HISTOIRE DE VENT DE TRAVERS (là, des caisses noires)

quelques douceurs
VIVRE LIBRE EHLINGER 33
FANTAISIES DU DERNIER ETAGE
il était une autre fois



du convoi officiel
ne reste que la voiture de tête
la DS présidentielle
celle qui abrite le Roi africain
dont les dix bagues d'or brillent au soleil
et illuminent l'habitacle comme reflets de piscine

la DS file à 100 km/h vers  le grand erg
elle est parfaitement propre 
comme le Roi, rutilant de chemise blanche
comme le chauffeur aveugle,
excellent guide,
recruté parmi les célèbres momies des grottes Assekrem
les meilleurs pilotes du désert

le ciel jaune à l'horizon augure un fort vent de sable
bientôt, on n'y verra plus rien
on quitte sans le vouloir la piste, c'est possible
alors, ça devient compliqué
les roues sont rentrées
remplacées par une propulsion à coussins d'air



les roches volcaniques qui poivrent le désert de sable
ne sont pas très gênantes en hors-piste à 50 cm du sol
mais gare à l'exception de taille
bloc de basalte noir contre pare-choc de la DS noire
à pleine vitesse, sans rien y voir
radar de bord perturbé par l'électricité de la tempête
reste la chance et les gris-gris

le vent forcit, on s'égare, c'est sûr
le pilote cherche un abri
l'ombre énorme d'une falaise barre l'avenir
voilier face à au mur d'un paquebot, en  pleine nuit
reste l'intuition
la mémoire de mille guides dans l'instinct du chauffeur

il trouve la grotte, tout de suite
il s'y abrite
et tout se calme
la DS noire se repose sur ses quatre roues
et s'avance lentement au cœur du massif tassilien
l'espace sous-terrain s'avère monstrueusement vaste
les phares montrent de hautes parois gravées
le ROI s'endort
le chauffeur commence à prier par ses chants mystérieux
il convoque ses prédécesseurs pour se localiser




malheur de malheur
ils ont déviés vers le royaume des morts
autour d'eux, c'est une entière nécropole
le grand cimetière des armées disparues
quand Saba luttait contre Atlantis
un moyen-age d'avant les ages
armures d'orichalque, trésors de pillage
âmes de mercenaires en flacon de cristal
bibliothèque des scribes de guerre
tombeaux d'or pur des Princes païens

ce monde-là est interdit aux vivants
les gardiens de jade y veillent
leurs lourdes lances s'abaissent vers les intrus
le pauvre équipage disparaîtrait sous une seule de leurs bottes géantes
il n'y a aucune exception à la règle
ici on ne veut ni bruits, ni jérémiades
un million de guerriers se reposent
des fureurs des combats qui dévastèrent le continent
vitrifiant les plus riches provinces

par l'eau et par le feu
les peuples ennemis ont stérilisé fièrement les vallées d'abondance
il en reste quelques tracés de fleuve à sec
quelques rares bosquets de tamaris, quelques serpents venimeux
mais les palais, les jardins en gradins, les villes ?
ils ont bien travaillé

sont entreposées ici , des armes formidables
des engins  à mémoire mystique
des piles magnétiques de météorite
des projectiles à malédiction de peste
et ces affreuses pompes à dépression
qui dévastaient l'élite par autodestruction
c'est affreux de voir ça
partout, hermétiquement fermées
là, des caisses noires