Le Cimetière du nord


avec indication des principales sépultures citées dans cet article.

Note : Ce texte a été publié, pour l’essentiel, de décembre 1997 à décembre 1998, dans les n° 2, 3 et 4; de Regards sur notre Patrimoine, publication de la Société des Amis du Vieux Reims.

GALERIES D'IMAGES :


Aujourd’hui, l’émiettement des familles et leur disparition permettent d’entrevoir, dans un avenir assez prochain, la fermeture absolue du Cimetière du Nord. C’est dire que nos descendants directs vivront assez pour voir le Père-Lachaise rémois converti en Musée funéraire...
Henri Menu (1898).

À l’occasion du 60ème anniversaire du décès, en 1935, d’Hugues Krafft, fondateur de la Société des Amis du Vieux Reims, cette association a demandé à la Ville de Reims d’organiser deux visites du Cimetière du Nord. Après maintes démarches, celles-ci ont pu avoir lieu les 19 mai et 16 juin 1995.

Bien que le nombre de participants ait été limité à 30, avec inscription préalable, ce sont des groupes de 51 et 39 personnes qui se sont présentés. C’est ainsi que 90 membres ont pu bénéficier de cette promenade-découverte en compagnie de Jean-Yves Sureau, conservateur de cimetières.

C’est en 1993, en vue des Journées du Patrimoine, que la Ville de Reims m’a demandé de guider les visiteurs dans ce site historique un peu délaissé. Le succès fut tel qu’en l’espace de 3 ans, alors que les conditions climatiques n’étaient pas toujours favorables, 1.562 personnes sont venues découvrir ce lieu insolite et a priori peu attrayant.

Outre les Journées du Patrimoine, qui attirèrent à elles seules 1.326 personnes réparties en 15 visites, il y eut 8 visites organisées ponctuellement à la demande des associations rémoises "Arts, Loisirs et Culture", "Institut Universitaire du Temps Libre", "Accueil des Villes de France", "Office Rémois des Retraités et Personnes Agées", "Académie nationale de Reims", "Avenir-Reims" et bien sûr la "Société des Amis du Vieux Reims". Le point culminant fut atteint lors de la dernière visite des Journées du Patrimoine de l’année 1995, avec un groupe de 216 personnes, pour une seule visite, dans des conditions difficiles on l'imagine...

Pour en conserver la mémoire, en voici le résumé.


LES CIMETIÈRES RÉMOIS


C’est en 1786 qu’est créé le Cimetière de Porte-Mars, dont la bénédiction est solennellement effectuée en grandes pompes le 8 juillet 1787. Placé hors les murs pour les besoins de l’Hôtel-Dieu (hôpital), il est ainsi l’un des premiers de France à répondre aux directives sanitaires de l’époque.

Sa création est en effet devenue une nécessité, car l’Hôtel-Dieu utilisait le Cimetière Saint-Denis situé rue des Morts (aujourd’hui Hincmar). Le nombre excessif des inhumations, 520 en 1786, en avait provoqué la saturation et, donc, l’insalubrité du quartier. Cependant, les 13 cimetières paroissiaux que comptait Reims avant 1789 sont supprimés par la Révolution (parmi ceux-ci, on peut citer les cimetières des Carmélites, de la Magdeleine, de Saint-Denis, Saint-Hilaire, Saint-Pierre, Saint-Maurice).

La spoliation des biens de l’Église, fait de ce cimetière privé un bien national et un service public. Il perd au cours du XIXe siècle son nom de Porte-Mars au profit de celui moins poétique d’un point cardinal c’est aussi le cas du Père-Lachaise dont le nom officiel est toujours Cimetière de l’Est, qui, soit dit en passant, est postérieur à notre nécropole puisque créé seulement en 1804.
Comme à l’époque révolutionnaire ne subsistent plus que 3 lieux d’inhumation, il faudra faire un premier agrandissement du Cimetière de Porte-Mars en 1795. Lors d’une seconde extension en 1832-33, Nicolas Serrurier (1763-1837), architecte de la Ville, en fera le tracé romantique qui lui conférera le style d’un jardin anglais. Le 3ème agrandissement se fera en 1853-56 et le portera à sa superficie actuelle qui est de près de 6 hectares.

Le second lieu de sépulture était le Cimetière du Sud créé en 1792 et fermé en 1832. Il se trouvait rue Simon à l’emplacement de la magnifique Maison de Retraite, construite en 1865 par Narcisse Brunette et détruite lors de la « rénovation » du quartier Saint-Remi pour faire place à de banales HLM. Du fait de l’installation, en 1827, de l’Hôtel-Dieu dans l’ancienne Abbaye Saint-Remi, il sera vite saturé d’autant plus qu’une effroyable épidémie de choléra ravagera la France et l’Europe entière en 1832.

Le troisième, enfin, est le Cimetière des Protestants, créé en 1789, extra-muros, Porte Cérès, à la suite de l’édit de tolérance signé en 1787 par Louis XVI. Il fermera lui aussi en 1832.

À la suite de ces différentes fermetures et de l’ouverture, en 1832, de l’actuel Cimetière du Sud, boulevard Dieu-Lumière, il n’y avait donc plus à cette époque que deux nécropoles : Nord et Sud.

La fin du XIXème siècle voit s’ouvrir en 1891 le Cimetière de l’Est, dans le haut du Faubourg Cérès. Il faut fermer celui du Nord, le 1er avril 1891, pour obliger les Rémois à parcourir tant de chemin ; ce poisson d’avril, qui n’en était pas un, est mal accueilli par la population. Il ne faut pas oublier que l’on suivait les convois à pied et qu’il y avait une bonne promenade entre le cimetière de l’Est et l’église Saint-Thomas ou Sainte-Geneviève. Il y eut des pétitions demandant la réouverture du Nord. La Ville, inflexible, prit la décision de créer un cimetière pour le Faubourg de Laon qui ouvrira en 1899. Entre-temps, Mme Eugène Rœderer-Boisseau avait créé de ses propres deniers le Cimetière de l’Ouest, en 1893, pour le Faubourg de Vesle. La municipalité anticléricale dut mettre de l’eau dans son vin pour accepter cette donation qui comporte une énorme chapelle dominant les lieux (Édouard Thiérot, architecte). De ce fait, le Cimetière de l’Ouest a la particularité d’être le seul de Reims à avoir sa grille surmontée d’un crucifix et de l’inscription « requiescant in pace ». En effet, le maire anticlérical Charles Arnould (1847-1904), qui fit supprimer les inscriptions et les croix en 1900, n’osa pas s’attaquer à ce cimetière ; sans doute dans la crainte de voir révoquer la donation de Mme Rœderer.

Enfin, il est procédé à l’ouverture en 1985 du Cimetière paysager de La Neuvillette, dont l’agrandissement en cours portera sa superficie à environ 17 hectares.
La ville de Reims est donc dotée de six cimetières dont quatre sont saturés. Il n’y a donc plus que deux lieux d’inhumation possible pour les Rémois qui ne possèdent pas déjà une sépulture de famille : l’Ouest et La Neuvillette.


LE CIMETIÈRE DU NORD

Revenons au Cimetière du Nord qui sera réouvert le 1er avril 1927.

La grille d’entrée date de 1788. C’est une œuvre des serruriers Lecoq et Revel, auxquels nous devons également la superbe grille de la Porte de Paris, offerte par Louis XVI lors de son sacre (1775). Le pavillon du conservateur a été construit en 1839. À noter que le sol d’origine était encore, en 1847, au niveau du seuil de la porte du bureau. La démolition des remparts a nécessité la création d’un plan incliné jusqu’à la chapelle, d’un escalier pour accéder au bureau et une modification de la grille par l’adjonction d’une imposte.
Le péristyle métallique date de 1880 et a été construit pour répondre à un nouvel usage qui voulait que les familles reçoivent les condoléances à la porte du cimetière. Cependant, l’Almanach Matot-Braine de l’époque précise qu’il est toutefois plus convenable de raccompagner la famille à la maison mortuaire...

Les archives du cimetière sont toujours conservées sur place en exemplaire unique. Nous possédons le registre des concessions depuis l’origine, et celui des inhumations depuis 1847 seulement.

Ces archives ont été sauvées des destructions de la Grande Guerre grâce à l’initiative du conservateur de l’époque qui les avait mises à l’abri dans la crypte du square de la Mission, où se trouve aujourd’hui le Monument aux Morts. Il s’y réfugiait avec sa famille lors des bombardements.

On peut voir dans ces registres des mentions curieuses, telle que celle de ce bourgeois que l’on vient d’amputer d’une jambe et qui l’a fait inhumer dans sa concession. Il pouvait ainsi dire, au sens propre, qu’il avait un pied dans la tombe... La Ville de Reims fut autorisée, par une ordonnance de 1824, à concéder aux familles des terrains à perpétuité. Les premières concessions datent de 1826. En fait, il s’agissait plus d’une régularisation, car Géruzez atteste que des monuments avaient été érigés dès 1814-1815, à l’instar de la mode de Paris.

Il n’est plus possible, depuis 1989, d’acquérir des terrains à perpétuité ; seules des concessions temporaires de 30 et 50 ans, renouvelables, sont aujourd’hui accordées. La possibilité de construire des caveaux existe toujours, mais leur durée est limitée à 50 ans, renouvelable.

La chapelle Sainte-Croix

Contrairement à nos grands travaux d’aujourd’hui, ceux de l’aménagement de ce cimetière coûtèrent moins cher que prévu ! On utilisa l’excédent, moyennant un supplément, à l’édification d’une chapelle (1).

Cette chapelle, construite en 1788 sur les plans de Nicolas Serrurier, fut consacrée le 7 août 1789 et placée sous le vocable de la Sainte-Croix. Elle servait aux messes basses pour le quartier et fut désaffectée en 1907. Elle eut notamment pour chapelain l’Abbé Galichet.

De forme circulaire, elle avait une charpente à la Philibert Delorme et comportait un péristyle à quatre colonnes surmonté d’un fronton. Construite en pierre de taille, son dôme était recouvert d’ardoises.

Ruinée durant la Grande Guerre, alors que l’on commençait sa démolition sur un ordre administratif inconscient, Charles Sarazin (1879-1953), qui passait par là, fit cesser ce vandalisme. Sur son intervention, elle fut restaurée et classée Monument historique le 15 novembre 1927. À ce titre, tout le secteur devrait être protégé dans un rayon de 500 mètres. Nous verrons par la suite que ce ne fut malheureusement pas le cas.

À l’intérieur, seul le dallage est ancien. On peut y voir les pierres tumulaires de l’Abbé Savar dernier curé de Saint-Jacques avant la tourmente révolutionnaire, et celle de l’Abbé Malherbe curé de Notre-Dame, qui mourut foudroyé dans la Cathédrale après avoir souhaité la bonne année à ses paroissiens.
C’est grâce à Charles Sarazin que l’on peut imaginer le décor : un autel de forme tombeau en marbre noir (remplacé par un simple autel en pierre blanche), des soubassements en faux-marbre, des murs décorés de peintures simulant des tentures mortuaires, avec des drapés en trompe-l’œil et ornées de franges et de larmes d’argent sur fond noir ; la coupole était décorée d’un ciel bleu semé d’étoiles d’or. L’éclairage qui se faisait par un occulus, au sommet de la coupole, lui donnait un aspect sépulcral.
C’est dans ce décor que sera déposé le corps du malheureux chevalier de Rougeville le 10 mars 1814, après son exécution... On le retrouvera, le lendemain de son exécution, complètement nu à même le dallage, dépouillé de ses riches vêtements ; pour le jeter dans la fosse commune.
Le personnage est célèbre pour avoir inspiré Alexandre Dumas qui en fera le héros de son roman historique Le chevalier de Maison Rouge. Ouvrage dont on tirera le scénario du premier feuilleton historique télévisé, dans les années 60, et dont Michel Le Royer et Dominique Paturel interpréteront les principaux rôles.

Alexandre Gonzze de Rougeville (1761-1814) sera l’instigateur, en 1793, du fameux Complot de l’Œillet qui devait aboutir à l’évasion de Marie-Antoinette, emprisonnée à la Conciergerie.
Malheureusement, l’échec sera total et si la tentative donna une lueur d’espoir à la Reine, abandonnée à son triste sort par ses proches, il en résultera pour celle-ci un durcissement des conditions de détention par son isolement dans un cachot. Outre une dizaine d’exécutions d’innocentes victimes, dont l’administrateur des prisons et la bouquetière... Lors du procès de la Reine, cet épisode étoffera l’accusation, car, il faut bien l’avouer, le dossier d’instruction était pratiquement vide...
Quelques vingt ans plus tard, on retrouve Rougeville à Reims où Napoléon l’avait fait assigner à résidence, dès 1804, jugeant prudent de l’éloigner cet aventurier de la capitale et de le placer sous surveillance.
Fidèle à ses idées, il aidera les troupes alliées lors de la Campagne de France en 1814. Hélas, il n’est pas récompensé pour cette collaboration car on va placer un corps de garde dans sa maison de Reims et piller sa maison des champs. Il va s’en plaindre à l’État-major russe et c’est cette lettre compromettante qui sera interceptée.
La justice est alors expéditive, Napoléon avait rétablit les lois de la Terreur. Arrêté à midi dans sa propriété de Baslieux, à Saint-Thierry, jugé à 15 heures, il est fusillé à 17 heures contre le mur du cimetière, le 10 mars 1814.
Sur le parcours, place Impériale, la foule veut lyncher le « traître ». La troupe contient l’émeute. C’est cette même foule qui viendra acclamer, quelques jours plus tard, au même endroit redevenu place Royale, le rétablissement de la monarchie, le 9 avril 1814.

Rougeville est tout le contraire d’un traître et devrait être le symbole de la Résistance. Il est resté fidèle jusqu’au bout à ses idées royalistes et, ironie du sort, il va tomber courageusement au moment même où son plus cher désir va se réaliser.
Sa veuve, Caroline Boquet de Liancourt, qui fut peintre en éventails sous la Révolution, fille d’un magistrat de Soissons, se retrouve seule avec deux fils de 7 et 5 ans. Celle-ci ne saura pas, ou ne voudra pas, tirer parti de la situation, comme de nos jours. Elle aurait pu obtenir un monument à la gloire de son mari. La Restauration lui versera seulement une petite pension pour l’aider à élever ses enfants. Ingratitude des rois ! Le corps de Rougeville restera en fosse commune et ses restes rejoindront quelques années plus tard l’ossuaire du cimetière.

À proximité de la chapelle Sainte-Croix se dresse le magnifique mausolée (2) du général Verrier (1773-1837), au sommet duquel un fût de canon supporte les symboles d’un officier de l’Empire. Ce très beau monument, taillé dans la pierre de Courville, comme la plupart des stèles et cippes romantiques qui subsistent dans le secteur, se dégrade peu à peu sous les effets conjugués des intempéries et de la pollution.
À quelques mètres, emprisonnée dans un if, qui lui sert d’écrin, la petite stèle (3) d’un des premiers maires de Reims sous l’Empire, le député Tronsson-Lecomte (1749-1836). Cousin éloigné, et non frère comme il a été dit, du défenseur de Marie-Antoinette, Tronsson du Coudray (1750-1798) qu’on laissera mourir, impitoyablement et injustement, au bagne de Sinnamary en Guyane...

En face et s’appuyant au mur, une très importante stèle en marbre de Carrare (4), due au ciseau de René de Saint-Marceaux (1845-1915), pour la famille Paul David. Elle sera mise en place, en 1903, par François Pompon, dont la notoriété a dépassé de loin celle de son maître. Il était alors le praticien de Saint-Marceaux et ce dernier l’aidait ainsi à survivre dans ses débuts difficiles. Pompon avait d’ailleurs débuté dans les cimetières comme ouvrier marbrier...
L’auteur de l’Arlequin était couvert d’honneurs. Membre de l’Institut, il avait la préséance sur Rodin, ce qui faisait rager ce dernier. Il venait de réaliser quelques années auparavant les tombeaux du président Tirard, d’Alexandre Dumas fils et celui de Félix Faure. Le gisant du président de la République est non pas représenté dans les bras de Mme Steinheil, mais couvert des drapeaux de France et de Russie, symbolisant ainsi l’alliance franco-russe, dont il fut le principal artisan. Fait que l’on a tendance à oublier, pour ne retenir que sa fin scabreuse. C’est d’autant plus injuste que Félix Faure n’avait pas une vie plus dissolue que la plupart de celle de ses contemporains. À noter que le mari de Mme Steinheil, artiste-peintre et maître verrier, est l’auteur des vitraux de la chapelle axiale de notre cathédrale, qui ont été déplacés pour faire place à ceux de Chagall. Son assassinat, quelque temps plus tard, défraya la chronique judiciaire sous le nom de Crime de l’impasse Ronsin.

C’est un lien d’amitié avec Paul David qui a fait que Saint-Marceaux a exécuté pour ses amis cette envolée des âmes du Purgatoire vers l’Eucharistie. Le sculpteur était alors au fait de sa gloire, nous l’avons vu, et n’était guère abordable, bien que la famille David soit très loin de l’impécuniosité.

Un beau buste en pierre (5) agrémenté d’une palette, pour l’artiste-peintre François Levavasseur (1808-1867) qui sera également photographe. L’art du portrait commençait à être supplanté par cette nouvelle invention. Signée L. Liebaert, l’œuvre semble veiller sur le tas de décombres (6) qui sert aujourd’hui de sépulture à notre célèbre bibliothécaire Eugène Courmeaux (1817-1902).
C’est un exemple typique de tombe qui devait être détruite. Tous les monuments, marqués d’un numéro à la peinture jaune, étaient impitoyablement condamnés en application d’une loi du 3 janvier 1924, qui autorise les municipalités à reprendre les concessions à perpétuité en état d’abandon. Dans ce cimetière près de 4000 monuments devaient ainsi disparaître, sans que l’on se soucie de leur intérêt historique ou artistique. C’est grâce à l’intervention d’Arlette Rémia, fondatrice de l’Association S.O.S. Reims Urbanisme et Nature, que ce vandalisme cessera.
C’est en voyant pulvériser, sous la masse des démolisseurs, la tombe (7) de Lié-Louis Périn (1753-1817), ce délicat artiste à qui nous devons La petite Reine, portrait présumé de Marie-Antoinette, que nous pouvons admirer au Musée des Beaux-Arts, que j'ai alerté S.O.S. Reims. Ce qui m’a valut quelques représailles dans mon emploi... Dernièrement, une toile de Périn s’est adjugée 400.000 F à Drouot. Il s’agissait d’un nu de Mlle Duthé, qui fit partie de la collection du comte d’Artois, futur Charles X, en son château de Bagatelle, puis de celle de Sir Richard Wallace, bien connu pour sa célèbre collection et les fontaines dont il nous a doté.
Eugène Courmeaux nous a laissé des Notes, souvenirs et impressions d’un vieux Rémois (1817-1825), intéressants. Il y raconte notamment comment s’étant aventuré avec un camarade à l’Hôtel-Dieu, où régnait une odeur pestilentielle, ils en sortirent en courant, épouvantés après avoir vu un agonisant rendre le dernier soupir en s’agrippant à son compagnon de lit ! Il faudra attendre le transfert de l’Hôtel-Dieu, en 1827, dans l’ancienne abbaye Saint-Remi, pour que les malades aient droit au lit individuel. On réalise ainsi qu’au XIXe siècle les conditions d’hospitalisation étaient encore très médiévales.

Le député Courmeaux, à la vie tumultueuse, finira bibliothécaire après avoir été secrétaire du Théâtre du Châtelet à Paris et avoir connu, entre autres, Victor Hugo, durant son exil de 1850 à 1867.
Il décédera au milieu de ses livres et de ses tableaux, dont celui de Détouche : Dernière soirée de la vie de garçon de M. Courmeaux, dans son appartement du 5ème étage situé au n° 1 de la rue Clovis. Dans ce bel immeuble haussmannien, à l’angle de la rue de Vesle, construit par l’architecte Bonhourd en 1880, et qu’il occupait depuis 1898. Cet immeuble, qui vient d’être ravalé, était le plus haut de Reims à l’époque, avec ses 6 étages !
Les obsèques seront civiles et on exposera sa dépouille, à la manière des archevêques, dans la Maison de la Libre Pensée, à l’angle de la rue de Bétheny (auj. Camille-Lenoir) et du boulevard Lundy.

Le long du mur, le temple à l’antique (8) du petit Simonar attire la compassion. Une statue en pied, par le sculpteur de Maghellen (1848), rappelle la physionomie du jeune Augustin Simonar (1831-1843) décédé accidentellement quelques jours avant sa communion solennelle. Cet artiste, qui n’était pas rémois, mais peut-être de Laon, travaillait à l’époque au fronton du nouveau Palais de Justice, construit à l’emplacement de l’ancien Hôtel-Dieu.
On peut aujourd’hui être choqué par la tête de mort et les tibias en sautoir qui ornent le fronton. Il faut se souvenir que si c’est aujourd’hui macabre, il paraissait autrefois naturel de montrer des ossements dans un cimetière. Il y avait des charniers, sorte de galeries où l’on entassait, en tas harmonieux, les ossements retrouvés lors des fouilles. Le but était pratique et aussi éducatif : il fallait rappeler la précarité de la vie et penser au salut de son âme : Passant souviens-toi que j’ai été ce que tu es et que tu seras ce que je suis ! On peut en voir un bel exemple à Montfort-l’Amaury et surtout à Marville, dans la Meuse.

Le petit buste en bronze (9) d’Aubin Hédouin de Pons-Ludon de Malavois (1783-1866), par Hubert Rève (1805-1871), est la seule œuvre sculptée qui nous reste de cet artiste rémois. Le Christ à la colonne qui ornait sa tombe au Cimetière du Sud a été volé dans les années 80. C’est malheureusement le sort qui guette toutes ces œuvres si on ne les remplace pas par des copies en résine, à l’instar du Père-Lachaise[1].
Pons-Ludon était un original. Très érudit et grand bibliophile. Il se rendit à Paris, à pied, pour voir son correspondant le grand géographe Malte-Brun. Lorsqu’il se présenta en son hôtel particulier, il se fit éconduire par les domestiques qui le prirent pour un chemineau. Il jura de ne plus remettre les pieds à Paris. Cette aventure accentua sa misanthropie. Un jour, il fit placer des potiches devant la mairie et et se promena parmi elles. À la question des passants intrigués, il répondit : Je passe en revue le Conseil municipal ! À son décès, sa gouvernante vendit l’ensemble de la bibliothèque, pour une bouchée de pain, à un libraire parisien, qui, dit-on, en remplit un plein wagon.

Ridicule, le film de Patrice Leconte, sorti sur les écrans en 1995, a pour héros un certain Ponceludon de Malavois. Difficile de croire à une homonymie ? Le scénario a du être inspiré par la vie excentrique du père de notre personnage, dont l’épouse était Clémentine de Malavois, car on ne retrouve dans le film, ni l’époque, ni de points communs avec notre Pons-Ludon. Ce nom venait d’une petite seigneurie, qui est un lieudit de Cormontreuil.

Étienne Robert (1816-1896), maître de chapelle de la cathédrale, est représenté par un buste (10) très expressif et vivant de Léon Chavalliaud qui n’a pas eu le succès qu’il méritait. Il n’obtiendra que le second grand prix de Rome, si bien que Mme Pommery, sa protectrice, financera son voyage et son séjour en Italie. Il devra, pour vivre de son art, s’expatrier en Angleterre où on appréciera davantage son talent. Il obtiendra de nombreuses commandes pour des squares, pour l’abbaye de Westminster, et même une statue d’un prince indien pour orner une place de Calcutta... Outre les œuvres que nous verrons plus loin, l’auteur du Dom Pérignon nous laisse de nombreux bustes de Rémois, dont ceux de Maurice Poix et Maurice Prévost encore visibles (mais pour combien de temps ?) au cimetière du Sud et les magnifiques cariatides qui ornent l’hôtel Georget, rue de Talleyrand. Léon Chavalliaud (1858-1919) repose non loin de là (11).
Une chapelle (12) abrite les corps du docteur Hector Landouzy, directeur de l’École de médecine de Reims, et de son fils le professeur Louis Landouzy (1845-1917), l’un des rares Rémois à avoir une notice dans le Larousse. Ce dernier, membre de l’Institut, doyen de la Faculté de médecine de Paris, laissera son nom à une maladie neurologique, heureusement rare, qu’il décrivit avec Déjerine. Comme le professeur Charcot, il exerçait dans l’aristocratique faubourg Saint-Germain, sous les lambris dorés de l’hôtel d’Aligre. Cette somptueuse demeure, située rue de l’Université, 15, avait été décorée pour la famille de Beauharnais.

Un peu plus loin, deux chapelles (13) comportent deux entrées. Cette bizarrerie s’explique par le fait que la partie protestante, comme le secteur israélite, avaient leur entrée particulière et qu’une palissade séparait les différentes religions. Elles furent construites pour les familles Piper et Rœderer, de confession protestantes, et dont une branche s’était convertie au catholicisme. Elles sont ornées de grappes de raisin, symbole de l’Eucharistie...
Hugues Krafft (1853-1935), fondateur de la Société des Amis du Vieux Reims, repose sous une simple et très belle dalle (14) en noir de Suède (qui est le granit à la plus forte densité) à proximité de l’imposant monument des ses parents, les Krafft-Mumm, et à l’ombre de deux énormes marroniers plantés en 1871. Cette pierre tumulaire, gravée à la manière de celles que l’on plaçait dans les églises, a été dessinée par l’architecte Jean Daux (1889-1946) qui, lui, repose près de son père, le peintre orientaliste, Charles Daux (1850-1928), au Cimetière de l’Ouest, dans une élégante chapelle néo-Louis XVI.

La Ville a fait placer sous une petite dalle de granit noir (15), les restes trouvés à l’emplacement de l’ancien cimetière des Protestants, trouvés boulevard de la Paix, lors de la construction de l’immeuble Les Reflets. Construction hideuse, qui est bien le reflet de l’architecture contemporaine.

Le monument Holden (16), en marbre de Carrare, œuvre de Joseph Wary (1849-1918), cet excellent sculpteur ornemaniste, signataire de la fontaine Subé, rappelle les bienfaits de cette richissime et généreuse famille d’industriels anglais à qui nous devons, notamment, la Bibliothèque qui porte leur nom. Cette sépulture est vide de corps, car ceux-ci ont été exhumés en 1890 pour être rapatriés à Bradfort. Le monument, comme le buste en bronze d’Isaac Holden (1861-1889), signé Thomsen, ont été laissés en sa mémoire.
Le Tissage des Anglais, détruit durant la Grande Guerre, ne fut pas reconstruit. Les familles étrangères n’eurent pas droit aux dommages de guerre...

L’ancien caveau provisoire (17) qui abritera quelques jours le corps du fils de l’auteur de la Danse macabre, Camille Saint-Saëns, recevra durant huit mois celui de Tsuguharu Foujita (1886-1968) avant son transfert pour la Chapelle Notre-Dame de la Paix, qu’il avait décoré à fresques, et où il restera trois ans. Son corps sera à nouveau exhumé, à la suite d’un procès contre la Ville, et transféré à Villiers-le-Bâcle (Essonne) à la demande de sa veuve. Il serait aujourd’hui au Japon ? Qu’il repose en paix !
Mort à Zurich, Tsuguharu, devenu Léonard par son baptême en la cathédrale de Reims en 1959, filleul de Mme François Taittinger et de René Lalou, avait émis le vœu de reposer dans sa chapelle, mais n’avait pas laissé d’écrit. Les Amis de Léonard Foujita, défendus par Maître Floriot, furent déboutés[2].
Aujourd’hui ce caveau recueille les restes trouvés dans les tombes reprises. Ceux-ci sont placés dans des sacs en plastique numérotés[3], pour les restituer aux éventuels demandeurs. Une grande stèle de granit noir porte cette inscription : Aux morts des anciennes sépultures de Reims. La loi prévoyait en effet que le nom et les dates de chaque défunt devraient être gravés dans un matériau durable... On a interprété la loi, en simplifiant....


Le gisant (18) de l’abbé Miroy (1828-1871), curé de Cuchery, fusillé le 12 février 1871, après l’armistice, pour avoir caché des armes, est sans conteste la plus belle œuvre du cimetière. Celle-ci est entrée dans l’histoire de l’art funéraire par l’ouvrage d’Antoinette Le Normand-Romain : Mémoire de Marbre, La sculpture funéraire en France, 1804-1914, publié par la Mairie de Paris en 1995. Reprenons les propos de son auteur :

« D’après La Vie à Paris du 6 octobre 1909, Saint-Marceaux aurait appris l’exécution de l’abbé alors qu’il était en proie à une terrible crise de rhumatismes qui l’avait d’ailleurs empêché de prendre les armes. Quoique malade, il bondit dans son atelier et modela immédiatement une esquisse, au vu de laquelle son médecin lui proposa d’exécuter le monument.
Terminée en 1872, la statue fut envoyée au Salon, mais non exposée, à la demande de Thiers. (On refusait également les peintures trop chauvines qui auraient éveillé la susceptibilité d’un ennemi toujours menaçant). Elle obtint pourtant une 2ème médaille et valut à l’artiste l’achat par l’État de son marbre intitulé l’Enfance de Dante. Elle fut inaugurée, le 17 mai 1873, en grande pompe, et obtint un succès considérable dû pour une grande part à sa simplicité : sans emphase, sans rhétorique, Saint-Marceaux met le visiteur devant l’horreur d’un acte injuste : « Sa figure... c’est celle de la protestation du droit et de l’humanité, protestation d’autant plus ferme qu’elle est plus calme, qu’elle ne se dépense pas en menaces et en paroles... » (discours du maire, Victor Diancourt). »
La beauté du visage juvénile, alors que l’abbé a 43 ans, et l’aspect pathétique de l’œuvre, font que ce monument est constamment fleuri par un public anonyme. C’est aussi devenu le symbole de la Résistance, alors que l’abbé s’est trouvé mêlé malgré lui à l’action des francs-tireurs, si bien que le maire de Reims dépose un coussin de fleurs, chaque année à la date anniversaire de la Libération de Reims. Non l’abbé Miroy ne faisait pas partie des innombrables défenseurs du Pont de Laon, en 1944...
Durant l’Occupation, un ordre de la Mairie, fit transférer le bronze par deux employés communaux, sur une charrette à bras, jusqu’à la Réserve du Sud, boulevard Dieu-Lumière, pour le soustraire aux Allemands. À la Libération, cet acte de Résistance fut récompensé. Mais ce ne sont pas les deux employés qui ont eu les honneurs, et pourtant s’ils s’étaient fait arrêter, c’est bien ceux-ci qui auraient été déportés... L’ordre était verbal !

En face, la chapelle Depoix (19), sur laquelle on peut lire, en bas à droite, l’inscription suivante, gravée dans la pierre : Cette sépulture doit être entretenue à perpétuité par la Ville de Reims. En effet, elle est marquée d’une croix à la peinture noire. Toutes les tombes portant ce signe font l’objet d’un entretien par la Ville, en contrepartie d’un legs parfois très conséquent. Cet entretien n’est plus effectif à peu près depuis les années 30... On comprend mieux la défiance de cette famille qui voyait juste[4].

À proximité, a été placée pour la Toussaint 1997, la sculpture en pierre (20) de Mauro Corda, offerte à la Ville, qu’il fit pour son frère Salvatore, en 1987, et remplacée par un très beau bronze en l’honneur de son père (21).
Mauro Corda a exposé ses œuvres, fin 1997, à la Monnaie de Paris, éditeur de son trophée de la Coupe du monde de foot-ball 1998.

Charles Desteuque (1851-1897), immortalisé par les vers de Raoul Ponchon sous le nom d’Intrépide Vide-Bouteilles, dédiés à Forain, dans sa Muse au Cabaret. Il repose, sous une colonne brisée (22), auprès de son père le manufacturier Eugène Desteuque (1816-1896), adjoint au maire, président du Tribunal de commerce, et de sa mère qui fera don à la Ville de Reims de son château de la Rosière à Villers-Allerand.
Charles, ne fréquentait pas précisément des rosières. Célèbre boulevardier, de l’entourage d’Alphonse Allais, il défrayait régulièrement la chronique scandaleuse de la Belle Époque. Il sera le chevalier-servant de La Goulue qu’il découvrit au Moulin de la Galette, et fera sa célèbrité au Moulin-Rouge. Rédacteur au Gil Blas, il fera également la fortune galante de nombreuses demi-mondaines, entre autres Émilienne d’Alençon, dont il sera le parrain et qui ruinera le jeune duc d’Uzès, arrière-arrière-petit-fils de la Veuve Clicquot. Secrétaire des Folies-Bergère, il fournira à Liane de Pougy, un énorme diamant, rival du Régent, La Belle Jacqueline, pour son premier spectacle qui la lancera dans la galanterie et fera d’elle l’une des Trois Grandes de la Belle Époque.

Il décédera à l’asile de Prémontré et Ponchon rimera cette oraison funèbre :

Intrépide Vide-Bouteilles,
Qui passa tes nuits et tes veilles
À boire de l’eau,
Intrépidement, dans laquelle
Devait se noyer ta cervelle,
Pauvre gigolo ! (..)
On t’invoquait comme la Muse
Du demi-monde où l’on s’amuse,
Du Paris-fetard,
Toi, plus triste qu’une Wallace,
Qu’un convoi de huitième classe,
Quartier Mouffetard.

L’imposante chapelle Kunkelmann (23), des champagnes Piper, abrite le corps du marquis de Suarez d’Aulan, dit Jean d’Aulan (1900-1944). Père de Mme Claude Taittinger, il fut recordman, résistant, et mourut en combat aérien en 1944.

Non loin de là (24), repose Pierre Taittinger (1887-1965), fondateur de la maison de champagne de ce nom. Président du Conseil municipal de Paris sous l’Occupation. C’est grâce à son intervention, en compagnie du Consul de Suède, qu’il sauva de la destruction la plus belle capitale du monde... C’est du balcon de l’hôtel Meurice, qu’il supplia le général von Choltitz, de désobéir à Hitler, tout en lui montrant cette merveilleuse perspective du Louvre aux Champs-Élysées... À la Libération on ne lui en fut pas reconnaissant. Il fut incarcéré à Drancy, dans des conditions voisines de celles de la Terreur, en compagnie de Sacha Guitry. Heureusement réhabilité, il laissera un vibrant témoignage, en 1948, de cette période peu glorieuse de notre Histoire : ...Et Paris ne fut pas détruit (1948).

Les Jamot-David (25), parents du critique d’art Paul Jamot (1863-1940), membre de l’Institut, conservateur du Musée du Louvre, auteur de nombreux ouvrages. Il léguera sa collection d’œuvres d’art au Louvre et au Musée des Beaux-Arts de Reims, dont le Gauguin. Une salle du Musée d’Orsay porte son nom et contient, en partie, sa collection. Il fera édifié, pour son épouse, au Cimetière Montparnasse, un monument par Auguste Perret et Maurice Denis.

Charles Wéry (1832-1900), ce graveur-ciseleur, véritable artiste, auteur de la châsse de Saint-Remi, en 1896, est représenté par un médaillon de bronze fixé sur une colonne de granit belge (26), par le sculpteur rémois Auguste Coutin (1864-1942). Il est le père de ce peintre délicat, Émile Wéry, dont la propriété à Cagnes-sur-Mer, voisine de celle de Renoir, a eu les honneurs de l’Illustration, en 1933 : La Maison Rouge dont on demandait le classement. É. Wéry, qui travailla aux côtés de Matisse, est aujourd’hui oublié, même si le Dictionnaire des Petits Maîtres, de Gérald Schurr, lui consacre une bonne notice.

Auguste Coutin est également l’auteur du médaillon en bronze de J.B. Langlet. Sa seule œuvre, visible en ville, est scellée sur la fontaine des Boucheries, cours Langlet. À quelques mètres de là, l’Enfant studieux, œuvre de son fils Robert Coutin (1891-1965), orne le cul-de-lampe du bow-window de l’hôtel Druart. Les traits de René Druart (1888-1961), enfant, sont ainsi immortalisés dans la pierre.
Cécile Coutin, docteur en histoire de l’art, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, est la petite-fille de Robert Coutin.

Arlette Rémia (1927-1983), dont nous avons parlé plus haut. Elle créa son association de défense du patrimoine, qui comptera jusqu’à 3000 membres, lors du projet de construction de la Cour d’appel sur le parvis de la cathédrale. Elle sauva le cirque, la chapelle St-Marcoul, l’hôtel Godbert, le quartier Hincmar, etc. Son association est toujours active, et lutte aujourd’hui contre le projet de médiathèque devant la cathédrale...
Son époux Robert Rémia (1921-1987), chirurgien-dentiste bien connu des Rémois, fit dessiner, par l’architecte Bernard Fouqueray, ce cippe en granit belge (27) qui s’intègre parfaitement dans le site ancien. C’est par hommage particulier que la Ville accordera cette dernière concession, qui sera aussi la dernière reprise[5]...
La Ville a su reconnaître qu’Arlette Rémia fut le garde-fou du vandalisme édilitaire, en lui accordant une rue, créée chaussée Bocquaine, où Claude Vasconi a construit de beaux immeubles. La mère d’Arlette Rémia, Mme Robert Coudron, née Marthe Dalbanne (1894-1998), qui fut chirurgien-dentiste à Paris, vient de la rejoindre dans la tombe, âgée de près de 103 ans.

Sous une colonne brisée (28) Claude Goïot (1807-1892), président initiateur de la Ligue de la Libre Pensée. Il lègua des fonds considérables à la Ville pour la construction d’un crématorium. Après bien des vicissitudes, celui-ci fut inauguré en 1903 et fut le 3ème de France, après ceux de Paris (1889) et de Rouen (1899)... Passé oblige ! Faute d’entretien, le crématorium de Reims fut fermé en 1972. Reims, après avoir été précurseur, est aujourd’hui à la traîne...[6]
Goïot, qui était architecte, avait dessiné lui-même les plans de son projet. Il fut incinéré au Père-Lachaise et demanda par son testament que l’on divise ses cendres en quatre portions égales : l’une devait être déposée au cimetière de l’Est, où devait être construit son four crématoire, la 2ème au cimetière du Nord, la 3ème à Saint-Thierry, où il avait une propriété, et la 4ème à Quatre-Champs, dans les Ardennes, où il avait ses origines maternelles.
À noter pour l’anecdote, que ce serait un Rémois, le négociant en charbon Ferdinand Rohart, qui aurait inauguré le crématorium du Père-Lachaise en 1889 !

Voisin de Claude Goïot, Henri Censier (1845-1911), des teintureries, président des anciens combattants de la guerre de 1870, avec un beau médaillon en bronze signé Chavalliaud (29).

Un rond-point monumental (30) à la gloire de Jean-Baptiste Drouet, comte d’Erlon (1765-1844). Il participa aux campagnes de la Révolution et de l’Empire. Rallié aux Bourbons, il les trahira et sera condamné à mort par contumace. Amnistié, de retour en France, il sera nommé premier gouverneur de l’Algérie, en 1834, et enfin fait maréchal de France (et non d’Empire) six mois avant sa mort. Il aura des obsèques nationales à Saint-Louis des Invalides. Mort dans la pauvreté, une subvention sera votée par le Parlement pour rapatrier son corps à Reims comme il l’avait souhaité.
Il aura des obsèques grandioses à la cathédrale, qui seront relatées dans l’Illustration. Pour le décor, on utilisera près de 4000 mètres de draperies et le baldaquin, d’une hauteur de 25 mètres, ne pésera pas moins de 5 tonnes ! Ironie du sort, on réutilisa le décor de Notre-Dame de Paris, qui servit, en 1842, aux obsèques du duc d’Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe. Ainsi cet enfant de la Révolution sera inhumé dans un décor royal !
Victor Darjou, peintre parisien, immortalisa la cérémonie jusqu’à la destruction de son tableau dans l’incendie de l’Hôtel de Ville. Il n’en reste qu’une méchante photo...
C’est un élève de David d’Angers, Théodore Coinchon (1814-1881) qui est l’auteur du buste en bronze qui surmonte l’obélisque. Sous celui-ci, les armoiries accompagnées de la couronne comtale et de celle de pair de France, l’épée de simple soldat croisée avec le bâton de maréchal, symbolisent dans le bronze l’ascension sociale de Drouet, fils de charpentier, qui sera lui-même ouvrier serrurier chez Lecoq. Qui sait, s’il n’a pas forgé la porte même de ce cimetière ?
Son imposante statue de bronze, par Louis Rochet, sera déménagée de la Place Drouet d’Erlon, en 1903, pour être reléguée à l’angle des boulevards Henry-Vasnier et Pasteur, lors de l’édification de la fontaine Subé dont elle gênait la perspective...

Le Musée des Beaux-Arts conserve un beau portrait du Maréchal, peint par Ary Scheffer.

Ce n’est pas le Génie gardant le secret de la tombe, comme il aurait été logique, que l’on trouve sur la tombe des parents de Saint-Marceaux, et que l’on peut admirer au Musée d’Orsay, mais Sur le chemin de la vie (31).
Saint-Marceaux n’avait jamais voulu se séparer de ce marbre, présenté au Salon de 1907. Comme sa veuve avait dû libérer son atelier, en 1923, elle chargea Pompon de placer cette œuvre sur la tombe de ses beaux-parents qui avait été détruite durant la Grande Guerre.

La vie mondaine de Meg de Saint-Marceaux contribua sans doute au succès de son mari. Son salon de musique, boulevard Malesherbes, rivalisait avec celui, tout aussi célèbre, de la princesse Edmond de Polignac. Encore aujourd’hui son nom est évoqué fréquemment sur France Musique. Elle découvrit et favorisa de nombreux jeunes talents. Gabriel Fauré, Claude Debussy, Eric Satie... comptaient parmi les familiers de son salon. Elle accueillera la danseuse américaine Isadora Duncan à la fin tragique. Après avoir perdu ses deux enfants, noyés dans sa voiture, garée au bord de la Seine, elle mourra étranglée par sa légendaire écharpe qui se prendra dans une roue de sa limousine...
Saint-Marceaux est l’auteur d’un buste de Marie Bashkirtseff (1860-1884), peintre et sculpteur, qui fut placé dans sa chapelle... C’est le point extrême de l’art funéraire ! L’imposant mausolée, qui domine le cimetière de Passy, contient son dernier tableau, son chevalet, sa palette et quelques meubles...
Un exemplaire de ce buste en marbre est au Musée national d’Art occidental, à Tokyo.
Sur le mur nord du cimetière, une plaque de marbre (32), posée par le Souvenir français, rappelle le lieu d’exécution de l’abbé Miroy, le long du boulevard Jules-César.
À noter, pour l’anecdote, que ce nom n’honorerait pas le proconsul romain mais plus prosaïquement celui d’un entrepreneur de constructions, qui céda les terrains à la Ville à condition d’y laisser son nom. À hauteur du 308, avenue de Laon on peut lire, gravée dans la pierre, l’inscription suivante : Jules César, Entrepreneur, 1902. Il s’agit du fils qui reprit le prénom et l’activité de son père.

Henri Jadart (1847-1921), conservateur du Musée et de la Bibliothèque, secrétaire général de l’Académie nationale de Reims pendant près de 40 ans, repose sous un simple cippe en pierre blanche (33).

De nombreux ex-voto recouvrent la sépulture des Frères des Écoles chrétiennes (34) pour y remercier le bienheureux Frère Arnould (1838-1890), béatifié en 1987, en instance de canonisation. Digne représentant de saint Jean-Baptiste de La Salle, le véritable fondateur de l’enseignement populaire en France, et dont le rayonnement s’exerce encore dans le monde entier.
Jean-Baptiste de La Salle ne mériterait-il pas, dans sa ville natale, l’une des plus belles avenues ? plutôt que cette petite rue dont on n’est même pas sûr qu’elle lui soit attribuée puisqu’il doit la partager avec un pseudo-homonyme Rivals de La Salle !

Le compositeur Ernest Lefèvre-Dérodé (1853-1913), fondateur et directeur de l’École de musique de Reims. Son buste en bronze (35), par Eugène Bourgouin, nous le fait paraître hautain et dédaigneux. En réalité, c’est une maladie des yeux qui l’obligeait à regarder ainsi la tête en arrière, nous dit P. B. Gheusi dans La danse sur le volcan. Une de ses œuvres, le Folet, sera représentée à Paris, à l’Opéra-comique. Le féroce Willy, Henry Gauthier-Villars (le mari de Colette), ne sera pas tendre dans sa critique : « Il ne faut pas confondre le Chalet avec le Folet et Lefèvre avec le fabricant de gaufrettes LU Lefèvre- Utile ! »

L’ancienne salle des guichets de la Banque Chapuis, à la déconfiture célèbre, portait le nom de Lefèvre-Dérodé lorsque s’y trouvait encore le Conservatoire municipal de musique. Le bâtiment a retrouvé sa vocation première, mais, par altération, la Caisse d’Épargne lui a donné le nom de Salle Dérodé. Le superbe nouveau Conservatoire honorera-t-il Lefèvre-Dérodé ?

Eugène Bourgouin (1880-1924), repose à quelques mètres de là (36). Son œuvre est représentée au Musée des Arts décoratifs et au Musée d’art moderne de Paris. Son grand portrait, par Maurice Lenoir, le représente en dandy, serré dans une redingote 1830. Son atelier était rue de Vaugirard. Sa vie mondaine lui fera épouser la comtesse de Ponant. Il y a quelques années, son arrière-petite-nièce, Danièle Follias (1942-1993), maîtresse de ballet du Grand-Théâtre, est venue le rejoindre dans la tombe.

Dans la sépulture Doyen (37), l’artiste-peintre Nicolas Perseval (1745-1837) repose près de sa fille Marie-Marguerite, elle-même artiste-peintre, qui épousera un Doyen, étant veuve du peintre Hubert Rève. Perseval avait décoré le joli théâtre de Châlons-sur-Marne. La machinerie et les décors du XVIIIe siècle étaient intacts. Il sera détruit, ainsi que tout un quartier de maisons à pans de bois, alors que son classement, demandé par les Amis du Vieux Châlons, était imminent. Ce scandale fera l’objet d’un livre par Cabu : Ouvrez le massacre ! aux Éditions du Sagittaire.

La monumentale chapelle Clicquot-Ponsardin (38), où repose le baron Ponsardin (1747-1820), maire de Reims de 1809 à 1820, ainsi que sa fille le célèbre Veuve Clicquot (1777-1866), qui mourra dans son magnifique château de Boursault. Sa fille Clémentine épousa le comte Louis de Chevigné (1793-1876), auteur des fameux Contes rémois, aux nombreuses éditions. Les mauvaises langues racontent que la Veuve Clicquot rachetait les éditions de ces contes qu’elle jugeait trop grivois ! Médisance car il y eut des rééditions bien après son décès, et jusqu’en 1996..
L’arrière-petite-fille de la Veuve, la duchesse d’Uzès, poétesse, écrivain, célèbre pour ses chasses à courre, sera la première femme de France à passer son permis de conduire, en 1896. On peut voir son automobile au château de Compiègne. Sculpteur, sous le nom de Manuela, elle nous a laissé une œuvre pour l’église Sainte-Clotilde : Marie Reine de France. Elle fut l’élève de Bonassieux à qui nous devons le tombeau du cardinal Gousset dans l’église Saint-Thomas.

Pour l’éloigner d’Émilienne d’Alençon, elle fit envoyer son fils au Congo, qui y mourra des fièvres. Elle en tira un récit Le voyage de mon fils au Congo, et commanda à Saint-Marceaux un grand monument pour la ville d’Uzès. On y voyait le jeune duc en pirogue, accompagné de noirs pagayant. Ce bronze sera récupéré par les Allemands durant l'Occupation.

Une stèle (39), restaurée par le Souvenir français, a été élevée aux victimes de la bataille de Reims en 1814.

Le monument, avec médaillon de bronze par Chavalliaud (40), de l’abbé Deglaire (1832-1889), aumônier du Lycée, était jugé à son époque comme le plus beau du cimetière. On avait utilisé un beau granit vert poli, alors que la plupart des monuments se faisait en pierre blanche ou en granit belge ; cette pierre légèrement bleutée, revêt un aspect noir lorqu’elle est polie. C’est cette pierre, dite de Soigny, qui a été utilisée pour paver la place d’Erlon…

Le mausolée Godbert (41) est le plus riche du cimetière.Il fera l’événement de la Toussaint 1905. Godbert jeune, qui se prénommait Rose-Croix, simple ouvrier tisseur, devint contremaître puis fabricant de tissus. Il fit fortune comme principal actionnaire de l’Usine à gaz. Il fera démolir sa chapelle pour réédifier ce somptueux temple à l’antique par l’architecte Dufay-Lamy et le sculpteur Joseph Wary. En marbre de Carrare, les chapiteaux sont ornés de fleurs de pavot, symbole du sommeil, et de lierre, symbole de fidélité. Le plafond est orné d’une mosaïque d’or. Des pots-à-feu de bronze surmontaient, il y a encore peu de temps, la terrasse. Les balustrades de bronze portent le monogramme enlacé G-D, Godbert-Deverly. Un Ange de la douleur, par Paul Gasq, grand prix de Rome et l’un des auteurs de la fontaine Subé, précéda le buste de Mme Godbert. Ce buste[7] en marbre est l’œuvre d’Émile Peynot (1850-1932), auteur des cariatides de l’Opéra-comique à Paris et du groupe sculpté Les vendanges qui ornait le pavillon du champagne, par Ernest Kalas, à l’Exposition universelle de 1900.
Émile Peynot est aussi l’auteur du magnifique mausolée Alexandre de Bary, édifié dans le parc du château de sa maîtresse, Elvire Bouchez, à Thuisy.

Jeanne Alexandrine Pommery, autre grande veuve du champagne, repose sous un monument de marbre blanc (42), semblable à celui de son directeur Henry Vasnier, au cimetière de l’Est.
Des bruits malveillants courant sur le crédit de sa maison, Mme Pommery fit acheter, pour une somme fabuleuse, Les glaneuses de J.F. Millet, et en fera don au Louvre. À ce titre, son nom figure en lettres d’or parmi les bienfaiteurs dans le salon d’Apollon. Elle sera également bienfaitrice du Musée des Beaux-Arts de Reims.
Elle laisse une descendance dans la prestigieuse famille de Polignac, au mécénat célèbre. L’un de ses petits-fils épousera la fille de Jeanne Lanvin.

Un médaillon de bronze (43), à l’effigie de Jacques Masson (1791-1878), organiste de la cathédrale de 1810 à 1850, par son fils Sébastien, sculpteur à la Dantan, qui nous a laissé d’extraordinaires statuettes caricaturales et qui finira confiseur à Châlons.

Le cénotaphe (44) de Raoul Villain (1885-1936), fils du greffier en chef du Tribunal civil de Reims, qui assassinera Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, au Café du Croissant. C’est devant cette tombe, lors de l’enterrement de sa grand-mère, qu’il dira au conservateur : Il y a des gens qui font le jeu de l’Allemagne et qui méritent la mort !
Il sera jugé et acquitté, en 1919, par la Cour d’assises. Jaurès, qui ne voulait pas croire à la guerre et qui croyait en ses frères les socialistes allemands, incitait à la désertion. Il est probable que s’il n’avait pas été assassiné, il serait passé en Conseil de guerre pour haute trahison.
Villain qui s’était fait construire une villa, à Ibiza, par le petit-fils de Gauguin, sera assassiné lui­-même, en 1936, durant la guerre d’Espagne. Sa fin sera atroce : laissé agonisant, des fourmis avaient envahi ses plaies.
Une messe d’enterrement fut célébrée à la basilique Saint-Remi, avec un catafalque, et des billets de décès furent envoyés par la famille. Le corps resta à Ibiza et l’épitaphe suivante a été gravée sur le monument familial : Raoul Alexandre Villain 1885-1936 (Ibiza).
Raoul Villain, au nationalisme exacerbé, n’était pas fou comme on l’a prétendu. Ingénieur agronome, il suivait les cours d’égyptologie à l’École du Louvre lorsqu’il assassina Jaurès.
Il aurait été élève des Jésuites, au collège du faubourg Cérès, qui est devenu depuis le Lycée Jean-Jaurès, après la séparation de l’Église et de l’État.

La dernière abbesse du Paraclet, Louise Charlotte de Roucy, repose sous une tombe romantique (45). La première abbesse, Héloïse repose au Père-Lachaise, auprès d’Abélard ; ils ont quitté le Paraclet pour finir sous un extraordinaire tombeau néo-gothique.

Firmin Charbonneaux, est le fondateur des verreries, à Cormontreuil, qui furent les plus importantes d’Europe sous Napoléon III (46). Son fils Georges, fondateur du Foyer Rémois, grand amateur d’art, ami de René Lalique et de Maurice Denis, lègua au Musée Le Vergeur sa magnifique et rarissime collection de gravures d’Albrecht Dürer.

Édouard Werlé (1801-1884), qui fut l’un des grands maires de Reims, de 1852 à 1868, repose dans la sépulture Jeunehomme et Boisseau (47). Nous lui devons de grands aménagements urbanistiques, tel que le boulevard Lundy, dont les beaux hôtels particuliers disparaissent peu à peu au gré d’opérations immoblières.

Un très curieux monument (48), pour la famille Cadot-Tortrat, conçu par l’architecte Ernest Kalas (1861-1928), et réalisé en 1906 par Joseph Wary. Un bronze de Théodore Rivière (1857-1912) n’est pas sans rappeler Les deux douleurs, œuvre acquise pour le Musée du Luxembourg à Paris. On peut voir au Musée d’Orsay une statuette chryséléphantine, de cet artiste, représentant Mme Paul Jamot.
Deux médaillons en bronze, par Auguste Coutin, ornent ce monument, dont une légende, aussi fausse que tenace, veut que le père et le fils, ici représentés, furent victimes de l’incendie du Bazar de la Charité.

Une stèle de pierre de forme ogivale et de style art-déco surmonte le caveau Gardeton-Godin (49). Elle représente deux anges stylisés sur fond de croix nimbée.

Terminons par la plus ancienne épitaphe du cimetière, avec cette pierre scellée au mur (50), à la mémoire d’Anne-Marie Ruinart de Brimont décédée le 25 août 1794...

Ainsi s’achève notre périple dans ce cimetière du Nord qui abrite pour une grande part la mémoire collective de notre cité ; par la description de ces fragiles édicules funéraires, témoins de nos concitoyens dans l’histoire rémoise et nationale, nous espérons avoir permis une prise de conscience de leur précarité actuelle et de la nécessaire attention à porter à leur entretien (pour certains, à leur sauvegarde) autant de la part de nos édiles que de celle de chacun des visiteurs.

N’est-ce pas le respect de la devise de la Société des Amis du Vieux Reims (« Urbium sacra senectus » : la vieillesse des villes est chose sacrée), choisie par Hugues Krafft inhumé ici, que d’inviter à préserver notre patrimoine commun pour le transmettre intact à nos enfants.

Jean-Yves Sureau
Conservateur de cimetières
20 février 1998

[1] C’est seulement en 2003 que des copies en béton teinté ont été placées à la suite de nombreux vols commis en 2000 et 2001.
[2] Depuis le 6 octobre 2003 le corps de Foujita a quitté Villiers-le-Bâcle pour reposer à nouveau dans la Chapelle N.D. de la Paix.
[3] Cette pratique a disparu. Aujourd’hui les restes sont placés dans des reliquaires en bois.
[4] Depuis ces dernières années, la Ville a repris ses obligations d'entretien liées aux legs.
[5] Ce qui n’est plus vrai depuis 2004. De nombreuses concessions ont été reprises dans le canton 1…
[6] Un crématorium a été ouvert depuis, en octobre 2002.
[7] Ce buste a été volé en janvier 2001.
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