L'essor du système éducatif gabonais

Le système  éducatif gabonais a tourné récemment la page sur l’approche par les objectifs. Cette pédagogie qui n’avait pour but essentiel que la maîtrise des savoirs rendait nos élèves réceptifs et surtout inactifs. Tels des disciples ils récitaient « la prière » sans savoir de quoi il en était question. De la classe de CP1 au CM2 les élèves apprenaient pour savoir et non pour utiliser ces savoirs dans une situation concrète de la vie courante.

Nous avons ainsi formé des « savants-savants », capables de tout expliquer. La course du soleil, l’augmentation de la  production agricole, le fonctionnement d’un moteur à combustion sans être pouvoir exercer sur ces contenus notionnels des applications  concrètes, tangibles et palpables. Nous avons formé plus de poètes rêveurs que d’ouvriers qualifiés. La conséquence est le faible taux de scientifiques dans nos entreprises. Ce qui nous oblige à importer la main d’œuvre à l’étranger. Une main d’œuvre qui revient 5 fois plus ruineuse et parfois 5 fois moins productrice.

Ce système éducatif qui n’a pas fait ses preuves dans d’autres pays, plus précisément en occident est la  principale cause de l’échec scolaire de nos enfants. Échec sur la scolarité, inactivité des jeunes pour ne pas parler de chômage, pourcentage d’élèves dans les matières scientifiques très faibles malgré l’ouverture des universités, Instituts scientifiques et Grandes écoles. Bien pire encore , nos enfants sont très moins entreprenants. Tous rêvent d’un bureau de fonctionnaire. Ceux qui ont stoppé leurs études avant le CM2 question de limite d’âge sont encore plus fragiles aux questions de banditisme, de braquage, de vol, bref, de délinquance juvénile.

Selon  le  PLAN D’ACTION NATIONAL Éducation Pour Tous  de Novembre 2002 Les taux de redoublement sont élevés à tous les niveaux et les abandons sont très fréquents.

Les abandons et les redoublements influent donc fortement sur la durée des études.

Le coût de l’élève formé est de 1,94 fois supérieur au minimum requis.

Ainsi, le coût de fonctionnement pour l’État de l’année/élève dans l’enseignement public, calculé à partir des données budgétaires 1999, atteint près de 120.000 FCFA, ce qui est élevé par rapport aux autres pays de la région.

En toute intelligence, si rien ne marche, il  faut s’arrêter un temps et réfléchir sur une autre piste qui est censée sauver le système éducatif pour le bien de tous.

L’État gabonais à emboiter le pas des autres pays même développés qui ont repensé et réorienté l’apprentissage non plus sur l’accumulation des savoirs mais plutôt sur l’intégration des connaissances dans une situation pratique de la vie courante. Cette pédagogie de l’intégration est le fruit des travaux d’imminents chercheurs en Éducation  Tels DE KETELE, REOGERS. Ces derniers, rappelons le, ne sont pas les principaux inventeurs de la démarche car elle a commencé aux états unis. Ils n’ont que repris l’idée et l’ont amélioré.

Quelle différence finalement entre la pédagogie par objectifs et la pédagogie par compétences ?

La pédagogie par objectif et la pédagogie par compétence sont deux approches distinctes ayant des fondements épistémologiques opposés et des implications qui ne s’allient pas.

En fait, on devrait reconnaitre, et je l’espère, un objectif opérationnel lorsque sa formulation comprend les indications telles que :

« Qui produira le comportement souhaité ?

Quel comportement observable démontrera que l’objectif est atteint ?

Quel sera le produit de ce comportement ?

Dans quelles conditions les comportements doivent avoir lieu ?

Quels critères serviront à déterminer si le produit est satisfaisant ? »1.

La pédagogie par objectifs se fonde donc sur les descriptions des comportements relativement bien circonscrits que doivent développer nos élèves face à des contextes disciplinaires précis.

 Des contenus complexes sont progressivement réduits en unités de plus en plus simple de contenus d’enseignement.

Il ne s’agit plus de compliquer , mais de faciliter, de réduire le volume de travail , de concrétiser les enseignements , de rendre les apprénants actifs , acteurs et surtout d’oublier ce que faisaient nos maîtres même si à cause d’eux nous sommes parvenus à ce que nous sommes.

La pédagogie par objectifs se fonde donc sur le comportement de nos élèves qu’elle associe à des contenus disciplinaires décomposés en très petites unités.

Par exemple, je veux enseigner aux enfants ce qu’est le verbe.

Je ne leur dit pas du coup que le verbe est un mot de la phrase qui montre l’action du sujet et qui change avec le sujet, ce serait trop compliquer les choses.

Et comme je le disait à mon ami Firmin Alimbi , la compréhension des consignes en milieu scolaire est primordiale à l’acte d’enseigner.

Pour ouvrir une parenthèse il travaille son mémoire de fin de cycle à l’école normale des instituteurs sur les compétences professionnelles d’un enseignant du préscolaire et je lui disais que la compréhension des consignes chez des enfants qui apprennent le français est d’autant plus compliqué que pour une consigne telle que « tracez un trait horizontal de 5 cm » pourrait ressembler à «  tracez un grastorm de fatcheburk satvarum ». Si vous n’avez rien compris ilen est de même pour certains  de nos élèves primo arrivant qui apprennent pour la première fois la langue française.Il faut donc avancer pas à pas. Il vaudrait mieux en terme d’unités de sens de mettre en place un mini projet d’eps par exemple sur les actions des élèves en leur demandant de faire ce qu’un coéquipier demande de faire.

Unité 1. ( action)

Lève le bras , je lève le bras.

Croise les doigts , je croise les bras.

Unité 2. ( changement de forme avec la personne et le temps)

Demain tu lèveras le doigt.

Demain je lèverai  le doigt.

 

Ensuite s’en suivront des transformations de textes à tous les temps maîtrisés par l’élève ( unité 3) pour lui montrer que le verbe change avec le temps.

Il est plus facile d’engager une séance pareille (unité 1) pour les verbes d’action, il faut donc passer à l’unité 2 pour les autres verbes, puis à l’unité 3 pour les verbes d’action.

Une personne est compétente lorsque le traitement qu’elle apporte à une situation est viable, c’est à dire satisfaisant. L’entrée dans les programmes se base sur les compétences qui se développent en situations.

Nos curricula au Gabon sont tellement précis qu’un enseignant ne devrait pas s’égarer après quelques conseils pédagogiques de la part d’un expert national. 

On ne peut construire une compétence hors situation et chercher ensuite à l’appliquer dans une situation quelconque. Par exemple, lorsque des personnes apprennent une langue étrangère hors de tout contexte de communication, elles éprouvent beaucoup de difficultés à utiliser ce qu’elles ont appris dans de réelles situations de communication dans cette langue.

Dans ce cas, les ressources décrites dans les programmes sont nécessaires au traitement de situations bien circonscrites. Elles sont variées et interdisciplinaires. Pour respecter une logique de compétence, il s’agit d’abord d’identifier un ensemble de situation et de les ordonner en classe de situations dans des profils de sortie ( OTI ), avant de définir les ressources utiles au traitement de situations.

Selon la pédagogie par objectifs les situations ne sont pas évoquées dans le programme.

L’approche par compétences situe la personne en référence à une classe de situations. Les ressources organisées dans les programmes d’étude ne sont évoquées que pour être appliquées au traitement de la classe de situations définis dans le profil de sortie de la formation. Dans cette perspective, l’organisation des programmes se fait sur la base d’une identification de ce qu’une personne doit faire pour devenir compétente dans ces situations.

Au cours d’un conseil des mâitres à notre école de DJAMITI, le directeur d’école a demandé à chacun de lui dresser un profil de sortie d’un élève dans chaque niveau .

La pédagogie par compétences ne nie pas les objectifs mais les définit en fonction de la situation à traiter et non des contenus disciplinaires visant à développer des comportements.

C’est ainsi que plusieurs enseignants pensent que l’APC est venue tuer le système éducatif alors qu’en réaliter il détermine un cadre théorique sur les évaluations très objectives avec des critères prédéfinis pour éviter toute forme de clivage qui pourrait régler une fois pour toute la question du rédoubement.

Nous avons constaté par exemple qu’un directeur s’opposait à un enseignant parce qu’il avait laissé passer en classe supérieure un élève qui ne savait pas lire.

Justement, l’APC ne règle pas ces conflits didactiques, au contraire elle ouvre la voie à des pratiques pédagogiques innovantes et productrices. Il n’est pas question de s’appuyer uniquement sur la semaine d’intégration pour asseoir les apprentissages. Il est question d’organiser en amont les apprentissages grâce à toutes les formes de pédagogie ,mais quand même pédagogies actives, de sorte qu’en aval l’ensemble des élèves réussissent aux évaluations intermédiaires et terminales.

Il convient de résumer les différences entre la pédagogie par objectifs et la pédagogie par compétences dans le tableau suivant :

 

 

Approche par compétence

Pédagogie par objectifs

Entrée par les situations

Rechercher des traitements compétents des situations

Centration sur les actions de l’apprenant

Contextualisation

Sens des apprentissages

Pluralité de ressources

Profil de sortie : classe de situations à traiter avec compétence au terme de la formation

Peut se référer à différents paradigmes épistémologiques

Entrée par les contenus

Recherche de comportements observables sur ces contenus

Centration sur la transmission par l’enseignant

Decontextualisation

Contenu enseigné pour lui-même

Ressources décrites en termes de comportement qui infèrent des ressources cognitives sur les contenus enseignés

Profil de sortie : contenus disciplinaires à reproduire

Se réfère exclusivement au comportementalisme

Ces deux approches ne se rencontrent pas parce qu’elles portent sur des objectifs différents : la (PPO) prescrit des comportements que l’apprenant doit reproduire alors que l’APC ne formule que des hypothèses à propos de traitements compétents que peut réaliser une personne en situation.

Adopter l’APC, c’est donc nécessairement chercher une nouvelle approche curriculaire qui permet d’introduire un ensemble de situations dans les classes. Nos manuels « Super en » sont exemple qui devrait faire école à cause de la pluralité des dites situations.

Ainsi, l’approche par compétences présente plusieurs avantages comme :

-Encourager le développement d’une approche réflexive des problèmes.

-Permettre à l’élève de s’initier à l’analyse et à l’action dans des situations complexes.

-Favoriser la formation globale de l’élève.

-Favoriser l’engagement de l’élève dans la construction de ses apprentissages.

-Permettre l’intégration des apprentissages dans un contexte significatif.

-Donner du sens aux apprentissages.

 

Que dire de la programmation des apprentissages selon l’APC

Elle est flexible :

L’enseignement par compétences dépendra du niveau et de l’implication des élèves, des projets qui auront pris corps ; de la dynamique du

 groupe –classe ou de sous-groupes. Cela dépendra surtout de la réalité de la classe. Ainsi , loin de garder les schémas traditionnels de la classe essayons de les transformer de sorte que visiblement les échanges puissent prévaloir au détriment de la position magistrale du « savant universel » qu’est le maître »

Selon l’APC, un autre contrat didactique est instauré.

 L’élève est appelé à s’impliquer à participer à un effort collectif pour réaliser de nouvelles compétences. Il a droit aux essais et aux erreurs. Il est invité à faire part de ses doutes, à expliciter ses raisonnements, à prendre conscience de ses façons de comprendre, de mémoriser, de communiquer.

Les pratiques pédagogiques s’effectuent de la façon suivante :

  1. L’évaluation diagnostique d’orientation de début d’année.
  2. Les apprentissages ponctuels : séquences visant à développer des sous-compétences. Chaque séquence se répartit en séances qui se fixent pour objectifs des capacités bien définies.
  3. Modules d’intégration intermédiaire ayant pour fonction la consolidation des acquis et la remédiation aux lacunes constatées.
  4. En fin d’année, on envisage un module d’intégration qui reflète l’objectif terminal ‘intégration(OTI) de l’année.

Trois étapes essentielles :

L’acquisition des apprentissages de base. Liberté pédagogique est assurée contrairement à ce qu’on pense ça et là.La seule différence est le contrôle institutionnel pour éviter les clivages et les abus. Ainsi , sur l’ensemble du territoire national, tous les instits à un temps T devraient être sur le même palier d’apprentissage avec une différence d’une seule à deux semaines mais libre de toute modification de situations cibles servant à l’évaluation intermédiaire ou terminale.

L’intégration des apprentissages qui se fait librement grâce à tous les processus et toutes les formes de pédagogies innovantes.

L’évaluation et de remédiation , étape essentielle pour vérifier l’efficacité de la démarche entreprise par l’enseignant (auto évaluation)mais surtout son impacte sur l’élève (acquision de la compétence travaillée).

C’est fort de toute cette différence entre la PPO et l’APC qu’en adoptant la dernière le Gabon arrivera à former l’élite national qui lui permettra de se passer de l’assistance technique parfois de bas niveau dans les filières scientifiques.

  l’APC à travers l’intégration des savoirs dans la résolution des problèmes développe l’esprit de recherche et ouvre les enfants aux filières scientifiques.

Ceci résout non seulement notre carence en scientifiques mais règle considérablement le problème de la déperdition et de l’échec scolaire.   

Il va rester un point beaucoup plus important que l’approche elle-même : la formation des maîtres.

Dans nombreuses écoles que nous avons pu visiter, des collègues ont trouvé trop facile l’évaluation en APC.

Ils disent que l’évaluation ouvre un grand champ à la réussite scolaire alors qu’en réalité les enfants qui passent en classe supérieure n’ont pas objectivement le niveau requis pour y arriver.

On constate par exemple que beaucoup d’élèves arrivent en classe de 4ème année sans savoir lire.

Beaucoup de maîtres sont réfractaires au changement à cause de cette inadéquation entre les résultats des évaluations et le profil attendu à la fin de chaque palier.

A l’école publique de DJAMITI par exemple on a pu relever plus de 30% d’élèves de 3ème année ne sachant pas lire.

Cette situation qui oblige l’enseignant à différencier ses enseignements le retarde en même temps qu’il avance dans l’exécution du programme organisé sur un échéancier qui obéit à un calendrier national.

Nous traiterons de ce sujet dans notre page « forces et faiblesses de l’APC à l’école élémentaire ».

 

Louis Lems ETIMANTSOUO, Instituteur Principal.  louislems@yahoo.fr