Les photographies
 

La Famille Rostand raconté par Jean Toche

L'accent

L'Hôtel du Clair de Lune

Le Bonhomme aux oiseaux

Dernière chanson 

Hanneton vole 

Les fleurs 

Les châteaux 

Pour étonner les étoiles 

Les photographies 

Le paradis et l'enfer 

Demain 

Paris 

Bye Bye

Depuis mille ans 

Le porte bonheur 

Nature reste telle que tu es 

Contact

Rosemonde raconte :
Edmond s'isole de plus en plus. Il nous trouve faux, menteurs, méchants, rapaces. Il écrit sur des feuilles volantes, griffonne des dessins, dont quelques uns sont très beaux. Il écrit, déchire, brûle.

Puis d'un coup, tout change, il apprend la reddition allemande prochaine. Il décide de rentrer à Paris le 10 novembre 1918. Une heure après son arrivée, c'est la signature de l'armistice du 11 novembre. Il entend tonner à la tour Eiffel le canon de l'armistice.
Il écrit à sa soeur à Marseille : "Jeanne, c'était poignant de penser, quand ce canon a tonné, qu'on ne se tuait plus, que c'était fini !".
Il reprend froid et la grippe espagnole s'installe. Le 1er décembre, on lui apporte les derniers sacrements. Le 2 décembre, il se réveille et dit "Agonie - Agonie" avant d'entrer dans un coma dont il ne reviendra pas.
Il avait cinquante ans, huit mois et un jour, c'était le 2 décembre 1918.
Rosemonde s'écroule sous la douleur et veut mourir aussi. Elle écrit : "Les photographies"
 
LES PHOTOGRAPHIES

Si je fais un jour la folie,
Oh, mes deux petits bien aimés,
Oui, de m’en aller tout pâli,
La main froide, les yeux fermés.
Ah, ne me laissez pas trop seul,
Entre les deux cyprés trop noirs,
L’été vient, déjà quatre meules
Sèchent dans la splendeur du soir.
La chaleur entr’ouvre les portent,
Les fleurs entrent dans la maison.
Ne me laissez pas là, tout mort,
Loin de vous et de la saison.
C’est bien assez que l’on oublie,
Mon pauvre coeur précipité.
Donnez à mes photographies
La permission de rester.
Elles auront sur votre route,
Des yeux reconnaissants et doux,
Cherchez les bien, prenez les toutes,
Et placez les autours de vous.
Celle où tenant un coquillage,
Je ne suis dans un petit rond,
Qu’un petit bonhomme sans âge,
Aux cheveux levés sur le front.
Celle où je lis un livre énorme,
D’un considérable format.
Celle où je porte l’uniforme
Lugubre de mon pensionnat.
Celle où mon amour s’émerveille
De pouvoir tenir dans mes bras
Vos deux têtes presque pareilles,
Cheveux bouclés et cheveux plats.
Que toutes ces pauvres images,
Qui représentent de leur mieux,
Tous mes rêves et tous mes âges
Restent toujours devant vos yeux.
Ne les enfermez pas, de grâce,
Dans un tiroir à souvenirs,
Les portraits enfermés s’effacent,
C’est leur manière de mourir.
Et si de voir de moi sans cesse
Tous ces regards, tous ces profils
Fait de vos chers coeurs de tendresse
Monter trop de pleurs à vos cils,
Si mort je pose sur vos vies
Quelques trop déchirants émois
Embrassez mes photographies,
Brûlez tout puis oubliez moi.