· L'école de Kyudo

 
 
Il existe plusieurs écoles de Kyudo, développant différents styles. Toutefois, la All Nippon Kyudo Federation (ANKF) en a codifié et normalisé les formes, le comportement et le tir dans le manuel Kyûdô Kyôhon publié en 1953, traduit tout d'abord en anglais en 1992, puis en français en 2004 par les trois fédérations francophones Française, Belge et Suisse.
 
Kyudo Chablais pratique essentiellement le style Shomen no kamae (posture de l'arc devant soi) de l'école Ogasawara Ryu.
 
Toutefois, nous consacrons régulièrement la séance du jeudi à la pratique du style Heki Ryu Bishu Chikurin-ha (plus simplement appelé style Shibata, du nom de la lignée familiale qui en transmet la tradition) - en fait, l'un des nombreux styles de l'école Heki Ryu qui pratique en Shamen no kamae (posture de l'arc tenu de biais).
 
 
Les Hassetsu - Les 8 étapes du tir
 
Dans le style pratiqué par Kyudo Chablais, les 8 étapes du tir sont les suivantes :
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Ashibumi - enracinement des pieds
 
Le Kyudojin vient se placer de profil par rapport à la cible et tourne la tête dans sa direction. Son arc repose dans sa main gauche et ses flèches dans sa main droite, toutes deux à hauteur de hanche. Les pieds s'écartent l'un de l'autre en trois temps toujours d'un mouvement glissé, pour se positionner à une distance d'une flèche l'un de l'autre. D'abord le gauche en direction de la cible, puis le droit vient le rejoindre pour tout de suite s'en éloigner et venir se placer à sa symétrique par rapport au corps de l'archer. Les pieds forment alors un angle de 60°, et la ligne qui passe par la pointe des orteils est dans l'axe du centre de la cible. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dozukuri - affermissement de la posture
 
L'attention du Kyudojin se porte sur la partie supérieure de son corps. Il vérifie son équilibre et l'alignement de son bassin avec ses épaules, s'assurant qu'ils sont parallèles à la ligne imaginaire créée durant l'Ashibumi. Il consolide également la position des pieds jusqu'à la taille, serre les fessiers et les cuisses, bloque les genoux et les tourne vers l'intérieur. Il lève son arc devant lui et encoche la première flèche, la maintenant en place avec son index gauche, puis place la seconde flèche en-dessous parallèlement à la première, la maintenant entre l'annulaire et l'auriculaire. Il fait reposer l'extrémité inférieure de son arc sur son genou gauche, sa main droite reprend sa place contre sa hanche droite puis revient se saisir de la seconde flèche qu'il ramène contre sa hanche droite. Il inspecte d'abord la corde de son arc d'un mouvement vertical des yeux, puis d'un mouvement de tête la ligne de la flèche jusqu'au centre de la cible et ses yeux viennent finalement se reposer sur l'encoche de la flèche.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Yugamae - préparation de l'arc ou "éveil"
 
Cette préparation de l'arc est constituée d'une série de trois mouvements préparatoires. Le Torikake, la mise en place du gant, qui consiste à amener la main droite gantée sur la corde et engager celle-ci dans l'encoche de la base du pouce, puis à refermer l'index et le majeur sur le pouce en venant appuyer sur la flèche, de sorte que la main gauche pourrait lâcher l'arc sans que celui ne change de position. Cette action doit se faire de la manière la plus fluide possible. Puis le Tenouchi, la prise en main de l'arc, élément essentiel de la préparation de l'arc qui, s'il n'est pas correctement exécuté, ne permettra pas à l'arc de tourner sur lui-même au moment du lâcher. L'index reste étendu tandis que les trois autres doigts se referment sur l'arc, sans le serrer, pour rencontrer le pouce. Enfin, le Monomi est le moment où la tête - et l'esprit - du Kyudojin se tournent vers la cible pour ne plus la quitter des yeux.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Uchiokoshi - élévation de l'arc
 
L'arc est élevé devant soi avec légèreté jusqu'à ce que les bras forment un angle de 45° et se trouvent à une hauteur située au-dessus de la tête. A tout moment, l'arc doit rester vertical et la flèche parallèle au sol. Les bras doivent garder une rondeur "comme s'ils enserraient un tronc d'arbre". La poitrine doit demeurer détendue et les épaules basses et avancées.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Hikiwake - extension répartie
  
L'arc est bandé en deux temps. Le premier temps est Daisan, le second celui de bander l'arc complètement. Daisan consiste à pousser l'arc vers la cible avec le bras gauche, tandis que le bras droit se plie au coude, jusqu'à ce que l'arc ait été bandé à peu près jusqu'au milieu de la flèche et que la main droite se situe au-dessus et juste en avant du front du Kyudojin. Une courte pause a lieu à ce stade, puis l'arc est bandé complètement, dans un mouvement coordonné à la fois du bras gauche tendu qui descend et du coude droit qui forme un arc de cercle descendant, dans une sorte d'écartèlement devant plus à l'action du dos et de la poitrine qu'à celle des bras, jusqu'à ce que la flèche (qui est toujours restée parfaitement horizontale) atteigne la hauteur de la lèvre supérieure du Kyudojin. L'arc et la corde semblent venir encercler le corps de l'archer.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Kai
- extension complète ou "union"
 
Kai est cette étape où l'arc est bandé à son maximum, et où le Kyudojin semble faire une pause pour viser, mais où en réalité il poursuit l'extension de son corps et de son esprit dans toutes les directions. Tsumeai : la puissance physique est maximale tandis que la ligne du cou et de la colonne vertébrale s'étend doucement verticalement et que la ligne de la poitrine, des épaules et des bras fait de même horizontalement. Nobiai : c'est le travail de l'esprit qui, assisté par cette force physique, s'intensifie et grandit pour atteindre ce point d'énergie où le lâcher sera inévitable. L'action de viser la cible a bien sûr lieu , mais si elle est faite véritablement avec les "yeux de l'esprit", elle a commencé dès le Yugamae, avec le Monomi.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Hanare
- lâcher ou "séparation"
 
Lorsque l'archer atteint l'union parfaite, la corde se libère naturellement de la main droite pour propulser la flèche. C'est grâce à l'extension du corps et à l'accumulation d'énergie spirituelle que la flèche se sépare du Kyudojin. Le bras droit s'allonge horizontalement dans cette même action de libération. Un véritable Hanare est le fruit d'un corps et d'un esprit en harmonie l'un avec l'autre. Au moment du lâcher et si le Tenouchi est correct, l'arc tourne sur lui-même et la corde vient toucher l'extérieur du bras gauche. Cette action s'appelle Yugaeri. Rappelons également que le son clair et délicat de la corde au moment du lâcher s'appelle Tsurune, et que celui, sec, de la flèche frappant le papier tendu de la Mato se nomme le Tekichu. La qualité de ces sons révèle la qualité du tir.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Zanshin
- continuation du tir ou "persistance de l'esprit"
 
Dans le Kyudo, le tir ne se termine pas avec le lâcher de la flèche, mais avec Zanchin, qui signifie littéralement que le corps et l'esprit "demeurent", et la métaphore est souvent faite avec la "résonnance d'une cloche de temple qui vibre encore lontemps après que le son du tintement s'est évanoui". Dans Zanchin prend place également Yudaoshi, qui est le geste de rabaisser l'arc à hauteur de hanche pour le ramener dans sa position initiale. Le Kyudojin se prépare à tirer sa deuxième flèche.
 
 
 
 


 
 
Tandis que le néophyte apprend les bases que sont ces Hassetsu, il les répète en les pratiquant chacune de façon distincte. Le Maître accompli, quant à lui, effectue ces étapes en un flot continu et harmonieux. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour l'exemple : une des étapes du tir dans le style Shibata (ici Yumi-gamae, l'une des 7 coordinations du Shichi-do propre à Heki Ryu Bishu Chikurin-ha, effectué en Tsukubai (tir à genou dérivé d'une technique d'attaque de château) par Christoph Könitzer, du Kyudojo de Berne (en visite à Kyudo Chablais, gymnase de Champagne)).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Vidéos : LES CONSEILS OFFICIELS DU KYUDO (en Japonais sans sous-titres) :
 
        - 1ère partie
 
                                   - 2ème partie
 
                                   - 3ème partie
 
                                   - 4ème partie
 
 
 
 
                                                                  
     
 
Ekoekoman - les gestes du Kyudo en dessin animé