahissent, et mettent en « cinq secs » le paisible « grimaud » périgourdin en nécessité de se muer en combattant et en héros de l’Indépendance.
Lutte inégale ! Blessé, mourant, le souverain d’occasion est fait prisonnier et, pendant 14 mois, il dégustera les délices d’une cellule meublée d’un lit de camp, d’une écuelle en bois, d’une « potée » d’eau, et d’un « inexpres­sible » en forme de pot à moutarde. On le libérera néan­moins sous condition de rejoindre dare-dare cette douce France qu’il n’aurait jamais dû quitter. I1 y fut accueilli par des lazzi, des sifflets et Montmartre et Montparnasse « rigolèrent » à ses dépens !

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Cependant, ce héros incompris ne restera pas sur cette défaite. On le revoit en Araucanie, où il rétablit de son mieux son prestige et son autorité ; puis, besogne faite, il regagne définitivement le « Pays des Truffes », désor­mais siège inattaquable de son pouvoir royal ! Au débar­qué, à Marseille, il crée son « Journal Officiel » araucan : « La Couronne d’Acier », organe de la Nouvelle-France. ­Mais Paris avec ses inépuisables ressources, l’appelle à lui ! Les milieux bohèmes des Boulevards extérieurs le fêtent dans leurs brasseries, dans leurs ateliers d’artistes, où la « gouaille » lui tresse des couronnes aux épines sans venin, qu’il dore d’écus royaux ! En 1873, il occupe un appartement rue de Grammont, à l’Hôtel du Périgord, centre de ravitaillement des « écharrés » de ce pays mer­veilleux où le compagnon de Saint Antoine pioche de son groin un sol aussi noir que généreux !

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Orélie-Antoine Ier avait alors 46 ans ; il était de taille moyenne, avec un teint basané de truffe rose, et son men­ton se grisaillait d’une barbe noire aux larges allées, une barbe de jardinier ! Il avait conservé cet accent méridio­nal si cocasse qui agrémente toute conversation entre gens du Nord et du Midi. Son moral était à peine ébranlé par ses neuf années de luttes et de déboires, de fatigues physiques. Pendant le reste de ses jours, ce roi d’opé­rette reçut les témoignages d’affection de ses « sujets » lointains, et nulle puissance ne songea à le déposséder de la « gloriole » sans avantages matériels de sa royauté éphémère !

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Quand il mourut, son neveu, Adrien de Tounens, en légataire loyal, lui reconnaît comme successeur officiel le jovial Rémois Achille Laviarde, qui, dès lors, va tenir d’une main ferme les rênes de ce char royal. On est au 26 mars 1882. Le nouveau roi a déjà son secrétaire d’État : le comte de La Rosa. Il fonde un ordre de chevalerie : « la Constellation du Sud », suivi d’autres : « la Couronne d’Acier », « l’Étoile du Sud ». Un Conseil des ministres sera présidé par le ministre d’État Antoine-Hippolyte Cros, assisté par Émile Quétard, avocat à la Cour d’appel de Paris ; Gourdon de Genouilhac, homme de lettres ; Raymond Blanche, ex-sous-préfet ; Alfred Perron, avocat, débris des luttes législatives du Second Empire en déroute, ex-inspecteur des Finances et consul d’Araucanie ; les deux frères Meulemans, Belges comme M. Beulemans, encore à naître ; le prince grec Mavrocordato ; Ch. Ri­vière, consul à Saint-Malo ; Oscar Moller, ingénieur ; Ignace Egermann, citoyen honoraire de Saint-Pétersbourg et Léon Allain, sous-lieutenant territorial au 10e hussards. Cette Cour papillonne autour d’Achille Ier et de sa compagne, la princesse Dona Maria, beauté américaine du Sud, aux épaules divines et à la prestance royale, tous deux trônant au pied de la Butte sacrée de Montmartre. Le « Gotha » enregistre l’existence officieuse de S.A.R. le prince d’Araucanie et de ses conseillers : Jean-Robert d’Antenac, Vte de Constantin ; Jean-Paul de Hault, Vte de Lassus ; Georges-Thierry de Fontmanoir ; Armand de Haërne, sous-préfet en disponibilité et le député limousin Chavoix, notaire à Excideuil. Le comte Pecci, neveu du pape Léon XIII, lui donne de la « Majesté » ! Ajoutons à ce mémorial impressionnant le nom d’un modeste conci­toyen de Laviarde, ami des premières heures, Émile Godret, dit Bazière, enfant du Barbâtre, qui avait accepté la charge d’un Ministère de la marine. Bouffonnerie qu’un Offenbach eût pu mettre en musique, sur un livret de Meilhac et Halévy !

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Achille Ier prenait son rôle au sérieux. Sa nomination ayant été contresignée par six « grands » d’Araucanie, sur un acte enregistré à Paris en juin 1882 (coût : 7 fr. 50), entre en bataille. Le Chili revendique l’Arauca­nie ; la République Argentine, la Patagonie. Pourtant, les Araucaniens veulent conserver leur indépendance : ils envoient une députation conférer à Bordeaux avec leur roi ; mais le Gouvernement français les expulse. Toutes lettres sont interceptées. Achille Ier demande le protecto­rat de la France pour ses 3 millions de « sujets ». Il y aurait, prétend-il, des échanges à pratiquer ; le pays four­nirait du bétail ; il possède des mines d’argent, de cuivre. Avec 50.000 fr. on pourrait acheter pour 600.000 fr. de métaux et fourrures, cuir, café, tabac, etc. Dans ce pays lointain, il n’y a point de « monnaie » : tout s’obtient par échanges. Rien n’y fait : on ne prend pas cette royauté et ce roi funambulesque au sérieux ? Et les choses s’aggra­vent. Le Chili déclare la guerre aux Araucans et à leur roi, dont la devise est : "Vita ardentis" ! Hélas ! com­ment combattre ? ses soldats sont armés de lances, sabres, lassos. C’est l’agonie de ce peuple ! mais Achille Ier res­tera toujours son Roi in partibus !

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Dix ans auparavant, Laviarde avait été signalé comme agent actif des revendications bonapartistes. À Paris, dés son retour de Chislehurst, il s’était abouché avec un bura­liste de la place du Trône, 2, nommé Drumelle, originaire du IIIe canton de Reims, et qui sera l’un de ses premiers dignitaires de l’ordre de « la Constellation du Sud ». Laviarde jouait là à la manille, avec un jeu de cartes qui lui était spécialement réservé. Un gazetier de l’époque décrit ainsi la silhouette du Roi d’Araucanie. « Supposez une tête qui, à la place d’un buste corporel, aurait l’un de ces cadres ovales que des commerçants primés aux Expositions couvrent de médailles d’or, d’argent et de bronze, avec des rubans multicolores barrant la poitrine ! » Là s’établit le siége de ses intrigues. Mais Orélie-Antoine, le Prince impérial, morts tous deux, il restait dépouillé de toute possibilité d’agir. Et ce fut désormais la « Vie de bohême » ! On fait de l’argent avec des diplômes et des décorations. On distribue des honneurs, on vend des titres à panache. L’un des ordres, celui de « la Couronne d’Acier », est à ruban rouge, à peine strié de vert, imitant le ruban de la Légion d’honneur. Ces décorations donnè­rent lieu, par la suite, à un trafic peu honorable : en 1899, le Tribunal correctionnel de Reims condamne à 100 francs d’amende un courtier marron, Hiret, qui plaçait ces titres fantaisistes au prix de 100 à 200 francs l’un. Dans le quartier populaire et ouvrier de Saint-Antoine, il se forme une clientèle parmi les ébénistes, qui lui donnent de la « Majesté » long comme le bras, et il n’en est pas peu fier ! Affilié à une loge franc-maçonnique[5], il se fait pla­cer à la tête de sociétés sportives ; en un mot, il recherche la popularité et des voix électorales pour le parti. Depuis longtemps, il avait coupé son nom en deux, justifiant cette fantaisie en s’appuyant sur un document ancien, où il est spécifié que : « Pour un emploi d’aide-major que solli­cite Vauban auprès de Louvois, il nomme : le bonhomme La Viarde, soldat exact, depuis longtemps capitaine des Portes, et dont les deux fils servent le Roi ». Un jour, se dépensant en recherches et démarches pour retrouver une ascendance dont il pût tirer gloire et profit, il est à Suippes, où il jette aux « gamins » des oranges et des sous en exigeant d’eux qu’ils criassent : « Vive le Roi !» On ne saurait prétendre que cette vanité tardive lui vint de ses proches ancêtres. Et personne d’autre qu’Achille n’eût songé à cette puérile prétention ! Son amour du nobiliaire et des grandeurs eut un jour l’occasion d’être amplement satisfait. Le 16 août 1874, – nous l’avons vu –, à Cambden-House, fut proclamée la « majorité » du Prince impérial, en présence des notabilités du parti. Groupé autour de l’Impératrice Eugénie, le clan tout entier fut photographié. Les Rémois purent voir, à l’étalage du libraire Matot-Braine, rue du Cadran-Saint-Pierre, 6, une réduction populaire de ce travail. Sur l’estrade, le prince et sa mère, des dames de l’ancienne Cour, à leur gauche ; à leur droite, les ducs impériaux : Padoue, Bassano, Cambacérès, le comte de Casabianca, Rouher, Piétri, baron de Bourgoing, Corvisart, Conneau, Dréolle, Joa­chim Murat, Pilon, Chevreau, Haëntgens, Boitelle, Colonna d’Istria, Prax-Paris, Dervillé, etc. Au pied de la tribune et à sa gauche : Albéris Second, Paul de Cassagnac, et qui donc, aux côtés de ce dernier ? Mais, notre Achille, glorieux « fiston » de notre nom moins glorieux IIIe canton !... Juste récompense de tant d’efforts, de combats pour la dynastie ! Et qu’il était beau ! et superbe ce d’Artagnan de nos faubourgs rémois ! Fort et robuste, de taille moyenne, tête forte aux cheveux bouclés et abondants, front haut et bombé, sourcils épais et arqués, yeux vifs et expressifs, nez moyen aux ailes développées, lèvres de pourpre, à moustaches noires en pointes, barbiche Napoléon III, un très bel homme, type du zouave à la Canrobert ! Quelle prêtresse de Vénus n’eût célébré son culte ! Avec cela, brave et téméraire. Sa témérité ? Un matin, à Fléchambault, campé sur les flancs frissonnants de sa cavale arabe, à crinière et queue flottantes, il fran­chit d’un bord à l’autre le bief de l’écluse, sur le canal ! Et que de sauvetages de pseudo-noyés, dans ces mêmes eaux calmes, avec ses séides : M…, dit « Les Bottes », Collet, dit « Belle-Nature », et Abel Bonjean, tous trois trieurs de laine, le dernier maître-nageur chez son beau­-père, Napoléon Guinot, tenancier des « Bains » de ce nom, sur la Vesle ! Et ces belles « partouzes » sur le terrain en prés, qui prolongeait cet établissement nautique ! À l’instar des Césars, n’avait-il pas, ce brillant cavalier, équipé un « Quadrige » d’où il fouaillait à « chassoire » effilée des péripatéticiennes locales vêtues en Vénus sortant de l’onde ! Non loin de la berge et entre le canal et la Vesle se dressait le clocheton de la demeure familiale où vivaient ensemble, depuis la mort de Bertrand Laviarde, Achille et Rose Colmart. Là existèrent longtemps les bains de rivière Andrau, concurremment avec ceux de Guinot. Nageur émérite et sans peur, le bouillant Achille plongeait au plus profond du lit de la Vesle pour réapparaître à la surface des eaux dans le « bain » réservé au « ondines » rémoises, à leur vif émoi, sous le bruit exci­tant et flatteur de leurs protestations... peut-être super­ficielles !

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Les Seigneurs de Fléchambault, maîtres-apprêteurs et teinturiers, les Delamotte, les Houpin, les Mongrenier, paroissiens de Saint-Remi, partageaient avec leur voisin Laviarde le plaisir de fournir à la Noël, aux gosses du quartier, les bougies à 1 et 2 sous de la fête, avec les­quelles ceux-ci déambulaient dans les rues de Par-en-Haut en chantant le rituel : « Allons à la crèche, voir l’Enfant jésus, couché sur la paille fraîche, grand Dieu ! qu’il est beau ! ». – Tout Fléchambault connaissait ce lieu de plai­sance dénommé : « Grenouillère », d’où parvenaient cer­tains soirs, aux oreilles de Popu, les échos du cor que, entre 10 et 11 heures, le maître de céans, assis dans un canot et voguant mollement sur les eaux glauques de la douce rivière Vesle, faisait résonner d’un souffle puissant, – tel le chevalier Lohengrin !

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Un 14 juillet, à Reims, ce bonapartiste impénitent qu’était Laviarde, imagine, par esprit de clique contre nos conseillers municipaux républicains, une farce assez coûteuse. Après avoir mobilisé tout cet que notre ville possède en fait de « sapins » et « landaus », et pendant la revue des troupes, il les fait défiler en cortège, dans nos rues principales et sur les places publiques. Au préa­lable, chacune d’elles avait été garnie de ses « janissai­res » et, çà et là, alternativement, d’un « cabot » aboyant et jappant ! C’était, à son sens, le défilé représentatif du Conseil municipal. Hédouin de Pons-Ludon, autre « original », avait jadis organisé une manifestation non moins dépourvue d’urbanité. Après avoir fait dresser, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, de grosses quilles en bois, assez espacées l’une de l’autre pour qu’on pût traverser leurs rangs, il en fit le tour, extérieurement et intérieurement, en disant, à ses interpellateurs ébaubis et rigolards : « Je passe l’inspection du Conseil municipal ! » Il y eut de tous temps des fantoches de ce calibre pour amuser leurs concitoyens !
Un soir de Mardi-Gras, au Café Courtois, Achille Laviande, estimant que le « garçon » ne répond pas assez vite à ses appels, s’empare d’un pot à allumettes et le lance, de toutes ses forces, sur une des superbes « glaces » décorant le célèbre établissement. Les clients, stupéfaits, supputent déjà le coût des dégâts ; mais, au patron, en l’espèce le fluet et calme Richard (de Verzenay) 1e « brisac » déclare, d’un ton royal : « Supposez-vous, Monsieur, que je ne soie pas dans la possibilité de payer la casse ! »
Ainsi, notre évaltonné concitoyen se donnait des airs d’un Milord l’Arsouille.

Quand on inaugura le tronçon final du tramway Gare­-Sainte-Anne, sous la présidence de M. Bonnafos, secré­taire du sous-préfet, les invités et, parmi eux, Ch. Foulon et notre concitoyen Élie Culotteau, avec quelques aimables « biberons » locaux, se dirigèrent, pour une courte « orai­son » apéritive, une sorte de « Benedicite » civil et laïque, d’un rituel obligatoire en telles circonstances, au Café du « Vieux Sergent », chez la « mère Gobeau », à Flécham­bault. La fée Verte y fut honorée. Or, se trouvait déjà là, attablé devant une « purée » bien « tassée », Achille Laviarde, en costume un peu négligé, comme il est admis­sible quand on est « chez soi ». Enthousiasme, poignées de mains, congratulations, toute la lyre des effusions ! Pour finir, invitation au banquet de 30 couverts, préparé au « Grand-Hôtel ». Le roi se récuse : tenue inconve­nante, trop débraillée, etc. « Qu’à cela ne tienne ! », s’empresse-t-on. « Allez vous habiller. On ne se mettra pas à table sans vous ». Et, une demi-heure plus tard, Laviarde, au haut bout de la table, présidait, en quelque sorte, la cérémonie, en habit et cravate blanche. Le buste ceint du Grand-Cordon d’un de ses Ordres, la poitrine constellée de « crachats » honorifiques, il avait grand air !
Au cours du repas, il conférencia brillamment sur son royaume in partibus, dont il eût pu doter la France, si le Gouvernement l’avait soutenu, de son argent et de sa diplomatie. Excusez du peu ! Il avait la foi ! et une éloquence appropriée. Le « champagne », lui, souriant de toute sa mousse, coula ce jour-là à flots ! Et Achille Ier dégusta alors un de ses derniers triomphes, au milieu de ses concitoyens, qui, pour une fois, avaient l’air de le prendre au sérieux !
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À titre de documentation, nous publions ici, en son texte original, copie d’un diplôme de chevalier d’un des ordres honorifiques créés par Achille Ier, roi d’Araucanie :
« Societad de los condecorados de la Medalla de la Constelacion del Sud. – Extracto del Libro de Oro.
« En el Libro de Oro de la Societad de los Condecorado de balla transcrito un Real Decreto bajo el numero 148, foja 74 dado en Paris à la fecha de 15 agosto 1887, ij en virtud del cual e1 Senor don Enrique Laviarde, muestro primo secundo, ba sido nombrado Mlembro de Homor de la Constelacion du Sud. Y para que conste, Nos Aqui­los Ier, be mo entregado como entregamos à el Señor don Enrique Laviarde el presento titulo para que le sirva como proba autentica de la recompensa que le ha sido conferido.
Vado en Paris bajo al Real Sello, el dia 15 de Agosto 1887.
El Ministro Secretario de Estado,
S. E. Duc de Niacalel. ACHILLE Ier.
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Au décès de Bertrand Laviarde[6], son épouse, Rosalie Colmart[7], et son tout jeune fils Achille, vont habiter[8] le 13 mars 1867, au « Lavoir de Fléchambault », leur propriété, louée au maître-baigneur Andrau[9]. La maison d’habitation[10] a belle allure. Large, mais sans étage, divisée en trois compartiments, chacun ayant son entrée particulière, surélevée de trois « marches ». Entre le pontier et cette maison, s’élève un autre immeuble, à deux étages, habité par une jolie blonde aux charmes de laquelle notre bouillant Achille ne fut pas insensible. Il en résulta un Rémois en plus sous la calotte des cieux cham­penois. Il n’y en aura jamais trop ! Son père naturel lui « fit un sort », en l’établissant charcutier sur la Butte Saint-Nicaise, du moins au pied de ses contreforts, où il exercait encore ses talents en 1878.
Madame Mère exploitait sagement et adroitement son « Lavoir ». Elle « coulait » les lessives, à raison de deux sous par ballot, pouvant contenir deux chemises, deux paires de « bas » ou chaussettes, six mouchoirs et un peu de menue lingerie. Elle possédait un immense « cuveau » où trempait le linge sous une couche épaisse de cendres de bois, comme avaient coutume de faire nos aïeules. Le linge n’en était que plus blanc, et, grâce à des brins d’iris ajoutés, fleurait bon. Sur ce tapis, elle versait, à larges et pesantes « casserolées », l’eau bouillante de la lessive, puisée d’abord à la chaudière, puis dans la « tinette » placée sous le «cuveau », à hauteur de la « pissotte » en linge par où filtrait le « jus » précieux, qui venait de tra­verser les couches de linge usagé. Mme Mère avait précisément pour « couleuse » la gentille blondinette des amours, chargée de vendre et livrer, aux « buresses » ou lavandières, les « fayettes » de bois sec, en minces branchettes, servant à allumer les feux ; le savon ; le carbonate et autres ingrédients nécessaires. Il en était de même pour la tasse de café noir brûlant et la « goutte », à 0,10 et 0,20 centimes. Le lavoir proprement dit était une construction toute primitive, sur pilotis, en matériaux de charpente, sous toit de tuiles. Une rangée de solides tonneaux, enfoncés dans le sol, au niveau de l’eau, rece­vaient, dans leur sein rebondi, les lavandières armées de leurs « battes » et de leur savon, œuvrant tout le jour, en jacassant et chantant. Il y eut un lavoir de cette sorte, sur la Vesle, vis-à-vis le parapet de pierre, rue de Vesle, là même où s’étendent les plantations Redont : il exista jusqu’en 1914. Des établissements urbains, confortable­ment aménagés et à eau chaude, ont remplacé avantageu­sement ces installations d’un autre âge.
Le Lavoir Fléchambault devait, en des temps difficiles, passer en d’autres mains. Il fut cédé contre une rente viagère de 1.000 francs par an, à un liquoriste du nom de Benoist ; par la suite, il devint la propriété de l’industriel Jules Machuel, enfant de Par-en-Haut, qui l’a cédé à l’horticulteur Barbaras, du voisinage. On vit près de là le Lavoir Lemoine, avec ses tonneaux vides irrigués dans la Vesle, et, à cette heure, tout ou à peu près de l’ancienne perspective s’est évanoui.
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Un certain nombre de survivants de ces temps, virgiliens par égard aux nôtres ! pourraient conter à leurs petits-enfants maintes anecdotes concernant les frasques de notre concitoyen Laviarde : il y en aurait de quoi ali­menter la matière humoristique de plusieurs tomes de l’ « Almanach Matot-Braine ». Cette esquisse suffira pour donner du bonhomme une image assez ressemblante.
En ce qui concerne la Cour royale d’Achille Ier à Paris, de nombreux articles de journaux en ont livré des aperçus à leurs lecteurs. Peut-être le rédacteur en chef de « l’In­termédiaire des Chercheurs et Curieux », qui connut Laviarde au temps de sa splendeur, et but avec lui des « chopes » dans les mêmes cabarets du boulevard Rochechouart, communiquera-t-il ses souvenirs à ses abonnés ? nous le souhaitons de tout cœur pour ceux que ces menus échos de la vie parisienne passionnent ! Les Rémois en bénéficieraient assurément. Nous nous bornerons à repro­duire pour eux cette savoureuse anecdote, qui défraya les milieux boulevardiers et littéraires. On la trouve dans le curieux livre de J. Émile-Bayard : « Le Quartier Latin » où, parlant de cet autre de nos concitoyens dont tout cœur de Rémois doit être fier, J.-L. Forain, il révèle que le grand artiste écrivit des « Nouvelles » fort originales et d’un style particulier. Ce qui concerne particulièrement Laviarde appartient à l’ouvrage de même ordre, du même auteur : « Montmartre ». Parlant de notre gaillard et de sa femme, « Dona Maria, une superbe créature »... il écrit : « On est au Chat Noir. Villiers de l’Isle-Adam demande à Laviarde s’il ne peut lui prêter un revolver : « Je couche avec mon père dans une maison en construc­tion et nous craignons les méchants voisinages !»­ – « Si, si !» répond Achille, et il dit à Dona Maria : « Vas donc chercher le revolver qui est sur la commode, tu sais ! à gauche ». – « Oui ! Oui ! » La reine d’Araucanie part et revient avec l’instrument. Villiers le prend et dis­paraît. Allais disait : « I1 va tuer un créancier ! » Jules Jouy, ex-garçon boucher, mais de grande finesse d’esprit, rectifie : « Non ! Villiers n’est pas habitué aux armes à feu. Par peur d’un accident, il ira sûrement mettre le revolver au Mont-de-Piété ! » – « Mieux ! » dit Achille, « il me le rapportera ! »
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Ne croyons pas que cet esprit déréglé, dont la ligne de conduite s’écarte à un tel point des exemples familiaux ou sociaux, se fût détournée à fait des questions de salut public ou privé ! Il aimait les « Pauvres » et les « Hum­bles », les secourait au possible. Disons qu’à de certains moments d’effusion fraternelle, il se fût, à l’exemple du « Pauvre d’Assise », dépouillé de sa défroque pour en vêtir quelque « Charitiau » grelottant, rencontré dans nos rues ! Il adorait Reims ! il aimait la France ! Son patrio­tisme se manifestait verbalement en toute occasion. Tou­tefois, on ne le vit pas s’enrôler parmi les « Engagés volontaires » de 1870-71 : il était, à vrai dire, âgé de 39 ans ! Mais son esprit s’était ingénié à des inventions susceptibles d’être utilisées pour la défense du sol français. En 1870, il avait lancé une flottille de 75 ballonnets en direction déterminée, sur distance de 1.000 à 5.000 mètres. Le plus éloigné atterrit à 328 mètres du point de départ ; le plus rapproché, à 12 m. 50 !... Ne rions pas de cette mésaventure : l’intention était louable. En 1871, Laviarde édita un ouvrage technique sur la direction des ballons : « Nouvelle Aérostation ». Il introduisit dans cette plaquette quelques illustrations, dont un portrait, hélas ! vu de dos, – un dos et des épaules de déesse ! – de sa compagne dévouée, celle que le « Boulevard » admira sous le nom de Dona Maria. La légende, qui entre dans cette vie pour les trois quarts, prétend qu’il fut le premier inspirateur de la « Torpille aérienne » ! Accep­tons-en volontiers la certitude.
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Cette existence débraillée, à bâtons rompus, dépourvue de toutes mesures d’hygiène, en excès de tous genres, ne devait pas conduire à une remarquable longévité celui qui la menait ! La congestion le guettait, elle l’abattit sans résistance de sa part, en 1902 : il avait 61 ans. L’Araucanie, désolée, perdait le roi le plus décoratif qu’elle ait pu désirer ! Qu’advint-il de sa brillante Cour de « Panés » et de « Rigolos » ? Il en reste, en tous cas, l’énumération la plus complète de ces protagonistes, sous forme d’un recueil imprimé à Rome, en 1888, du Signor Achille Gigante, où sont relatés les actes « diplomati­ques » relatifs à l’accession au trône d’Araucanie du Rémois Achille Laviarde. Y joints les noms et titres de ses conseillers. La Bibliothèque municipale de Reims en possède un exemplaire, ainsi qu’un de nos concitoyens lettré érudit, Georges Beausseron, attaché au Musée de notre ville.
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Le cimetière du Sud, à Reims, conserve les dépouilles[11] de Laviarde père et fils, de la mère de celui-ci et de sa compagne… libre et volontaire, sans doute, car les regis­tres locaux de l’état civil ne gardent aucune trace d’union par devant M. le maire.
Voici quelques extraits de ces actes qui rétabliront des faits que la légende a déformés, pour l’ornementation d’une vie des plus romancée :
l°. – Le 7 novembre 1841[12], naissance de Gustave­ Achille Laviarde, rue du Barbâtre, 201, – fils de Xavier ­Bertrand, 33 ans, fabricant, et de Marie Jeanne Rosalie Colmart, 27 ans, née à Sillery. Témoins : deux confrères de Bertrand Laviarde, et de la même rue, Pierre Poincinet. 36 ans, et Nicolas Mérieux, 45 ans.
2°. – Le 26 avril 1840, naissance de Élisa Octavie Guéry, rue de la Bonne-Femme, 1, fille de Louis Francois, 23 ans, ferblantier, et Louise Renée Surmais, 23 ans. Témoins : Pierre Élie Fr. Surmais, 50 ans, son aïeul, col­porteur, rue du Barbâtre, 157 ; J.-B. Guéry, autre aïeul, 61 ans, même rue, 66, ouvrier en laine. Sœur aînée de la suivante, Élisa Octavie avait épousé en premières noces Théophile Guérin, apprêteur, et en deuxièmes noces, Désiré Forest, journalier. Elle décéda le 6 décembre 1912, à Reims. La « Chronique de l’Œil-de-Bœuf » ne fut pas tout à fait silencieuse à propos des rapports familiaux entre les sœurs Guéry et le bel Achille ; mais, on n’en sau­rait tenir compte, ses assertions étant généralement dé­pourvues de véracité et médisantes au delà de toute mesure.
3°. – Élisa Alexandrine Guéry naît le 16 septembre 1851, place Saint-Timothée, 5, des mêmes parents ci-­dessus. Les témoins sont : Victor Guéry, oncle de l’enfant, 41 ans, apprêteur, place Saint-Remi, 7, et Alexandre ­Théophile Moret, cabaretier, place Saint-Timothée, 31. Ce Moret s’établit plus tard à l’angle du boulevard Cérès[13] et de la rue Houzeau-Muiron ; il était le père du docteur Moret, célébrité locale, mort jeune encore. Cette Alexan­drine[14], sœur de cette Octavie, fut la Dona Maria, reine d’Araucanie, objet de l’admiration des chroniqueurs, et que les besoins de la cause avaient transformée, soit en Brésilienne richissime, soit en princesse espagnole ! Que tous les Anges du Paradis lui assurent une Cour éter­nelle !!!
Et il ne reste désormais, de ces grandeurs falotes et passagères, qu’un « caveau » recouvert d’une dalle funéraire[15], sans autre inscription que celle-ci : « Famille Laviarde ».
Eug. DUPONT.

Pour compléter cet article, il est possible de donner les différents domiciles connus d’Achille Laviarde :
  • Paris – 50, boulevard du Temple, hôtel Internationnal (1874)[16]
  • Paris – hôtel Custine, rue Ramey, à Montmartre,
  • Paris – 18, rue Csérandau (emménagement prévu en 1874),
  • Reims – Faubourg Fléchambault (1876)
  • Paris – 40, boulevard de Clichy (1879)[17]
  • Paris 9e – rue Viollet-Leduc (février 1881)
  • Paris – 4, rue Lallier (mars et août 1881)
  • Paris – 110, bd Rochechouart (1882, 1893), et propriété Laviarde-Fléchambault à Reims (1882)[18]
  • Asnières – Villa des Cigales (depuis le 1er octobre 1893, 1894)[19]
  • Paris – 51, boulevard de la Chapelle (1896, 1898)
  • Paris 12e – 2, avenue du Trône (1902),
Et aussi un essai de bibliographie :
  • Simon de Schryver, Le Royaume d’Araucanie-Patagonie, Antoingt, 1887.
  • Achille Gigante, Il nuevo regno Arauco-Patagone (actes diplomatiques d’Achille Laviarde), Rome, 1888 (BM Reims).
  • Jean Émile-Bayard, Montmartre, hier et aujourd’hui. Avec les souvenirs de ses artistes et écrivains les plus célèbres. Ouvrage orné de 15 h.-t. d’après les eaux-fortes originales de M. Lucien M. Gautier, Jouve & Cie éditeurs, Paris, 1925.
  • Eugène Dupont, Rois d’opérette, p. 357 à 377, in Almanach Matot-Braine, 1935,
  • Marc de Villiers du Terrage, Un avoué devenu roi : Sa Majesté Orllie-Antoine Ier, p. 138, in Historia n° 21, 1948.
  • Léon Magne, L’Extraordinaire aventure d’Antoine de Tounens, Gentilhomme Périgourdin, Avoué, Conquistador, roi d’Araucanie-Patagonie, préface d’André Maurois, aux éditions Latino-Américaines, Paris, 1950.
  • René Druart, Achille Laviarde, in Travaux de l’Académie de Reims, n° 155, Reims, 1951-1952.
  • L’Intermédiaire des chercheurs et curieux , 15 mai 1936 au 30 janvier 1937, juin 1952, mai 1958, juin 1958, août 1958, novembre 1958, décembre 1958, décembre 1959, février 1960, avril 1960, mai 1960, septembre 1960, décembre 1960, mai, 1962, novembre 1962, janvier 1964, mai 16954, juin 1966, septembre 1966, octobre 1966, col. 44 1967, janvier 1968, mars 1971, mai 1971, juin 1971, juillet 1971, août 1971, décembre 1971, février 1972, avril 1972, février 1977.
  • Claude Pasteur, Le descendant du roi d’Araucanie, in Miroir de l’Histoire, août-septembre 1963.
  • Dominique Labarre de Raillicourt, Nouveau Dictionnaire des Biographies françaises et étrangères, tome I, fascicule 10 (rois d’Araucanie), 1965.
  • Exposition Orélie-Antoine Ier et le Royaume d’Araucanie-Patagonie , Musée du Périgord, Périgueux, 19 juillet-29 septembre 1969.
  • Jean Raspail, Le Jeu du Roi, lib. Robert Laffont, Paris, 1976.
  • Jacques Fontugne, Gustave Achille Laviarde 1841-1902, communication faite en séance de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne, à Châlons le 11 mai 1977.
  • Jacques Fontugne, Généalogie Laviarde (1978).
  • Chevalier Jacques Fontugne, baron de Fonte-Milla, vice-président du Souvenir Franco-Araucanien, Renseignements bibliograpghiques sur Achille Ier, second roi d’Araucanie de 1882 à 1902, Cahiers de l’Académie des Hautes Etudes Araucaniennes, n° 21, Paris, 1979.
  • Philippe d’Araucanie, Histoire du Royaume d’Araucanie (1860-1979) : une dynastie de Princes français en Amérique latine, La Rochelle, 1979, 468 pp.
  • Michel Gaudart de Soulages et Hubert Lamant, « Dictionnaire des Francs-maçons français », éd. Albatros, 1981 (Achille Laviarde, Grand Maître honoris de la Franc-maçonnerie italienne).
  • Bernard Fouqueray, Achille Laviarde, enfant de Fléchambault, roi d’Araucanie, article publié dans Ville de Reims Informations en février 1987.
  • Société bretonne des études patagonnes (président d’honneur : François Jean Mouneix, arrière-petit-neveu de Sa Majesté Orllie-Antoine 1er), n° 8, L’acharnement de la police parisienne contre Achille Laviarde. Dinan, éditions Protésilas, 2001[20].

[1] Rue Gambetta.

[2] Il se pourrait que cet ancien numéro, qui fut changé au milieu du 19e siècle, corresponde au n° 33 actuel, où on trouve les Laviarde dès 1856. S’il fallait poser une plaque, ce serait bien au 33 où il est certain qu’Achille a passé son enfance. En aucun cas, le n° 201 actuel ne peut pas correspondre au n° 201 de 1841.

[3] Il se faisait appelé Orllie-Antoine, dont on a fait par déformation Orélie-Antoine.

[4] De toute évidence, la matière utilisée pour les renseignements ci-dessus a été inspirée par les « milieux » intéressés ; mais, sur nombre de points, elle apparaît indiscutable, sauf en ce qui concerne la filiation des Laviarde. Gustave Laviarde fut maître-tisseur à la main, à Suippes ; il eut trois enfants : Nicolas, Baptiste, Adèle. Nicolas ayant embrassé la carrière militaire, devint capitaine de cuirassiers, officier de la Légion d’honneur, prit sa retraite à Lunéville, en qualité de chef d’escadron au 9e dragons, et se retira à Châlons-sur-Marne, où il mourut pendant l’hiver 1879-80. Il eut plusieurs enfants, dont Henri Laviarde, né à Rambouillet, le 20 avril 1862, habitant de Reims en 1934, après avoir été de longues années voyageur en quincaillerie, plus deux filles : Laure, mariée à La Chaux-de-Fonds (Suisse) et Marie, qui épousa Edmond Andrieu, Rémois de la Laine, décédé à Pontgivart. Ce dernier eut cinq enfants ; les deux aînés sont morts à la guerre, et les autres, vivant encore, sont mariés à Paris.
[5] Son père, Bertrand Laviarde, faisait partie de 1a Loge de Suippes.

[6] Il était né à Perthes-les-Hurlus, en 1808.

[7] Décédée à Reims, en 1888.

[8] Ceci semble inexact car les Laviarde habitaient encore, en 1876, au 33, rue du Barbâtre. Le lavoir devait leur servir de maison de campagne ou simplement de jardin ?

[9] Joseph Andrau y resta jusqu’à sa mort en 1878.

[10] Celle-ci fut démolie par la Ville de Reims durant l’été 2001. Elle ne pouvait être sauvée, à ce qu’il paraît ? Mais, qui veut noyer son chien l’accuse de la rage !

[11] Tous les corps ont été exhumés, y compris ceux des parents d’Achille, le 15 septembre 1976, et ont été transportés à Tourtoirac. On peut s’interroger sur la légalité de cette opération ? La Ville de Reims était-elle autorisée à accéder à la demande du prince d’Araucanie, alias Philippe Boiry, alors que celui-ci n’avait aucun lien de parenté avec la famille Laviarde ? Il est vrai que la sépulture était à l’état d’abandon et avait fait l’objet d’une procédure de reprise par la Ville de Reims.

[12] Dans plusieurs rapports de police, on le dit né le 2 novembre 1842 ? Aurait-il été précédé par un frère aîné, aux prénoms identiques, qui n’aurait pas vécu ?

[13] aujourd’hui boulevard de la Paix.

[14] Ce qui reste à confirmer, car il semblerait que Marie Élisa Octavie Guéry soit née à Paris le 21 mai 1852 et se serait mariée à Londres le 22 mai 1876 ?

[15] à la suite de son abandon, ce caveau a été repris par la Ville de Reims pour en faire le dépositoire du Cimetière du Sud . Et, ironie du sort, il fallut le détruire brique par brique jusqu’aux fondations. En effet, comme celui-ci n’était pas aux normes actuelles, il fallut le reconstruire entièrement, si bien qu’il n’en reste aucune trace, si ce n’est l’emplacement, qui est d’ailleurs inadapté pour un caveau provisoire !

[16] mais de droit à Reims, chez sa mère, 33, rue du Barbâtre.

[17] Avec Mme de Blois. Il possédait alors une voiture de maître.

[18] Vendue en 1894.

[19] Ainsi était-il peut-être voisin d’Achille Lemot, cet autre Rémois célèbre, qui habitait Asnières à cette époque ? Achille Lemot a d’ailleurs signé sous son pseudonyme Uzès deux portraits d’Achille Ier.

[20] Seul, ce dernier ouvrage apporte vraiment des informations nouvelles sur le personnage.

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