Tchécoslovaquie

1984 - 1986

auf Deutsch

A la fin du stage, au retour de Thaïlande, j'apprends que je vais rester à Berne pour au moins 6 mois, en tant qu'assistant du responsable de la formation du personnel consulaire. J'en prends mon parti, bien que j'aurais beaucoup désiré repartir immédiatement dans un autre poste.

Pendant ces six mois donc, je vais être un parfait bureaucrate, vais m'occuper de préparer la documentation nécessaire pour la formation des jeunes stagiaires entrés en service au début de l'année 1984, de compiler les dossiers des candidatures pour le concours qui aura lieu au mois de mars, demander des compléments d'informations, des références, etc. Je serai fort occupé, jusqu'à la fin du mois de février, où il y aura une pause.

J'en profiterai pour entreprendre, avec André, un voyage en Afrique du Sud, une de mes collègues de formation se trouvant en poste à Johannesburg. On prend les contacts, achète les billets d'avion et débarquons après un retard conséquent. Hélène avait bien fait les choses. Logement, tour de ville, chants et danses zoulous, tout était organisé.

De même un tour de trois jours au Kruger Park, où nous verrons toutes sortes de bêtes de la savane ou, à tout le moins parfois, les traces de certaines (crottes d'éléphants sèches, traces de pas de panthères), les tisserins, zèbres, impalas,marabouts et autres babouins étant les plus communs des animaux présents.

Les réservations ayant été faites, nous nous rendons à la Ville du Cap par le Train Bleu, luxueux ensemble de 14 wagons pour moins de 180 passagers. Nous montons à la Montagne de la Table, dont nous devrons quitter le sommet pratiquement dans le brouillard… et la cabine du téléphérique n'a pas de fenêtres. Il y fait très froid.

Avec une voiture de location, nous nous rendons jusqu'au Cap de Bonne Espérance puis longeons la côte sud du pays jusqu'à Port Elizabeth, sans négliger de sortir de la "route des jardins" pour visiter ici un élevage d'autruches, là des grottes ou un parc national. Nous n'oublions surtout pas la visite des vignobles du Cap ni, à Stellenbosch, d'y déguster le Brandewijn et autres produits de la treille. Le voyage de retour sera comme celui de l'aller: avec un retard conséquent et, à mon arrivée à Neuchâtel, je me ferai traiter de "cochon d'étranger".  

Au début du mois d'avril, je charge ma voiture (une béhèmme d'occasion) et prends la route de Prague. Non seulement j'ai mal étudié la carte mais en plus,… je l'ai oubliée à la maison. Mais, passé la frontière, moment impressionnant de l'époque du rideau de fer, on n'a pas le choix. La route principale est tracée et il est difficile de s'en écarter. Comme je bredouille à peine quelques mots de tchèque (après quelques semaines de cours pris à la Migros), ce n'est pas le moment de me perdre.

J'arriverai finalement dans la plus belle ville d'Europe et m'installerai rapidement dans l'appartement de service qui m'a été dévolu, dans un charmant quartier, à un jet de pierre de la Vltava.

Je ferai, dans cette ville, une orgie de photos. L'ambiance générale est empreinte d'un romantisme permanent, exacerbé. Les luminosités sont changeantes et le même monument peut être photographié trois fois dans l'heure en étant chaque fois différent.

Le chef de chancellerie m'a contaminé de son virus de "chasseur de disques". Ceci nous permettra de visiter des quartiers où nous ne serions jamais allés, n'était la nécessité de trouver telle œuvre de tel compositeur, interprétée par tel orchestre, dirigé par tel chef ! Après Bangkok et l'exotisme, ce sera principalement la musique, un peu d'opéra, de ballet et de spectacle de mime. Mais les autres distractions sont rares. Aussi lorsque les collègues me proposent de participer au "bal du samedi soir", à savoir le bal annuel des marines de l'Ambassade US, organisé sur un vapeur en croisière sur la Vltava, je n'hésite pas. Et j'y rencontre une stagiaire de l'Ambassade de Finlande, à laquelle je demande au moins 5 fois son prénom durant la soirée, prénom que j'oublie régulièrement, au gré des verres de vin de Slovaquie et des danses endiablées durant lesquelles nous ne pouvons échanger un mot. Enfin, j'aurai fait la connaissance de Merja, qui doit retourner en Finlande quelques semaines plus tard, terminer son stage. Merja qui, en décembre terminera sa formation et … me rejoindra à Prague au début de l'année suivante.

Entre-temps, je suis rentré plusieurs fois en Suisse et y ai récupéré ma Honda 900, avec laquelle je sillonnerai Prague et ses environs. Ce n'est pas tous les jours que les Tchécoslovaques ont l'occasion de voir et toucher pareille machine. Je la parquerai donc sagement dans le parking de l'Ambassade, afin de ne pas me faire piquer les enjoliveurs et autres accessoires.

J'ai ainsi visité la basse vallée de l'Elbe, juste à la frontière avec la RDA d'alors, que l'on appelle d'ailleurs la Suisse de Saxe et, en été, de nombreux châteaux, dont ceux de Karlštein ou de Kokořín. Mais en fait, je ne suis jamais parti très loin de Prague.

Un jour du premier été, alors que nous déjeunions non loin du bureau, grosse excitation sur l'avenue Lénine, en face du restaurant. Un bus a dû éviter une voiture, a dérapé et est rentré dans une voiture parquée. Pas de chance, c'est la mienne, qui se retrouve avec le châssis faussé et doit partir à la casse. J'en retrouve rapidement une, un petit bolide de Ford Capri, ma première automatique.

Prague, à cette époque encore de l'Europe de l'Est et de celle de l'Ouest, du monde capitaliste opposé au monde communiste, est une permanence du secret. Les logements de service, mis à disposition par l'administration tchécoslovaque, sont truffés de microphones et de systèmes d'écoute. Le téléphone, le télex sont certainement en permanence espionnés et, vraisemblablement, la plupart de nos mouvements sont enregistrés d'une manière ou d'une autre. On vit avec les marques dans les murs, manifestement creuses; on ne parle, au bureau, à la maison, au téléphone que de choses anodines et, quand on a quelque chose de sérieux à raconter, on sort se promener, tout en sachant que les micros des services de sécurité ont une portée… intéressante. Anecdote: j'avais dans mon salon, une table en verre sur laquelle entre autres objets, j'avais déposé une boussole. Quelle ne fut ma surprise, un jour en levant incidemment les yeux de mon livre, de voir soudain l'aiguille de ladite boussole faire un tour complet ! Par triangulation, j'ai pu déterminer que le système dégageant un champ magnétique se trouvait sous le plancher, à la hauteur de la porte de communication entre le salon et la salle à manger. Mais que faire ? Toujours en parler très fort au bureau, lors de la pause-café, au moment où tout le monde se trouve réuni, y compris le traducteur, antenne notoire des services de sécurité… et laisser les choses continuer. A quoi bon détruire le matériel détecté ? Il aurait été remplacé dans la semaine, sans que quiconque n'y voie rien !

Merja est donc revenue à Prague. Nous vivons plusieurs mois ensemble et décidons le mariage. Las, la Finlande n'a pas d'accord avec la Tchécoslovaquie au niveau des documents d'état civil. Nous recevrons les ultimes documents correctement légalisés quelques jours avant la date prévue. Une connaissance, chef du protocole de la Ville de Prague à la retraite, nous sera de grande assistance dans nos tractations avec l'administration locale et, le 19 décembre 1985, nous nous dirons "oui" devant M. le Maire en grand apparat, dans l'Hôtel de Ville de la Vieille ville de Prague, sur Staroměstské Náměsti. Plus romantique, c'est difficile. Alors que nous étions devant M. le Maire, l'Ambassadeur était, lui, au Ministère des affaires étrangères, à convaincre les Tchèques de ne pas prendre de mesures de rétorsions suite à l'expulsion de Suisse de leur consul, convaincu d'activités d'espionnage.

Et nous vivons, un peu dans le vase clos de la toute petite communauté "occidentale", d'invitations en concerts, d'excursions en spectacles et, surtout, de promenades dans cette ville si romantique. Qui n'a pas vu le Pont Charles dans le brouillard d'un soir d'automne ou couvert de  neige ne peut qu'imaginer le romantisme permanent qui se dégage de cette cité.

Et un beau jour de 1986 est arrivé, quelque peu inattendu, le télégramme de notre transfert en Norvège. Ah… la Norvège, le retour à la civilisation, le retour à l'Europe de l'Ouest, le retour à une société offrant des services de bonne qualité. Nous avons idéalisé ce transfert, nous avons idéalisé ce nouveau pays, avant de le connaître! Mais… nous vivions, à Prague, dans un appartement intégralement meublé et équipé par la Confédération. Pas question donc d'emporter quoi que ce soit, à part quelques livres, bibelots et l'impressionnante collection de disques accumulés au cours du séjour. En Norvège, nous devrons nous débrouiller seuls pour le logement ! Alors donc, nous avons fait une étude en profondeur du catalogue IKEA et passé commande par télex à Munich. Nous avions de toutes façons prévu d'y faire halte en route pour visiter Saara et Rainer lors du voyage, qui nous amenait à passer quelques vacances en Suisse: il fallait bien présenter ma nouvelle épouse à qui ne la connaissait pas encore.