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Le Général Cavallier pose les bases du renouveau de la Gendarmerie

publié le 2 oct. 2011 à 16:24 par Jacky Mestries   [ mis à jour : 2 oct. 2011 à 23:38 ]
La Grogne avait promis de vous communiquer le discours prononcé à l'occasion de son départ de la Gendarmerie par le Général CAVALLIER.
Nous inscrivons ce document dans la discussion générale sur la préservation de la Gendarmerie Nationale et, je vous l'affirme, il n'est pas antagoniste à un dialogue social sérieux au cœur de l'institution.
Nous vous proposerons un commentaire sur ce discours, que nous vous laissons digérer. Faisons les choses dans l'ordre.

Maisons-Alfort, le 26 septembre 2011
Mon général directeur des personnels militaires de la gendarmerie nationale, cher Joël;

Monsieur le général d'armée CAPDEPONT;

Messieurs les officiers généraux;

Monsieur le procureur;

Messieurs les aumôniers;

Mon colonel commandant la gendarmerie genevoise;

Madame, messieurs les représentants des universités;

Messieurs les représentants d'associations;

Chers camarades de l'active, retraités, de la réserve opérationnelle et de la réserve citoyenne;

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs;

Chers amis;

Aujourd'hui, je tiens à exprimer toute ma gratitude, à tous ces militaires, croisés sur tous les théâtres que j'ai parcourus. A vous mes camarades de tout grade, qui m'ont accompagné dans mes années de formation à Saint-Cyr et à l'EOGN. A tous ceux qui m'ont suivi dans mon engagement professionnel au 2/15, à St-Cyr, dans ma compagnie à Annecy, au BDMI à Bron, dans mes deux groupements, le II/2 de GM et celui des Pyrénées-orientales, en Corse, au BDEF, au CNEFG -notre centre d'excellence européen-, en région Picardie, région pilote, et enfin à la Sous-direction des compétences, sous-direction en charge du recrutement et de la formation. J'ai eu l'honneur de diriger des femmes et des hommes exceptionnels. Ma gratitude aussi à ceux, extérieurs à la gendarmerie, acteurs des forces vives de la nation, qui m'ont toujours soutenu.

Cette gendarmerie à laquelle j'ai voué une grande partie de ma vie. Cette gendarmerie où j'ai grandi. Né à Melun, en 1957, dès lors, je ne connaitrai que la vie en caserne. Cette gendarmerie que je rejoins à la sortie de St-Cyr, pour partie par fidélité filiale, mais aussi parce que j'ai alors la conviction que, de par le nouveau contexte géostratégique et l'évolution de notre société, elle va jouer un rôle central dans l'appareil de défense et de sécurité.

Cette gendarmerie qui s'est profondément modifiée durant ces trente dernières années. Lors de mes adieux au CNEFG, ce 13 septembre, j'ai pu m'adresser aux troupes rassemblées pour les couleurs. Les élèves-officiers des deux groupements de l'EOGN, les militaires de deux escadrons de GM et d'un stage MIP, et enfin l'ensemble des cadres de ce centre d'entraînement. Je leur ai dit ma conviction que cette gendarmerie est plus forte qu'elle ne l'était lorsque je la rejoignais. Non pour elle-même. Elle ne saurait être une fin en soi, et ne saurait participer d'un syndrome corporatiste. Elle s'est renforcée parce que les exigences nouvelles de sécurité, l'intérêt supérieur de notre Patrie, la protection effective de nos concitoyens le nécessitent. Je précise que l'intégration de la gendarmerie nationale au sein du ministère de l'intérieur a été un facteur plutôt favorable à cet essor.

Notre gendarmerie a un avenir. Soyez en convaincus. Cet avenir repose sur trois principes, trois données essentiels et qui sont indissociables : la militarité, sa hiérarchie, et son immersion au sein de la population.

LA MILITARITE. C'est avant tout une culture de valeurs de dévouement, de disponibilité, de discipline, de robustesse...C'est une posture morale qui fait que l'individu va plus loin dans le service de la patrie et des personnes. Dans cette société minée par l'individualisme et le relâchement , la militarité, c'est l'armature de valeurs authentiquement sociales. C'est concrètement ce qui permet tant la couverture du territoire que la capacité d'agir en toutes circonstances, en particulier dans celles les plus dégradées, sur le territoire national comme ceux étrangers. Le fameux continuum qui est indispensable à ce que l'on appelle aujourd'hui, la résilience. La militarité, c'est aussi une garantie de transparence, une exigence éthique, si utile pour le respect des libertés publiques et des grands équilibres nécessaires à notre démocratie. Cette militarité constitue un postulat, voulu par la représentation nationale de par la loi du 3 août 2009. Si bien d'ailleurs que l'on pourrait s'interroger sur la culture démocratique de ceux qui voudraient la réduire, la remettre en cause d'une manière ou d'une autre. Cette militarité doit être plus que maintenue, consolidée. Trois mesures s'imposent à cet effet:

  • d'une part, le respect du maintien du placemen de la formation initiale – « structurante de l'Etat militaire »- comme de la discipline sous l'autorité du ministère de la défense. Je cite en cela le rapport parlementaire de l'évaluation de la loi du 3 août 2009 sur la gendarmerie nationale ;

  • d'autre part, l'arrêt de cette surenchère sur fond de mutualisations, de mixité...entre les deux forces de sécurité, qui, loin de stimuler une saine et utile complémentarité, engendre des risques de confusion des rôles, de fragilisation fonctionnelle, sans évoquer l''interrogation sur la réalité des buts poursuivis;

  • le maintien de l'ancrage au sein de la communauté militaire. A cet égard, l'engagement en Afghanistan au sein de la brigade La Fayette, est plus que symbolique, car confortant des liens de frères d'armes et structurant une interopérabilité qui pourrait s'avérer très utile sur tous théâtres.


Au sujet de la militarité, je conclurai par une citation du Général de Gaulle: «  Valeurs militaires,

vertus des armes, peines et services des soldats, il n'y a point sans cela de pays qui se tienne ou qui se remette debout ».

LA HIERARCHIE. Colonne vertébrale de la gendarmerie. Elle doit être rayonnante, engagée, volontaire, mature, militante. Décomplexée de tous atermoiements, ambiguïtés, voire inversions, induits sous couvert de management ou de prétendue modernité. Seule une hiérarchie qui s'assume, peut d'ailleurs donner un sens au dialogue interne. Dialogue nécessaire, mais qui ne doit pas constituer le nouveau viatique d'éventuels démagogues. A chaque niveau, depuis l'unité élémentaire, le chef s'impose. Un chef qui écoute, qui parle, qui décide, qui agit devant. Un chef, qui en définitive, est seul, responsable.

Cette hiérarchie correspond à une organisation qui doit être préservée car utile. Je pense en particulier au commandement régional, parfois incompris tant en externe qu'en interne, le plus souvent par ignorance. Et pourtant, c'est un commandement de plénitude, qui est essentiel à la cohérence du corps, notamment par la capacité d'ajuster au mieux la manœuvre des ressources humaines qui est le premier préalable, mais également par la fonction de conseil et de contrôle.

Cette hiérarchie doit se voir préservée dans son positionnement vis à vis des autres autorités.

Enfin , elle doit d'un point de vue opérationnel, dans le respect d'une architecture intégrée qui est la marque de la gendarmerie, agir dans l'ensemble des fonctions de sécurité. Se pose en la matière la question de la place réellement attendue de la gendarmerie dans la fonction renseignement.

S'agissant de l'importance du chef, la suppression des légions de Gendarmerie mobile, moins de dix ans après leur recréation, fut aussi inconséquente qu'incompréhensible alors que celle-ci n'a jamais été aussi engagée pour forcer la décision dans les situations les plus dures.

L'IMMERSION. Notre statut militaire, avec le logement concédé par nécessité absolue de service, sont les deux atouts qui ont permis à la gendarmerie de développer notre posture d'immersion au sein de la population . L'immersion qui va beaucoup plus loin que la proximité. L'immersion, c'est vivre là où l'on travaille, avec sa famille. Il en découle à la fois une connaissance de la population, qui est l'enjeu principal, dégagée de préjugés et recentrée sur des individualités. Il en ressort un lien privilégié avec l'ensemble des acteurs locaux. Connaissance et lien qui permettent de redimensionner la fonction sécurité en mission plus large de régulation sociale. Mon expérience à la tête de la région de Picardie, région difficile, a confirmé cette importance qu'il faut attacher à cet investissement quotidien dans le local, dans le territoire. Au travers d'une démarche humanisée, conjuguant de façon très ajustée, prévention et répression.

Beaucoup parmi vous ont été surpris, voir choqués, de ma décision de quitter de manière anticipée notre institution. Les très nombreux témoignages que j'ai reçus m'ont d'ailleurs profondément touchés. Du général Roland GILLES, j'ai reçu, il y a deux ans, le mandat suivant: « fais-moi des militaires à tout niveau ». Ce directeur général, remercié de manière brutale, avait compris l'importance vitale de cet enjeu qui garantissait, plus que tous les textes possibles, notre raison d'être pour la protection des citoyens. J'ai accompli ma tâche.

Général B.CAVALLIER