Romy Schneider et Alain Delon

 
Ce couple mythique se rencontre en 1958 sur le tournage du film Christine. Les producteurs arrangent une entrevue avec la presse dans les salons de l'aéroport : Romy et Alain Delon se rencontrent pour la première fois au pied de l'escalator. Leurs premiers rapports sont houleux, Romy ne parlant pas français et considérant le jeune premier trop arrogant. Cependant, durant le tournage, elle tombe amoureuse de son partenaire, qu'elle a choisi elle-même. Ils célèbrent leurs fiançailles officielles, organisées par les parents de Romy, à Lugano le 22 mars 1959 devant la presse internationale, sans planifier de date pour un éventuel mariage. Il a vingt-trois ans ; elle en a vingt. Romy part alors s'installer avec lui à Paris. C'est à cette époque que Alain Delon acquière l'hôtel particulier du 22 Avenue de Messine.
Ils incarnent la beauté, la jeunesse et le succès et deviennent le couple le plus en vue du show business et du public. La belle histoire prendra pourtant fin en 1963, après cinq années de passion orageuse ; Alain Delon la quitte pour Nathalie, enceinte de leur fils Anthony. Romy est très affectée par cette rupture. Ils se retrouveront en 1968 sur le tournage de "La piscine" de Jacques Deray, toujours aussi complices et magnétiques... 
 
 
Son enfance et sa jeunesse

Elle naît le 23 septembre 1938 à 22 h 5 à Vienne dans une famille à longue tradition artistique.

Son père, l'acteur Wolf Albach-Retty est le fils d'un officier impérial austro-hongrois, Karl Albach, et de l'actrice de cour Rosa Albach-Retty. Sa mère, l'actrice allemande Magda Schneider, née à Augsbourg en Souabe, est la fille de Xaverius (ou Franz Xavier) Schneider et Maria née Meier-Hörmann. Magda et Wolf, qui se sont rencontrés lors d'un tournage en 1933, se marient à Berlin en 1937. Le prénom de baptême de Romy, Rosemarie, est la contraction des prénoms de ses grands-mères, Rosa et Maria. En 1941 naît son frère Wolf-Dieter Albach, qui exercera la profession de chirurgien.

En octobre 1938, alors que Rosemarie n'est âgée que de quelques semaines, la famille Albach quitte l'ex-capitale autrichienne (Vienne devient une ville du Troisième Reich nazi par l'Anschluss) à l'arrivée des nazis et s'installe dans la propriété de Mariengrund à Schönau am Königsee dans les Alpes bavaroises, près de Berchtesgaden. Les époux Schneider-Albach, en raison de leurs engagements professionnels, ne sont que rarement présents. C'est la grand-mère, Maria Schneider, qui prend soin de Romy et de son frère lorsque leurs parents sont en tournage. Le nid d'aigle d'Adolf Hitler est situé à seulement 20 km de leur domicile. Elle aurait fréquenté avec sa mère le cercle d'Adolf Hitler, Magda Schneider étant une proche de Martin Bormann dont les enfants voisinent la petite Romy. En 1943, Wolf rencontre une autre actrice, Trude Marlen, et quitte Magda Schneider. Romy, qui a quatre ans et demi, est bouleversée et s'attache davantage à sa mère qu'elle admire profondément, et à son frère. Elle idéalise son père absent et projettera dans la rencontre avec ses futurs réalisateurs l’image de son propre père.

Elle entre à l'école primaire de Berchtesgaden en 1944, alors que son père s'installe avec l'actrice Trude Marlen. Le divorce de ses parents sera prononcé en 1945. L'Autriche est de nouveau indépendante, mais occupée par les armées alliées.

À partir de 1949, elle est placée en pensionnat à l'internat autrichien Goldenstein près de Salzbourg, institution religieuse catholique qu'elle fréquente jusqu'en 1953, année où elle obtient sa Mittlere Reife (équivalent du BEPC) avec mention et elle est censée rejoindre Cologne. Sa mère s'y est en effet remariée en 1953 avec le restaurateur Hans-Herbert Blatzheim, déjà père de trois enfants et avec lequel Romy ne s'entendra pas : elle ne le désignera plus tard que par « le deuxième mari de ma mère » et la rumeur prétend qu'il aurait porté atteinte à sa pudeur. Voulant devenir décoratrice ou illustratrice de livres pour enfants, elle entre à l'École de Dessin de Mode à Cologne mais elle rêve surtout d'une carrière d'actrice, comme le montre le journal intime qu'elle a reçu en cadeau à l'âge de ses 13 ans et qu'elle baptise Peggy[8] : son destin va alors rapidement s'affirmer.

Ses débuts à l'écran

 
À cette époque, le producteur Kurt Ulrich cherche une jeune fille pour tenir le rôle de la fille du personnage principal joué par Magda Schneider dans le film Lilas blancs. Magda propose sa propre fille, qui passe brillamment les essais et se révèle très photogénique. Romy a 15 ans quand elle apparaît pour la première fois à l'écran, sous le nom de « Romy Schneider Albach ». Le film connaît le succès immédiat et sera suivi d'autres rôles, mais c'est avec la série des Sissi (1955 à 1957), où elle incarne l'impératrice Elisabeth d'Autriche, qu'elle connaîtra une percée fulgurante.
 
Le « mythe Sissi »

Le réalisateur autrichien Ernst Marischka a le projet de monter à l'écran l'histoire romancée de la duchesse Elisabeth en Bavière (née en 1837 et assassinée en 1898) épouse de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche. Il a toujours été sensible à l'immense pouvoir de séduction de cette impératrice, qui fut l'un des plus captivants personnages de la fin du XIXe siècle, mais également celui dont les Autrichiens se souviennent avec le plus de nostalgie. Marischka avait déjà essayé de populariser Sissi en 1932 dans une opérette dont Paula Wessely tenait le premier rôle.

D'une part, pour lui, l'existence réelle d'Élisabeth révèle trop de tourments pour ne pas être romancée, et il souhaite ne conserver dans sa fiction que le passé glorieux et heureux de l'impératrice. Effectivement, il ne gardera que les évènements romantiques et les grands moments d'émotion en occultant tous les drames pénibles de sa biographie. D'autre part, l'Autriche cherche à faire oublier son annexion à l'Allemagne nazie et à redorer son blason au niveau international.

Marischka ne va lésiner sur rien pour que le spectateur croie réellement côtoyer Sissi et son temps. Il vise très haut et sait que Romy, remarquablement secondée par sa mère qui interprète le rôle de la duchesse Ludovika, mère de l'impératrice, est prête à le suivre. Il choisit Karl-Heinz Böhm pour interpréter le rôle du jeune Empereur François-Joseph.

À sa sortie en 1955, le film déclenche un immense engouement populaire en Autriche et en Allemagne, et ses recettes dépassent celles d'Autant en emporte le vent. En Europe, le film obtient la mention d'« œuvre culturelle ». En Suisse et en France il bénéficiera d'un lancement remarquable. À Nice, à Lille, à Amsterdam, à Anvers, à Gand, à Madrid et à Helsinki, les records de fréquentations des salles de cinéma sont largement battus.

Le succès de « Sissi » étant largement assuré, Marischka entreprend de tourner un 2e épisode : Sissi, die junge Kaiserin (Sissi Impératrice) avec un budget et une vision similaires au premier volet. Romy comprend difficilement qu'on puisse en faire un deuxième film. Elle est également de plus en plus opposée à ses personnages idéalisés et subit tant bien que mal les désagréments qu'on lui impose (par exemple porter une perruque de 6 kg qui lui donne des maux de tête). Le réalisateur et les coordonnateurs de la série refusent cependant de prendre en compte ses remarques pour rendre le rôle plus réaliste.

Le second Sissi recevra un accueil similaire à celui du premier. Des milliers de jeunes filles dans toute l'Europe vont adopter dès lors le style « princesse » : cheveux longs bouclés, taille de guêpe et jupons bouffants.

Romy n'achève le tournage du troisième Sissi qu'avec réticence et a hâte de se détacher du personnage auquel on a trop tendance à l'assimiler. Au grand dam de son agent, de son beau-père (qui gère sa fortune et utilise ses cachets pour investir dans des hôtels et restaurants) et aussi de sa mère (qui a besoin de sa fille pour maintenir sa propre carrière alors déclinante depuis la fin du régime nazi), elle s'oppose au tournage d'un quatrième Sissi. Plus tard, elle dira : « Je hais cette image de Sissi » et avouera : « J’ai refusé les 80 millions qu’on m’offrait pour tourner une quatrième mouture de Sissi. »

Dès 1953, Magda avait décidé de prendre en charge la carrière naissante de sa fille, qui prend définitivement le pseudonyme de « Romy Schneider ». Aussi, Magda impose souvent aux réalisateurs de jouer auprès de sa fille ; elle interdit à Romy de signer le contrat que Kirk Douglas lui propose en 1957, lors de leur rencontre au Festival de Cannes. La jeune fille se rebelle alors et décide de choisir dorénavant elle-même ses rôles. La décision de Romy ne sera pas sans conséquence sur la carrière professionnelle et la situation financière de sa mère.

Les premières amours

En 1956, elle fréquente brièvement Toni Sailer, le triple champion du monde de ski alpin, rencontré lors d'un bal de valse autrichienne. Leur flirt est médiatisé, vu leurs notoriétés respectives. Entre 1956 et 1957, elle entretient une amourette avec l'acteur Horst Buchholz qu'apprécie beaucoup Magda Schneider. En 1957, Romy (acompagnée de sa mère) et Horst débarquent à Paris pour tourner Monpti. Rentrés à Munich pour tourner les intérieurs du film, les deux jeunes acteurs mettent fin à leur amourette.

1958 est une année charnière dans la vie professionnelle et privée de Romy : Pierre Gaspard-Huit lui propose le rôle principal de Christine, un remake de Liebelei de Max Ophüls dans lequel sa mère avait tenu le rôle principal en 1933. Les producteurs arrangent une entrevue avec la presse dans les salons de l'aéroport : Romy et Alain Delon se rencontrent pour la première fois au pied de l'escalator. Leurs premiers rapports sont houleux, Romy ne parlant pas français et considérant le jeune premier trop arrogant. Cependant durant le tournage, elle tombe amoureuse de son partenaire, qu'elle a choisi elle-même. Ils célèbrent leurs fiançailles officielles, organisées par les parents de Romy, à Lugano le 22 mars 1959 devant la presse internationale, sans planifier de date pour un éventuel mariage. Romy part alors s'installer avec lui à Paris. Elle y abandonne son éducation bourgeoise pour découvrir les soirées de la capitale, une jeunesse qui méprise l'argent, l'anticonformisme. L'Allemagne ne lui pardonnera jamais cette infidélité.

La naissance d'une étoile

Alain Delon est en pleine gloire et tourne à une cadence folle tandis que Romy est ignorée par le cinéma français et reniée par le cinéma allemand et autrichien. Delon lui fait apprendre l'italien et rencontrer Luchino Visconti qui fait monter sur scène le couple dans Dommage qu'elle soit une putain en 1961. Après ce triomphe, le réalisateur italien lui donne un rôle dans un sketch de Boccace 70 en 1962[9]. Cette même année, elle monte pour la première fois sur les planches en Allemagne, au théâtre Baden-Baden, où elle joue en français, avec une troupe française, la pièce La Mouette d'Anton Tchekhov. Fin 1962, elle est hospitalisée pour surmenage : Alain Delon est à son chevet.

Les producteurs américains sont séduits, surnomment l'actrice « la petite fiancée du monde » et lui font de nombreuses propositions[10]. La Columbia lui offre alors un contrat de sept ans (pour sept films et un cachet de un million de francs pour chacun de ses rôles), et Romy s'installe aux États-Unis à Hollywood de 1962 à 1965. Elle tourne un premier film avec Otto Preminger, Le cardinal qui est un succès. En 1963, elle reçoit la première récompense française de sa carrière, l'Étoile de Cristal de l'Académie du cinéma pour sa prestation dans Le Procès. Néanmoins, sur son deuxième film pour la Colombia, Prête-moi ton mari, elle découvre que les techniques de l'Actors Studio sont bien différentes des siennes. Maladroite dans cette comédie, envahie par le stress, le trac et les doutes (circulent dans la presse des photos montrant Alain avec une jeune femme), la presse américaine la surnomme « Miss Worry » (Mademoiselle inquiète), ce qui la condamne aux seconds rôles. Elle rompt donc son contrat avec la Columbia et rentre à Paris après avoir reçu des mains de son agent George Baum une lettre de rupture de 15 pages d'Alain Delon. Elle trouve dans leur appartement parisien quelques roses laissés sur la table du salon et un mot d'Alain Delon : « Je suis à Mexico avec Nathalie. Mille choses. Alain ». Après cinq ans de passion orageuse, Alain Delon l'a quittée pour Nathalie, enceinte de leur fils Anthony. Romy est très affectée par cette rupture.

En juin 1964, Romy obtient la « Victoire du Cinéma Français », récompensant la « meilleure actrice étrangère de l'année ».

Le 1er avril 1965, à l'occasion de l'inauguration du restaurant Blatzheim à l'Europa-Center de Berlin-Ouest, elle rencontre l'acteur et metteur en scène de théâtre de boulevard berlinois Harry Meyen, d'origine juive. Ils se marient le 15 juillet 1966 à Saint-Jean-Cap-Ferrat — Romy est déjà enceinte de cinq mois — et s'installent à Berlin-Grûnewald. Le 3 décembre, elle donne naissance à son premier enfant, David Christopher Meyen (Meyen étant le pseudonyme de son père ; David s'appelle en réalité Haubenstock, comme le mentionne son état civil). L’actrice se retire alors de la vie publique pendant une année et demie pour s'occuper essentiellement de son fils.

La « tragédie Romy Schneider »

 
Le 21 février 1967, son père meurt à Vienne d'un infarctus, suite à un excès de trac, appréhension qui la fera souffrir pendant toute sa carrière.

Vivant alors comme une épouse et une mère anonyme dans son appartement de Grünewald, sa carrière redémarre le jour où Jacques Deray lui offre, sur la suggestion (voire même l'exigence) d'Alain Delon, le rôle de Marianne dans La Piscine.

Femme engagée, elle se prononce pour un avortement libre et gratuit en signant le fameux Manifeste des 343, publié en France dans Le Nouvel Observateur et en Allemagne dans le magazine Stern, ce qui lui vaut d'être inquiétée par le Tribunal de Hambourg.

En 1972, elle se sépare de son époux Harry Meyen. Le divorce houleux sera prononcé le 5 juillet 1975 à Berlin-Ouest en l'absence des deux intéressés. Le 18 décembre de la même année, elle épouse son secrétaire, Daniel Biasini. Suite à un accident de voiture au cours du passage du Nouvel An de 1976, elle perd un premier enfant né de cette union en 1976 tandis que son mari est gravement blessé. Romy accouche prématurément d'une fille, Sarah Magdalena Biasini, le 21 juillet 1977 à Gassin, dans le Var. La césarienne l'a épuisée et elle reste une année entière auprès de sa petite famille puis reprend à nouveau le chemin des tournages.

En 1974, elle tombe dans une grave dépression suite au tournage éprouvant de L'important c'est d'aimer d'Andrzej Żuławski. Ressurgissent alors les vieux démons de l'alcool et des médicaments que le milieu artistique d'Harry Meyen lui a fait découvrir. Malgré la surveillance de Daniel, elle parvient à obtenir ses médicaments par l'intermédiaire de Marlene Dietrich, qui les lui fait passer en cachette entre les pages de quelques livres. De plus, elle fume jusqu'à 3 paquets de Marlboro par jour, dégradant rapidement sa santé.

Ses rapports avec son mari Daniel se dégradent dès 1979 : Romy est souvent absente à cause de son métier et Daniel sort beaucoup la nuit. Romy part alors en vacances au Mexique, seule avec Sarah mais pendant son séjour, elle reçoit un télégramme le 15 avril 1979 lui annoncant que son ex-mari Harry Meyen a mis fin à ses jours à Hambourg ; très affectée, elle rentre d'Acapulco pour assister aux obsèques.

Après avoir demandé le divorce avec Daniel Biasini en février 1981, elle entame cette même année le tournage de La Passante du Sans-Souci qui doit être interrompu à plusieurs reprises : en avril, sous l'emprise de l'alcool et des calmants, elle part en cure à Quiberon. Sous l'objectif du photographe Robert Lebeck, elle se brise le pied gauche en sautant d'un rocher sur une plage. Le 23 mai, elle entre à l'hôpital de Neuilly où elle subit l'ablation de son rein droit pour une tumeur. Mais elle rencontre, par l'intermédiaire de Claude Berri, le producteur Laurent Pétin, célibataire plus jeune qu'elle, avec lequel elle passera les derniers mois de sa vie. Laurent Pétin lui redonne confiance et la force d'achever le tournage de son dernier film.

Le 5 juillet 1981, David, son fils né en 1966 de son mariage avec Harry Meyen, passe le dimanche chez les parents de son ex-beau-père Daniel Biasini, à Saint-Germain-en-Laye. L'après-midi, il rentre à la maison mais le portail, haut de deux mètres, est clos. David grimpe donc sur le mur pour l'escalader, comme il en avait l'habitude. Mais il perd l'équilibre, tombe et s'empale sur les pointes de métal qui lui perforent les intestins. Il succombera, à l'âge de quatorze ans, le soir même à l'hôpital après d'atroces souffrances. Des paparazzis, déguisés en infirmiers, pénétrent dans le service funéraire pour photographier David sur son lit de mort. Romy Schneider, anéantie, exprimera sa colère contre eux dans une interview de Michel Drucker, diffusée dans l'émission Champs Elysées en avril 1982 : « que des journalistes se déguisent en infirmiers pour photographier un enfant mort, où est la morale, où est le tact ? »

Au petit matin du 29 mai 1982, Romy Schneider est retrouvée morte par son compagnon Laurent Pétin dans son appartement parisien situé 11, rue Barbet de Jouy dans le 7ème arrondissement. La police retrouve sur son bureau une lettre inachevée avec une longue rature montrant qu'elle a dû s'effondrer soudainement en écrivant. Sur le bureau se trouvait de l'alcool et des médicaments. Le magistrat Laurent Davenas préfère classer l'affaire sans autopsie pour dit-il « qu'elle garde son secret avec elle ». Quant à savoir si elle s'est réellement suicidée par barbituriques ou si il s'agit d'un accident, le journaliste Guillaume Evin affirmera qu'« elle ne s'est pas suicidée... mais est morte de ses excès ».

Elle est inhumée le 2 juin 1982 au cimetière de Boissy-sans-Avoir[17], auprès de son fils David. À celle dont il dit qu'elle est le plus grand amour de sa vie, Alain Delon, écrit sur un bout de papier : « Tu n'as jamais été aussi belle. Tu vois, j'ai appris quelques mots d'allemand pour toi : Ich liebe dich, meine Liebe. » (« Je t'aime, mon amour »). Alain Delon n'était pas présent le jour de l'inhumation ayant préféré se recueillir le lendemain dans une plus grande discrétion. La mère de Romy Schneider sera elle aussi absente et décèdera 14 ans après sa fille.

Le 22 février 2008, l'Académie des Césars lui décerne à titre posthume un prix du souvenir à l'occasion du 70e anniversaire de sa naissance. C'est Alain Delon qui est venu le chercher sur scène, en demandant par la même occasion une ovation en son honneur.

28 ans après sa mort, Romy Schneider reste un mythe du cinéma français.

Sa jeunesse

Alain Delon naît le 8 novembre 1935 à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine,  fils de Fabien Delon (1904-1978), dirigeant d'un petit cinéma de quartier, Le Regina. Sa mère, Édith Arnold (1910-1998), était préparatrice en pharmacie. Les Delon sont originaires de Saint-Vincent-Lespinasse, dans le Tarn-et-Garonne. Son arrière grand-père paternel, Fabien Delon, décoré de la légion d'honneur, était Ingénieur des ponts et chaussées. Sa grande-mère paternelle, Marie-Antoinette Evangelista, était corse originaire de la commune de Prunelli di Fiumorbu, elle avait épousé son grand-père Jean-Marcel Delon alors percepteur dans cette commune. Il choisit souvent des héros policiers comme Riva, Montale, en guise de clin d'œil à ses racines corses.

En 1939, Alain Delon a quatre ans lorsque ses parents divorcent. Il est alors confié à une famille d’accueil, où le père est gardien de prison. Puis il est placé dans la pension catholique de Saint-Nicolas d'Issy-les-Moulineaux où il passe toute sa jeunesse. Il est rebelle et indiscipliné et se fait renvoyer six fois de l'école. Sa mère épouse alors en secondes noces Paul Boulogne, un commerçant charcutier de Bourg-la-Reine et Alain passe un CAP de charcutier pour reprendre, sans aucune conviction, le commerce de son beau-père. À quatorze ans, il tourne dans un court-métrage intitulé Le rapt, réalisé par un ami de son père. Il y joue un gangster moustachu qui meurt à la fin. Tout ce qui deviendra Delon est déjà là. À dix-sept ans, devançant l'appel de son service militaire, il est affecté à l'arsenal de Saïgon, en Indochine française, où il participe à une campagne de la guerre d'Indochine en tant que matelot d'équipage dans la marine nationale. Des sources militaires parlent de son indiscipline et de sa condamnation à servir dans un bataillon disciplinaire. À vérifier avec le service historique de l'Armée. Il avoue l'importance que l'armée a eu dans sa vie. Il y a appris la rigueur, le respect d'autrui, le travail en équipe (il est souvent devenu ami avec les techniciens de ses films). Les convictions politiques d'Alain Delon, à cette époque, sont le gaullisme.

À son retour de la guerre d'Indochine dans la marine nationale, il doit enchaîner les petits métiers pour vivre, notamment dans le quartier des Halles en 1956. En hantant le quartier de Saint-Germain-des-Prés, il rencontre Jean-Claude Brialy, qui l'invite au Festival de Cannes, où il se fait immédiatement remarquer pour son physique exceptionnel et son charisme hors du commun. Il fait un bout d'essai très concluant et aborde le milieu du cinéma, sans formation particulière de comédien. Comme certains acteurs de cette période, Delon a appris le métier d'acteur en jouant.

 
Carrière cinématographique

Les années 1950 : les débuts et la gloire

Delon est remarqué par le découvreur de talent américain David O. Selznick. Après un essai réussi, il se voit proposer un contrat de sept ans aux États-Unis par Selznick à la condition qu'il apprenne l'anglais. De retour en France, Delon se met donc à l'étude de cette langue. Mais il rencontre Yves Allégret qui le convainc de rester en France.

En 1957, il connaît immédiatement le succès avec son premier film Quand la femme s'en mêle d'Yves Allégret. Il enchaîne les tournages dans toute l'Europe et aux États-Unis.

En 1958, il rencontre Romy Schneider sur le tournage du film Christine. Le coup de foudre est réciproque. Il a vingt-trois ans ; elle en a vingt ; ils se fiancent le 22 mars 1959 sous les feux de la presse à sensation mondiale. Ils incarnent la beauté, la jeunesse et le succès et deviennent le couple le plus en vue du show business et du public. La belle histoire a pourtant une faille : Alain Delon la trompera avec Nico. Un fils, Ari Boulogne, qu'il n'a jamais reconnu mais qui fut élevé par la propre mère de Delon, naîtra le 11 août 1962.
 
Delon montre aussi un réel talent dans les comédies avec Faibles Femmes. Sa référence, son maître en tant qu'acteur a et est toujours Jean Gabin.

Les années 1960 : la consécration

En 1960, Alain Delon accède au rang de star du cinéma sous la direction de René Clément avec Plein soleil, adapté du roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith, qui est suivi en 1961 par Rocco et ses frères, de Luchino Visconti, qui remporte le Prix Spécial du Jury au Festival de Venise, puis Les Amours célèbres, un film à sketches inspiré des bandes dessinées de Paul Gordeaux, tourné par Michel Boisrond. La même année, Alain Delon achète, dans le Vieux Nice, le restaurant « La Camargue ».
 
En 1962, il joue dans L'Éclipse de Michelangelo Antonioni qui obtient le Prix Spécial du Jury du Festival de Cannes.

En 1963, il joue, dans Le Guépard de Luchino Visconti, le rôle de Tancrède, en compagnie de Claudia Cardinale et de Burt Lancaster, qui obtient la Palme d'or du Festival de Cannes. La même année il tourne Mélodie en sous-sol, sous la direction de Verneuil, qui est récompensé par le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. C'est lors du tournage de ce classique du genre policier que Delon rencontra Jean Gabin. Cette série de films est considérée comme étant des chefs-d'oeuvre du cinéma.

En 1964, il s'essaie à la production avec L'Insoumis d'Alain Cavalier avec Georges Beaume. La même année, au mois d'août, peu de temps après sa rupture avec Romy Schneider (leur liaison durait depuis cinq ans), il épouse l'actrice Nathalie Canovas, dont il aura un fils, Anthony, né le 30 septembre suivant à Hollywood.

En 1967, Alain et Nathalie Delon tournent ensemble dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville.

Puis en 1968, Delon monte sa propre société de production Adel. Il produit son premier film avec sa société, Jeff. Sur le tournage, Mireille Darc et Alain Delon tombent amoureux. Il divorce de Nathalie Delon après quatre ans de mariage.

Les années 1970-1980 : toujours le succès

En 1970, Delon tourne, avec Jean-Paul Belmondo, Borsalino, qui s'avérera être, à l'époque, le film qui engendrera le plus grand nombre d'entrées de tous les temps en France. En 1972 et 1974, Delon tourne toujours avec Jean-Pierre Melville Un flic et Le Cercle Rouge. Durant la décennie, il développe et pousse à l'extrême deux aspects essentiels du personnage de Delon : le fétichisme du vêtement (chapeau et imperméable) et le professionnalisme. On retrouve cet aspect dans Le Cercle Rouge, en 1970, où il côtoie Bourvil, où encore Un flic et Borsalino & Co...

En 1973, il donne la réplique à Dalida, dans le duo Paroles, paroles..., dans lequel lui-même ne chante pas, à la différence de sa partenaire.

En 1974, il tourne la suite de Borsalino sans Belmondo : Borsalino & Co. Toujours la même année, il accepte le rôle de Zorro pour faire plaisir à son fils, Anthony, enfant à l'époque.

En 1976, Delon s'attèle à la présentation de la cérémonie des Césars. Monsieur Klein, film dont il est l'acteur principal et le producteur, gagne le César du meilleur film. Ce dernier en compétition avec Taxi Driver de Martin Scorsese arrive deuxième au Festival de Cannes la même année. Ce film prouve que Delon est tout à fait crédible dans le registre dramatique.

Durant les années 1980, dans la plupart de ses films, Delon se met en scène dans des films d'action dont il est toujours le héros et qui sont pour la plupart des succès. Mais à postériori, cette série de films est considérée de moins bonne qualité que ceux de la période 1970-1980. En 1981, il réalise son premier film : Pour la peau d'un flic qui révèle Anne Parillaud.

En 1985, Delon est récompensé par le César du meilleur acteur pour Notre histoire de Bertrand Blier. La même année, il s'installe en Suisse, à Chêne-Bougeries, dans la banlieue de Genève.

Les années 1990 : passage à vide

Puis s'ensuit une série d'échecs commerciaux de la fin des années 1980 jusqu'aux années 1990. Le point culminant en est Une chance sur deux en 1998, film censé être les grandes retrouvailles avec son partenaire de toujours Jean-Paul Belmondo, 30 ans après Borsalino, avec pour présence féminine Vanessa Paradis. Le film est bourré de clins d'œil à leurs carrières passées.

Sur le plan sentimental, en 1987, il rencontre Rosalie Van Breemen, un mannequin hollandais, sur le tournage du vidéo-clip de sa chanson Comme au cinéma. Alain Delon se sépare de Mireille Darc après quinze ans de vie commune. Rosalie lui donne deux enfants : Anouchka, née le 25 novembre 1990, et Alain-Fabien, né le 18 mars 1994. En 1993, il se sépare de son palais de Sidi Mimoun à Marrakech qu'il a habité pendant 15 ans avec Mireille Darc[1].

En 1999, il obtient la citoyenneté genevoise et suisse, sans perdre pour autant la nationalité française. Il souhaite par ailleurs mettre fin à sa carrière.

Les années 2000 : retour aux succès, à la télévision et au cinéma

Bien qu'ayant annoncé qu'il mettait un terme à sa carrière cinématographique, il accepte, en 1999, de figurer dans le film de Bertrand Blier, Les Acteurs, dans lequel il rend hommage à Gabin, Bourvil, Montand, Signoret et de Funès.

En 2001, le photographe Christian Aaron Boulogne, le fils de la mannequin, actrice et chanteuse allemande Nico, publie un livre de souvenirs, L'amour n'oublie jamais, chez Jean-Jacques Pauvert, et affirme être le fils caché non reconnu d'Alain Delon, avec lequel il partage une ressemblance physique. La même année, Alain Delon incarne avec succès le commissaire de police Fabio Montale de Marseille, dans une série policière d'après l'œuvre de Jean-Claude Izzo pour TF1, qui s'avère être un des scores historiques pour la télévision française en termes d'audience avec 12,4 millions de téléspectateur[2]. Il jouera ensuite, en 2003 et 2004, le rôle de Frank Riva dans la série du même nom pour France 2.

En octobre 2002, Alain Delon et Rosalie Van Breemen se séparent. Il est âgé de soixante-sept ans et aura vécu quinze ans avec elle. Dépressif, Delon avoue souvent à la presse son manque d'envie de continuer à vivre.

En 2003, Claudia Cardinale, sa partenaire dans Le Guépard en 1963, lui remet l'Étoile d'Or du Festival international du film de Marrakech.

En 2005, il est fait Officier de la Légion d'honneur par le président de la République française Jacques Chirac pour « sa contribution à l'art du cinéma mondial ».

Lors de l'élection présidentielle de 2007, il soutient Nicolas Sarkozy, qu'il avait qualifié de « ministre prestigieux et exceptionnel ».

En 2008, Astérix aux Jeux Olympiques (film) , où Delon joue le rôle de Jules César, est un demi-succès (- de 7 millions d'entrées) malgré de mauvaises critiques.

Promoteur de combat de boxe, monde hippique et activités commerciales

En 1972 et 1973, il organise en France les championnats du monde de boxe avec les affiches Jean-Claude Bouttier / Carlos Monzón (17 juin 1972 et 29 septembre 1973) puis Carlos Monzón / José Nápoles (avril 1974). Par ailleurs, il constitue une écurie de chevaux de course et obtient le titre de champion du monde des trotteurs avec ses chevaux Equileo et Fakir du Vivier. Depuis 1960, il posséde un restaurant à Nice, La Camargue.

En 1978, il dépose son nom et crée sa société de diffusion de produits de luxe, « Alain Delon Diffusion SA » à Genève : on y trouve des parfums (AD, Alain Delon pour Homme, Samouraï, Shogun...), du champagne, du cognac, des montres, des lunettes, des cigarettes, des vêtements et des accessoires griffés à son nom. Les lunettes de soleil de la marque « Delon » devinrent particulièrement célèbres à Hong-Kong lorsque l'acteur Chow Yun-fat les porta dans le film Le Syndicat du crime et ses deux suites. John Woo, réalisateur du film, déclara par ailleurs être un admirateur de Delon et de son jeu d'acteur.

Collectionneur d'art

Il est également collectionneur d'œuvres d'art. Sa collection comprend des œuvres d'Olivier Debré, Rembrandt Bugatti, Jean Degottex, Jean Dubuffet, Hans Hartung, Jean-Paul Riopelle, Pierre Soulages, Nicolas de Staël, Alechinsky, Zao Wou-Ki, Vieira da Silva ainsi que deux magnifiques bronzes de Antoniucci Volti : les "Muses". Il a cependant vendu 40 toiles consacrées à l'École de Paris et au mouvement CoBrA lors d'une vente aux enchères à Drouot-Montaigne en octobre 2007. La vente totalisera un peu plus de 8 millions d'euros.

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