Troubles de guerre civile et mise en ordre révolutionnaire en Ukraine (1917-1921)

Intervention aux Journées d’études : 

« L’Ukraine et la Biélorussie – quels voisins pour l’Union Européenne ? »

des 24-25 mars 2006, à l'École normale supérieure, Paris

 

La question des violences de masse est désormais au centre de l'historiographie du XXe siècle, européen notamment. À cause de la brutalisation des sociétés par la première guerre mondiale, les Furies[1] se sont échappées, semant sur le continent Les feux de la haine[2]. Reste à déterminer l'origine des comportements assassins. L'ombre portée des génocides pousse à montrer les responsabilités d'un État criminel, selon l'expression d'Yves Ternon[3]. On cherche à analyser les « raisons qui conduisent les hommes à se transformer en instruments dociles et passifs d'ordres cruels et destructeurs »[4]. Le retour du concept de guerre civile européenne, récemment repris par Enzo Traverso[5], incite pourtant à ne pas réduire les violences de masse aux effets sur les hommes d'injonctions et d'un encadrement étatiques. Il faut aussi démonter le mécanisme des haines réciproques tel qu’il s’est construit et entretenu dans une population jusqu'à provoquer l'irréparable.

À ce titre, la situation de l'Ukraine entre 1917 et 1921 attire particulièrement l'attention, tant elle se distingue par un paroxysme de violence dans la guerre civile qui a embrasé l’ex-empire tsariste.

 

La disparition du pouvoir central

Cela peut se mesurer au nombre de forces militaires en opération. Au lieu d’un front opposant deux camps, il n’y eut jamais en Ukraine moins de trois armées issues de la désagrégation de la Russie impériale luttant les unes contre les autres. Il faut rajouter à ce tableau les troupes étrangères qui sont intervenues : troupes autrichiennes, allemandes, britanniques, françaises, grecques, polonaises… Le nombre de changements de pouvoir donne le vertige. D’après Victor Serge, « quatorze pouvoirs se succédèrent en quatre ans » en Ukraine[6]. Kyïv change de mains neuf fois entre janvier 1918 et mai 1920[7], mais le record est détenu par Tarachtcha, une bourgade au sud de Bila Tserkva où, « au 15 juillet 1919 (…) le pouvoir avait [déjà] changé 27 fois »[8].

On croirait rétablir un peu d'ordre dans cette mêlée en définissant chaque camp par un

programme politique et une base sociale. Le nationalisme conservateur des classes supérieures ukrainiennes s'incarnerait dans l'Hetmanat de Skoropadski (avril-novembre 1918), alors que Petlioura, à la tête du Directoire de la République populaire d'Ukraine (novembre 1918-juillet 1919), représenterait un nationalisme plus plébéien, soutenu par la paysannerie à l'ouest du pays. Le Gouvernement provisoire ouvrier et paysan des Bolcheviks (janvier-juin 1919) est implanté au contraire à l'est et regrouperait une paysannerie, une classe ouvrière et des citadins russophones et/ou juifs autour du  pouvoir des soviets. Pour les soviets, mais contre tout pouvoir, l'Armée insurrectionnelle paysanne de l'anarchiste Makhno opère sans discontinuer de 1918 à 1920 dans les steppes du sud-est de l'Ukraine. Enfin, l'Armée volontaire du général « blanc » Dénikine  nourrit dans la deuxième moitié de 1919 les espoirs de la bourgeoisie russophone de voir restaurer une « Russie une et indivisible ».

 

Cette catégorisation est pourtant peu satisfaisante pour comprendre la nature du conflit. L’indiscipline généralisée dans chaque camp invalide d'ailleurs l’hypothèse d’une cohérence idéologique ou sociale des forces en présence. Pour la fin 1918 et les premiers mois de 1919, Dénikine consacre un chapitre de ses mémoires au « profil moral de l’armée » sous le titre de « Pages noires »[9]. Vynnytchenko, écrivain et homme politique proche de Petlioura, évoque une armée du Directoire qui « s’est retrouvée entre les mains d’éléments qui ne comprenaient pas la révolution ou étaient carrément contre-révolutionnaires et même anti-ukrainiens » et dont les commandants laissaient « la bride sur le cou aux petits gars »[10]. Au-delà de la volonté des auteurs de se dédouaner vis-à-vis des pogromes antisémites (pogromes reconnus également dans l’armée insurrectionnelle de Makhno[11]), ces déclarations reflètent une réalité générale : un des dirigeants de l’Armée rouge en Ukraine, Zatonski, relate ses efforts pour convaincre des régiments d’aller au combat, risquant plus sa vie devant ses propres troupes que devant l’ennemi[12]. Le rôle des chefs militaires plus ou moins autoproclamés (attamans Tioutiounyk, Grigoriev, Grebenka, Strouk, Maroussia[13]…) et l’importance des insurrections villageoises après l’établissement définitif du pouvoir bolchevique[14] confirment l’aspect incontrôlable des groupes d’hommes armés.

Tout ceci donne corps à l’hypothèse, largement reprise ces dernières années, d’une dynamique villageoise autonome et même autonomiste face à tous les prétendants au pouvoir central[15]. Sans la nier, je voudrais la relativiser en contestant la naturalisation des structures sociales et des identités qu’elle suppose : la communauté villageoise n’est pas une donnée indiscutable et l’opposition d’une paysannerie ukrainienne à des propriétaires russes ou polonais ainsi qu’à des citadins juifs et russes passe trop pour une évidence. Il faut donc revenir sur la construction des identités et de leurs antagonismes.


L’amère découverte de l'Autre (1914-1917)

Je postule que les identités se sont sinon construites, du moins renforcées, par défaut,

dans la découverte amère de l’Autre, c'est-à-dire en situation de conflit. C'est d'abord la conséquence de la guerre : entre le tiers et la moitié de la ligne du front oriental de la 1ère guerre mondiale est situé sur des terres ukrainiennes Le départ des hommes à la guerre a dû influer sur la conscience de millions de femmes devenues autonomes malgré elles (ce phénomène a été peu étudié[16]). Les soldats-paysans surtout sont projetés dans un autre monde social. L’un d’entre eux déclarait avant Octobre 1917 à l'infirmière Sofia Fedortchenko:
« C'est qu'avant je ne savais pas à quel point les riches vivaient bien. Ici [au front,] on a commencé à nous loger chez des gens et j'ai vu (...) par terre et sur les murs toutes les sortes de choses qu'ils possèdent ; partout dans la maison, il y a des choses chères, belles et qui ne servent à rien. Maintenant, je vivrai de cette façon et pas avec les cafards »[17].

Les couches privilégiées voient ainsi un gouffre s’ouvrir sous leurs pieds. En effet, les clivages sociaux s’accroissent entre ouvriers et patrons[18] mais aussi entre paysans et citadins. Dans les témoignages d’enfants de l’émigration blanche publiés par Catherine Goussef et Anna Sossinskaïa, la découverte de l’hostilité paysanne va d’ailleurs de pair avec l’apparition du fait ukrainien aux yeux des citadins russophones[19]. Le conflit entre soldats et officiers double le précédent. C’est l’opposition la plus cruciale qui remet en cause tous les cadres interprétatifs. En mars 1917,  un officier écrit :

 « Quand nous [, les officiers,] parlons de peuple [narod], nous considérons la nation comme un tout, mais eux, quand ils en parlent, ils le comprennent comme signifiant seulement les masses populaires démocratiques [demokratičeskie nizy]. (...) Quelle que soit leur attitude personnelle envers tel ou tel officier, nous ne sommes à leurs yeux que des maîtres [bary] »[20].

En écho, on lit dans un journal de soldats : « Les officiers sont pour nous des étrangers ». Faut-il l’entendre comme une déclaration de la guerre des classes ? En fait, il s’agit d’une publication destinée aux soldats ukrainiens casernés à Tiflis. L’article continue : « Seul un Ukrainien peut comprendre un Ukrainien »[21]. La question nationale se mélange à la question sociale et au problème de la guerre.

Mais rien d’automatique ici et les attentes d’un homme cultivé envers une revendication nationale qu’il juge légitime peuvent être déçues. Victor Chklovski l’avait vivement ressenti en discutant avec ses soldats en juin 1917 :

« Je commençai à leur parler de l’Ukraine. Je croyais que c’était là un problème important, un grand problème. Du moins à Kiev s’en occupait-on beaucoup. Mais les soldats m’arrêtèrent :

- Ça ne nous intéresse pas.

Pour eux, la question d’une Ukraine indépendante  ou soumise n’existait pas. Ils s’empressèrent de me déclarer que leurs préférences allaient à la commun[auté des terres]» [22]...

Parmi les identités qui se révèlent négativement, celle des Juifs est la plus déstabilisante. Un lycéen originaire de Kiev témoigne : « En 1919, (…) j’ai changé [de] lycée [et] j’ai été stupéfait par la masse d’élèves juifs »[23]. La levée des restrictions légales les concernant tant par le Gouvernement provisoire en mars 1917 et que par le Gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine en février 1919 expose aux regards une population jusque là volontairement ignorée[24].

            Loin de provoquer un cercle vertueux de la liberté, les événements poussent au conflit entre les groupes opprimés. Un soldat avait déclaré à Sofia Fedortchenko :

« Maintenant, non seulement on ne peut plus frapper [une femme], mais il ne faut pas non plus la blesser en parole. Maintenant, c'est la liberté pour toutes sortes d'engeances : pour le youpin comme pour le crapaud, pour le paysan comme pour sa femme »[25].

Cette phrase donne une idée de la montée des antagonismes, mais aussi de leur caractère jubilatoire : chaque acteur social peut enfin exprimer toutes ses rancœurs.


Des haines polarisées (1918-1919)

            Ces haines multilatérales ne sont pas erratiques, elles dessinent en creux les polarisations de la société ukrainienne. Pour dégager les lignes de force, il faut partir des victimes. La première vague de violences en 1917-1918 touche le groupe dominant des riches propriétaires, officiers et intellectuels. En plus des enjeux évidents de richesse et de statut, la question de la langue y est stratégique. Un écolier d’Odessa écrit :

« J’étais dans la classe préparatoire pour les petits. Mais les Ukrainiens ont gagné et on a eu au lycée l’ordre d’apprendre ‘‘la langue natale’’ [ridna mova]. Une semaine plus tard, les bolcheviques sont arrivés et on devait écrire sans les ‘‘yats’’ et les ‘‘signes durs’’*. (…) tous ces pouvoirs se destituaient les uns les autres et nous au lycée on nous apprenait à écrire soit avec les ‘‘yats’’ soit sans les ‘‘yats’’. Mais enfin les Volontaires [de Dénikine] sont arrivés et le ‘‘yat’’ a triomphé »[26].

Réforme de l’orthographe russe et officialisation de la langue ukrainienne sont également ressentis comme une offensive plébéienne contre la haute culture et traduisent une volonté d’humilier ceux qui avaient trop (de terres, d’honneurs, de savoir…). Elles signifient aussi que le groupes sociaux et culturels ne veulent ni ne peuvent plus se comprendre : les ponts sont coupés.

En 1919, les violences continuent et s'intensifient. Elles laissent un répit relatif au classes dirigeantes pour se retourner contre des couches dominées, sous forme de pogromes antisémites d'une extrême cruauté et de lynchages anti-communistes. Les deux phénomènes sont distincts géographiquement. La chasse aux bolchéviks a lieu à l'est, là où les soviets avaient régné en maîtres tandis que la persécution des Juifs se déroule à l'ouest. Les convergences sont cependant nombreuses. Les formes de cruauté se rapproche, avec une prédilection pour le meurtre par le feu[27]. La vague pogromiste, qui enfle à l’ouest de l’Ukraine de janvier à août 1919, correspond chronologiquement à l’apogée et à la chute du Gouvernement ouvrier et paysan des bolcheviks au premier semestre 1919[28], c'est-à-dire à l’extension de la Terreur blanche à l’est du pays. Enfin, les cibles des deux types d'exaction sont souvent confondues par les paysans, unis sous l’étendard d’une lutte contre la « commune juive » [žydovs’ka komuna][29].

On ne peut considérer ces différentes persécutions comme l'application d'un plan de répression décidé en haut lieu. Depuis les années 1960, des études ont montré que les pogromes n’avaient pas été planifiés dans les états-majors de Pétlioura ou Dénikine[30]. De même, il n’y a pas, de la part des Blancs, de Terreur organisée et systématique contre les milieux sociaux sympathisants avec les communistes, mais juste une répression ciblée contre des militants[31]. Dans toutes ces exactions, il faut plutôt voir l'action de gens du peuple intégrés ou adossés à la soldatesque. Les pogromes ressortent de l’initiative locale de petits chefs militaires ou des notables villageois et suscitent l'enthousiasme populaire : « si nous massacrons tous les Youpins [Židy] aujourd’hui, on en finira avec les communes »[32].

Pareillement dans les villages de l’est, l’éradication des réseaux communistes s’exerce entre voisins. On le voit dans la province de Kharkov. À Kéguitchevka (au sud-ouest de la capitale des soviets) par exemple, l’ancien responsable agraire de l’administration bolchevique du canton est exécuté avec plusieurs paysans. À Tchervony Oskol, « on poursuivit particulièrement les familles des partisans et des volontaires de l’Armée Rouge. Les familles des communistes D.I. Logvinenko et M.F. Chkapoura furent enfermées dans leur maison et brûlées vives »[33]. Preuve du caractère « spontané » de la chasse aux rouges, elle continue en 1920 après la victoire militaire définitive des bolcheviks. La guérilla paysanne qui s’épanouit, appelée officiellement « banditisme », poursuit les mêmes cibles que la terreur blanche sous Dénikine : les responsables du radicalisme révolutionnaire de 1919 et singulièrement de sa politique agraire. Au centre d’Izioum, un monument érigé en 1922 et encore fraîchement peint en rouge vif  rappelle qu’« Ici sont enterrés : A.D. Kravtsov, président du Comité Exécutif d’Izioum en 1919  ; I.V. Maïboroda, chef de la Section Foncière  ; I . Dankov, Petroukha et 17 soldats rouges du Comité du Parti d’Izioum, torturés sauvagement par les bandits »[34].


Un ordre social déstabilisé (1919)

On peut donc proposer une lecture unifiée des comportements sauvages. Les Juifs sont extérieurs à la société villageoise, on leur reproche traditionnellement de ne pas vivre du travail agricole. Marginalisés, les jeunes Juifs s’étaient semble-t-il massivement engagés pour les soviets et seraient ainsi sortis de leur place traditionnelle : c’est un grief supplémentaire pour des paysans en révolte contre le communisme agraire imposé par le PC au premier semestre 1919[35]. En effet, les bolcheviks soutenaient alors non le partage des domaines fonciers mais leur confiscation au profit exclusif de l'État (sous forme de sovkhozes) ou de paysans sans terre créant des communes. On peut conclure que l’objet de la fureur paysanne sont les atteintes à un ordre rural conçu comme le pouvoir de chefs de famille baptisés et propriétaires. Ces atteintes, symboliques de la part des Juifs et réelles de la part des communistes, sont d’autant plus mal vécues qu’elles n’émanent pas de l’extérieur (la Ville, la Russie), mais de voisins dans le cercle presque intime du village ou du terroir.

À ce titre , un troisième groupe social fait l’objet de suspicion après 1919 : les femmes. Les bolcheviks les déclaraient égales des hommes, et les communes avaient vu un début de réalisation de ce principe. Elles participaient aux réunions, votaient et parfois prenaient des responsabilités, s'émancipant des rôles traditionnels. Quand les Rouges reprennent l’Ukraine en 1920, on remarque dans les campagnes une inflation des discours antiféministes : la collectivisation des terres est assimilée à la mise en commun des enfants et des femmes[36]. Les agitatrices de la Section féminine du PC se heurtent à une violente opposition. Dans une bourgade au sud de Kharkov, les maris viennent à la réunion organisée pour les femmes et agressent verbalement l’organisatrice. Celle-ci a transcrit leurs propos en parler local.

« ''A-t-on jamais vu ça, passer des disputes de bonnes femmes au Grand Soir [rasprava], et v’là-t-y pas qu’on les convoque ici''. Et quand j’ai expliqué pourquoi on réunit les femmes, ils se sont mis à hurler d’une seule voix : ''A-t-on jamais vu ça, que les bonnes femmes viennent à la réunion, laissent tomber les porcelets, les canetons etc.[;] mais alors qu’elles y passent leur temps, qu’elles arrêtent de faire le borchtch et de laver les chemises, et qu’elles aillent chaque jour courir pour écouter les orateurs, et adieu à l’exploitation. Demain, on enverra toutes les bonnes femmes aux patates, pour qu’elles ne perdent pas une heure de plus le nez en l’air, mais que, comme des paysannes, elles n’aient pas peur de travailler'' »[37].

Il n’est pas exagéré de traduire rasprava par grand soir, donnant ainsi une tonalité politique au propos. La rasprava est la justice sommaire, le règlement de compte. C’est un terme typique de guerre civile, celui qui désignait les exécutions de lendemain de victoire. L’assemblée des femmes vue par ces hommes, c’est donc comme la Tchéka aux yeux d’un Blanc ou la Straja de Dénikine pour un communiste : une défaite irrémédiable, comme la mort. Le fantasme du communisme était le mauvais exemple des « mauvaises gens », le mauvais exemple des femmes trop libres, des pauvres trop fiers, des jeunes trop indépendants, des Juifs trop émancipés.

Pour comprendre à quel point les bases de l'ordre social ont été ébranlées, il faut  reconstituer l’univers mental des groupes dominés. Des documents de février-mars 1919, au plus fort du radicalisme communiste, permettent de s'en faire une idée. Ainsi, les archives recèle une Proclamation de la Cellule de Bienfaisance des Communistes Bolcheviks (sic) de Voltchansk, gros village au nord-est de Kharkov. C’est un document étrange sur deux pages, dactylographié mais sans aucune ponctuation. Tel quel, le comité de district du Parti en demande la publication dans la presse locale. Le texte commence ainsi :

« Camarades, longtemps vous avez langui sous le joug du capital, longtemps vous avez subi la domination des grands propriétaires et des koulaks. De toutes les façons ils vous bafouaient, ils faisaient tout leur possible contre le clair rayon de lumière de la LIBERTÉ.  De toutes les façons ils voulaient l’éteindre. Combien de saloperies [drân’] meutes [svora] n’ont-ils pas déversées sur elle, mais toutes ces saloperies meutes déversées sur elle n’ont pas résisté et ont brûlé au contact du chaud rayon de lumière de la liberté. »

L’auteur rappelle ensuite que le tsarisme a été abattu et que le capital a pris sa place, sapant les efforts révolutionnaires des bolcheviks.

« Mais quoi qu’ils aient fait, ça ne marchait pas ; malgré tout le clair rayon de lumière de l’idée bolchevique brillait toujours plus fort. Quand ils eurent trop chaud en Grande Russie à cause de cette lumière, ils partirent vers la mer, parce qu’il y fait plus frais ; ils se regroupèrent en particulier dans cette malheureuse Ukraine, vu qu’on y trouve une bonne mer et beaucoup d’eau; ils y réorganisèrent leurs bandes avides avec le concours de lâches salauds [podlye gady], des koulaks et des paysans moyens. (…) Maintenant, ils restent assis dans un coin derrière le poêle et murmurent de maudits mots contre l’idée sainte et vraiment prolétarienne de COMMUNE. (…)
Tous, nous nous battrons contre eux !
Tous, nous créerons la commune unique du travail !
Vive la commune unique du travail !
Cellule de Bienfaisance des Communistes Bolcheviks »[38]

Ce texte est déroutant par son écriture même. Il mélange des mots du registre élevé (saint, sacré, vrai) avec des expressions triviales (saloperie, salaud, meute…). Surtout il manie constamment des images stylistiques qui sont par la suite prises au pied de la lettre. Ainsi la lumière de la liberté (ou de l’idée bolchevique — notez l’équivalence) réchauffe au point de brûler ses adversaires. Ces derniers trouvent refuge en Ukraine car la mer et l’eau leur permettront de se rafraîchir. En même temps, cette affirmation hallucinée recoupe un phénomène réel : nombreux sont les opposants et les victimes du bolchevisme en Russie à s’être réfugiés en Ukraine[39]. La confusion entre le mot et la chose devient inquiétante quand elle qualifie l’adversaire de façon biologique : carnassier (xiŝnik), reptile (gad traduit dans son deuxième sens, figuré, de salaud, salopard). En toute hypothèse, cette abolition des distances doit provenir du statut socioculturel de l’auteur.

Celui qui écrit n’est évidemment pas un intellectuel, c’est pourquoi il « prend le Pirée pour un homme », selon l'expression de La Fontaine. Ce genre de confusion provient habituellement de la rencontre entre le discours d’une personne « cultivée » et sa perception par une personne « inculte ». Or, ici, l’auteur est ébloui par les mirages jaillis de sa propre écriture. Cela se comprend : provenant d’une catégorie dominée, il aura toujours subi l’écrit provenant des dominants. L’écrit se confond donc avec le pouvoir. Soudain, la situation historique lui permet à son tour d’écrire ou sans doute plutôt de dicter son texte — ce qui est encore plus significatif. Il peut même espérer être publié. C’est comme s’il créait du pouvoir au fur et à mesure que les mots étaient tapés à la machine. Une ivresse proprement démiurgique devait le gagner peu à peu, jusqu’à le posséder totalement au moment d’énoncer « Tous, nous créerons la commune unique du travail ! ».

Dès lors, comment comprendre la commune unique du travail ? Ce ne peut être une métaphore du nouveau régime, un simple slogan, car dans ce texte comme dans beaucoup de documents émanant des plébéiens, on constate en effet une abolition des distances. Il n’y a plus du proche et du lointain, du local et de l’universel, des communards et des communistes, des communes et un communisme, une réalité et un idéal. Tout est mêlé dans une grande fusion révolutionnaire par l'effet de  « la force des mots », selon l'expression de Maïakovski. Si la commune est dite, elle doit être faite, quitte à chambouler un ordre social séculaire. La politique des communistes rencontrait bel et bien les aspirations des couches les plus pauvres, lesquelles ne voyaient aucune raison de composer avec l'avis du reste de la population.


Contenir les haines (1920)

Quand ils réoccupent définitivement l’Ukraine en 1920, les bolcheviks prennent possession d’un pays où les haines se sont pleinement déployées, où, les différents groupes sociaux se détestent entre eux avec les meilleures raisons : paysans et citadins, ukrainiens et non-ukrainiens, pauvres et riches, Juifs et « gentils », loqueteux et petits propriétaires, hommes et femmes… Affirmer un pouvoir implique de restaurer un consensus, c'est-à-dire de tracer une voie moyenne. En conséquence, les bolcheviks orientent leur nouvelle politique sur le groupe central et numériquement majoritaire des petits propriétaires paysans.

Ils changent leur personnel politique en interdisant la reprise de fonction des militants les plus en vue en 1919 et particulièrement des Juifs[40]. La Section féminine du PC doit quant à elle concentrer son action dans les villes et laisser les villages tranquilles. On redéfinit les catégories sociales et on affecte le « prolétariat agricole » dans les sovkhozes (fermes d'État) afin de décourager les expériences de collectivisation spontanée[41]. De même, l'action des plébéiens ruraux est canalisée par la création des Comités de paysans pauvres qui jouent rapidement le rôle d’une police supplétive à la campagne.

Pour Rakovski, dirigeant la République Socialiste Soviétique d'Ukraine, la nouvelle loi sur

les Comités de paysans pauvres permet de « constituer à la campagne un soutien révolutionnaire au pouvoir soviétique ». Pour ce faire, il donne des gages aux petits propriétaires.
« Pour faire comprendre aux paysans où sont leurs vrais amis, nous [allons] leur dire : il est interdit au pouvoir soviétique de promouvoir par sa propagande l’organisation de communes agricoles, même si elles sont considérées comme utiles. (…) Par-là, nous prouvons qu’à côté de la politique de liquidation totale des grands propriétaires que nous menons strictement, celle que nous observons vis à vis du paysan moyen recherche l’accommodement [primirenie] »[42].

Quand Rakovski prononce ce discours à Kharkov en mai 1920, l’insurrection paysanne fait rage à 45 km de là : l'accommodement est une nécessité pour les bolcheviks. Lénine, qui s'intéresse de près à la politique agraire à suivre en Ukraine, le dit à demi-mot. « Il nous faut constituer un bloc avec la paysannerie ukrainienne, (...) il nous faut [mener] la même politique qu’à la fin 1917 et au début 1918 »[43], c'est-à-dire avant le communisme de guerre, avant les communes. Il incite à revenir au simple partage des terres, à ce qu'il appelait lui-même une politique « démocratique bourgeoise ».

            L'accommodement est en fait un échange de bons procédés : « si vous, paysans influents, nous laissez le pouvoir politique dans le pays, nous vous laisserons le pouvoir de gérer le village selon vos normes ». En somme, la révolution sociale est sacrifiée sur l’autel de la révolution politique. Ce modérantisme social est plus le reflet d'un rapport de force que l'expression d'un machiavélisme et il ne touche pas que les bolcheviks. Dès février 1919, les makhnovistes, tout anarchistes qu'ils fussent, avaient souhaité que les terres des grands domaines soient « partag[ées] entre les paysans sans terre ou mal lotis (...) selon l'apport de travail individuel »[44] : il subissaient la même pression des petits propriétaires. Il reste que le compromis social va de pair avec le durcissement politique. C'est toujours Rakovski qui le dit sans ambages :

« Ce qui nous effrayait le plus [en 1919], c’était la désorganisation de notre parti (...). Et nous avons maintenant une force combative trempée, prête à obéir, — je parle un langage militaire car nous luttons maintenant pour la cause révolutionnaire — »[45].

* * *   

            En forçant le trait, on peut affirmer que la dictature fut un moyen de pacification. Le  pouvoir assignait à chaque groupe social sa place, les empêchant de s'agresser directement l'un l'autre, sans la médiatisation du Parti. En donnant un koulak largement fantasmé en victime expiatoire aux plébéiens, on protégeait la petite propriété paysanne pendant la NEP. L’ukrainisation sera, au plan culturel, le complément de la réconciliation nationale et sa sanction idéologique. Elle progressera tout au long des années vingt jusqu'à être imposée dans des villes purement russophones[46].  Notons que, passés les premiers « vertiges du succès » de la collectivisation, le respect formel de la petite propriété est resté la règle (statut coopératif du kolkhoze de février 1935) et l’ukrainien fut la langue d’innombrables odes à Staline.

            Évidemment, ce statu quo imposé ne satisfaisait profondément personne. Les Juifs et les femmes avaient obtenu l'égalité juridique (au point qu'ils devaient absolument s'adonner aux travaux physiques pénibles), mais ils se heurtaient toujours à un plafond de verre.  L'Ukrainien s'imposait aux frontons des édifices publics à en dégoûter les Russophones, alors que les puristes de la « ridna mova » voyaient les grammaires et dictionnaires officiels se russifier insensiblement. Les classes pauvres, officiellement dirigeantes, remâchaient leurs frustrations tout en se marginalisant culturellement de décennie en décennie. Inversement, comme le remarque l'ex-dissident Ivan Dziouba,

« Cela provoqua une réaction négative dans l’intelligentsia ; l’allergie au mythe de la classe « hégémonique » se reporta sur l’ouvrier réel, apparaissant à tous les coups, selon les représentations petites bourgeoises, dans le rôle d’un alcoolique et d’un bousilleur »[47].

La seule bénéficiaire de cet équilibre était l'élite bureaucratique elle-même. Formée dans la guerre civile, elle en avait retenu qu’il était dangereux d’attiser des haines qui risquaient de devenir incontrôlables, mais qu'on pouvait s'imposer en jouant les unes contre les autres.

            À en juger par le destin de l'Ukraine indépendante et singulièrement par la Révolution orange de novembre-décembre 2004, la leçon a été retenue. Les formes révolutionnaires ont été instrumentalisées pour baliser le parcours des partisans de l’un ou l’autre camp. Quand les directeurs d’usine de Kharkiv faisaient voter à leurs ouvriers des résolutions unanimes pour Ianoukovitch, Petro Porochenko, un grand patron « orange », lock-outait le personnel de sa chocolaterie à Kyïv pour qu’il aille manifester sur la Place de l'Indépendance (le Maïdan) en faveur de Iouchtchenko. Dans la presse, les organisateurs du campement orange comparaient malicieusement ce même Iouchtchenko à Lénine et le Maïdan à Smolny, l'état-major bolchevique à Petrograd[48]. Pareillement, les identités mises en scène étaient stéréotypées. Les mineurs soviétoïdes du Donbass s'opposaient aux ruraux nationalistes de l’ouest, avant que tous ne fraternisent finalement dans les rues de Kyïv avec la jeunesse cultivée, restaurant symboliquement l'unité nationale et sociale.

            Ces petits arrangements avec l’Histoire étaient peut-être le prix à payer pour éviter un bain de sang, mais ils marquaient aussi les limites du changement possible à ce moment-là. Une des conditions de possibilité d'une politique démocratique, qui permette la participation effective de la population, est peut-être de ne pas réduire les haines à des jeux de vengeance ou de soumission mais à considérer aussi leur aspect anthropologique, dangereux mais libératoire[49].



[1]           Arno J. MAYER, Les Furies : Violence, vengeance, terreur aux temps de la révolution française et de la révolution russe, Arthème Fayard, Paris, 2002

[2]           Norman M. NAIMARK, Fires of Hatred: Ethnic Cleansing in Twentieth-Century Europe, Harvard University Press, Cambridge Mass., 2001.

[3]           Yves TERNON, L'État criminel. Les génocides au XXe siècle, Seuil, Paris, 1995.

[4]           Michel TERESTCHENKO, Un si fragile vernis d'humanité : Banalité du mal, banalité du bien, La Découverte « MAUSS », Paris, 2005 ; p. 14.

[5]           Enzo TRAVERSO, À feu et à sang. De la guerre civile européenne (1914-1945), Un ordre d'idées, Paris, Stock, 2007.

[6]           Victor SERGE, L’an I de la révolution russe [1930-1938], François Maspero « Petite collection », Paris, 1971 ; t. III, p. 36.

[7]           Andreas KAPPELER, Petite histoire de l’Ukraine [1994], Institut d’Etudes Slaves, Paris, 1997 ; p. 138.

[8]           Vladimir Petrovič ZATONSKIJ, Vodovorot (Iz prošlogo) [1928] dans Etapy bol’šogo puti (Vospominaniâ o graždanskoj vojne), Voenizdat, M, 1963 ; p. 165.

[9]           A.I. DENIKIN, Očerki russkoj smuty, T. 4, Mednyj Vsadnik, Berlin, 1925 ; p. 206-246.

[10]          Volodymyr VYNNYČENKO, Vidrodžennâ naciï (Istoriâ ukraïns’koj revolûciï : marec’ 1917 r. – hruden’s 1919 r..) [1920], in Revolûciâ na Ukraine po memuaram belyx, M-L, GIZ, 1930 ; p. 299.

[11]          Petr ARŠINOV, Istoriâ Maxnovskogo dviženiâ [1923], Dikoe Pole, Zaporož’e, 1995 ; p. 196.

[12]          ZATONSKIJ, déjà cité, p. 156-159 et suiv..

[13]          Ibidem, p. 160-168, 177. ARŠINOV, déjà cité, p. 128-130. V.A. SAVČENKO, Avantûristy graždanskoj vojny: istoričeskoe issledovanie, Xar'kov-Moskva, Folio-AST, 2000 ; p. 65-128, 239 sv..

[14]          Evhen SIVAČENKO, « Spalaxy hnivu narodnoho : z istoriï sel’âns’koho povstans’koho ruxu na Xarkivŝyni (1920 r.) », Zbirnyk Xarkivs’koho istoriko-filolohičnoho tovarystva ; nouvelle série, tome 5 ; X : OKO, 1995 ; p. 17-28.

[15]          Andrea GRAZIOSI (GRACIOZI), Bol’ševiki i krest’âne na Ukraine, 1918-1919 gody AIRO-XX « Pervaâ Publikaciâ v Rossii », M, 1997 ; p. 160-162. Jean-Louis Van REGEMORTER, « Le concept d’une révolution paysanne unique de 1902 à 1922 » dans L’insurrection paysanne de la région de Tambov : luttes  agraires  et  ordre  bolchevik 1919-1921, Ressouvenances, Paris, 2000 ; p. 7-19.

[16]          Beatrice FARSWORTH, "Village Women Experience the Revolution" in Russian peasant women (ed. by Beatrice FARSWORTH & Lynne VIOLA), Oxford UP, Oxford, 1992 ; p. 149 sv..

[17]          Sof’â FEDORČENKO, Narod na vojne, Sovetskij Pissatel’, M, 1990 [première édition : Kiev, 1917], p. 131.

[18]          Diane P. KOENKER & William G. ROSENBERG, Strikes and Revolution in Russia, 1917, Princeton UP, Princeton, 1989.

[19]          Les enfants de l’exil – Récits d’écoliers russes après la révolution de 1917 (présentés par Catherine GOUSSEF et Anna SOSSINSKAÏA), Bayard, Paris, 2005 ; p. 29 (près de Kiev), 228 (près d’Elizavetgrad).

[20]          Mark D. STEINBERG, « Introduction: The Language of Popular Revolution » in Voices of Revolution, 1917 (ed. by M.D. Steinberg), Yale UP, New Haven & London, 2001 ; p. 21. Voir également : B.I. KOLONICKIJ, Pogony i bor'ba za vlast' v 1917 godu, Ostrov, SPb, 2001; Mikhaïl BOULGAKOV, La garde blanche [1924], Robert Laffont “Pavillons”, Paris, 1970, p. 45, 107…

[21]          Vil’ne Žyttâ (Tiflis) du 1/10/1917, cité par V. BULDAKOV, Krasnaâ smuta : priroda i posledstviâ revolûcionnogo nasiliâ, Rosspen, M, 1997 ; p. 147.

[22]          Victor CHKLOVSKI, Voyage sentimental, le Sagittaire, Paris, 1926 ;  p. 60.

[23]          Les enfants de l’exil, déjà cité, p. 145.

[24]          «Ob otmene veroispovednyx i nacional'nyx ograničenij». Postanovlenie Vremennogo Pravitel’stva 20 marta 1917 g. Vestnik NKVD USSR, n°1 (23/02/1919) et 2 (8/03/1919) Official'naâ čast', p. 3 sv. sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la responsabilité des fauteurs de haine nationale devant la justice…

[25]          L'association youpin-crapaud, clairement péjorative, s'explique aussi par les nécessités de la rime : A teper'-to eë ne to čto udarit', a i slovom zašibit' nel'zâ. Teper' svoboda dlâ vsâkogo naroda — i žid, i žaba, i mužik, i baba. FEDORČENKO, ouvrage cité, p. 142.

*           Signes de l'alphabet définitivement supprimés de la langue russe par le pouvoir soviétique pour faciliter l'apprentissage de l'écriture.

[26]          Les enfants de l’exil, déjà cité, p. 128.

[27]          Voir par exemple : Armand GLIKSBERG, Kaddish pour les miens. Chronique d'un demi-siècle d'antisémitisme (1892 – 1942). Paris, Mille et Une Nuits, 2004, p. 66 – 68 ; Istoriâ gorodov i sel ukrainskoj SSR : Xar’kovskaâ oblast’, Institut Istorii AN USSR / Glavnaâ Redakciâ Ukrainskoj Sovetskoj Enciklopedii, K, 1976, p. 37, 100, 397, 408, 420.

[28]          Henry ABRAMSON, A prayer for the government: Ukrainians and Jews in revolutionary times, 1917-1920, Harvard UP, Cambridge (Mass.), 1999 ; p. 103-114. 51 pogromes en janvier, 61 en mars, 148 en mai ; le pic avant la décrue est atteint en août avec 159 pogromes : l’Armée rouge vient d’évacuer l'est de l’Ukraine.

[29]          ZATONSKIJ, déjà cité, p. 164. Sergei PAVLIUCHENKOV, « The Jewish question in the Russian Revolution, or Concerning the Reasons for the Bolsheviks' Defeat in the Ukraine in 1919 » in Revolutionary Russia, (Issue 10.2, dec. 1997), p. 27. GRACIOZI, déjà cité, p. 159.

[30]          Voir ABRAMSON, déjà cité, p. 115 sv.

[31]          Viktor G. BORTNEVSKI, « White administration and white terror (the Denikin period) », Russian Review (vol. 52, n°3, july 1993, p. 354-366).  Peter KENEZ, Civil war in south Russia 1918-20 (vol. 2), University of California Press,  Berkeley, 1971-1977 ; p. 157-159. Voir également le témoignage d'Ekaterina OLITSKAÏA, Le Sablier [1971], Deuxtemps Tierce, Paris, 1991 ; p. 111, 113-114.

[32]          Elias TCHERIKOWER, Di ukrainer pogromen in yor 1919, YIVO Institute for Jewish Research, New York, 1965 ; ch. XI (The Pogroms in the Ukraine in 1919, traduction par Gary Nachshen, 03/2002, consultable sur http://nachshen.com/zeleny.PDF, p. 13).

[33]          Istoriâ gorodov, déjà cité, p. 408, 420.

[34]          T.M. BORISOVA, N.T. D’’ÂČENKO & M.V. UMANSKIJ, Istoriko-revolûcionnye pamâtniki Xar’kovŝiny (Očerk), Prapor, X, 1977 ; p. 177.

[35]          Sergei PAVLIUCHENKOV, article cité.

[36]          Deržavnyj Arxiv Xarkivs’koï Oblasti (DAXO), P1/1/326, Otčety, doklady, protokoly i plany raboty Ženskogo Otdela Volčanskogo Otdela (30/03-15/12/1920), p. 13 : Stranička Ženŝiny-Rabotnicy (10/06/1920), « Boâtsâ kommunii ».

[37]         DAXO, P1/1/307, p. 66 (rapport de Sokoleva, 13/07/1920), p. 53 (rapport de Mel'nikova, 23/05/1920)

[38]         DAXO, P93/1/6, p. 22-23 (demande de publication, p. 21), sans date. La ponctuation n'est pas dans l’original.

[39]         Voir par exemple Les enfants de l’exil, déjà cité ; p. 61-62, 91, 204.

[40]         Circulaire du CC du PCR de décembre 1919 (PAVLIUCHENKOV, article cité, p. 33).

[41]         D. MANUIL'SKIJ, « Zadača dnâ (K voprosu ob organizacii sel.-xoz. proletariata) », Kommunist, n°4 (07/1920), p. 30-31.

[42]         Xristian RAKOVSKIJ, Otčët raboče-krest'ânskogo pravitel'stva Ukrainy na IVom s’’ezde sovetov Ukrainy (16-20/05/1920 g.), Vseukrainskoe Izd., X, 1920 ; p. 10-11, 19.

[43]         LENIN, PSS, T. 39, p. 371 ; Voir Stanislav KUL’ČYC’KYJ, Komunizm v Ukraïni : perše desâtyriččâ (1919-1928), Osnovy, K, 1996, p. 133.

[44]         Protokol zasedanij II-go s''ezda frontovikov-povstancev, rabočix i krest'ânskix Sovetov, otdelov i podotdelov voennogo-polevogo štaba Gulâjpol'skogo rajona », 12/02/1919, reproduit dans A.V. BELAš, V.F. BELAš, Dorogi Nestora Maxno, Istoričeskoe povestvovanie, RVC « Proza », K, 1993 ; p.81, 89.

[45]         Discours de Rakovski à la 5e Conférence du PC(b)U (17-22/07/1920) in L. TROCKIJ, X. RAKOVSKIJ, Meždunarodnoe položenie sovetskix respublik i zadači Kommunističeskoj Partii Ukrainy, Izd. PoÛgZapa i PoUkrSovTrudArma, X, 1920 ; p. 27.

[46]         À Kharkov, où l'écrasante majorité de la population parle russe, la presse locale est ukrainisée en juillet 1930.

[47]         Ivan DZÛBA, « Zapadnâ : 30 let so Stalinym, 50 – bez stalina », Zerkalo Nedeli (Kiev), n°8 (1/03/2003).

[48]         Interview de Vladimir Filenko, Taras Stetskiv et Iouri Loutsenko dans : Tat’âna SILINA, Sergej RAXMANIN & Olga DMITRITČEVA, « Anatomiâ duši Majdana », Zerkalo nedeli (Kiev), n°50 (11/12/2004).

[49]         Voir par exemple : Slavoj ŽIŽEK, « Milosevic et la jouissance nationaliste », Le Monde du Vendredi 17 mars 2006. Du même auteur : Plaidoyer en faveur de l’intolérance, Climats « Sisyphe », Castelnau-le-Lez, 2004.

Comments