- Chroniques, textes de recherche, conférences, comptes-rendus



Résumé:

Jusqu'au Siècle des Lumières (XVIIIe s.), l’idée que l’exercice du pouvoir est lié au sexe masculin repose sur un constat de fait, mise en oeuvre de l'ordre naturel et divin du monde. Il est donc logique que ce modèle humain soit projeté sur la ruche des abeilles, si souvent comparée à la société des hommes, et réciproquement. D’autant plus que les auteurs de l’Antiquité, largement repris jusqu'au XVIIe s., ont postulé le caractère masculin du pouvoir dans la ruche, mais aussi des activités qui s’y déroulent. Il est donc convenu que la ruche est dirigée par un roi à qui tous sont soumis, et qui gouverne entouré de nobles (mâles) armés de leur dard.

Or, à partir du XVIe s., les progrès scientifiques, et en particulier les premières observations au microscope, amènent à une évidence entomologique complètement inversée: le « roi de la ruche » se révèle être une reine; les « nobles mâles » sont des abeilles femelles portant un dard; et les seuls insectes sans dard dans la ruche sont justement les mâles, improductifs et gloutons...

Philosophes et publicistes peinent dès lors à admettre que la ruche est une « monarchie féminine », « société d'Amazones » où les femelles font à peu près tout, et d'où les mâles paresseux et jouisseurs sont expulsés honteusement chaque année. Puis, si les essais politiques (en particulier en Angleterre) s'adaptent à la réalité féminine du pouvoir chez les abeilles , les manuels d'apiculture tendent à maintenir des affirmations erronées, pour ne pas remettre en cause la métaphore de la ruche comme reflet idéal de la société, masculine et hiérarchique. « Car il n'est pas bon que les hommes obéissent, et que les femmes commandent »...

Mots-clés:

  • Pouvoir politique et problématique de genre (XVIe-XVIIIe s.)

  • Ruche anthropomorphique

  • Hommes, femmes, pouvoir politique (XVIe-XVIIIe s.)

  • Abeilles, roi, reine

  • Histoire des idées politiques (XVIe-XVIIIe s.)