Proverbes Judeo Espagnols - Reine Akriche

1999 - Editions l’Instant Perpétuel
135 bd de l’Yser  - 76000 Rouen.
24 pages.

La Lettre Sépharade a toujours attaché une grande importance aux proverbos, refranes i ditchas, d’abord en rendant compte des publication portant sur ce thème (voir LS 9 et 11) et en publiant très régulièrement au moins un proverbe par numéro.

Après Refranes de los judíos sefardies, de Enrique Saporta i Beja, Madrid 1957, le Refranero de Raphael Benazeraf, Paris 1978 et Erensya sefaradi (proverbos i ditchas) de Klara Perahya, Suzi de Toledo, Suzi Danon et Fani Ender, Istanbul 1994, Reine Akriche nous offre un bouquet de 264 proverbes judéo-espagnols accompagnés d’une traduction littérale et d’un essai d’interprétation avec quelquefois l’équivalent français. Reine Akriche est originaire d’Oran où elle a recueilli de la bouche de sa grand mère Beïda Levy, venue de Tétouan - la “Jérusalem du Maroc” - ce trésor de sagesse populaire et de tradition juive.

On se souviendra que le judéo-espagnol des juifs du Nord du Maroc (Haketia) leur vient de leurs ancêtres expulsés d’Espagne en 1492 et conservé pieusement avec un apport linguistique moderne dû aux expéditions coloniales espagnoles au Maroc de 1860. Cette langue délicieuse nous offre de précieux renseignements sur son état en 1492 et sur les apports successifs. Les amateurs pourront compléter leur connaissance en consultant l’ouvrage de Paul Benichou, Romancero judeo-espanol, Editorial Gredos, Madrid.

Ces proverbes émerveilleront le lecteur par leur profondeur et leur vérité.



Prenons quelques exemples :

47• Dame un grano de mazal y tirame a fondinas del mar

Donne moi une parcelle, un grain de chance (le mazal vient de l’hébreu, il a une importance considérable dans nos vies…) et jette moi au fond de la mer (je m’en tirerai toujours).

62• Donde fueres, has como vieres 

Où tu iras, fais ce que tu verras; il faut s’adapter aux coutumes du pays où l’on vit.

132• Lo quiero, no lo quiero, echame lo en el saco

J’en veux, j’en veux pas, mets le moi dans le sac (se dit de celui qui refuse hypocritement).

137• Mal tenga quien diga mal de mi, y màs mal tenga, quien me lo venga a decir

Malheur à celui qui dira du mal de moi et plus encore à celui qui qui viendra me le dire (à celle, celui qui me le répétera).

167• No hay sabado sin sol, vieja sin dolor ni moza sin amor

Il n’y a pas de samedi sans soleil, de vieille femme sans douleur ni de jeune fille sans amour.

215• Rabbi sabis meldar? no, raftar

Rabi savez vous lire ? non, je sais critiquer (se dit de celui qui critique à tort et à travers sans savoir).

237• Siempre seamos de los que dieren

Souhaitons de toujours faire partie de ceux qui donnent (souhaitons avoir les moyens de faire le bien autour de nous).

256• Un dia màs, un saber màs

Un jour de plus, un enseignement de plus (on apprend chaque jour).

263• Ves a freir monas en tierra moruna

Va faire frire des mounas en terre arabe (mounas, sorte de brioches très prisées par les espagnols du Levant). Va au diable.


Ces quelques exemples caractéristiques suffiront au lecteur pour avoir le désir de se procurer ce livre de mémoire sur cette intéressante communauté de Tétouan aujourd’hui dispersée aux quatre coins de la planéte mais toujours fidèle à ses racines hispaniques et dont l’attachement à la langue fait l’admiration espagnole.

Dans son introduction l’éditeur, Christian Nicaise, semble regretter que Reine Akriche n’ait pas eu le temps de procéder à l’enregistrement de la voix de sa grand’mère. Qu’importe, au lieu d’un froide étude ethnographique nous avons avec ce recueil une tranche de vie authentique et chaleureuse que le lecteur, originaire d’Oran, de Tétouan ou d’ailleurs aura plaisir à retrouver. 

Charles Leselbaum

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