Pour étonner les étoiles
 

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Cyrano de Bergerac est devenu un héros national. Mais Edmond se fatigue à Paris et retourne à Cambo où il écrit Chantecler, pendant que son fils Maurice se laisse griser pour toujours par l'envoûtement de la poésie et que son deuxième fils, Jean, se passionne déjà pour les secrets de la nature. Le 7 février 1910, les Parisiens découvrent Chantecler.
C'est une catastrophe, un fiasco complet ; il ne s'en remet pas et retourne à Arnaga en septembre 1910.
Il voit pour la première fois passer un avion au dessus de son jardin. Il célèbre l'événement par un poème : Premier passage sur mon jardin :


J'avais sur la montagne
Un grand jardin secret
Mais le soir se levant du fond de la campagne
Le long biplan que l'oeil des bergers accompagne
Vint à ma solitude infliger un soufflet.


1914, la guerre éclate. Il est très affecté par les ravages qu'elle cause et le deuil de tant de familles. On retrouve des exemplaires de Cyrano sous l'oreiller de soldats morts à l'hôpital. Puis il apprend le décès de son père. Il est très affligé. Rosemonde lui écrit : "Pour étonner les étoiles"
 
POUR ETONNER LES ETOILES

Jadis, quand d’une âme légère,
Je respirais les églantiers,
Je croyais à tout sur la terre,
Je souriais au monde entier.
Mais bientôt j’appris qu’on frissonne
L’hiver, et qu’on tremble le soir,
Et qu’on a froid sans que personne
Vous réchauffe d’un peu d’espoir.
Et pourtant, sous le ciel sans voile,
Comme sur l’herbe et les talus,
Le printemps serait absolu,
Si pour étonner les étoiles,
Les enfants ne frisonnaient plus.

Plus tard, quand, d’une âme attendrie,
Je voyais venir les saisons,
Je sus que l’amour dans la vie,
N’est pas comme dans les chansons.
L’amour ce n’est jamais qu’un drâme,
Qui nous fait pleurer à la fin,
Car toujours on donne son âme,
Aux âmes qui ne donnent rien.
Et pourtant, sous le ciel sans voile,
Comme sur l’herbe et les talus,
Le bonheur serait absolu,
Si pour étonner les étoiles,
Les amants ne se quittaient plus.

Enfin, quand d’un coeur qui se penche,
Je connus mes frères humains,
J’appris que l’arbre et que ses branches
Devenaient fusils dans leurs mains.
Je vis que les hommes, mes frères,
Ne cherchaient qu’à fermer leur coeur,
Et dans le gouffre de la guerre,
Ils jettaient leur pauvre bonheur.
Et pourtant, sous le ciel sans voile,
Comme sur l’herbe et les talus,
L’avenir serait absolu,
Si pour étonner les étoiles,
Les hommes ne se battaient plus.