Haïti

2001 - 2003

 

auf Deutsch

A fin février 2001, Jean-Didier quitte les frimas suédois, où restent Merja et les enfants afin de terminer l'année scolaire, pour arriver à Port-au-Prince après une très longue journée de voyage. Le lendemain de son arrivée est "lundi-gras", jour férié précédent les festivités du mardi-gras et du carnaval. Il passera deux jours de congé au bureau avec son prédécesseur, qui n'est autre que son ancien stagiaire d'Oslo, récemment renfort à Stockholm. Il sera ensuite seul expatrié – et consul de carrière - dans ce Consulat général honoraire dépendant de l'Ambassade à Mexico
 
Des émeutes violentes secouent la capitale haïtienne juste après (ou à cause de ?) son arrivée. De tels évènements appartiendront d'ailleurs bien vite à la routine, de soi-disant tentatives de coup d'état en "manifestations de soutien" au pouvoir.
 
Durant les trois premiers mois de "solitude", Jean-Didier aura eu l'occasion de visiter de nombreux logements et de faire un tri préliminaire, de prendre divers repaires: restaurants, supermarchés, etc. et d'acheter une voiture (ce sera, cette fois, une Honda CRV, qu'il n'aimera pas).
 
Le déménagement de Suède aura lieu très rapidement et la durée des congés obtenus, comprenant un cours d'une semaine et plusieurs journées d'entretiens en Suisse, n'a pas permis de jouir de beaucoup de vacances. Et nous nous envolons tous pour Haïti, où Jean-Didier devait être impérativement de retour à mi-juillet.
 
Port-au-Prince se trouve au fond d'une baie, sur une plaine barrée au nord et au sud par des montagnes (les mornes) dont la forêt a pratiquement disparu. Du côté sud, ces montagnes ont été colonisées à l'époque par les riches propriétaires recherchant un peu de fraîcheur. On réside facilement jusqu'à 1'500 mètres d'altitude, où il n'y a pas besoin de climatisation, même en pleine saison sèche.
 
Au premier niveau, on rencontre Pétion-Ville, où se trouve le Consulat général de Suisse et nous nous installerons de ce côté-là, même si l'école française en est assez éloignée. Après quelques (trop longues) semaines d'hôtel, nous emménagerons au Morne Calvaire dans la "maison de Richard Burton", quelque peu au-dessus du quartier où se trouvent les bureaux.
 
Cette maison, pleine de charme, est bâtie sur 5 niveaux contre le flanc escarpé d'une ravine encore boisée. Point de vue sur la plaine, mais quel calme, certes troublé par les coqs insomniaques et la disco du samedi soir en contrebas.
 
Le paysage aux alentours de la capitale est plutôt austère. Les montagnes sont pelées, on peut voir ça et là, un arbre se détacher sur une crête, leurs flancs sont recouverts de garrigues, souvent en feu pendant la saison sèche; on rencontre heureusement encore quelques bosquets.
 
L'énergie est livrée au compte-gouttes et de manière tout à fait anarchique, de préférence au milieu de la nuit, de telle sorte que les logements sont équipés d'inverters (transformateur du courant d'une série d'accumulateurs, afin d'assurer une alimentation minimum) et, souvent aussi, de génératrices. De nombreux quartiers, dont celui où nous vivons, ne sont même pas raccordés au réseau d'eau courante, de sorte que les maisons sont équipées d'un système de récupération des eaux de pluie et de gigantesques citernes. Un bien à gérer très précieusement, si on ne veut pas être obligé d'acheter des camions d'eau - secteur économique très prospère –et alternative à laquelle nous serons bientôt contraints. L'eau est ensuite pompée de la citerne dans un réservoir sis sur le toit des maisons, de manière à assurer un minimum de pression dans les robinets.
 
L'une des premières tâches de Jean-Didier fut de déménager les bureaux dans des locaux plus spacieux et clairs; les conditions de travail n'étaient plus décentes et il a suffi de passer du 1er au 3e étage du bâtiment pour qu'elles s'améliorent de manière notoire. Il a vu aussi son cahier des charges élargi de nombreuses tâches, dont des rapports d'observation réguliers de la situation politique, particulièrement agitée, aider les très rares entreprises suisses qui désirent commercer en Haïti et tenter de marquer un minimum de présence culturelle.
 
L'économie haïtienne ne peut être qualifiée que de sinistrée. La majeure partie de la (toute petite) classe possédante n'est pas encline au partage. On trouve dès lors deux systèmes économiques en parallèle: l'un destiné aux "riches" – on trouve à Port-au-Prince la dernière mode de Paris, Rome ou Londres aussi bien que les produits de luxe des Champs-Élysées – l'autre, informel, destiné à la majorité de la population qui vit dans des conditions de misère et d'insalubrité qu'il faut côtoyer pour les imaginer. Le salaire minimum d'un ouvrier est de 32 gourdes par jour, moins d'un dollar américain. Le taux de chômage de la population active est estimé à plus de 60 % et l'Haïtien moyen passe la plus grande partie de son temps à la recherche de la nourriture quotidienne de la famille.
 
L'instruction publique est dans un état déplorable et les enseignants du secteur public font preuve d'un idéalisme extraordinaire pour tenter d'inculquer les rudiments de l'écriture, de la lecture et du calcul à des enfants qui sont le plus souvent absents, occupés qu'ils sont à aider leurs parents à trouver la subsistance quotidienne. Le taux d'analphabétisme du pays est estimé à près de 80 %. Les enfants de la classe possédante et de la (toute petite) classe moyenne fréquentent les innombrables écoles privées existant dans le pays et offrant un niveau d'instruction de bonne qualité.
 
L'Haïtien est patient et a une âme d'artiste. Haïti dispose d'un très grand nombre d'écrivains, de poètes et de peintres, vivants ou décédés. La peinture est d'ailleurs certainement la production la plus exportée du pays, avec la main d'œuvre, très appréciée à l'étranger et les mandats envoyés par les expatriés à leurs familles représentent une partie importante du PNB.
 
Avec le retour de Jean-Bertrand Aristide au pouvoir par des élections ayant connu un taux d'abstention record, et des fraudes si massives lors des élections parlementaires antérieures que les bailleurs de fonds ont gelé toute assistance financière aux instances gouvernementales, la situation politique est proche du chaos. Deux camps aussi intransigeant l'un que l'autre campent sur leurs positions. Le pouvoir attribue le délabrement de l'économie à la suspension des versements de la communauté internationale, et l'opposition a beau jeu de le fustiger à ne rien faire pour débloquer la situation. Le pouvoir tente, par des moyens plus que déplorables tels deux "tentatives de coup d'état" totalement rocambolesques, de museler l'opposition. Puis, par l'organisation d'émeutes et la mise en place d'un régime de terreur, d'en éliminer les dirigeants ou de les chasser à l'étranger. L'Organisation des Etats Américains publie résolution sur résolution pour tenter d'aider à résoudre la crise, résolutions qui restent lettre morte lorsqu'il s'agit de les concrétiser par l'équipe au pouvoir, qui tente de mettre en place un système dictatorial, qui s'appuie principalement sur des groupes criminels. La fuite calamiteuse de Jean-Bertrand Aristide, au début de 2004, en sera la chute.
 
En ce qui concerne les droits de l'homme, ceux-ci sont bafoués de la pire manière – fin 2001, un journaliste a été littéralement charcuté par une foule en délire, sous prétexte qu'il était membre de l'opposition politique – et le pouvoir ferme les yeux sur les quelque 300'000 enfants (nombre estimé par les organismes de protection) qui sont pratiquement réduits à l'esclavage (les "restavèk", voir entre autres http://fr.wikipedia.org/wiki/Restavec) et ne prend aucune mesure pour améliorer leur sort.
 
Professionnellement, Jean-Didier s'occupe d'une petite communauté de Suisses et devra aussi pratiquer beaucoup d'administration. La mise en ligne de l'installation informatique n'ira, par exemple, pas sans difficultés; La récupération d'informations de la part des autorités est également très difficile. En outre, les déplacements sont compliqués, il faudrait avoir deux voitures pour pouvoir vraiment coordonner les transports des enfants.
 
La première année d'école en Haïti sera, pour les enfants, quelque peu décevante. Une prof de français les dégoûtera malheureusement de cette matière. Par chance, elle sera remplacée dès l'année suivante et les ils reprendront rapidement leurs anciennes habitudes d'excellents élèves.
 
Les voyages et vacances seront toujours fonction des possibilités de remplacement de Jean-Didier. Ainsi si nous pouvons visiter quelque peu les environs de Port-au-Prince durant les fins de semaine, il faudra attendre un remplacement pour vraiment pouvoir visiter la région.
 
Nous pourrons faire un premier saut, très court, à Saint Domingue et, lors de l'interruption du carnaval, nous rendre quelques jours en Floride, assister à un concours hippique à West Palm Beach et profiter de faire quelques achats à Miami.
 
Puis partir "en expédition" au Cap Haïtien, où nous visiterons la Citadelle La Ferrière, construite par le roi Christophe au début du 19e siècle (qui a coûté la vie de dizaine de milliers d'ouvriers et n'a jamais été d'aucune utilité militaire ni stratégique) et les ruines de son Palais Sans-Soucis, réplique de celui de Potsdam, détruit par un tremblement de terre.
 
Par des pistes épouvantables, nous nous rendrons ensuite en République Dominicaine où nous avons retrouvé des routes de bonne qualité jusqu'à Las Terrenas, où nous nous rendrons régulièrement par la suite.
 
Nous aurons la possibilité de passer les vacances d'été 2002 en Suisse, en passant par Miami où nous serons dirigés… sur le salon des expulsions, car nous aurions résidé illégalement aux USA !!
 
Tout se résout et nous visitons les parcs Disney à Orlando et la base de lancement d'engins spatiaux de Cape Canaveral.
En Suisse, nous nous rendrons régulièrement sur les sites de l'Expo02, qui se trouve à nos portes.
 
Nous ferons également une excursion en Bretagne, histoire de retrouver d'anciens amis dakarois, savourerons une raclette chez Jérôme et, bien évidemment, courrons d'un magasin l'autre pour faire le plein des objets dont on manque cruellement à Port-au-Prince.
 
Durant la dernière année, nous pourrons observer les baleines venues accoucher et se reproduire dans la baie de Samana, en République Dominicaine, aurons à cette occasion la chance d'assister à un saut de baleine.
 
Nous nous rendrons plus tard au fort intéressant carnaval de Jacmel, en compagnie d'un couple de retraités finlandais qui passe l'hiver sous les tropiques et que nous retrouverons par la suite et, lors de l'interruption de Pâques, Janne-Nicolas accompagnera quelque uns de nos amis durant trois jours dans la "Forêt des Pins", à la frontière entre Haïti et la République Dominicaine, où ils marcheront dans les Mornes.
 
Mais de grandes vacances il n'y aura plus, puisque, au milieu de l'été 2003, nous partirons directement pour le Chili.