J'ai quitté l'Aquitaine La Presse

J'ai quitté l'Aquitaine
Une Maison de Famille

J’ai quitté l’Aquitaine

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Patrick Perquy dans la revue néerlandophone Cinemagie (Belgique)
Un homme se trouve mal positionné dans sa vie, aussi bien envers soi-même qu’envers les autres. Il transporte un banc de jardin, à la recherche d’une position exacte dans le monde. Parfois il le porte en traversant des jardins, parfois à travers des déserts, parfois au bord d’un précipice. Mais il ne trouve nulle part le repos. C’est d’ailleurs la raison de son internement décidé par sa famille. Le médecin lui conseille de retourner à l’époque de son enfance, plus précisément en Aquitaine, au Cap-Ferret, où il passait ses vacances.Les traces sont constituées d’anciens films de famille en noir et blanc et de témoignages de ses proches qu’il invite successivement à reconstruire la géographie des domaines à l’aide d’un jeu de construction en bois. Si les uns participent avec enthousiasme, d’autres sont nettement plus sceptiques ou trouvent le jeu ridicule. Ces confrontations sont merveilleusement mises en image et le plus étonnant est la diversité de la façon dont ces lieux ont été vécus. Le temps est marqué par les marques de voiture qui permettent de reconstituer une chronologie. Seule la sœur de cet être refuse de collaborer. Ainsi l’auteur cherche-t-il – en vain – sa place par un retour dans le passé. « La nostalgie est la pornographie de l’âme », dira-t-il. De temps à autre, le cinéaste attribue au médecin, que nous n’apercevrons à aucun instant, des phrases évangéliques. Finalement, à l’instar de la musicothérapie pratiquée dans l’institut où il réside, le cinéaste réussira à composer un chant et à mobiliser sa famille pour le chanter. Et là, pour cet instant musical, il dirige sa famille. Une des visions évoquées dans le Livre de l’Apocalypse est l’image des 24  plus anciens qui accordent leurs instruments sur le chef d’orchestre divin pour aboutir ainsi à des rapports transparents. Peut-être le cinéaste retrouve-t-il sa place à la fin du film ? Il quitte l’époque de son enfance, l’Aquitaine. Ce superbe film nous introduit dans l’univers familial de Laurent Roth, ancien critique aux Cahiers du Cinéma, qui réussit à inviter le spectateur tant soit peu actif à se risquer à un processus analogue avec sa propre famille. Son personnage tout en douceur appelle la sympathie et les rencontres avec les membres de sa famille sont des perles d’observation très fines qui permettent de deviner les blessures que chacun porte en lui.

 

Une Maison de Famille 

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Emmanuelle Ducournau, Le Monde
« Qu’est-ce qu’une famille ? Pour percer ce mystère originel, Laurent Roth, ancien directeur artistique du festival de Marseille, a convié la sienne. Réunis autour d’une boîte de jeu de construction, oncles, cousins, et autres parents tentent tour à tour de reconstituer le bonheur tel qu’il était dans la maison familiale, vendue il y a vingt-cinq ans.  De soupirs en hésitations, chacun révèle avec pudeur l’intimité de son souvenir. L’obsession  du réalisateur, énoncée sans détour, est aussi naïve que poétique : ressusciter le paradis perdu de son enfance. Cette fiction du réel, généreuse et sensible, explore ainsi l’univers de la réminiscence, avec ce qu’il charrie de crispation, de doute et de solitude. Les vieilles rancoeurs succèdent aux rires joyeusement remémorés pour parfois atteindre la plus cinglante franchise.  Dès lors, ce passé commun, successivement exhumé, souligne avant tout la singularité des histoires. « Comment vivre ensemble ? » : c’est la question  que pose la conjonction de ces différents récits. Esprit de famille es-tu là ? »

Eléonore Colin, Les Inrockuptibles
«Laurent Roth, je vous comprends. Si bien. Pas une nuit sur deux qui ne me ramène en songe entre les murs de la maison de famille qui me vit grandir. Je ne reverrai plus ses poutres poussièreuses, son dortoir fantôme, ses baldaquins chatoyants, sa chambre de princesse, et puis le doux fumet du fait-tout au- dessus duquel voleta longtemps une colombe domestique. Vous appelez cela « le paradis perdu » ? Comme je vous comprends… C’est sans doute pour cette raison que j’évite encore d’en contempler les photos jaunies dans l’album de mon père. Ce serait très douloureux. Trop triste. Ca me tuerait un peu à l’intérieur. Votre maison avait l’air si belle, si sereine, ainsi caressée par les palmes du jardin de cette bobine aphone de Super-8 en noir et blanc. Vous n’auriez pas dû la regarder, car maintenant, c’est malin, vous avez craqué. Oui, maintenant, il y a la dépression, les blouses blanches et les petits cachets irisés qui risquent de vous abîmer la tête… Se souvenir de l’enfance, conscientiser la perte de sa pureté originelle en fanstasmant sa beauté naïve, cela peut – vous l’avez appris à vos dépens – être infiniment brutal au regard des adultes que nous sommes. Angéliques et désabusés à la fois. « A l’institution, on est très gentil avec moi. Le docteur a dit qu’il fallait que je fasse de l’exercice. Dans ma vie, je n’ai pas réussi grandchose. J’ai  été choyé par ma mère et  pas battu par mon père. Je n’ai trouvé ni la fortune, ni le bonheur dans mes voyages. Je ne me suis pas amusé, pas marié, pas même fiancé. Dans ma valise, en arrivant ici, il n’y avait que du linge sale.", dites-vous d’ailleurs, sarcastique, en prologue. Alors, vous avez demandé aux vôtres de restituer en vrai, à l’aide d’une boîte de construction, « le plus exactement possible le bonheur tel qu’il était dans la maison de famille », dans l’espoir un peu candide de guérir. Ils ont tous été très patients, très bienveillants, mais on dirait qu’ils vous ont un peu déçu à ne pas parvenir à jouer à votre jeu d’adulte puéril… Vous ne savez toujours pas trop où poser ce banc très blanc que vous trimballez partout dans la dune (é)mouvante du Pyla, face à la caméra de Jean-Charles Fitoussi. Et si votre maison de famille était dorénavant ce joli film étrange, cette « fiction-documentaire » mélancolique et parfois drôle dont vous êtes l’acteur, l’auteur et le réalisateur ? Où, malgré les tensions, tout le monde tâche de faire attention à tout le monde ? Où l’on se sent un peu chez soi, en sachant au fond que ça ne durera pas. Qu’il faudra peut-être un jour cesser de chercher pour bâtir à son tour. »
 
Jérémie Couston, Télérama
« Ancien directeur artistique du festival Fictions du réel de Marseille, animateur inspiré du Ciné-citoyen à Paris, critique de cinéma, scénariste et réalisateur à ses heures, Laurent Roth sait de quoi il parle. En résidence au Moulin d’Andé, en Normandie, il écrit et tourne une fiction documentaire, genre hybride qui a sa préférence et autorise toutes les audaces, les faux mensonges comme les vraies impudeurs. Il sera donc le narrateur, interné dans une institution psychiatrique, qui convoque les membres de sa famille pour une thérapie de groupe très spéciale. Equipé d’une boîte de jeu de construction, ils devront chacun leur tour, devant la caméra, « reconstruire » la maison de familiale du Cap-Ferret, paradis perdu du narrateur et symptôme supposé de sa névrose. Oncles, tantes, cousins, parents se prêtent au jeu avec plus ou moins de distance, lâchant quelques vacheries au passage les uns sur les autres. L’air de rien, le « malade » accouche ses cobayes et inverse la situation initiale. Un bel exercice de maïeutique, sensible et maîtrisé. »

Laetitia Mikles, Positif
« Rabat-joie, le documentaire ? Investi de l’ingrate mission de rendre compte des violences du monde et de l’inanité des hommes, souvent auréolé d’une conscience politique radicale et parfois (mais plus rarement) drapé dans une exigence poétique âpre, le documentaire serait un cinéma « nécessaire », grave, informatif, un rien rébarbatif. Quelques éléments de la 11ème édition de Visions du Réel tordaient joyeusement le cou à cette image austère et édifiante (…) L’humour grinçant et l’ironie pétillante étaient à rechercher du côté de la section « Regards neufs », où l’on retrouvait cet esprit irrévérencieux dans le dispositif d’Une maison de famille de Laurent Roth. Le réalisateur invite les membres de sa famille élargie à se souvenir de leur grande bâtisse du Cap-Ferret. Il a apporté avec lui un jeu de construction en bois que chacun peut manipuler à sa guise pour reproduire l’image fuyante du paradis perdu. Si certains se plient aux exigences du G.O., d’autres refusent de jouer avec lui. Tous démystifient l’Eden familial et laissent l’initiateur du jeu désemparé. »

Bertrand Bacqué, catalogue de Visions du Réel (Nyon/Suisse)
« Le film de famille est un genre canonique dans lequel Laurent Roth s’engouffre avec allégresse pour mieux le bousculer. Entre fiction (mais tout récit ne l’est-il pas ?) et documentaire (les témoignages des proches l’attestent !), anamnèse et parodie, l’ancien rédacteur des Cahiers du Cinéma nous convie dans les méandres du souvenir et de l’oubli, en quête de ce paradis forcément perdu qu’est la maison de vacances. Tout commence par l’éternel found footage, bribe de film amateur sans lequel aucune introspection cinématographique ne saurait débuter. Et pourtant, celui-ci ne dit rien qui vaille. Vient ensuite la réunion de famille. Mais celle-ci ne suffit pas à faire un film : il lui faudra un dispositif, une expérience ! Laurent Roth demandera à chacun de raconter, à l’aide d’un simple jeu de construction en bois, ce que représentait pour lui cette maison, sise au bord de la mer, en Aquitaine, au Cap-Ferret. Grâce à des questions évitant abstraction ou psychanalyse, le cinéaste reconstitue ce domaine enfoui de la mémoire, sans pathos ni dramatisation excessive. Ici nul cadavre dans le placard des origines. Traversant l’image tel un Monsieur Hulot en imper noir, Laurent Roth démystifie un passé forcément idéalisé et dans un même geste, réhabilite l’utopie du « bien vivre ensemble ». A la fois film choral et mise en abyme, Une maison de famille est une comptine ludique et profonde, légère et grave. Comme l’est tout récit initiatique ! ».                  > English version