· L'enseignement à KC

 





Enseignant : Pascal Colmaire. Enseignant d'éducation physique. Franco-canadien, ex-archer d'élite ayant obtenu une douzaine de titres nationaux dans ces deux pays, et un titre de champion d'Europe et du monde par équipe avec la France, il a été directeur technique de la Fédération Française de Tir à l'Arc (FFTA) et entraîneur national du Canada et de Suisse. Il a travaillé avec de nombreux Maîtres de Kyudo et a plus d'une vingtaine d'années d'expérience dans cet art. 
 
 


 
Quel que soit le style ou l'école de Kyudo pratiqué, le déroulement d'une séance d'entraînement et la méthode d'apprentissage restent généralement les mêmes, et le dojo de Kyudo Chablais ne faillit pas à la règle.
 
 
Mise en place du Kyudojo
 
Nos séances débutent nécessairement par la mise en place du Kyudojo : installer la ciblerie, constituée de panneaux d'ethafoam sur lesquels sont fixées les Mato ; monter les Makiwara, fabriquées maison avec des rouleaux de carton ondulé, sur leur pied de bois ; placer le Yumitate et le Yatate qui servent à ranger les arcs et les flèches ; disposer les petits repères de bois qui délimitent symboliquement le Shajo (aire de tir), avec son entrée et sa sortie, ainsi que le Shai et le Honza (les lignes de tir et de départ).

Alors nous pouvons revêtir nos tenues traditionnelles.
 


Cérémonie du Salut collectif d'ouverture

 
La séance commence réellement avec la cérémonie du salut collectif d'ouverture où les Kyudojin, placés debout derrière le Maître et par ordre de grade et d'ancienneté, faisant face au Kamiza, saluent d'abord d'un salut profond puis d'un Yû (petit salut). Ensuite, le Maître se retourne vers eux, répond à leur salut et les invite à s'asseoir en Seiza et à prendre la position Choshin, c'est-à-dire les mains en coupe l'une sur l'autre (la gauche sur la droite), les pouces joints. C'est le temps de la méditation, moment de silence privilégié et nécessaire, marquant la transition entre les turbulences du monde extérieur et l'atmosphère de paix et de sérénité qui baignera notre pratique collective. Puis tous font un salut profond, se relèvent et resaluent le Maître d'un Yû avant de se disperser, à moins que celui-ci n'ait une communication à faire.
 
 

Entraînement
 
Suit un rapide échauffement musculaire de la nuque et des épaules, des bras et des poignets, du dos et des hanches.
Puis chacun se prépare, enfilant son Kake. Cela se fait nécessairement assis en Seiza. Il n'est pas rare qu'une fiole de Giriko, cette poudre de gant, soit courtoisement prêtée à son voisin.
Le néophyte se doit d'acquérir la connaissance des gestes de base avant de tirer sur une véritable Mato
Au cours des premières séances, il alternera exercices de déambulation et pratique du Gomuyumi.
 
 
Déambulation

Ces exercices de déambulation lui apprennent à se déplacer dans le dojo, de ce pas glissé caractéristique et commun à bien des arts martiaux. Positions de base, saluts, marche en avant, en arrière, changements de direction, s'agenouiller en Seiza et en Keiza, doivent devenir des gestes naturels. L'attention est portée sur le corps tout entier : les pieds, les genoux, le centre de gravité, la poitrine, les épaules, le menton, la respiration, le regard. Chaque mouvement doit être imprégné de dignité et de beauté. Ces positions de base (Kihon no Shisei) et mouvements de base (Kihon no Dôsa) sont précisément décrits dans le Manuel de Kyudo a chapitre Kihontai.


Gomuyumi
 
La pratique des Hassetsu, les 8 étapes du tir, se fait tout d'abord avec un Gomuyumi, gros élastique agrémenté d'une poignée et d'une cordelette, puis avec un arc véritable sur lequel Pascal Colmaire fixe 
une corde élastique, afin que le débutant se familiarise avec le Yumi. Ainsi, sans flèche, il peut répéter les Hassetsu jusqu'au Hanare (lâcher) sans risque pour lui-même, les autres ou le matériel.






De la Makiwara...
 
Ces bases acquises, le néophyte peut commencer sa pratique avec gant et flèche. Il passe alors à la Makiwara, cette cible spécialement conçue pour l'entraînement aux Hassetsu, sur laquelle on tire à très proche distance (le kyudojin doit pratiquement pouvoir la toucher de la pointe de son Yumi lorsqu'il l'étend horizontalement devant lui). Parce que la cible est si proche et qu'il serait étonnant de la manquer, le Kyudojin peut se concentrer entièrement sur l'exactitude de ses différentes positions et de sa respiration. Il est à noter encore une fois que la Makiwara n'est pas "la cible des débutants", mais bien le matériel d'entraînement indispensable que le Kyudojin utilisera toute sa vie durant pour parfaire sa technique. Aux Makiwara de notre Kyudojo se côtoient donc Kyudojin confirmés et débutants, les premiers apportant conseils et démonstrations aux seconds.
 
En parallèle de cet apprentissage, le néophyte prend connaissance des différents constituants de sa tenue et de son équipement, et il lui est expliqué la manière d'en prendre soin, de l'entretenir, voire d'y effectuer de petites réparations.
 
 
 
 
 
 

... à la Mato
 
Enfin, lorsque Pascal Colmaire le juge prêt, le débutant peut réellement effectuer ses premiers tirs à la Mato, et il participera bien vite à nos Sharei, cérémonies de tir en groupe (généralement à 5 Kyudojin).
 
En fait, la période d'apprentissage du Kyudo est à la fois très courte... et le labeur de toute une vie. Lorsqu'on apprend quelque chose de nouveau, on veut souvent passer rapidement des bases à une pratique plus valorisante, et les débutants pensent quelquefois que plus vite ils auront assimilé les Hassetsu, plus vite ils pourront recevoir une instruction plus importante. Le problème avec cette façon de penser, c'est que les Hassetsu sont justement l'élément le plus important d'un tir accompli.  Le terme de "bases" que sont ces 8 étapes du tir ne doivent donc pas être comprises dans le sens de "simples", mais dans le sens de "cruciales". Il suffit de regarder un Maître de Kyudo s'exerçant à son art pour s'apercevoir qu'il n'a pas laissé les Hassetsu derrière lui. Au contraire, chaque étape est exécutée avec le même soin et la même précision que le ferait un néophyte, avec cette différence que les transitions entre chacune d'elles se déroulent avec une aisance et une élégance naturelles qui sont le résultat de longues années de pratique. Chez le Maître, ces étapes ont cessé d'être des "positions" distinctes, mais se trouvent combinées pour former un tout harmonieux et... infaillible. 

 
 

Vidéo et photo : méthode critique constructive!
 
Pascal Colmaire apporte son attention et dispense son instruction à chacun d'entre ses disciples quel que soit son grade. Pour appuyer ses conseils et - en quelque sorte - les illustrer, il n'hésite pas à utiliser les moyens audio-visuels modernes pour nous amener à déceler et à corriger nos erreurs par nous-mêmes, en utilisant la vidéo ou la photo. Ces analyses de notre tir sont bien utiles, car nous pouvons percevoir nos défauts avec un oeil extérieur, alors que nous étions persuadés d'avoir accompli le mouvement parfait!
 
 
 
 

 

Les Shitsu
 
 
Un Shitsu est un incident de tir. Il survient généralement lorsqu'on l'attend le moins. Ce genre d'événement est le dernier que chacun souhaite voir survenir au cours d'un Sharei, que ce soit lors d'un tournoi ou - mieux - d'un examen! Ce peut être la Ya qui tombe au moment de Uchiokoshi, la Tsuru qui casse en Kai, voire le Yumi! (Certains ont parlé de Hakama qui tombe sur les chevilles au moment du tir, mais il ne faut pas les croire!). Ces incidents de tir sont gênants pour soi comme pour les autres membres du Sharei en cours, mais il existe des gestes simples et précis, selon les règles prescrites de l'étiquette du Kyudo, pour en limiter les conséquences et permettre au tir en groupe de reprendre sans délai. Ces gestes sont bien sûr à connaître absolument, et il est fréquent qu'à Kyudo Chablais nous les répétions. Sur la photo ci-contre, Robert Willet fait la démonstration de la récupération d'une flèche tombée à terre.
 
 
 
 
 

 
 
 
Tea time!
 
 
Une séance de Kyudo serait incomplète si elle n'était coupée par une pause "thé japonais et petits gâteaux" prise en commun dans la joie et la bonne humeur!