Maintenant : Kippour, un Lusignan prie à Smyrne - lettre de notre lecteur de Bruxelles Livio Missir de Lusignan

Le Petit Larousse rappelle : “Illustre famille féodale de la Marche et de l’Angoumois...dont une branche issue de Hugues VIII prit une grande part aux croisades et régna pendant plusieurs siècles sur l’ile de Chypre et sur Jérusalem (1192-1489).
«Cher Monsieur Carasso,

La “Lettre Sépharade” que vous avez l’amabilité de m’offrir tous les trimestres est un des plus grands cadeaux quon puisse me faire. Bien que catholique romain - et ayant partagé avec tous mes ancêtres Balladur les fastes des grandes heures de lEmpire ottoman notamment à Smyrne (en turc Izmir) - je suis un fanatique du passé multiculturel de cet Empire dont on ne regrettera jamais assez la disparition définitive et inexorable sous les coups de certains aspects de lidéologie imposée au monde par la Révolution française et par ses Etats-Nations.

Vous comprendrez donc pourquoi votre revue est un irremplaçable cadeau : jy retrouve - croyez-moi - une partie de ma propre identité par les références au phénomène polyglotte, au sens de la famille et de la Nation, au respect des valeurs du passé, à l’amour pour la généalogie, à la passion pour les cimetières et la conservation des pierres tombales, par la curiosité des livres écrits avec des caractères hébraïques mais en langue espagnole (tout à fait comme dans nos familles latines on publiait en caractères latins des livres écrits en langue grecque moderne dans laquelle tout à la fois on priait et on faisait - et on fait encore, dans la mesure du possible, l’amour -) etc.

Et j’entends encore dans mes oreilles le son admoniteur dune grande dame séphardie me rappelant, dans un moment de détresse, que Si Moshé se murió, Adonaï se quedó...” Quoi de plus émouvant, pour un chrétien, que de se faire rappeler à l’ordre par un tel souvenir ?

D’
 mes autres émotions, aux fêtes de Rosh-Hachana et de Yom Kippour de cette année 1994 lorsque, me trouvant à Smyrne depuis août, jai pu - en septembre - assister aux cérémonies de la synagogue de la Pointe (Alsançak) regorgeant de fidèles qui entendirent, tour à tour, le sermon du chef rabbin en espagnol et ensuite quelques paroles d’un jeune de la nouvelle génération en langue turque, alors que le cérémoniaire, à l’entrée, sempressait de distribuer les places en disant à certains (en espagnol) “Adelante ” et à d’autres, (en turc) “Ileri lütfen”1  en fonction des disponibilités du lieu de prière.

Et surtout, à Yom Kippour, dans cette extraordinaire synagogue historique du bazar de Smyrne (la Señora) où tous les hommes alternaient hébreu et espagnol ou chantaient des hymnes à vous fendre le cœur auxquels nous avons osé joindre notre modeste voix. Et puis ce moment sublime où les fidèles ont reçu la bénédiction du célébrant en se couvrant la tête2  et ont demandé pardon au Seigneur en se frappant la poitrine. 
Moments inoubliables de ma vie de Smyrniote, de fonctionnaire international, dItalien ex-Ottoman, de frère de tous les hommes de bonne volontéO Señor piadoso... Qu’Il daigne nous accorder à tous sa grâce.

Merci de l’
occasion que vous mavez donnée de vous écrire et de vous ouvrir une partie de mon cœur.

Vôtre»

Livio Missir de Lusignan
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