· Préparation de Shinsa

par Eric Lesot 
 
 
 

Un examen de passage de Dan ANKF requiert une certaine préparation tant au niveau de notre matériel que de nos conditions physique et mentale. Pour ceux qui passent le 1er Dan ANKF et qui vont découvrir un nouvel espace de tir ainsi que la longue attente pour une brève prestation au cours de laquelle il faudra ‘tout donner’ face à des juges, mais aussi pour les plus aguerris, voici un petit mémento afin de ne rien omettre. Un oubli pourrait avoir des répercussions sur notre mental durant l’épreuve. « Le simple fait d’oublier quelque chose bouleverse le cœur, et il serait hors de question d’atteindre la Mato. Le Kyudo est vraiment un sport mental. »(1)

D’une manière générale, il est déconseillé d’utiliser du matériel ou des habits neufs durant un examen. On se sent bien plus à l’aise avec ce que l’on a l’habitude de manipuler et de porter. Cependant, comme nous voulons nous présenter dans les meilleures conditions à cette occasion importante, certaines pièces de notre équipement ou de notre uniforme réclament vérification, voire un léger rafraîchissement.

 

Equipement :

Yumi et Tsuru :

 
-       Afin de réduire le risque d'une mauvaise surprise, une corde neuve est recommandée. Pas trop neuve toutefois, car celle-ci et son Tsuruwa (le nœud) ont tendance à se détendre rapidement au début. En changeant sa corde de 15 jours à 1 mois avant l’examen, selon sa fréquence d’entraînement, on aura eu le temps de faire les ajustements nécessaires. Le Tsuruwa et le Nakajikake devront être soignés et seront vérifiés régulièrement jusqu’au jour de l’examen.
 
-       Préparer, si ce n’est déjà fait, une autre corde neuve que l’on enroulera dans le Tsurumaki. Les deux bouts de la corde doivent dépasser. Vérifier que le Tsurumaki n’est pas trop serré afin de faciliter le changement de corde pour l’assistant.
 
-    Vérifier le Nigiri du Yumi.
 
-       L’arc doit être propre. Un passage au chiffon sec ou humide suffit à enlever les traces de doigts, de colle, de cire, et autres.
 
-       Vérifier que le Fudeko-ire est plein si l’on a l’habitude d’en utiliser.
 

Kake :

 

-       Un gant en bonne condition n’a généralement pas besoin de préparation spéciale. On peut toutefois vérifier qu’il est propre et que les doigts ne ‘collent’ pas les uns aux autres.

 
-       Vérifier par la même occasion que le Giriko-ire est plein.
 
-       S’assurer que l’on a un Shitagake propre et à sa place habituelle.
 

Ya :

 

 

-       Les flèches n’ont généralement pas besoin de préparation spéciale. On peut vérifier que les Hazu (encoches) et les Yanone (pointes) ne souffrent d’aucun défaut, rafraîchir les empennages si besoin en les passant à la vapeur d’eau. Comme les Shinsa consistent toujours à tirer 2 flèches, une Haya et une Otoya peuvent être choisies à l’avance et vérifiées avec une attention particulière.

 

 

Uniforme :

 
Keikogi, Kimono, Shitagi et Hakama :
 

-       Ils doivent être propres et bien repassés.

Obi et Tabi :

-       Idem. Mais comme ce sont de petites pièces de l’habit qu’il serait facile d’oublier, vérifier ensuite qu’ils sont bien à leur endroit habituel. Des Tabi neufs ne sont pas recommandés car ils pourraient ne pas apporter le même confort que ceux habituellement utilisés, et de plus peuvent être glissants. Mais ils doivent être bien blancs et sans accroc bien sûr.

Autres sous-vêtements :

-       Si l’on a l’habitude de porter un sous-vêtement sous le Keikogi, il devra rester invisible.

 
 
 
Condition physique :

-       D’une manière générale, elle doit être la même que celle dans laquelle la pratique et les exercices de toute l’année se sont déroulés. Attention à ne pas tomber malade juste avant l’examen !

 

-       « Il ne faut pas se couper les ongles moins de 2 ou 3 jours avant l’examen. Cela a l’air subtil, mais il est vrai que la sensation de préhension change après leur taille. Essayer de saisir une aiguille au sol juste après vous être coupé les ongles ! »(1)

 

-       « Avant l’examen, un bain trop long pour se détendre ou un massage trop appuyé sont déconseillés. Il est possible que la force des muscles alors ne ‘ressorte’ pas comme il faudrait. Il est aussi important de garder un peu de tension modérée. »(1)

 

-       Katsuki Toyonari-Sensei recommande de ne pas dépasser les limites des exercices physiques avant un examen ou un tournoi. « Trop ne vaut rien. Il faut diminuer la pratique une semaine avant, afin de ne pas dépasser le stade de notre forme optimale et nous retrouver dans un état de fatigue le jour de l’épreuve »(2), dit-il. Et il conseille de « privilégier la qualité à la quantité dans nos exercices».(2)

 

-       Juste avant l’examen, trouver un peu de temps et d’espace pour faire ses exercices d’échauffement habituels.

 
 
 

Condition mentale :

-       Le respect des points ci-dessus concernant la préparation de l’équipement est important pour l’état mental. Avoir confiance en son matériel, ne pas chercher ses affaires au dernier moment, sont des soucis de moins.
 

-       Se convaincre que l’on n’est pas là pour gagner un Dan ou toucher la Mato, car ce serait vouer notre tir à l’échec. Se concentrer sur la sincérité de notre tir et la beauté de nos mouvements. Katsuki-Sensei insiste sur les exercices de préparation mentale. « Il faut chasser le sentiment de vouloir réussir, qui cause la tension »(2). Pour cela, il recommande des exercices de respiration et de concentration. « La préparation du cœur [ (Kokoro), cœur, esprit] rassure et, en plus, augmente la force de contrôle du corps »(2). Par exemple, il conseille « d’écrire dans un carnet les points positifs et les réussites durant nos séances de Kyudo, afin de retrouver par leur re-lecture ces mêmes sensations avant l’épreuve »(2).

 
-       « Le jour de l’examen, il faut arriver en avance pour pouvoir s’habiller et se préparer tranquillement en se concentrant déjà sur l’épreuve »(3). Cela permet bien sûr d’éviter le stress supplémentaire lié à la hâte.
 
-       De même que pour les vérifications matérielles, celles de nos connaissances théoriques doivent avoir été faites quelques jours avant l’examen. Par exemple, avoir relu les gestes correspondant aux différents Shitsu, s’être imprégné du rythme d'examen requis, etc.
 
-       Parvenir à oublier le public et les juges, et à ne se concentrer que sur les gestes à faire, qui plus est à les faire en harmonie avec les autres lorsque viendra le moment de notre Sharei, comme on les a faits tout au long de l’année, pour soi-même et pour personne d’autre. En japonais, かぼちゃ(Kabocha) signifie potiron’, et ce mot, répété intérieurement pour se donner confiance, est plaisamment utilisé pour dépersonnaliser en esprit les têtes du public afin de se libérer de leur présence.
  
 

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                    (1) Kihon no Kyudo, sous la direction de ISHIYAMA Yoshihiko, Ed. Ski Journal Kabushiki Kaisha, 2006, p.100-101.

                    (2) Kyudo – Tora no Maki, Ed. Ski Journal Kabushiki Kaisha, 2008, p.89.

                    (3) Kyudo Perfect Master, sous la direction de MURAKI Tsuneo, Ed. Shin-Sei Shuppansha, 2010, p.7.

 

 

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