... Selon Pascal PAYEN APPENZELLER

Vierge Marie…

Parlons d’abord de cette Myriam, sœur d’Aaron et Moïse, qui, après le passage de la Mer rouge à sec, joue du tambourin et entraîne les femmes dans la danse, improvisant ce cantique : « Chantez le Seigneur, il a fait un coup d’éclat. Cheval et cavalier, en mer il les jeta ». Marie vient de la version araméenne, Mariam, en grec Maria.

Vierge, un état impossible et même contre nature pour le judaïsme qui attend de la jeune fille qu’elle s’abandonne à l’époux qui la rend mère… En lisant cette phrase, ne voit-on pas que le mariage mystique de Marie est fidèle à la tradition qu’elle sublime ! Le cantique de louange, le Magnificat, qui est mis dans sa bouche, est une réplique du chant de Myriam célébrant le miracle juste.

Voyage vers la Terre Promise, et promesse de Nouvelle Alliance, de Myriam à Marie, l’attente et sa réalisation, l’expérience et l’initiation, constituent les symboles qui servent de balises et de fondations à une histoire qui fait peu à peu de la Vierge Marie des juifs, la figure universelle, à la fois horizontale et verticale.

Les sociétés, puis les évêques, puis les siècles, n’ont cessé de former et transformer la figure de la mère de Jésus et d’en faire la médiatrice, la représentation, de notre intelligence du monde. Dans un premier temps, la politique s’en empare et la couronne, impératrice en Orient, et souveraine en Occident.

A Notre-Dame de Paris, sur la clôture du chœur, vierge mère assise sur son trône, elle reçoit des « rois » mages l’hommage de l’or, manière qu’à l’église de rappeler au roi de France qu’il lui doit l’impôt… La souveraineté spirituelle s’applique à la lettre au temporel.

Reine du ciel et de la terre, la Vierge Marie conquiert une place déjà accordée à Eve, relier l’homme à la conscience divine originelle et son avenir d’être libre.

En ce sens, Vierge Marie et Vierge Mère ont pour parèdre Marie Mère de l’Homme Dieu, matrice de toute généalogie à lire dans les deux sens du temps qu’elle rend réversible,  surtout  si l’on songe que l’Evangile met d’abord  l’accent sur sa double fonction de mère du fils de David et d’Adam, et vierge fidèle, témoin de la parousie.

Alors qu’est-ce qui différencie cette mère du rabbin/prophète/fils de Dieu, que la Gnose considérera comme l’épouse par excellence,  de toutes les déesses matrices de la Perse ou de l’Inde anciennes par exemple ? Sa réalité.  Son Eros, effet,  se transmet à la chair du Fils que les évangiles postérieurs marient à l’autre Marie… Madeleine. Les extatiques impriment dans leur propre chair son martyre : le Mystère est incarné à toujours.

L ‘iconographie surabondante transmet l’histoire de  la Vierge Marie de deux manières. En mouvement avant le mariage, travaillant, marchant, agenouillée, assise familièrement au côté de son fils et des apôtres, dressée majestueuse comme gracieuse avec l’enfant contre la poitrine, ou lors des apparitions lorsqu’invoquée par la prière elle se comporte comme une guerrière pour combattre le diable, ou encore parole penchée vers l’humanité. Immobile et lente sur son lit d’accouchée, assise et présentant le fils à l’adoration ou que ce même fils après son Assomption dépose sur sa tête la couronne de reine du ciel…

La Femme, première sauvée de l’humanité, n’est jamais si quotidiennement émouvante qu’en cet événement de Noël qui la réunit au solstice. Le monde qui vient la visiter naît en même temps qu’elle accouche.

 

Pascal Payen Appenzeller

Historien
Expert stratigraphe du Patrimoine
 

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