Cochlearia officinalis / Echt lepelblad

Lepelblad is een inheemse, éénjarige plant die nog beperkt voorkomt langs de West-Europese kusten. Je treft de planten in het wild nog aan in het Verdronken Land van Saeftinghe en in Zeeland. De plant groeit van nature op de schorre. De cyclus van de plant is apart. Hij ontkiemd in september, groeit tijdens de wintermaanden om in mei te bloemen, zaad te vormen en vervolgens af te sterven.
De teelt van lepelblad is zeer eenvoudig. Plant enkele plantjes in de moestuin uit, liefst in het najaar of tijdens de winter. Laat ze bloemen en zaad vormen, ze zullen zich zelf terug uitzaaien en het volgende najaar op dezelfde plek terug uitkomen. Lepelblad stelt weinig eisen aan zijn standplaats maar zoals vele kust gebonden soorten staan de planten liefst in rijkere grond, die goed waterdoorlatend is. Ook houden ze van een plekje in de zon.
Vermits de plant wintergroen is, is lepelblad een fantastische wintergroente. Je kan de hele winter lang de blaadjes oogsten en toevoegen aan salade. Ook in quiches komt lepelblad goed tot zijn recht.

Lepelblad en vitamine C
Ooit was echt lepelblad samen met mierikswortel het middel tegen scheurbuik. Lepelblad en Mierikswortel werden in tuintjes op het scheepsdek verbouwd. Lepelblad was dan goed tegen het zoute sproeiwater bestand. Voor de vitamine C behoefte werd lepelblad ook in Noordelijke gebieden gekweekt, zoals Spitsbergen. Omdat lepelblad veel vitamine C bevat kwam scheurbuik veel minder voor bij de VOC dan bij de concurerende zeevloten. Op Engelse schepen werd lepelblad in gedroogde bosjes meegevoerd of als drank: Lepelblad krijgt op deze manier een sterk bittere smaak en werd daarom met andere kruiden gemengd. Een groot deel van de vitamine C verdwijnt ook op deze manier. Uiteindelijk werd lepelblad op de schepen verdrongen door de citrusvruchten. 

Dodoens over lepelblad Cruijdeboeck deel 1 capitel 78 Bladzijde 145
Lepelcruyt es der tamme ende groote Porceleyne wat ghelijck. Sijn stelen sijn wat kantich ende wassen ontrent een spanne oft voet lanck/ daer aen wassen dickachtighe breede bladeren van boven wat hol/ ghelijck een cleyn en vlack lepelken/ ende rontsomme wat ghehoeckt. Die bloemen sijn wit en wassen lancx die steelkens/ aen dopperste van den selven/ ende als die gheresen zijn zoo volghen daer hauwkens naer van grootte ende fatsoene eenen terwe coren ghelijckende/ daer in cleyn roodachtich sadeken leyt. Die wortel es veeselachtich.

Plaetse
Lepelcruyt wast als Dioscorides scrijft tusschen die wijngaerden. In Hollant wordet by den duynen ende in die broecken ghevonden. In Brabant wordet in die hoven ghesayet.

Tijt
Lepelcruyt bloeyet in Aprill ende in Meye.

Naem
Dit cruyt wordt gheheeten in Griecx ende in Latijn Telephium ende es dat oprecht Telephium daer Dioscorides in tlaetste capittel des tweede boecx af scrijft. In die Apoteke eest onbekent. In Hollant ende hier te lande heetet Lepelcruyt/ ende daer naer van sommighen in Latijn Cochlearia. In Hoochduytsch Loffelkraut.

Natuere
Lepelcruyt es werm in den iersten graet ende drooghe in den tweeden.

Cracht en werckinghe
[145]   A   Lepelcruyt in water ghesoden es seer goet tseghen die vuyle sweeringhen/ gheladenheyt ende slijmicheyt des monts ende tseghen dat scoorbuyck/ als die mont daer mede dicwils ghespoelt wordt.
B   Lepelcruyt met azijn vermenght ende op tlichaem ghestreken verdrijft die witte ende swerte vlecken die op tlichaem comen ende dat sproet.
C   Tselve doet oock dit cruyt ghestooten/ alleen daer op ses uren lanck gheleyt als die vlecken met gersten meel daer naer bestreken worden.



Le cochléaire en phytothérapie

De cette plante, on fera exclusivement un usage à l’état frais. En effet, tout comme le cresson, il perd la majeure partie de ses vertus à l’état sec. On emploie la totalité de la plante hormis ses racines. Comme principaux constituants, on trouve de la cochléarine, une substance à la saveur âcre, du tanin, un principe amer, une essence à l’odeur irritante, des oligo-éléments dont beaucoup d’iode, enfin une grande richesse en vitamine C. Tout cela fait que le cochléaire, à l’état frais, rappelle, par son piquant le cresson et la moutarde, un goût assurément relevé !

Propriétés thérapeutiques

Antiscorbutique puissant (d’égal à égal avec le raifort)
Dépuratif, diurétique
Diaphorétique, sudorifique
Tonique digestif et stomacal
Cholagogue, cholérétique
Rubéfiant et détersif léger (on est tout de même très loin de l’action du raifort ou de celle de la moutarde ; peut-être que le sinapisme rigollot rappellera des souvenirs cuisants à certains d’entre vous…)

Usages thérapeutiques

Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, bronchite chronique, catarrhe bronchique, toux, œdème pulmonaire, asthme
Troubles de la sphère hépatique : engorgement du foie, maladies hépatiques
Troubles digestifs : atonie digestive, manque d’appétit
Avitaminose, carence, cachexie, maigreur, anémie, convalescence
Troubles locomoteurs : rhumatisme, goutte
Troubles bucco-dentaires : ulcération buccale et gingivale, gingivite, gencives enflées, douloureuses, ramollies et/ou saignantes, parodontose, déchaussement dentaire, névralgie dentaire, prévention des caries
Troubles gynécologiques : leucorrhée, gonorrhée
Affections cutanées : scrofule, ulcère et ulcère atone
Contusion, fracture
Fièvre intermittente
On aura repéré dans cette liste certains symptômes typiques du scorbut. De graves cas de cette maladie ont été guéris grâce au cochléaire.

Modes d’emploi

Plusieurs raisons peuvent mener à minimiser l’emploi de cette plante : l’état frais (il n’est donc pas possible de faire, comme pour la sauge et d’autres herbes encore, des réserves au cas où), sa répartition géographique localisée aux côtes de l’Atlantique et de la Manche, le fait qu’elle ne supporte pas d’être bouillie, etc. Cependant, malgré ces inconvénients, voici comment l’on peut employer le cochléaire pour en tirer le meilleur bénéfice :

Dans l’alimentation, comme plante condimentaire (elle peut aisément remplacer la ciboulette et le persil). En salade, comme cure dépurative de printemps, en compagnie d’autres plantes telles que le pissenlit, par exemple.
Si la décoction n’est pas recommandée, on peut procéder à une infusion en utilisant une eau bouillie que l’on aura pris soin de faire refroidir quelque peu. La durée d’infusion ne devra pas excéder les dix minutes.
La teinture-mère est un bon compromis si l’on n’a pas de cochléaire sous la main. Ainsi, l’on n’est pas assujetti à un problème d’accessibilité.
La macération alcoolique à froid permet également de tirer partie des propriétés du cochléaire en compagnie d’autres plantes qu’on choisira en fonction de leurs diverses vertus. En ce qui concerne les troubles bucco-dentaires, le docteur Valnet propose la recette suivante : prévoir, à quantités équivalentes, 30 à 35 grammes de romarin frais, de feuilles de sauge officinale, de cochléaire frais, de tranches de citron, de bâtons de cannelle. Il est même possible d’y adjoindre du clou de girofle, antalgique dentaire bien connu. On place le tout dans 50 cl d’alcool (cognac, vodka) et l’on fait macérer pendant un mois. Durant ce temps, on agite le tout régulièrement. Enfin, à l’issue du terme, on filtre.

Contre-indications

L’emploi du cochléaire est contre-indiqué dans les cas suivants : irritations inflammatoires, hémoptysie, hémorroïdes, toux sèches et spasmodiques, palpitations, céphalée. Dans tous les autres cas, le docteur Cazin conseille de « mitiger l’action de la plante par l’addition des mucilagineux » (mauve, violette, plantain, graine de lin…).
Par ailleurs, cette plante est très utile pour les régimes carnés, comme le souligne cette anecdote rapportée par Pierre Lieutaghi : « Cazin cite un cas fort intéressant à la fois du point de vue médical et diététique : un garçon boucher, âgé de 25 ans, qui se nourrissait presque exclusivement de viandes, se fractura le tibia en tombant de cheval. Malgré le maintien du membre dans l’immobilité, aucune soudure ne s’était opérée quarante jours après. Cazin diagnostiqua un état scorbutique corroboré par l’aspect des gencives, saignantes et tuméfiées. Il ordonna l’abstention totale de viande, un régime composé de pommes de terre et de légumes, et l’absorption de suc de cochléaire […] Quarante jour après, la fracture était guérie et le malade en parfaite santé » (Le livre des bonnes herbes, pp. 202-203).

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