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En 2002, Sarah Jo Pender a été condamnée à une peine de prison à perpétuité pour un crime qu'elle n'a pas commis.  Depuis, elle n'a cessé de clamer son innocence, l'homme qui a commis les meurtres a reconnu avoir fait fabriquer le faux document qui a été utilisé comme pièce à conviction contre elle.  Sarah Jo Pender et ceux qui la soutiennent réclament sa remise en liberté et la restauration de son honneur perdu.

L'affaire

Pendant la nuit du 24 au 25 octobre 2000 à Indianapolis, Richard Hull, son compagnon, a assassiné leurs co-locataires, Andrew Cataldi et Patricia Nordmann.  Cataldi et Nordmann étaient deux dealeurs de drogue, évadés d'installations pénitentiaires du Nevada.   Pour commettre les meurtres, il a utilisé un fusil que Sarah Jo avait acheté ce matin là en toute légalité, dans un but de légitime défense.  Richard Hull, Andrew Cataldi et Patricia Nordmann étaient tout trois des vendeurs de drogue.  Sarah Jo était la seule à avoir un casier judiciaire vierge et à avoir un travail légitime.  Elle n'avait noué une relation avec Richard Hull que depuis deux mois.  C'est lui qui lui avait présenté Patricia Nordmann et Andrew Cataldi.

Le double homicide s'est produit vers 23h30, au cours d'une dispute entre Richard Hull et Andrew Cataldi alors que Sarah Jo était sortie se promener pour ne pas être entrainée dans le conflit. Lorsque Sarah Jo est revenu à leur domicile, Hull avait déjà empaqueté les corps dans des couvertures et les avait chargés dans un pick-up.  Sarah Jo, se trouvant soudain au beau milieu d'une scène de crime et désemparée, s'est laissée entrainée et l'a accompagné sur les lieux où il a jeté les corps dans une benne à ordure, à quatre pâtés de maisons de leur domicile de Meikel Street.  Hull est ensuite passé dans un car-wash pour nettoyer le pick-up.  Sarah Jo refusant dormir dans la maison, le couple est revenu prendre des effets personnels vers 2h00 du matin, avant de partir chez un ami, dans la ville de Lapel, dans l'Indiana.

Ils sont revenus à Indianapolis le lendemain.  Tandis que Sarah Jo s'est rendue à son travail, Richard Hull a tenté de nettoyer les traces de sang.

Les corps ont été découverts le 25 octobre 2000 au soir et le couple a été arrêté à Noblesville, Indiana, le 26 octobre 2000.

Sarah Jo a plus tard expliqué : « Après qu'il ait commis ces meurtres, je n'ai pas appelé la police, mais au lieu de ça je suis resté avec lui par amour, par peur, par loyauté et par pure stupidité. »
 
Le procès
 
Le procès de Sarah Jo s'est déroulé au tribunal de Marion County en juillet 2002.  Elle a été reconnue coupable d'un double homicide.  En Août 2002, elle a été condamnée à 110 années de prison. 
 
Pour Sarah Jo Pender et ses partisans, cette sentence est une injustice et une erreur judiciaire.  Ils pointent du doigt les circonstances défavorables dans lesquelles s'est déroulé l'instruction du dossier ainsi que de nombreuses et graves anomalies.  Entre autre l'usage d'une fausse pièce à conviction, le faux témoignage d'un détenu et l'incompétence de l'avocat commis d'office à la défense de Sarah Jo Pender.

Fausse pièce a conviction.

La principale pièce a conviction utilisée contre Sarah Pender est une lettre qu'elle aurait écrite le 16 mai 2001.  Dans cette lettre, elle reconnaitrait avoir commis les meurtres et demandé à Richard Hull d'en endosser la responsabilité. Plusieurs faits indiquent clairement qu' il s'agit d'un faux

  • En juin 2003, dans une déposition, Richard Hull a reconnu : « Sarah Jo Pender n'a pas commis ce crime.  Elle n'a pas écris la lettre.  J'ai obtenu de Steve Logan qu'il écrive cette lettre lorsque nous étions dans le même quartier [de détention] (...) je l'ai fait en espérant avoir un bon accord [avec le procureur]. »
  • Aucune empreinte digitale de Sarah Jo Pender n'a jamais été trouvée sur cette lettre.  Celles de Richard Hull et de Steve Logan y ont été relevées.
  • Entre le 16 mai 2001 et Septembre-octobre 2001, époque à laquelle Richard Hull a transmis la lettre à son avocat, sa cellule avait été fouillée.  Toute la correspondance qu'il avait reçue de Sarah Jo Pender avait été saisie.  La lettre soit disant écrite le 16 mai 2001 ne s'y trouvait pas.  Rien dans les lettres saisies n'indiquait la culpabilité de Sarah Jo Pender.
  • A l'époque du procès, l'avocat de la défense a été incapable d'obtenir une contre expertise de l'analyse graphologique de cette lettre.  En 2010, un graphologue indépendant a conclut que cette lettre était un faux.
  • Les évènements décrits dans cette lettre ne correspondent pas à ceux décrits dans le témoignage de Floyd Pennington, également utilisé contre Sarah Jo Pender.

Faux témoignage d'un détenu

Le principal témoin contre Sarah Jo Pender était Floyd Pennington, un détenu qui échangeait des correspondances avec elle.  Il prétend que Sarah Jo Pender aurait reconnu sa culpabilité lors d'une rencontre « clandestine » organisée avec l'aide des autorités.  Sarah Jo Pender et ses partisans affirment que ce témoignage est un mensonge.

  • Outre Sarah Jo Pender, Floyd Pennington avait fourni une liste de plusieurs autres personnes contre lesquelles il était prêt à fournir un témoignage.
  • Floyd Pennington et Sarah Jo Pender étaient sous la surveillance constante et directe de gardiens de prison pendant la rencontre.
  • Floyd Pennington était en attente de sentence pour vol et détention d'arme prohibée.  11 jours après avoir accepté de témoigner contre Sarah Jo Pender, il a reçu une peine anormalement  légère au regard des crimes qui lui étaient reprochés.  Pendant le procès, les jurés n'ont pas été informés (tout comme Sarah Jo Pender) de la totalité du contenu du casier judiciaire de Floyd Pennington : une condamnation à cinq ans de prison pour violence sexuelle sur mineur. (Floyd Pennington purge actuellement une peine de prison pour un viol commis moins d'un an après sa sortie de prison en 2008)
  • Pendant le procès, Floyd Pennington a contredit les déclarations qu'il avait faites à la police.  Le procureur l'a interrompu et lui a fait relire ses déclarations pour qu'il se souvienne de ce qu'il était censé dire.
  • Les déclarations e Floyd Pennington ne correspondent même pas aux évènements décrits dans la fausse lettre du 16 mai 2001 également utilisée comme preuve contre Sarah Jo Pender.
Sarah Jo Pender et ceux qui la soutiennent affirment qu'avoir autorisé, à son insu, une rencontre à avoir lieu entre elle et ce personnage plus que douteux revient à avoir inventé des preuves contre elle.
 
Interprétation erronée des faits.

Un autre témoignage utilisé contre Sarah Jo Pender est celui d'un voisin, Ed Leggon.   Sortant de chez lui à deux heures du matin, il a aperçu deux silhouettes sortant par la porte de devant de la maison de Meikel Street, qui chargeaient quelque chose dans le Pick Up, garé dans la rue. Ce témoignage a été interprété comme une preuve que Sarah Jo avait aidé Richard Hull à charger les corps et à s'en débarasser.    Toutefois, sur la scène du crime, les traces de sang indiquent que les corps de Tricia Nordmann et Andrew Cataldi ont été sortis de la maison par la porte de derrière de la maison.  Ed Leggon a donc aperçu la silhouette de Sarah Jo Pender alors qu'elle chargeait des effets personnels, plus d'une heure après que Richard Hull se soit débarrassé des corps de ses deux victimes.

Préméditation

Le fait que Sarah Jo Pender ait acheté l'arme du crime le matin même du double homicide a été présenté comme une preuve de préméditation de sa part.  Cette théorie est absurde : une personne ayant  prémédité un meurtre n'aurait pas utilisé une arme à feu enregistrée à son nom le matin même.  En réalité, Sarah Jo Pender s'est laissé persuader d'acheter une arme à feu par Richard Hull parce qu'elle avait été victime d'un viol dans les mois précédents et qu'elle avait reçus plusieurs messages de menaces pendant les semaines précédant le double homicide.  Celui-ci s'est servit d'elle pour obtenir une arme qui devait servir à protéger ses activités « commerciales ».  Son casier judiciaire l'en empêchait et il n'y était pas parvenu par des moyens illégaux.

Un avocat incompétent

Avant et pendant son procès, Sarah Jo Pender a été extrêmement mal défendu par son avocat commis d'office, James Nave.  Cet avocat, pensant que Sarah Jo Pender accepterait de plaider coupable  pour obtenir une peine légère, ne s'est jamais donné la peine de préparer le procès.
  • Il n'a pas préparé de défense.
  • Il n'a pas obtenu que Sarah Jo Pender puisse passer un test au détecteur de mensonge, comme elle l'avait demandé.
  • Il n'a pas fait effectuer de contre-expertise de la fausse lettre, comme elle l'avait demandé.
    Il n'a pas fait analysé une autre lettre de Richard Hull, sur laquelle figuraient les deux écritures, comme elle l'avait demandé.
  • Il n'a pas fait témoigné les personnes qui avaient entendu Les menaces proférées contre Sarah Jo Pender par son violeur.
  • Il n'a pas fait témoigner à la barre les gardes qui auraient pu prouver qu'il était impossible pour Sarah Jo et Floyd Pennington d'avoir une conversation privée.

Circonstances défavorables

Entre le moment du meurtre et le procès, les attentats du 11 Septembre ont déclenché une vague répressive préjudiciable au droit des accusés.  Le cas de Sarah Jo Pender est emblématique de cette atmosphère : au cours du procès, l'Assistant Procureur a déclaré aux jurés : « Sarah Pender n'est peut être pas Osama Ben Laden, qui a tué des milliers de personnes, mais c'est néanmoins une terroriste interieure. »  Il a également dit d'elle qu'elle était une « Charles Manson au féminin ».  Pendant l'instruction du dossier, cet assistant procureur était en campagne électorale afin d'être élu Procureur dans un comté voisin (Aux USA, Juges et Procureurs sont élus au suffrage universel).  Son thème de campagne était l'application de peines sévères aux condamnés.  Il a été battu aux primaires du parti républicain quelques semaines avant le début du procès.

L'Évasion

En 2008, après que tous ses appels aient été rejetés, Sarah Jo Pender s'est évadée de la prison de Rockville.  Elle obtenu l'aide d'un gardien de prison véreux, Scott Spitler, qui devait recevoir 15000$ pour ses services.   L'évasion s'est déroulée sans violence d'aucune sorte.  Les personnes qui ont aidé Sarah Jo Pender n'ont pas fait l'objet de coercition.

Pendant les 4 mois qu'elle a passé en liberté, Sarah Jo Pender a mené une vie assez semblable à celle des sans papiers qui vivent dans la clandestinité.  Elle a pris le nom d'Ashley Thompson et eu un amant.  Elle a travaillé pour gagner sa vie.

Quartier d'isolement

Depuis sa capture en décembre 2008, Sarah Jo Pender est  maintenue de façon arbitraire en cellule d'isolement.  Elle passe 23h00 par jour en cellule et on lui autorise une heure de récréation dans une grande cage située dans une cour de la prison pour femme de l'Indiana.  Le maintien prolongé en régime d'isolement est considéré par beaucoup comme une forme de torture.  Ce maintien a entrainé une dégradation progressive de la santé mentale de Sarah Jo. 
 
Ses partisans considèrent que ces conditions de détention particulièrement dures constituent une forme de brutalité exercée contre elle par le Département Pénitentiaire de l'Indiana.  Ils réclament avec urgence son retour à un régime normal de détention. 
 
Ils demandent surtout la révision du procès de Sarah Jo Pender et que soit réparée l'erreur judiciaire dont elle est victime.
 

Une vue de la Prison pour Femme de l'Indiana.  les quatre structures rectangulaires
sont des cages grillagées dans lesquelles les détenues en cellules d'isolement sont
autorisées à "sortir" une heure par jour.  C'est le seul espace "à l'air libre" auquel
Sarah Jo a eu accés ces quatre dernières années.