Jean-François Feuillant.

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C.V.  assistanat d'artiste  Illusion de la propriété  Redoutable  Illusion du déplacement  Axonomobile

Sans titre ***  LOA  Laisse tomber la neige  ****  Lundi 4 septembre 2006  ******   ******   Textes

 

« Tristesses de la lune »


Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;

Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,

Qui d’une main distraite et légère caresse

Avant de s’endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,

Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,

Et promène ses yeux sur des visions blanches

Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,

Elle laisse filer une larme furtive,

Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,

Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,

Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil ».1


Jean-François Feuillant échafaude un travail d’installations qui se composent d’éléments architecturaux et d’« images » de paysages. Il est ici bien question d’images puisque les paysages que l’artiste choisit de mettre en œuvre, appartiennent à l’imaginaire populaire et parfois kitch de la tapisserie, du poster ou du papier peint. Les architectures que « véhicule » l’artiste témoignent aussi de cet univers.

 Le plus souvent, il s’agit d’architectures mobiles, nomades, touristiques et populaires. Jean-François Feuillant déplace ainsi caravanes, tentes de camping, petits chalets de villégiatures montagnardes, cabanons de plages ou de jardins, serres… cristallisant ainsi son œuvre dans de nouvelles formes de contemplations paysagères.

Mais, au-delà d’une démarche et d’une esthétique qui lui est propre, ce qui se dégage du travail de Jean-François Feuillant, c’est surtout une atmosphère, celle de la mélancolie. Et, c’est les lumières et les lueurs qui orchestrent la juxtaposition des images et des éléments d’architecture qui créent toute la dimension onirique de son travail. 

Les instants évoqués par l’artiste sont ceux de la fin du jour, ces moments où les lumières s’allument dans les caravanes et les tentes, les néons, les lumières blafardes, un peu criardes parfois, pendant que « dehors », le paysage est encore baigné des lueurs du crépuscule ou de la lune, pleine, qui irradie la campagne et les pics enneigés. La vision se fait alors plus romantique. Les images, les cartes postales aux couleurs excessives, nimbées dans une toute autre lumière, une toute autre atmosphère, changent alors d’état. Elles prennent une autre forme, beaucoup plus esthétique et universelle. 

Mais, le romantisme, la tristesse et la mélancolie dont les œuvres de Jean-François Feuillant sont chargées ne sont pas désuets. Ils ne renvoient pas à toute l’histoire des siècles passés. Justement dosés dans des visions si présentes et si actuelles, ils font sens. 

En donnant d’autres atours aux images les plus éculées des congés payées, de la démocratisation du périple, du voyage ou de l’épopée, l’artiste propose enfin, d’autres voies, salutaires, pour explorer encore le monde.

 

Alexandre Rolla

 1 Charles Baudelaire, « Tristesses de la lune », Les Fleurs du Mal, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 63.