Turn the Pendulum

Midnight's Dawn (part. 3) - 2009.7.22

Index

A/ Index des chapitres

Le site

Accueil

FAQ

Contact

Author's notes : Ce chapitre a beaucoup changé depuis la première fois que j'y ai pensé. A dire vrai, je ne prévoyais pas du tout, au départ, que le personnage principal aille voir la tombe de sa femme ! Il était censé y rencontrer le 'Oolong du premier chapitre'. Finalement, j'ai préféré me concentrer sur le personnage principal, et sa relation avec sa femme. Je sais, ça sonne beaucoup comme une de ces sitcoms de chez AB1, mais je voulais avant tout écrire quelque chose de beau... comme en témoignent les magnifiques descriptions !

Dehors, les étendues vertes des rizières caressées par le vent, se pliant tendrement, tel un chat ronronnant de bonheur sous les caresses de son maître. Tout autour, des arbres, des centaines, voire des milliers d'arbres, et les montagnes qui semblent sur le point de s'effondrer sous le poids de tant de verdure. Et toujours ce vent, caressant avec une tendresse sans pareille toutes ces merveilles de la nature, soufflant tendrement les nuages qui glissent avec aisance sur cette vaste étendue bleue qu'est le ciel. Julie aurait sûrement trouvé ce paysage magnifique, cette harmonie parfaite, apparemment réglée comme une horloge suisse, ou la circulation des Shinkansen. Une harmonie parfaite, et surtout totale. Oui, Julie aurait sans aucun doute trouvé ce paysage magnifique, même s'il n'y a guère de mot assez fort pour décrire une telle beauté.

Le chauffeur du bus annonça alors l'arrêt auquel il devait descendre. Il rassemblât ses affaires, et descendit en jetant un dernier coup d'œil, vers les montagnes boisées, au Nord.

La grille du cimetière où était enterré sa femme était relativement vielle. Toute rouillée, du lierre avait fini par s'enrouler autour des imposantes barres de fer, et sur les ailes des deux statues, deux anges, qui semblaient veiller sur les demeures silencieuses et inhabitées. Il rentra par la petite porte sur la gauche, et pénétra dans ce lieu qui semblait béni. Il l'était, sans aucun doute. La beauté de la nature environnante en était la preuve. Il avait vu des paysages dans sa vie, mais aucun n'avait cet éclat, cette beauté si propre au village d'où était originaire sa femme, Julie, éclat qu'elle semblait avoir emporté partout avec elle. Il se souvint alors de ses cheveux, ondulants sous les caresses du vent d'automne, de l'éclat qui brillait dans ses yeux quand elle le voyait, de la pureté de son sourire, de la douceur de ses mains quand elle lui caressait tendrement le visage... Chaque année, quand il venait se recueillir, le fait de voir cette nature abondante lui faisait cet effet. Elle lui rappelait tant Julie.

La pluie s'était mise à tomber, et un brouillard assez épais avait entouré les montagnes d'un halo mystérieux. Lorsqu'il arriva à la rangée où reposait sa femme, une vieille femme occupée à prendre soin des tombes se mit à ricaner :

  • Ah ah ah, fit-elle. Je peux voir un Ange à vos côtés. Ce n'est pas très clair, mais ça ne fait aucun doute...

Il se contenta de la regarder sans trop savoir répondre, de peur de froisser les sentiments de cette bonne femme. Il la connaissait depuis plusieurs années : c'était elle qui avait procédé à l'enterrement de sa femme, et il la croisait chaque année, quand il revenait en ces lieux. Elle était très charmante, bien qu'un peu bizarre. Chaque année, elle lui disait qu'elle pouvait voir un ange à ses côtés. Chaque année, elle l'invitait à boire une tasse de thé dans sa petite maison, située à proximité du cimetière. Elle aimait vivre là, lui avait-elle raconté. Cela ne la dérangeait pas de vivre près d'un endroit pareil, car elle savait. Il n'y a plus personne ici, tous sont partis. Et je saurais peut-être bientôt où, aimait-elle ajouter à chaque fois. Il aimait discuter avec elle, car elle avait vécu dans ce village depuis sa naissance, même si elle avait beaucoup voyagé. Elle lui racontait beaucoup de choses sur cet endroit, et cette nature resplendissante, qui avait su gardé son éclat sans nulle pareille depuis bien des années. Et puis elle avait connu Julie...

Arrivé devant la tombe de sa femme, il s'agenouilla, et se mit à lire à voix-basse l'inscription sur la stèle :


« Julie, Angélie de ... »

« 19xx - xxx1 »

« Un éclat de lumière, et une larme perdue dans un rêve.

Un soupir, et un rêve. Ensemble, dans la lumière de la nuit. »


Sentant ses jambes fléchir sous le poids, il s'agenouilla devant la tombe, et comme chaque année, se mit à pleurer des larmes aussi silencieuse que le vent qui souffle dans les rizières. Des larmes aussi timides que la pluie qui tombait alors. Il restait ainsi des minutes entières, ses lèvres formulant, sans bruit, des prières sans mots ni sens, juste des sentiments libérés de leur coquille rigide. Il n'était pas vraiment triste, ni heureux d'ailleurs. Il voulait juste que ce vent, qui soufflait si fort, puisse à nouveau souffler dans les cheveux de Julie, comme avant... Une petite brise souffla. Une lumière dorée, douce et légère. Et une silhouette qu'il ne connaissait que trop bien, qu'il n'avait d'ailleurs jamais oubliée. Un Ange se tenait là, assis sur la stèle, et le regardait. Elle n'avait pas changé. Elle le regardait de ces mêmes yeux, les mêmes. Le même éclat, la même tendresse, le même amour dans son regard. Ses ailes étaient grandes et majestueuses, aussi majestueuses que les branches d'un cerisier centenaire. Étais-ce un rêve, une illusion ? Non, tout cela était bien vrai. Rêve ou illusion, c'était bien elle qui venait d'apparaître devant lui. Elle s'avança lentement vers lui, et s'agenouilla. Elle ne le lâchait pas des yeux. Lui non plus. Ses lèvres se mirent à bouger, mais aucun son n'en sorti.

  • Je suis venu te dire quelque chose.

Elle avait posé sa main sur son visage, et sans le toucher, lui caressait tendrement ses joues rosies par le froid. Tout en ne le quittant pas des yeux, elle ajouta :

  • Je suis venu te dire au revoir, Laurent.

Et elle le prit dans ses bras. Sans dire mot, il en fit de même, embraçant cette douce source de chaleur, cette chaleur si douce et emplie de tendresse qu'il n'avait jamais oubliée... et n'oublierait jamais. Il ne sut vraiment combien de minutes s'étaient écoulées.

  • Je suis aussi venu te dire Merci. Merci Laurent, Merci de m'avoir rendue si heureuse...

Une larme coula sur sa joue.


Il s'apprêtait à sortir du cimetière, quand il entendit le petit rire malicieux de la vieille femme.

  • Hé hé hé, fit-elle, il y avait un Ange à vos côtés... Je ne savais pas qu'il s'agissait de ma petite Julie. Elle ne me l'a jamais dit. Enfin... merci du fond du cœur.

  • De rien, répondit-il, non sans une étrange timidité.

  • C'était donc pour vous qu'elle venait, ces trois dernières années. Merci beaucoup. Je vous souhaite une bonne journée, mon bon monsieur...

Et elle disparut dans une des nombreuses allées du cimetière. Lorsqu'il sortit, il cessa de pleuvoir, et le soleil se mit à briller d'une douce lumière dorée, à travers les nuages. Le cerisier, situé à côté du grand portail, avait fleuri. Pour la première fois depuis des années.


Lorsqu'il revint, l'année suivante, chaque année, jamais il ne revit ni Julie, ni la vieille dame.


Dans un battement d'aile, un corbeau au pelage blanc s'envola vers son nid, situé quelque part, sur les branches de l'un des innombrables arbres du Mont Masshiro.