Sénégal

1994 - 1997

 auf Deutsch

Après le vol transatlantique qui nous ramenait de Colombie dans un Airbus  A340flambant neuf d'Air France, nous avons passé quelques trop courts jours de vacances en Suisse. Merja et les enfants en ont d'ailleurs passé une dizaine en Finlande et, à leur retour, nous rebouclions les bagages pour nous envoler vers l'Afrique.

 

A l'arrivée à Dakar, nous étions attendus au bas de la passerelle et, nos bagages rapidement récupérés, nous vidions les valises avant la tombée de la nuit. Non seulement nous avons immédiatement pu nous installer dans une villa de service meublée, mais une voiture était aussi disponible. Une Lada Niva déjà assez âgée, mais qui nous a permis, dès la première fin de semaine, de tenter de sortir de la ville.

 

La vaste villa se trouve dans un quartier résidentiel à l'ouest de la ville, non loin de l'aéroport, d'ailleurs pratiquement sous l'axe d'atterrissage. Elle est entourée d'un grand jardin parsemé d'arbres ornementaux, dont l'arbre du voyageur, symbole du Sénégal et (quelques) fruitiers. Nous ne pouvons malheureusement pratiquement pas jouir de ces derniers; les bananes font le bonheur des rats et rats de Gambie (que j'imaginais comme une sorte d'agouti africain, ce qui n'est pas du tout le cas, ce sont de vrais, énormes rats), les grenades celui des tisserins et fourmis, mangues et papaies celui des perroquets et les goyaves sont la proie des chauve-souris, volatiles que nous avons observés durant de nombreuses heures sans courant. Un petit garage séparé permet de garer la vieille Lada, que nous avons fini par acheter, et il reste encore suffisamment de place à l'extérieur pour y parquer la Toyota 4Runner et trois autres voitures. La ruelle est à moitié barrée par un énorme baobab.

 

Professionnellement, ce séjour au Sénégal sera très administratif; plusieurs logements de service meublés, la résidence et la chancellerie créeront beaucoup de travail à Jean-Didier: gestion des inventaires, rénovations lors des changements de locataires, entretien des piscines de la résidence et de la villa du conseiller (il faudra réviser quelques bases – c'est le cas de le dire – de chimie) puis, les mois passant et les dégâts architecturaux se faisant présents, il faudra refaire toutes les façades et les étanchéités de la chancellerie. Plus tard, le rez-de-chaussée de la résidence, où logent les employés de maison, devra être assaini car dans un état indécent; par la même occasion, la cuisine sera rénovée et modernisée. Ensuite, les lucarnes de la salle à manger seront transformées en vraies fenêtres puis cette pièce, ainsi que le grand salon, seront entièrement remeublés (et re-gestion des inventaires).

 

Au niveau consulaire, les affaires ont aussi été variées, du décès d'un Suisse par paludisme foudroyant en Gambie à l'assassinat d'une compatriote dans un quartier populaire de Dakar en passant par le suicide, au Mali, d'un désespéré, plusieurs arrestations et, encore et toujours, nos touristes naïfs qui se pointent sans visa et même sans passeport; ceux qui croient tout savoir et surtout pensent faire "des affaires en or", et se retrouvent avec leur chemise et, s'ils ont de la chance, encore leur billet de retour. 

 

Des voyages de service prévus dans chacune des capitales de l'arrondissement consulaire, seul un court séjour à Bamako aura finalement lieu. Au début de la saison sèche, le fleuve Niger, encore particulièrement imposant, était à peine au dixième de sa capacité et, entre les multiples bras, on pouvait voir paysans à la culture et bétail à la pâture. Bamako est formée d'un petit centre ville urbanisé, puis d'une immense surface de villas constellée de vergers et de jardins potagers. Mais, à part la poussière, je n'en ai pas conservé un souvenir impérissable.

 

Comparée à la Colombie l'insécurité est, à Dakar et au Sénégal en général, pratiquement inexistante. On rencontre certes une criminalité courante, ni pire ni meilleure que dans la plupart des capitales et qui nous contraint à avoir un gardien de nuit, mais narcotrafic, terrorisme ou enlèvements ne sont pas à l'ordre du jour; une guérilla indépendantiste existe en Casamance, à plusieurs centaines de kilomètres au sud de la capitale. Les enfants jouissent d'une liberté qu'ils ne connaissaient pas et ils ont eu beaucoup de peine à s'habituer (nous aussi d'ailleurs) à pouvoir aller librement sur la ruelle pour jouer, à se rendre au bloc voisin ou dans une des relativement proches villas pour y rencontrer leurs petits copains.

 

Dès notre arrivée au Sénégal, nous avons été surpris par l'absence quasi-totale de production locale sur le marché. La plupart des biens de consommation courante sont importés. L'eau courante n'est que partiellement potable et nous devons acquérir de l'eau minérale en bouteilles d'un litre et demi, alors qu'à Bogotá, nous trouvions des bidons de 50 litres d'eau purifiée; il faut changer les habitudes et, surtout, acheter en gros, à des prix intégrant outre des droits de douane élevés (dont nous sommes exonérés) d'énormes frais de transports.

 

 
L'économie locale étant majoritairement informelle, elle ne génère que très peu de rentrées fiscales et l'Etat doit bien trouver de quoi financer ses dépenses. La dévaluation du franc CFA en janvier 1994 n'a, en outre, pas arrangé les choses.

 

Le marché du travail est plus que précaire et les jeunes, souvent en plus chargés de l'entretien de la famille, essaient par tous les moyens de financer leur séjour et leurs études dans la capitale, petits boulots mal, voire pas payés et, parfois, la mendicité.

Malgré le manque d'emplois, malgré la paupérisation croissante, la majorité de la population tente de survivre dignement avec le peu de ressources dont elle dispose.

 

Pour rester en contact avec le reste du monde, nous avons souscrit notre premier abonnement à l'internet. Las, la qualité des centraux téléphoniques est telle que ce raccordement nous a apporté plus de frustrations que de satisfaction. Les liaisons sont constamment interrompues et "surfer sur le web" tient de la gageure. Heureusement, la poste électronique est rapidement envoyée et reçue, à cette époque on n'a pas encore l'habitude d'envoyer des photos en guise d'annexe.

 

La ville de Dakar consiste en un centre relativement moderne ayant conservé quelques bâtiments coloniaux, en de nombreux quartiers résidentiels de plus ou moins bonne qualité et, en grande périphérie, en banlieues "africaines" où l'on trouve des "concessions" familiales. Quelques bidonvilles, bien sûr, émaillent la ville.

 

La brousse est aux portes de la capitale. Dès qu'on s'éloigne de Dakar, on rencontre quelques cultures maraîchères, quelques marécages insalubres et la brousse où, à part les buissons, se trouvent de surprenantes forêts de baobabs. Le Sénégal est en zone sahélienne et la saison des pluies y dure environ deux mois. Durant cette période, orages, averses et tornades peuvent être parfois violents, mais l'eau du ciel est finalement peu abondante. En septembre, tout est vert, mais dès début novembre la sécheresse reprend ses droits et la végétation brûle très rapidement.

 

Les activités des enfants prennent beaucoup de temps; entre la danse, le judo, le tennis, la natation et l'équitation (Jean-Didier s'y est aussi mis), bien des kilomètres de taxi et de nombreuses heures d'attente sont effectués chaque semaine, dont la majeure partie incombent à Merja. Merja est également fort occupée entre le groupe des "dames diplomatiques" (organisation d'une kermesse annuelle aux fins de financer des projets de développement et surveillance desdits projets durant l'année), le groupe des "dames hispanophones", le groupe des "dames internationales de Dakar", un peu de sport, des leçons de coutures et, toujours, les horaires scolaires qui pressent de rentrer pour les repas. Disons des enfants qu'ils grandissent en beauté (c'est normal), en grâce (comme leur mère) et en sagesse (comme leur père), donc tout à fait normalement et qu'ils sont (très) bons élèves à l'école.

 

Jenni, qui s'ennuyait dans sa Finlande, nous a rejoints pour quelques mois, qu'elle a mis à profit pour parfaire ses connaissances de français… et pour passer le permis de conduire, ce qui lui vaudra d'acides remarques de retour dans son pays, où on ne conduit pas "comme en Afrique" !
 
Bien sûr, nous avons visité le pays. Les premières sorties, prudentes, jusqu'à la Pointe des Almadies, point le plus occidental de l'Afrique sur le Cap Vert, de quoi faire faire trempette aux enfants dans les rouleaux de l'Atlantique. Les vagues sont toutefois fortes et, pour nageoter, il est préférable de laisser les enfants dans une piscine. Les deux se débrouillent bien dans l'eau, Janne-Nicolas en permanence la tête sous l'eau (il faut donc chercher ses fesses pour le localiser) et Mari-Caroline, encore avec ses brassards, n'a pas la permission de s'aventurer dans la zone "profonde".

 

Puis, nous enhardissant, nous sommes allés jusqu'au Lac Rose, duquel sont, chaque années, extraites des

milliers de tonnes de sel et où nous avons tenté "les dunes et la plage" (il ne faut pas oublier de bien dégonfler les pneus, sous peine de rester enlisés) et enfin, comme ce n'était pas si terrible, nous nous sommes aventurés plus loin dans le pays. Nous passions occasionnellement les fins de semaine sur la "petite côte", dans les environs de M'Bour, où de nombreux Dakarois ont leur "cabanon" en bord de mer et où se trouvent plusieurs hôtels / clubs de vacances.
Nous passons aussi régulièrement quelques heures sur l'île de Gorée - accessible uniquement par "la chaloupe" - d'où de nombreux esclaves ont été embarqués pour les Amériques.

 

Lors de la visite de la mère de Jean-Didier, nous sommes allés en Casamance par le bac, bizarrement chargé, qui d'ailleurs chavirera quelques années plus tard en raison de surcharge. La Casamance est dans une zone plus humide que le nord du pays et on y rencontre forêts et agriculture. Le voyage de retour, par voie de terre, passera par la Gambie et le bac de Banjul.
 
 
Ce vaisseau ne sert qu'à traverser l'embouchure du fleuve et on y trouve surtout des piétons, du bébé au zébu, en passant par les moutons, chèvres, poules, motocyclettes, paquets, sacs de riz et même des voitures.

 

Nous avons également visité le parc du Niokolo Koba, à l'est du pays. On y rencontrerait, paraît-il, les plus gros lions d'Afrique. Et bien, nous ne les avons pas vus. Et, pour les gros mammifères, à part quelques hippopotames dans les trous d'eau de la Gambie dont voyait donc les oreilles, les yeux et le nez, le guide nous a montré, au loin en bordure du fleuve, des traces d'éléphant. Sinon quand même de nombreuses antilopes, des phacochères et des multitudes de pintades et autres oiseaux. Nous avons aussi fait la connaissance des mouches tsé-tsé.

La piste prise pour quitter la réserve nous a fait traverser plusieurs village et, à gué, le fleuve Gambie (oups... quelle est la profondeur ?) et quelques autres rivières, celles-ci heureusement à sec. La descente et remontée des berges sont impressionnantes.

 

Les parents de Jenni ayant fait le déplacement (via Moscou !) pour la Noël et Emil et Margaret nous ayant fait le plaisir de venir au même moment (même s'ils ont été quelque peu retardés par une grève des aiguilleurs du ciel), nous avons visité la réserve ornithologique du Djoudj, paradis des flamants, pélicans et autres bêtes à poils et à plumes. Nous y verrons d'innombrables variétés d'aigles ou de grues, crocodiles, phacochères ou serpents et chacun, maintenant, connaît parfaitement la différence entre un grand et un petit cormoran et ne confondra plus jamais un pélican avec un crocodile.
 
Au retour, nous sommes restés quelques heures à Saint-Louis, ancienne capitale, construite sur plusieurs îles dans l'embouchure du fleuve Sénégal. Malheureusement, les superbes édifices coloniaux à balcons, qui nous ont rappelé Cartagena en Colombie, sont mal entretenus, voire laissés à l'abandon.
 
Et, pour terminer le séjour de cette nombreuse équipe, nous sommes allés voir la spectaculaire arrivée du rallye Paris-Agadès-Dakar, perchés sur une dune à l'instar de plusieurs centaines d'autres spectateurs, non loin du Lac Rose, terminus du parcours. L'hélicoptère de prises de vue nous a copieusement ventilés et nous avons tous eu l'occasion de goûter à de véritables "sand"wiches.
 
Durant ce séjour africain, nous sommes aussi allés en Mauritanie. Une vraie expédition, contée dans une autre page.
 
Vers la fin du printemps 1997 s'est présentée l'opportunité de postuler une nouvelle affectation. Puisque c'est maintenant possible, Jean-Didier a fait acte de candidature pour Stockholm. Il "visait" en fait Helsinki, mais l'école française de cette capitale n'offre plus un enseignement encadré à partir de la sixième, niveau dans lequel Janne-Nicolas devrait passer l'année suivante.
 
Dès la mi-juin nous avons donc "remis ça ”: listes de déménagement, recherche d’un déménageur, emballage, des cartons partout à la maison, tentative de vente de la voiture. Comme les prix offerts n’atteignirent de loin ni ce que Jean-Didier se représentait ni, d’ailleurs, sa valeur effective sur le marché local, il a décidé de l’emporter en Scandinavie. Comme nous vivions dans un “logement de service entièrement meublé”, nous avons pu éviter de passer les derniers jours en hôtel et avons quitté Dakar, un samedi matin ensoleillé directement de la maison.