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De la proximité en formation à distance

publié le 1 mars 2011 à 12:56 par Jacques Rodet   [ mis à jour : 1 mars 2011 à 12:58 ]

Adrien Ferro lors de la conférence qu’il a donnée au récent ilearning Forum (cf. la vidéo http://www.vimeo.com/19592598) remarquait que le contraire de la distance n’est pas la présence mais la proximité. Le contraire de la présence étant l’absence. Il ravivait ainsi le propos que Geneviève Jacquinot tenait en 1993 dans son article Apprivoiser la distance et supprimer l’absence ? ou les défis de la formation à distance (Revue Française de Pédagogie, 102, 55-68)

Cette notion de proximité me semble pouvoir être interrogée à partir de la posture de l’apprenant. De quoi, de qui l’apprenant à distance doit-il être proche ? Du savoir ? Du contenu qui le supporte ? De l’institution ? Du concepteur pédagogique ? De son tuteur ? De ses pairs ? De lui-même ?

L’apprenant proche de lui-même

Etre proche de lui-même pour un apprenant consiste dans un premier temps à reconnaître, à accepter son statut d’apprenant. L’expérience montre que tous les publics, du moins les individus, ne sont pas tous égaux par rapport à cette reconnaissance. D’une part, des personnes qui ont des souvenirs parfois douloureux de leur scolarité appréhendent de se retrouver dans la posture d’apprenant que ce soit en formation continue ou en formation professionnelle. A l’opposé, les enseignants et les formateurs, habitués à être de « l’autre côté », éprouvent fréquemment des difficultés à investir leur rôle d’apprenant. Leur remise en cause du formateur n’est pas la moindre des manifestations de ce refus de changement de position.

Accepter la situation d’apprenant c’est avoir fait le constat de la nécessité d’aborder des champs de connaissance nouveaux pour soi. C’est avoir pris conscience que l’on ne sait pas et que ce manque peut être comblé par l'apprentissage. C’est sortir de l’état « je ne sais pas que je ne sais pas » pour celui de « je sais que je ne sais pas » condition nécessaire pour entrer en formation. L’objectif de celle-ci étant par des activités d’émergences de connaissances préalables d’amener l’apprenant à prendre conscience qu’il ne sait pas toujours qu’il sait puis à savoir qu’il sait.

L’apprenant proche de lui-même est aussi une personne qui est capable de poser un regard distancié sur ses manières d’apprendre, sur ses préférences cognitives, sur son rapport affectif avec l’acte d’apprendre. C’est donc un apprenant qui s’investit dans des tâches d’ordre métacognitif dont les bénéfices sont sensibles sur l’exercice de son autonomie et sur l’entretien de sa motivation.

L’apprenant proche de ses pairs

L’apprentissage est un acte social ! A travers cette affirmation sous forme de slogan, il faut comprendre que l’apprenant construit largement ses connaissances dans l’altérité, dans le dialogue argumenté avec ses pairs. Exprimer ses représentations sur un champ de connaissances, les confronter à celles des autres permet de les affiner, de les approfondir, de surmonter le conflit cognitif. Si pendant très longtemps la formation à distance n’offrait que peu d’occasions d’échanges avec ses pairs, l’apparition et l’utilisation pédagogique de nombreux outils de communication font que la collaboration est devenue presque incontournable dans un dispositif de FOAD.

Un apprenant proche de ses pairs est donc une personne qui accepte, recherche, la mutualisation, le débat argumenté et critique, la sollicitation de l’aide, qui aide à son tour, qui considère que les interactions qu’il initie avec les autres apprenants sont autant d’opportunités d’apprentissage.

L’apprenant proche de son tuteur

Un apprenant proche de son tuteur n’appréhende pas, n’hésite pas à le solliciter. Or demander de l’aide ne va pas toujours de soi (cf. Le tutorat en formation à distance, pp. 163-164, De Boeck, 2011). Il lui faut donc oser s’investir dans la relation tutorale. Le tuteur n’est pas sans responsabilité dans l’établissement de la relation tutorale qui exige, pour être efficiente, la construction progressive d’un état de confiance entre l’apprenant et lui. Abandonner la posture du magistère est certainement une des premières nécessités de la pratique tutorale pour faciliter la proximité de l’apprenant avec son tuteur.

Un apprenant proche de son tuteur est aussi une personne qui identifie précisément ses besoins de support, le périmètre d’intervention du tuteur, qui est en mesure de présenter de manière claire l’aide qu’il recherche. Mais c’est également une personne qui en développant son autonomie saura progressivement solliciter dans une moindre mesure son tuteur tant la relation tutorale n’est pas une fin en soi mais un moyen au service de l’atteinte de ses objectifs d’apprentissage par l’apprenant.

L’apprenant proche du concepteur de la formation

En formation à distance, il est très courant que le concepteur de la formation n’intervienne pas du tout au moment de sa diffusion. Il n’est donc présent qu’à travers le dispositif qu’il a conçu et les intentions pédagogiques qui ont été les siennes.

Etre proche du concepteur consiste donc pour un apprenant à identifier ces intentions, à les comprendre et en mesurer les exigences sous forme de tâches d’apprentissage à réaliser. Cette proximité dépend donc de la manière dont les objectifs de la formation, les modalités choisies, la structure générale du parcours de formation sont exposés dans les ressources du dispositif.

A cet égard, il apparait important de permettre à l’apprenant d’avoir une visibilité la plus grande possible de l’ensemble du parcours, dès le début de la formation, voire avant. Ce n’est qu’à cette condition qu’il sera capable de s’y investir en toute connaissance de cause et de réfléchir aux moyens qu’il doit mobiliser pour persévérer et réussir dans son apprentissage.

L’apprenant proche de l’institution

Les rapports de l’apprenant avec l’institution sont essentiellement d’ordre administratif, organisationnel et commercial. La proximité de l’apprenant avec l’institution revient essentiellement à cette dernière. Son offre est-elle visible, compréhensible, attrayante ? Son organisation est-elle pertinente, identifiable ? Son administration est-elle efficace, à même de répondre aux cas particuliers ?

C’est en fonction des réponses que l’institution apporte à ces questions que l’apprenant est en mesure de développer un sentiment d’appartenance à l’institution de formation.

L’apprenant proche contenu de la formation

Chaque apprenant a des préférences cognitives, l’un préfère apprendre en écoutant, l’autre en voyant, un autre encore en faisant, etc. Les cognitivistes ont identifié de nombreux profils cognitifs. Pour ma part, je préfère l’expression de préférences cognitives car le terme de profil me semble par trop définitif et enfermant. Si un apprenant apprend plus facilement en faisant, cela ne le disqualifie pas pour autant pour réaliser des tâches d’apprentissage où sa vue, son ouïe sont davantage sollicitées. D’ailleurs, un des objectifs de toute formation n’est-il pas de donner l’occasion aux apprenants de se perfectionner dans leur « métier d’apprenant » ?

Il n’en reste pas moins que la proximité d’un apprenant avec le contenu dépend de sa forme médiatique et de son fond. La responsabilité de l’établissement de cette proximité incombe au concepteur qui doit faire des efforts d’imagination afin que le contenu puisse rejoindre les apprenants dans leurs préférences cognitives et qu’il soit présenté dans des termes accessibles.

L’apprenant proche du savoir

Le savoir n’est certainement pas à considérer comme un graal dont la quête serait permanente et son objet définitivement inaccessible. L’approche par compétences qui s’est popularisé ces dernières années mais aussi de manière concomitante et parfois concurrente, le développement des pédagogies constructivistes, la fugacité de la pertinence des connaissances en perpétuelle évolution sont autant de facteurs qui « repositionne » le savoir.

Etre proche du savoir pour un apprenant consiste certes en l’acquisition, construction de connaissances qu’il pourra transférer et manipuler dans son contexte mais c’est aussi une manière d’être. Accepter de ne pas tout savoir, renoncer au fantasme de l’omnipotence, se servir du conflit cognitif pour modifier, réorganiser ses représentations conceptuelles, identifier ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas, sont autant de postures qui permettent à l’apprenant d’entretenir un rapport de proximité avec le savoir.


Cet article voulait traiter de la proximité de l’apprenant avec les acteurs et les éléments constitutifs d’une formation à distance. Pour autant, il est loin d’épuiser le sujet de la proximité. D’une part, la proximité de l’apprenant pourrait être abordée par le biais de la sociologie, de l’heuristique, de l’analyse institutionnelle, et bien d’autres démarches scientifiques auxquelles je n’ai pas eu recours. D’autre part, la proximité en formation à distance ne concerne pas que l’apprenant. Comment par exemple s’exprime-t-elle, peut-elle être vécue, entre les tuteurs et l’institution, entre les tuteurs et les concepteurs, entre le savoir et les concepteurs, entre les tuteurs entre eux, etc. ? Il y aurait là matière à des recherches empruntant à la complexité et à la systémique qui restent à mener.

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