Balade en Mauritanie

1996

 

auf Deutsch

J’allais oublier - quelle mémoire, décidément ! - l’excursion... que dis-je ? l’expédition en Mauritanie. Très peu de photos, la pile de mon appareil était déchargée pratiquement à notre arrivée.

 

Nous sommes partis de Dakar dès potron-minet car nous avions prévu d’arriver à Nouakchott en fin d’après-midi. Tout s’est bien passé jusqu’à Saint-Louis, nous étions deux familles. Nous avons alors décidé de passer “par le barrage” pour éviter le bac de Rosso (on sait quand il est là, mais jamais quand il traversera le fleuve, un peu comme à Banjul). Au barrage justement, frontière avec la Mauritanie, première alerte: on me dit que ma voiture fait pshshshshshsh... allons donc ? Effectivement, il a fallu démonter la roue et se rendre au village voisin où le “mécanicien” a pansé ma chambre à air ... avec quels outils ! Retour au poste frontière. Là, le préposé mauritanien nous fait comprendre que maintenant il devrait aller déjeuner, mais qu’il nous fait quand même la faveur de nous laisser entrer dans son pays ... avant la pause, contre la remise d’un T-shirt ... par famille.

 

Quelques kilomètres de piste le long du fleuve et de la réserve des oiseaux du Djoudj, attention aux dromadaires, inexistants au Sénégal. Ce sont de très grosses bêtes, et elles se baladent sans contrôle dans les alentours des camps des nomades maures, surtout le long de la piste.

 

Nouvelle alerte, nous rencontrons les amis partis la veille avec leur petite Suzuki, qui avait d’ailleurs fait le voyage de Lagos à Dakar sans difficultés, capot ouvert, outils tout autour. Est-ce l’allumage ? est-ce la bobine ? en tout cas il n’y plus de courant. Alors on sort la corde et, sur la piste qui s’allonge et sur laquelle on n’a aucun repère, nous nous dirigeons, à moindre allure qu’auparavant, vers Rosso, côté Mauritanie. Après plusieurs heures de remorquage, nous y arrivons et abandonnons nos compagnons dans un atelier (on apprendra plus tard qu’un fil s’était tout simplement déconnecté du bloc de la clef de contact).

 

Et nous devons filer à Nouakchott, car l’heure a beaucoup avancé. A vive allure, nous traversons ce paysage couvert de dunes de sable rouge, sommes arrêtés ici par un contrôle de police, là par un troupeau de chèvres, ailleurs par les omniprésents dromadaires et, au coucher du soleil arrivons à Nouakchott-les-Bains. Installation dans une auberge, retrouvailles avec les autres participants venus la veille ou l’avant-veille, dernières courses pour les pique-niques à venir. Puis nous passons un moment au Club américain, seul endroit de Mauritanie où nous pouvons déguster une bière. Tant pis si c'est de la Budweiser. C’est à Nouakchott, dans une boutique africaine, perdue au fond d’un quartier pas trop mauvais quand même, que Merja a dégotté du café de Colombie d’importation (?) directe; du coup, elle a acheté les 3 paquets qui restaient.

 

Le lendemain, départ avant le lever du soleil que nous pouvons admirer par delà les dunes qui cernent la ville et même y pénètrent. La route est droite, désespérément droite, et bien macadamisée durant quelques heures. Puis nous passons Akjoujt, première localité “importante” (où nous devrons d’ailleurs nous arrêter au retour) et attrapons la piste. De goudron nous n’entendrons plus parler durant les prochains jours et ne le verrons non plus. Nous roulons à vive allure et devons donc conserver un écart respectable entre les véhicules pour ne pas être gênés par la poussière, aussi bien au niveau de la visibilité que de la respiration. Comme il y a des travaux en route, il nous faut carrément passer dans le sable, suivant des marques aléatoires, parfois fugaces laissées par des véhicules antérieurs, il y a combien d’heures ? Parfois, nous perdons tout contact visuel avec le chantier que nous sommes censés longer. Et l’angoisse me prend. Que se passera-t-il si nous nous ensablons ? Mais foin d’inquiétude, nous retrouvons à chaque fois la piste, même si elle est souvent complètement ensablée et qu’on se demande si on traversera le banc. Nous n’avions cependant aucune raison de nous inquiéter, avec nos tout-terrains.

 

Puis, au milieu de nulle part, quelques épineux et la vision baroque, surréaliste même, de cette cahute avec une pompe à essence et un grand panneau “bienvenue”. Quelques uns d’entre nous ont profité de l’aubaine pour compléter les réservoirs, car nous ne savons pas où et quand nous rencontrerons la prochaine station-service. Les fûts de carburant y sont amenés d'une réserve quelque peu écartée en carriole à âne. Nous avons alors commencé à monter dans l'Adrar, une fois sur une piste encore utilisable, puis une deuxième fois. Cette fois, ça n’était plus de la piste mais des escaliers. Et encore, de les monter, ça allait, mais penser qu’il faudrait, plus tard, ... redescendre .... Arrivés en haut, quels paysages se sont offerts à nos yeux. Fort Saganne a été tourné dans cette région. Ceux qui ont vu cette série sauront ce que nous avons admiré.

 

En fin d’après-midi, nous arrivons à Chinguetti, but de “l’excursion” et vraiment dans le Sahara profond, où les dunes atteignent des hauteurs (presque) vertigineuses, et où on ne voit plus, au loin, qu’une mer de sable, sans fin, de tous les côtés - à peine serons-nous arrivés que la pile de l'appareil de photo refusera tout service. Nous y passons deux jours, et surtout deux nuits. A 22.00 h, la génératrice est arrêtée et on peut jouir d'un ciel sans aucun nuage ni, surtout, aucune pollution lumineuse. Presque au zénith on admire la comète de Hale Bopp, et nous tentons de reconnaître les constellations et les diverses étoiles qui nous surplombent. Nous passons ces deux journées à nous balader dans les dunes, promenade à dos de dromadaire, visite de l'antique bibliothèque regorgeant de trésors, des jardins difficilement irrigués, puis rebroussons chemin.

 

On s'arrêtera en route pour observer quelques unes des peintures rupestres, nombreuses dans la zone. Et, passé Atar, carrefour où la route file vers Nouadibhou et le Maroc, nous ferons halte dans le havre de tranquillité qu'est l'oasis de Terjit. Je fais un peu la gueule. Non seulement j'ai conduit toute la journée, mais à l'arrivée, il me faudra remplacer la roue qui avait été "retapée" à la sortie du Sénégal et, ensuite, transporter tous les bagages au campement. Mais quelle paix. Au fond d'un petit cirque, l'eau tombe le long de la falaise et nous dormons sous les typiques tentes mauritaniennes.

 

Au petit matin, départ pour Nouakchott. Et on commence à apprendre ce que signifie vraiment crevaison. Après quelques heures de route, celui d'entre nous qui avait déjà détruit un pneu à l'aller se trouve à nouveau à plat. Et aucune des voitures n'a de roue adaptée à sa voiture et d'ailleurs aucun de nous n'a de roue de réserve "entière"  ! Nous envoyons alors l'une des voitures à Akjoujt avec toutes les roues crevées. Nous attendrons plus de trois heures au milieu de nulle part, sans même voir un enfant quémandant un cadeau, en plein soleil, le retour du "sauveur", qui s'était lui aussi trouvé en situation critique, heureusement à l'entrée de la ville. Les roues remises en place, il s'agit de trouver un pneu pour remplacer celui que notre ami avait déchiré. Nous nous arrêtons donc à Akjoujt et réalisons que l'un d'entre nous a laissé sa "clef de boulon" sur le lieu de la panne. Allez retrouver un écrou au milieu du désert !! Il en fera alors bricoler un par un mécanicien local et nous attendrons, de plus en plus nerveusement, près de deux heures. La nuit sera pratiquement tombée lorsque nous repartirons et c'est dans une obscurité profonde qui nous arriverons, enfin, à Nouakchott.

 

Le lendemain, il faudra rapidement rentrer à Dakar, car Jean-Didier doit partir deux jours plus tard suivre un cours de formation en Suisse.