Le porte bonheur
 

La Famille Rostand raconté par Jean Toche

L'accent

L'Hôtel du Clair de Lune

Le Bonhomme aux oiseaux

Dernière chanson 

Hanneton vole 

Les fleurs 

Les châteaux 

Pour étonner les étoiles 

Les photographies 

Le paradis et l'enfer 

Demain 

Paris 

Bye Bye

Depuis mille ans 

Le porte bonheur 

Nature reste telle que tu es 

Contact

Une anecdote dont je fus le témoin, une veille de Noël : Jean Rostand demande à Germaine (l'employée de maison qui devait avoir environ 70 ans et suivait la famille depuis toujours, comme cela se faisait à l'époque), ce qui plairait à son petit-fils comme cadeau de Noël. "Je ne sais pas, Monsieur Jean, peut-être un vélo" répond-elle et lui fait un chèque de 1.000 F. Un vélo en ce temps valait 100 F. Elle lui dit donc "C'est beaucoup trop" - "Pourquoi ?", lui dit-il, "c'est moins cher ?" - "Oui", lui dit-elle - "Eh bien, le reste, c'est pour votre honnêteté".
Avec moi, c'était différent, il aimait mon accent, ma façon de parler, je lui rappelais son père. Il me faisait voir ses grenouilles. Moi, je n'avais aucune idée de ce qu'elles représentaient. Avec le temps, j'ai appris qu'en 1959, il était entré à l'Académie française et que, comme parrains, il avait eu Jean Cocteau et Georges Duhamel, qu'il avait découvert la parthénogenèse, c'est-à-dire le développement de l'oeuf sans fécondation, qu'il avait également inventé la conservation du sperme par le froid, ainsi que tant d'autres choses.
En 1971, il me demande de l'accompagner, car il était nommé président d'honneur du mouvement français pour le désarmement, la paix et la liberté.
De retour chez lui, il me dit : "Je vais te donner un texte de maman et une photo d'elle". Et il me les dédicace. Ce texte, c'était : "Le porte bonheur"
 
LE PORTE BONHEUR

Je t’ai donné pour ta voiture
un tout petit porte bonheur,
c’est une ligne d’écriture
qui semble écrite avec mon cœur.
Une petite ligne écrite
en argent sur fond de bois :
« ne va pas si vite
et pense à moi. ».

Toujours et dans chaque dédale,
où le destin te conduira,
sur la route nationale,
sur la place de l’Opéra,
la pancarte où mon cœur palpite
te dira presque avec ma voix :
« ne va pas si vite
et pense à moi. ».

Mais les routes sont périlleuses,
loin de la rue et des sentiers,
c’est pourquoi la phrase amoureuse,
il ne faut jamais l’oublier,
et si ton cœur se précipite
vers un garçon aux abois :
« ne va pas si vite
et pense à moi. ».

Enfin si du cher petit home
où nous logeâmes notre amour,
si l’amour, inconstant fantôme,
voulait arracher pour toujours,
s’il fallait qu’un soir tu me quittes,
sans oser répondre pourquoi :
« ne va pas si vite
et pense à moi. ».