... Selon Dominique LACONTE

De Marie à l'Art Sacré
La piété populaire n’a pas attendu la formule dogmatique du Concile d’Ephèse (431) : « Mère de Dieu », pour vénérer la vierge Marie. Les relations entre les Chrétiens et la Vierge se lisent aussi bien dans les nombreuses prières qui lui sont destinées que dans sa représentation peinte, sculptée... La plus célèbre des prières mariales commence par les paroles de l’archange Gabriel lors de l’Annonciation et de la Visitation (Luc 1/28, 1/42) 1. Le Verbe s’est fait chair et s’est incarné dans son sein. Marie enfante dans la virginité.
Ce n’était pas la première naissance miraculeuse! Isis, la déesse égyptienne mère d’Horus6, Maya la mère de Bouddha eurent des enfantements relevant aussi du miracle. Les premiers Chrétiens, dans les catacombes de Rome, représentaient la Vierge en orante, en prière, les bras levés pour signifier l’appel suppliant à Dieu de les protéger. Cette fonction de protectrice trouve un écho immédiat dans toutes les Eglises. L’Eglise Orthodoxe l’associe à la divine Sagesse (Sophia) 5, comprise comme celle qui est l’unité entre le ciel, le divin et la création, le terrestre. Elle est le confluent entre l’humain et le divin. Elle est le symbole Mère de l’Eglise 3 qui abrite en son sein le Christ en Gloire. La Vierge Marie est aussi celle qui intercède pour les Hommes, celle qui le jour du Jugement Dernier demandera plus de clémence au Christ en leur faveur. La Bienheureuse Marie 2 est avant tout la mère terrestre du Christ et lorsqu’elle nourrit à son sein son Divin Enfant, ne représente t’elle pas celle qui nourrit du lait spirituel l’ensemble des fidèles ? Une sculpture de l'époque romaine, nous rapelle qu'Isis nourrissait au sein son fils Harpocrate Horus. 
L’image de la Vierge trônant 4avec l’enfant Jésus, hiératique telle une « déesse mère » de l’antiquité est, petit à petit, remplacée par des images de Tendresse où l’enfant Jésus  pose doucement sa joue sur celle de sa mère7. Fusion et amour indissoluble entre Marie et Jésus. Néanmoins, elle reste silencieuse car elle connait le destin de celui qu’elle a enfanté. « Le voilà, je le donne pour racheter les hommes du péché originel, suivez sa voie » semble dire La salvatrice des âmes. Aussi, rares sont les humains qui restent insensibles devant La Piéta: Notre Dame des Douleurs. Avec le temps, l’image de la Vierge se transforme. Les iconographies se multiplient au rythme des miracles, des apparitions, des vocations qu’elle suscite. En occident, La Vierge de Lourdes reste le miracle le plus populaire. Cette mère que le Coran met au dessus de toutes les femmes au point de lui consacrer une Sourate (19 : Myriam) est aussi un pont entre l’Ancien et le Nouveau Testament (Esaï 7/14) 10.

L’art sacré devenu un art religieux fut, jusqu’à la Révolution, une source féconde pour les artistes. Leur indépendance prise par rapport à la dogmatique des églises, laisse penser que l’art laïcisé n’est que décoratif ou expérimental avec une représentation d’un réel quotidien. Cette réduction de la fonction de l’art est remise en question dès le début du XXème siècle. Nombreux sont les artistes qui recherchent avec des expressions différentes la lumière, la couleur, le rythme, cette élévation spirituelle qui projette le spectateur au-delà du terrestre : Carré blanc sur fond blanc de Malevitch est  l’aboutissement de ses recherches sur « le non objets », sur le « supraterrestre », Kandinsky écrit en 1910 du spirituel dans l’art, et entre autre, plus proche de nous Marc Rothko, de confession  juive, dans sa recherche de « l’Infini », travaille sur la lumière qui émane de ses « multiformes » comme dans celle des peintures de Fra Angelico.

                                                                             Dominique Laconte
Historienne de l’art, enseignante et conférencière en histoire et histoire de l’art

Noël est l’occasion de vénérer, avec  l’arrivée du Messie, cette Sainte Mère si proche de tout un chacun qui rassemble les croyants dans la paix et l’amour et  veille sur nos enfants.

1 Evangile de Luc l’Annonciation « Je vous salue Marie pleine de grâce le Seigneur est avec vous…

Magnificat, la Visitation « bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! »

2 « Bienheureuse »  Protévangile de Jacques, texte non canonique du IIe siècle ; Marie n’est pas vénérée dans certaines Eglises  protestantes

3 Mère de l’Eglise reconnue officiellement par Vatican II, 1962-65

4 Vierge en majesté, représentations nombreuses chez les primitifs flamands comme italiens.

5 Sagesse : Sophia en grec, d’où les Cathédrales Sainte Sophie de Byzance, de Kiev … qui lui sont consacrées

6 Statue d’Isis nourrissant Harpocrate-Horus, Conservée au Musée du Vatican à Rome

7 Icônes de Tendresse « Eleousa » : La Vierge de Vladimir

8 La Madone d’Albe de Raphael, National Galery Washington

9 Icône conductrice « Hodighitria »  salvatrice des âmes 

10 La Prophétie d’Ésaïe 7/14 « Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe : Voici que la jeune fille est enceinte et enfante un fils » est une analogie théologique (l’ancien testament préfigure de nouveau testament)

 

 

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