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Guerres, révolutions et conflits de représentations

The Revolution of 1848 in Western Ukraine in Soviet Historiography

Constructing Academic History in Soviet and Post-Soviet Countries, Genève, 8-9 Mars 2017

Most of the accounts of the 1848 events in Western Ukraine are written in the spirit of national history, wether it is Polish or Ukrainian. I found only three chapters in a book about 1848 in Europe where all communities were described in their interactions without presenting one as a hero and the other one as a foe, a book where even Jews not forgotten. It was published by the Soviet Academy of Science in Moscow in 1952, a year or so before Stalin’s death, when his dictatorship was turning into complete paranoid craziness.
The aim of this paper is maybe not to explain this little miracle, but to describe what made it possible and to follow onward the historiographical destiny of 1848 in Galicia until the proclamation of Ukraine’s independence.

La Révolution russe, une histoire française – Lectures et représentations depuis 1917

Parution aux éditions La Fabrique, 25 janvier 2016

En France, la révolution russe est devenue un repoussoir, le moment fondateur d'un totalitarisme aussi terrifiant que le nazisme. Elle n'est plus envisagée que sous l'angle de ses victimes, aussi bien dans le discours public que dans les manuels scolaires.

Éric Aunoble retrace la réception de l'événement en France depuis 1917 – comment L'Humanité, aux mains des socialistes d'Union sacrée, vilipende la révolution bolchevique ; comment le Parti communiste, créé dans la foulée d’Octobre, impose une lecture de plus en plus stalinienne, se mariant après la Seconde Guerre mondiale avec le discours déterministe de l’Université. Ainsi sont étouffées les voix dissidentes, celles des premiers communistes français, familiers de Lénine et Trotsky. L’usage politique de 1917 se dessèche et Mai 68 ne voit réémerger que des clichés du bolchevisme (qui témoignent toutefois de l’importance de l’événement dans la culture populaire).

Au long d’un siècle, la révolution russe a été lue en fonction du contexte politique français. Ainsi s'explique le retournement qui s'est joué, de l'engouement au dénigrement et à l'effacement d'aujourd'hui, quand triomphe le conservatisme et son rejet de toute "culture révolutionnaire".

Présentation et table des matières.

Bonnes feuilles sur le site de la revue Contretemps. 


Ukraine : Les intellectuels d'ici et la guerre de là-bas

article pour le Comité de vigilance sur les usages publics de l'histoire (CVUH), 22 mars 2015 ;

L’anniversaire de la chute de Viktor Ianoukovitch a montré combien le débat d’idées sur la question ukrainienne était clivé en France. Les prises de positions «pro-ukrainiennes» ou «pro-russes» dans l’espace médiatique sont l’expression d’une réelle fracture dans le monde intellectuel français, affrontement où les historiens et les références historiques jouent un rôle non négligeable en fournissant des arguments à l’un et l’autre camps. En passant en revue les arguments des antagonistes, je n’essaierai pas de me prévaloir d’une expertise, la mienne, qui serait supérieure à celle de tel ou telle ; je voudrais plutôt dégager de façon critique des postures et un rapport au pouvoir au fond aussi semblables d’un bord à l’autre que les déclarations sont opposées.


"Alexandre Parkhomenko" (Leonid Loukov, 1942) : L’usage de la guerre civile en Ukraine pour la mobilisation patriotique

Colloque La propagande de guerre soviétique à l'écran, 1939-1946, Cinémathèque de Toulouse, mars 2015

Le Donbass est à feu et à sang. C'est une guerre civile doublée d'une intervention étrangère. Les représentants de cette grande puissance se livrent aux manipulations les plus cyniques des antagonismes locaux. Heureusement d'héroïques volontaires se sont levés pour défendre leur patrie et les acquis de leur récente révolution. Ils sont dirigés un militant de longue date de la cause du peuple.

Le film qui raconte cette histoire est projeté en 1942. Il s'agit de "Alexandre Parkhomenko" de Leonid Loukov sur un scénario de Vsevolod Ivanov, retraçant la geste d'un bolchevik devenu commandant rouge, combattant largement en Ukraine pendant la guerre civile de 1918 à 1921. Pour mobiliser la population soviétique dans la "Grande guerre patriotique" on utilise paradoxalement des éléments plus liés à l'affrontement des classes qu'à celui des nations. On tentera de voir quels usages de l'histoire révolutionnaire ont été faits pour arriver à cette fin et comment ils participent de la définition d'une identité ukrainienne soviétique.


«Communistes, aux armes!»: les unités à destination spéciale (TchON) au sortir de la guerre civile en Ukraine (1920-1924)


article dans les revues Amnis, Revue de civilisation contemporaine Europes/Amérique, n°14 (2015) et 
Hispania Nova, Revista de Historia Contemporánea, nº 13 (2015), 
Dossier "Les guerres civiles, réflexions sur les conflits fratricides à l’époque contemporaine (Europe-Amérique)",

À partir des archives ukrainiennes, l’article étudie les Unités à destination spéciale (Tchasti osobogo naznatcheniya, TchON, 1919-1924) qui sont des détachements armés composés de militants communistes. Pour répondre aux périls de la guerre civile, le pouvoir bolchevique crée différents types de formations armées, qui se distinguent par leur mission spécifique (protection, contrôle, répression...) et leur institution de rattachement (armée, police politique, Parti). Bien que dépendant de l’institution centrale du nouveau régime, le Parti communiste, les TchON ont du mal à se faire une place. En effet, les responsables communistes les plus portés sur la chose militaire ou policière sont déjà absorbés par l’Armée rouge ou la Tchéka. De plus, le caractère non permanent de ces forces supplétives nuit à leur pérennité et à leur visibilité. Dotés d’un cadre permanent pour répondre à ce problème, les TchON perdent largement alors leur originalité opérationnelle de milice de parti. Elle la préserve par contre sur le plan symbolique : être un « communard » des unités à destination spéciale, c’est faire partie intégrante de la communauté du pouvoir. À cheval sur deux périodes, celle des combats et celle de l’ « édification pacifique », ces formations appartiennent à la fois au champ militaire et au champ politique et constituent un observatoire privilégié du rapport entretenu par le PC et ses militants tant avec la violence qu’avec le pouvoir.


Femmes et communistes : Un engagement dans la guerre civile en Ukraine (1918-1919)

dans Laurent Colantonio et alt. (dir.), Genre et Utopie, Autour de Michèle Riot-Sarcey, Presses universitaires de Vincennes, 2014  

Continuant à m’intéresser à l’implication des dominés dans le processus révolutionnaire, j’ai voulu me pencher sur les femmes communistes, c’est-à-dire engagées du côté des rouges, qu’elles fussent à ce moment précis membres du Parti communiste ou pas. Plutôt que de s’interroger sur ce que la guerre civile nous apprend sur la situation des femmes, nous essaierons d’envisager comment l’engagement de certaines femmes éclaire les vicissitudes du processus général d’émancipation pendant cette période d’affrontements et de violences extrêmes. À cette fin, nous étudierons les témoignages des militantes conservés aux archives du PC d’Ukraine. Leur itinéraire, réel, sera ensuite confronté au destin de deux héroïnes nées de la plume du plus grand écrivain ukrainien de la période, Mykola Khvylovy.


Luttes politique et lutte symbolique dans l'espace public en Ukraine

Article sur le site du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH)
16 mars 2014

Dans les événements qui agitent l’Ukraine depuis la fin de l’année dernière, les symboles et les références historiques sont des armes que les camps en présence utilisent autant que les gourdins et les armes à feu. Il a semblé intéressant d’en faire un début de catalogue à partir de photos et de vidéos de presse.  

Ce texte a fait réagir Perrine Poupin, une chercheuse spécialisée dans les mouvements sociaux en Russie. L'échange que nous avons eu sur la liste de diffusion Monde Russe éclaire quelques autres aspects de la question.


Faire de l’Étranger un Soviétique grâce au cinéma : L’exemple de la soviétisation de l'Ukraine occidentale (1939-1949)


au colloque Le rapport à l’étranger (groupe de recherche
La fabrique du ‘soviétique’ dans les arts et la culture), 24-26 octobre 2013, Paris, INHA

Avec la conclusion du pacte germano-soviétique en 1939 puis à la faveur de la victoire, l’URSS a procédé à l’annexion de l’Ukraine occidentale. Or, la Galicie, la Boukovine du nord et la Ruthénie, qui avaient relevé respectivement de la Pologne, de la Roumanie et de la Tchécoslovaquie, n’avaient jamais appartenu à l’ensemble soviétique, ni auparavant à la « Petite Russie ». L’intégration de ces territoires à la République socialiste soviétique d’Ukraine dans une « Révolution de l’extérieur » (selon l’expression de Jan Gross) s’est appuyé sur un discours de légitimation culturelle, discours qui s’est particulièrement exprimé au cinéma. Le canevas de l'intervention est visible à ce lien.

« Entre deux feux » : les dramaturges de la Renaissance ukrainienne et la Révolution (1919-1932)
dans La révolution mise en scène, (Francine Maier, Christiane Page et Cécile Vaissié, dir.), Presses universitaires de Rennes, 2012.


Comme dans toute l’URSS, la thématique révolutionnaire a marqué l’expression théâtrale en Ukraine dans les années vingt. Une dizaine de pièces sur les événements révolutionnaires ont été écrites entre 1919 et 1932. Elles constituent un corpus significatif qui reflète la complexité historique de la période (succession de guerres plus que rupture révolutionnaire univoque) mais aussi l’histoire personnelle de leurs auteurs (pris entre les engagements nationaliste et communiste et les contraintes de la carrière littéraire). L’esthétique est aussi une question brûlante de la culture ukrainienne du temps, avec l’affrontement entre les avant-gardes et les réalismes, naturaliste d’abord puis "socialiste".
le 4 juin 2010, dans le cadre du séminaire "Repenser le long XIX° siècle", de 
Michèle Riot-Sarcey
Dans un texte intitulé "Les fameuses Années Vingt", Theodor Adorno mettait en cause l'aura qu'on donne aux années 1920 dans le domaine artistique : loin d'être une décennie d'innovation et de libération, on constate plutôt la répétition des procédés élaborés juste avant 1914 et ce dans une ambiance de retour à l'ordre.
Adorno écrivait sur l’Allemagne de Weimar, mais la question vaut d’être posée pour l’URSS également. Le propos, centré sur les arts, peut-il d’ailleurs être étendu aux sphères politiques et sociales ? N'y-a-t-il pas là une des clés pour comprendre l'échec de la vague révolutionnaire de 1917-1921 et la marche vers les totalitarismes ? Cela suppose de revisiter l'activité des avant-gardes politiques et artistiques autour de la Première guerre mondiale.
communication au colloque Le retour des héros : la reconstitution des mythologies nationales à l'heure du postcommunisme à l'Institut Européen de l'Université de Genève, les 6 et 7 décembre 2007 (Actes parus en 2010, chez Académia Bruylant à Louvain).

« Troubles de guerre civile et mise en ordre révolutionnaire en Ukraine (1917-1921) », communication aux journées d'étude L'Ukraine et la Biélorussie - quels voisins pour l'Union Européenne ? (École Normale Supérieure, Paris, mars 2006). Au lien suivant, on trouvera un enregistrement audio de l'intervention.