LANGUE ISLY (LINGUUM ISLIANUM)
Brief summary of Mr Isly's simplified Latin (1901), by Xavi Abadia (July 2015):
There are 3 genders: masculine (for men and male animals); feminine (for women and female animals); neuter (for objects, things, etc.)
matra, -am, -ae, -ae, -a; matrae, -as, -arum, -is, -is
patrus, -um, -i, -o, -o; patri, -os, -orum, -is, -is
rosum, -um, -i, -o, -o; rosa, -os, -orum, -is, -is
The nominative is formed from the genitive root: carnum, -i; nominum, -i.
The vocative is always the same as the nominative.
Adjectives are declined like substantives:
bonus, -a, -um; boni, -ae, -a (nom.)
fortus, -a, -um; forti, -ae, -a (nom.)
The comparative is formed by adding to the root the endings -iorus, -a, -um: fortiorus, -a, -um.
The superlative is formed by adding -issimus, -a, -um: fortissimus, -a, -um.
Pronouns are declined like substantives as well:
ejus, eja, ejum; eji, ejae, eja (= L. is, ea, id; ii, eae, ea) | hujus, -a, -um; huji, -ae, -a (= L. hic, haec, hoc; hi, hae, ha) | illus, -a, -um; illi, -ae, -a (= L. ille, -a, -ud; illi, -ae, -a) | ipsus, -a, -um; ipsi, -ae, -a (= L. ipse, -a, -um; ipsi, -ae, -a) | ejusdem, -adem, -umdem (= L. idem, eadem, idem) | cujus, -a, -um (= L. qui/quis, quae/quis, quod/quid) | alicujus, -a, -um (= L. aliqui/aliquis, aliquae/aliquis, aliquod/aliquid) | cujusvis, -avis, -umvis (= L. quivis, quaevis, quodvis/quidvis) | cujusque, -aque, -umque (= L. quisque, quaeque, quodque) | Etc. | allius, -a, -um; allii, -ae, -a | ullus, -a, -um; ulli, -ae, -a | nullus, -a, -um; nulli, -ae, -a | pluri, -ae, -a | multi, -ae, -a | Etc.
The possessives:
meus, -a, -um | tuus, -a, -um | suus, -a, -um | nostrus, -a, -um | vestrus, -a, -um | illorum | illarum
Personal pronouns:
egus, -um, -i, -o, -o (masc.); ega, -am, -ae, -ae, -a (fem.) | tibus, -um, -i, -o, -o (masc.); tiba, -am, -ae, -ae, -a (fem.) | illus, -um, -i, -o, -o (masc.); illa, -am, -ae, -ae, -a (fem.) | nobi, -os, -orum, -is, -is (masc.) | vobi, -os, -orum, -is, -is (masc.) | Etc.
All verbs are taken as if belonging to the 1st conjugation:
video, -eas, -eat, -eamus, -eatis, -eant | videavi, ... | videabam, ...
Passive: videor, -aris, -atur, -amur, -amini, -antur | videatus (-a-um) sum, ... | videabar, ...
Subjunctive: videem, -es, -et, -emus, -etis, -ent; Etc.
Deponent verbs take active endings: imito, miro, horto, ...
The verb to be is the only irregular verb:
sum, es, est, sumus, estis, sunt; fui, -isti, -it, -imus, -istis, -erunt; Etc.
All prepositions may be used for the accusative and the ablative, taking the acc. to express some kind of movement (like 'in' does in Latin).
Adverbs formed from adj. may have comparative and superlative forms:
cito, citius, citissime; bene, benius, benissime; prudenter, -tius, -tissime; sæpe, sæpius, sæpissime; etc.
Conjunctions are kept as in Latin.
The original handbook of Langue Isly is available online at the Austrian national library (look for "Isly, Fred" on the list.)
This work is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License.
INTRODUCTION
Mon intention dans cette introduction, n’est pas de démontrer l’utilité d’une langue internationale.
C’est une vérité acquise aujourd’hui, que le monde a besoin d’un organe accessoire pour servir à l’échange direct des idées entre tous les peuples du monde.
Si l’on est d’accord sur le besoin d’une langue internationale, on ne l’est cependant pas encore sur le choix du nouvel idiome, sur son rôle et encore moins sure les moyens à employer pour en généraliser l’emploi.
Certes les projets ne manquent pas. De très habiles linguistes ont créé de toutes pièces des langues artificielles excellentes. On peut citer par ordre d’ancienneté le Solrésol, le Volapuk, l’Espéranto, la Langue Bleue etc.
Tous ces idiomes portent l’empreinte d’un travail patient, d’une étude approfondie et d’une ingéniosité très grande, et je n’hésite pas à déclarer que chacun d’eux est parfaitement idoine à remplir le rôle que son auteur lui a assigné.
On s’étonnera, après cette déclaration, que j’aie pu éprouver le besoin, d’ajouter un nom de plus à la liste des propositions déjà faites. L’existence d’organes susceptibles d’universalité, aurait dû, pensera-t-on, me dispenser d’en créer un à mon tour.
Cette contradiction n’est qu’apparente et je vais m’en expliquer aussi brièvement que possible.
ROLE D’UN LANGAGE INTERNATIONAL
Le but d’une langue internationale est connu. Les peuples, dans le rapprochement créé par les moyens de transport accélérés, sont entrés en contact plus intime. Ils se sont aperçus alors qu’ils ont des intérêts communs. Ils ont senti la nécessité de s’entendre. Les grandes questions humanitaires les ont contraints ‘a se concerter et à étudier ensemble les solutions possibles. Le commerce, l’industrie, les sciences, les arts, se sont pénétrés mutuellement de nation à nation. L’univers est devenu plus petit et il en est né le besoin de se comprendre qui doit aboutir à l’adoption d’un idiome intermédiaire, d’une langue internationale.
LE CHOIX D’UNE LANGUE
Il importe peu, en principe, que le choix des nations se porte sur tel ou tel idiome. Pourvu que dans chaque pays on apprenne à côté de sa langue maternelle, la langue Bis (1) (J’emprunte cette expression à M. Bolak, auteur de la Langue Bleue), c’est-à-dire la langue adoptée comme langue internationale, le problème sera résolu quel que soit l’idiome choisi.
Donc, théoriquement, toute langue, vivante ou artificielle, peut servir d’intermédiaire.
Je dis théoriquement, mais dans la pratique, il en va autrement.
Les langues vivantes présentent certains inconvénients qu’on a fait ressortir maintes fois, et sur lesquels il est inutile que j’insiste. Les rivalités internationales suffisent du reste à faire comprendre que les nations ne se mettront jamais d’accord sur le choix d’une langue appartenant à l’une d’elles.
On ne peut donc songer qu’à un langage artificiel. Et comme je l’ai dit, il en existe plusieurs qui peuvent rivaliser de mérite.
UTOPIE
On jette bien souvent à la face des apôtres de la langue internationale, le reproche d’utopie. On a tort assurément, car la conception d’une langue Bis n’est pas en elle-même une utopie. Il y a cependant dans ce qui a été fait jusqu’ici un côté utopique, une lacune qui a rendu stériles tous les efforts tentés.
Voici en quoi consiste l’erreur des auteurs de langages nouveaux :
Une langue n’est jamais sortie tout armée du cerveau d’un homme, elle a toujours été le résultat d’une collaboration de toutes les forces sociales. Quelque vaste que soit le génie d’un être humain, il ne saurait embrasser toutes les branches de l’activité et du savoir d’une nation. Les mots, les expressions se sont créés au fur et à mesure des besoins, et l’a où ces besoins se sont fait sentir.
Une langue n’est jamais complète non plus. Elle se modifie, se transforme, s’enrichit avec la marche de la civilisation. Toutes les classes de la société, tous ses organes contribuent à ces modifications.
Un homme ne fait pas une langue. Elle est l’œuvre d’une société (1) (Le français que nous parlons aujourd’hui, diffère du vieux français au point que celui-ci nous est presqu’incompréhensible. Cette transformation graduelle n’est pas l’œuvre d’un homme, elle est due au peuple tout entier).
Qu’il existe une Académie, comme l’Académie française par exemple, cette assemblée composée de savants, ne saurait, malgré sa compétence, prétendre à créer. Elle se borne à enregistrer, à consacrer les changements qui s’opèrent. C’est là son unique rôle. Le travail de la transformation appartient au peuple et à lui seul.
Et si une assemblée d’écrivains illustres doit se contenter de noter les changements, de suivre l’impulsion donnée par la nation, comment un homme à lui seul peut-il prétendre donner, non plus à un peuple, mais au monde entier une langue, et la réglementer lui-même.
Ce qu’il peut faire, c’est fournir une base, un point de départ, construire l’édifice et le livrer à l’univers. Mais là s’arrête son pouvoir. La langue une fois confiée au peuple, lui seul peut la façonner, la compléter, la rénover sans cesse. La tâche de l’auteur est achevée, il n’a plus qu’à se retirer sous sa tente.
Qu’arriverait-il si se réalisait immédiatement le rêve d’un fondateur de langue internationale.
Chaque nation se l’approprierait d’une façon différente, y introduisant ses expressions particulières, la transformant suivant son propre génie, la façonnant à son tempérament. De sorte qu’au bout de bien peu de temps la langue internationale aurait pris un caractère tellement différent dans les divers pays, qu’elle ne serait plus qu’une vaste tour de Babel, inutilisable et inutile.
Que dis-je ! Ses débuts même pourraient faire prévoir son sort. Demandez, en effet, à un volapukiste ou à un espérantiste étranger de traduire un passage d’un auteur de son pays et de vous l’envoyer. Vous pouvez être certain d’avance que vous comprendrez mal ce morceau, fussiez-vous très fort en volapuk ou en espéranto.
Vous le comprendrez mal parce qu’involontairement, par la force des choses, le traducteur aura introduit les idiotismes de sa langue maternelle dans sa traduction.
Vous saisirez bien la signification des mots pris isolément, mais leur assemblage n’aura pour vous qu’en sens très vague, souvent même insaisissable.
L’auteur de la langue Bleue, avec lequel je discutais un jour cette question, me répondit ceci : «Pour éviter cette difficulté ne suffirait-il pas que chacun ramenât dans sa traduction l’expression particulière, l’idiotisme à son sens primitif, à sa conception simple. »
Evidemment cela suffirait, mais hélas, c’est impossible. Impossible parce que l’idiotisme n’est pas une exception. Il se rencontre à chaque pas et ne saurait même se discerner.
Un Français dit : « Je me promène », « je vais me coucher ». Expliquez lui que ce sont des gallicismes, il en sera fort étonné, et ma foi il y a bien de quoi. Eh bien ce sont pourtant des idiotismes. Est-il possible vraiment que des expressions aussi simples soient particulières aux français. Parfaitement.
Comment, dès lors, suivre le conseil de M. Bolak. On n’en voir guère le moyen.
C’est pour cela que lors même qu’on tomberait d’accord sur le choix d’une langue internationale, on s’apercevrait bientôt qu’on ne se comprendrait pas mieux qu’avant.
COLONIE INTERNATIONALE
« Si l’avis que vous venez d’émettre est sincère, me dira-t-on, pourquoi nous entretenir encore d’une conception que vous jugez vous-même utopique ? »
Parce que loin de la juger utopique je la considère au contraire comme très possible, comme fatale même. Ce qui est utopique c’est l’espoir de la faire aboutir comme croient pouvoir le faire les auteurs des langues artificielles existantes.
Pour être viable la langue internationale doit répondre victorieusement aux objections fondamentales que j’ai soulevées plus haut. Est-il possible, oui ou non, de lui faire éviter l’écueil contre lequel inévitablement elle serait appelée à se briser.
Je réponds hardiment oui. Il est un moyen, un seul, mais un moyen infaillible de lui conserver son unité dans le monde et ce moyen, c’est la création d’une colonie internationale.
A ceux que pourrait effaroucher l’idée d’une semblable institution, je dirai que la chose est beaucoup moins compliquée qu’ils ne pourraient le croire.
Que faut-il, en somme, pour créer une colonie internationale ? Quelques hectares de terrain. Où sera situé ce terrain, peu importe. Que ce soit un ilot dans une mer quelconque, un petit domaine acheté n’importe où, cela n’a qu’une importance relative et personne en tout cas n’en contestera la possibilité. Il est, de par le monde, plus d’un coin qu’on pourrait acquérir sans qu’il en coûtât même trop cher.
Que le terrain soit acquis, et voici comment je procède :
Admettons un instant que la langue universelle adoptée soit la langue Isly ; je dirai plus loin pourquoi j’ai cru devoir la créer et la proposer, malgré les qualités de celles qui l’ont précédée.
J’ai donc une propriété indépendante qui devient aussitôt la patrie de la langue internationale. Pour la coloniser, je distribue gratuitement toutes concessions de terrain, ne posant aux colons qu’une seule condition, celle de connaître assez d’islien pour s’en servir couramment.
La colonie sera régie par un comité formé de délégués de toutes les nations.
Il y sera établi une école d’islien où seront formés les professeurs chargés d’enseigner la langue internationale dans les divers pays du monde. Tous ces professeurs puisant leur science à une source commune, l’enseigneront avec une unité parfaite.
La colonie possèdera également une Académie chargée, non pas de créer des expressions et d’enrichir la langue, mais de noter, comme le fait l’Académie française, les transformations, les néologismes qui s’y introduiront par l’usage et pour les besoins de la civilisation.
La cité internationale aura d’autres destinations encore. Ce sera le rendez-vous indiqué des congrès internationaux, qui se tiennent actuellement, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre. Les congressistes pourront y conserver leurs archives, leurs documents et leurs bibliothèques.
La colonie ainsi fondée, la langue internationale se développera normalement par l’incessante collaboration de tous les éléments qui constituent un peuple petit ou grand.
Ce sera une langue vivante.
POUR COMMENCER
Par quels moyens parviendra-t-on à exécuter le programme que je viens de tracer ? Là encore, je puis rassurer les timorés. L’effort qui aboutira à ce résultat se fera de lui-même, il sera amené par les circonstances et s’imposera sans secousse, sans heurt, par une évolution naturelle. La loi mystérieuse qui fait mûrir le fruit sur l’arbre, fait mûrir également les projets utiles et les fait passer du rêve à la réalité au moment opportun.
Commençons donc simplement par le commencement, sans nous préoccuper à l’heure actuelle de ce qui ne peut manquer d’arriver plus tard. Adoptons une langue internationale, formons des groupements pour en activer la diffusion. N’ayons pas la prétention de créer d’un seul jet une langue immuable et inflexible, contentons-nous de construire de solides fondements sur lesquels la langue future s’élèvera grande et durable. Le reste, je le répète, se fera de soi.
Nous aurons accompli une grande tâche quand, au jour de la réalisation définitive, nous serons à même de prouver que nous sommes des milliers familiarisés déjà avec l’idiome nouveau, et tout prêts à nous en servir dans nos relations extérieures.
Ceci dit, je n’ai plus qu’à indiquer les raisons qui m’ont amené à créer ce que j’appelle, un peu prétentieusement sans doute, la langue Isly. Je dis prétentieusement, car cette langue est une simplification bien plus qu’une invention.
LA LANGUE ISLY
Le défaut général aux langues purement artificielles, est de renfermer des mots d’une articulation difficile.
Etablies avant tout avec des préoccupations d’ordre grammatical, il leur manque la souplesse des langues vivantes. Elles présentent des duretés, des arêtes vives qu’on ne trouve pas dans les langues vivantes, rendues plus euphoniques, arrondies par l’usage.
Le latin, qui a servi de base à l’islien, échappe à ce reproche lui qui fut parlé des siècles par de nombreuses générations.
Cet avantage de la langue Isly sur ses prédécesseurs n’est pas le seul qui m’ait déterminé à la créer. Elle en a de beaucoup plus importants sur lesquels il convient surtout d’insister.
Dans tous les pays civilisés on enseigne le latin. On peut compter par centaines de mille les hommes qui l’ont étudié peu ou prou, aussi bien dans les nations d’origine latine, que dans celles d’origine anglo-saxonne, germanique, slave, etc.
Le latin jouit donc d’un internationalisme qui semble l’avoir prédestiné au rôle que je lui demande de remplir.
Il est juste de dire que le latin est une langue difficile à apprendre. Mais c’est précisément sur ce point qu’ont porté mes efforts. Je me suis appliqué, tout en conservant le fond de la langue, à en retracher les difficultés. Par la suppression des exceptions et des verbes irréguliers, par la simplification des règles, je crois avoir réussi à en faire un langage d’acquisition aisée, très facile notamment pour ceux qui ont dans leur jeunesse étudié le latin.
Il est une objection à laquelle je veux répondre immédiatement, parce qu’on ne manquera pas de me l’opposer dès l’apparition de ce volume :
« Votre langue, me dira-t-on, ressemble trop au latin pour ne pas jeter la confusion dans l’esprit des écoliers qui apprennent le latin. »
Pour répondre à cela, il faut que j’envisage séparément deux périodes distinctes du développement de la langue internationale. La première étape est celle d’incubation pendant laquelle se recruteront les adhérents, se formeront les groupements, germera l’idée. Elle durera jusqu’au jour où la langue sera officiellement reconnue et adoptée.
Ce jour-là, il deviendra inutile d’enseigner le latin dans les écoles, puisque l’islien, qui est de même essence, en tiendra lieu. La traduction des auteurs latins en langue Isly sera facile puisque l’islien est un dérivé du latin et en a conservé, si ce n’est la forme rigoureuse, du moins l’esprit (1) (Voir le modèle de traduction qui se trouve à la fin de cette brochure).
Pour la très grande majorité des hommes l’étude de cette langue sera largement suffisante, et s’il est possible que pour quelques-uns le latin ancien soit indispensable, leur nombre est si restreint que, faisant œuvre d’intérêt général, je puis les négliger.
La scission qui s’est opérée dans les lycées et qui s’est traduite par la création de l’enseignement moderne en regard de l’enseignement classique n’aura plus sa raison d’être. La suppression du latin d’une part et celle des langues étrangères de l’autre, créeront un rapprochement entre les deux systèmes d’enseignement qui se refondront en un seul, au moins jusqu’à un degré d’instruction plus élevé.
La langue internationale une fois adoptée, la question, en ce qui concerne les écoliers, se trouve donc toute tranchée.
Ce n’est que pendant la première période de son développement, que l’étude de la langue Isly pourrait jeter la confusion dans l’esprit des élèves. Aussi, n’est-ce pas à eux que s’adresse pour le moment cet ouvrage, mais bien à ceux qui ayant achevé leurs études ne courent plus le même risque.
La jeunesse des écoles profitera plus tard, quand l’institution sera devenue officielle, de ce que nous, ses aînés, nous aurons acquis pour elle.
On pourra me poser encore la question suivante : « Ne craignez-vous pas qu’avant la création d’une colonie internationale la langue Isly ne prenne un caractère différent dans les divers pays où l’on en fera usage et qu’elle ne devienne, elle aussi, une tour de Babel, comme vous le faisiez prévoir pour les autres langues artificielles. »
Non, je ne le crains pas, et c’est justement l’absence de ce danger qui m’a décidé à entreprendre l’œuvre que je soumets au public.
Le latin a un passé, il a son caractère particulier, son esprit, il possède une littérature. C’est lui qui nous guidera, qui maintiendra l’unité entre nous et la cohésion dans la langue, jusqu’à l’achèvement complet de notre programme, c'est-à-dire jusqu’à la création d’une colonie internationale.
Telles sont les raisons qui m’ont poussé à créer la langue Isly.
Bien des perfectionnements pourront y être apportés encore avec le temps et suivant les conseils que j’espère recevoir de ceux qui voudront bien prendre part à cette œuvre humanitaire et me prêter le concours de leur expérience.
Fred ISLY,
45, rue Saint-Ferdinand,
Paris.
CONCLUSION
On a vu par ce qui précède, que je me suis attaché à simplifier le latin par la suppression de toutes les exceptions et en ramenant toutes les parties invariables du discours à des formes régulières.
Ainsi, chacun pourra en un très petit nombre de leçons, sans leçons même, acquérir les quelques règles nécessaires à la composition d’une phrase.
Les persones qui ont conservé des notions de latin n’éprouveront aucune difficulté à se servir de la langue Isly. La connaissance des radicaux latin leur permettra d’en faire usage presqu’instantanément.
C’est ce but que j’avais à cœur d’atteindre.
J’ai dit au commencement de ce livre que je comptais pour maintenir l’unité de la langue nouvelle, sur la tradition latine. Il sera donc utile par la suite de mettre sous les yeux du public des extraits des meilleurs auteurs latins traduits en islien. On y trouvera, outre cet avantage, celui de faire ou de refaire connaissance avec les grands écrivains de l’antiquité.
Je terminerai par quelques conseils à ceux qui voudront adhérer au projet que je viens de leur somettre.
Les inversions sont usuelles en latin, elles sont permises en islien. Il sera bon cependant dans le langage courant, de n’en user qu’avec modération. L’esprit moderne exige plus de clarté et de précision qu’on n’en demandait à l’époque latine. Cette tendance aura sans doute une influence sur la forme que prendra la langue internationale plus tard.
Il n’existe pas encore de dictionnaire islien, mais pour traduire ou composer dès maintenant dans cette langue, il suffit de prendre un dictionnaire latin. En s’inspirant des règles énoncées dans ce volume, on écrira sans le secours d’un vocabulaire spécial.
Les mots invariables sont les mêmes qu’en latin.
Pour les substantifs, il suffit de d´tacher du génitif latin, le radical, et d’y ajouter la terminaison islienne.
Ainsi :
Mater, matr-is (mère)
Fait en islien : Matr-a, matræ
Squama, squam-ae (écaille)
Fait en islien : Squam-um, squami
Temeritas, temeritat-is (étourderie)
Fait en islien : Temeritat-um, temeritat-i.
Pour les verbes, il suffit de considérer l’indicatif présent latin, d’en détacher la partie invariable et d’y ajouter les terminaisons du verb amare.
Ainsi :
Debe-o, debe-s, etc. (devoir)
Fait en islien : Debeo, debeas, etc.
Frang-o, frang-is, etc. (briser)
Fait en islien : Frango, frangas, etc.
Eo, is, etc. (aller)
Fait en islien : Eo, eas, etc.
Il me reste à dire que j’accepterai avec joie les observations utiles qui me seront faites et que ce projet pourra être modifié suivant les indications qui me parviendront.
Si cette initiative réussit à créer un mouvement en faveur de la langue internationale, s’il fait faire à la civilisation un pas vers la solution d’une question qui intéresse l’humanité entière, mon effort n’aura pas été vain et je serai heureux de l’avoir osé.
Fred ISLY.
TRADUCTION D’UNE FABLE DE PHÈDRE
TEXTE LATIN
CANIS PER FLUVIUM CARNEM FERENS.
Amittit meritò proprium, qui alienum appetit.
Canis, per flumen carnem dum ferret natans, lympharum in speculo vidit simulacrum suum,
Aliamque prædam ab alio deferri putans, eripere voluit;
Verùm decepta aviditas; et, quem tenebat ore, dimisit cibum, nec quem petebat potuit adeò attingere.
TRADUCTION EN LANGUE ISLY
CANUS FERANS CARNUM PER FLUVIUM.
Cujus appetat bonum alienum, amittat merito proprium bonum.
Canus dum ferabat carnum, natans per fluminum, videavit suum simulacrum in speculo lymphorum.
Putans altrum praedum ferari ab altro cano, voleavit eripiare.
Verum aviditatum suum decipiatum fuit. Dimittavit cibum cujum teneabat oro, et adeo non possavit attingare cujum petabat.
TRADUCTION FRANÇAISE
CHIEN TRAVERSANT LA RIVIÈRE AVEC UN MORCEAU DE VIANDE.
Celui qui convoite le bien d’autrui perd justement son propre bien.
Un chien portant de la viande, traversait à la nage un cours d’eau. Il vit son image dans le miroir de l’onde limpide, et se figurant que c’etait un autre chien qui portait une autre proie, il voulut la lui arracher. Mais son avidité fut déçue. Il lâcha le morceau qu’il tenait dans la gueule, et ne put en outre atteindre celui qu’il désirait.