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Evolution des Communautés de Foi

Evolution des Communautés de Foi

au cours des 60 dernières années


1) L’Eglise Catholique en 1945-1965

Les développements auxquels nous avons assistés au cours des dernières années, depuis la Seconde Guerre mondiale, au niveau du comportement des croyants envers les dignitaires des Eglises chrétiennes nous permettent de déduire qu'un changement radical est intervenu - et qu'il se poursuit toujours de façon irréversible -, à savoir que les hommes et les femmes ordinaires des pays industrialisés de l'Occident ont atteint un niveau intellectuel qui les pousse à vouloir disposer de la liberté, en tant qu'individu ou en tant que groupe, de juger eux-mêmes du bien et du mal sur la base de leur propre conscience et de leurs connaissances globales.

a) Nouvelle interprétation de la Bible

En guise de conséquence très importante de ce développement, qui a également exercé une influence considérable sur l'accroissement mondial du dialogue entre les communautés de fidèles, nous assistons au sein de l'Eglise catholique à l'application d'une nouvelle interprétation plus scientifiquement fondée de la Bible, tant en ce qui concerne l'Ancien que le Nouveau Testament, dans le cadre de l'enseignement théologique dans les séminaires épiscopaux et les congrégations religieuses, dont le début remonte aux années de guerre 1940-45.

b) Second Concile du Vatican (1962-1965)

La seconde étape importante a été le Second Concile du Vatican (1962-1965), qui a eu pour résultat concret, parmi d'autres, le passage du latin à la langue nationale ou populaire  dans le monde entier.

c) Relâcher les obligations d’autrefois

Au cours des 60 dernières années, nous avons également assisté à d'autres changements au sein de l'Eglise catholique, changements qui concernent entre autres le relâchement par rapport aux obligations d'autrefois d'assister chaque dimanche au culte, de renoncer à la viande le vendredi, de ne pas utiliser de moyens mécaniques de contraception, d'observer un jeûne de 40 jours, le carême matériel étant transformé en une abstinence plus spirituelle par rapport à certains attachements, et tant d'autres choses encore. Du haut de sa "chaire", l'officiant ne parle plus constamment des divers types de péchés, ni des pénitences terrifiantes comme l'enfer et le purgatoire, et chaque croyant peut maintenant participer librement, effectivement et sans craintes à la célébration de l'Eucharistie.

d) Diminution de la croyance

Nous  assistons également à une diminution de la croyance chez les fidèles mais également chez les prêtres et théologiens par rapport à une partie importante des dogmes proclamés par l'Eglise, comme l'infaillibilité du Pape, la foi exclusive dans le Christ en tant que "unique" sauveur de l'humanité, la conception immaculée de Marie, l'ascension charnelle du Christ et de Marie, le célibat en tant qu'obligation pour les prêtres, la non-participation des femmes aux structures hiérarchiques de l'Eglise en tant qu'institution, et tant d'autres choses.

Ces changements extraordinaires, qui sont en train de se répandre dans tout le monde occidental, trouvent leur origine dans la nouvelle vision théologique postmoderne émanant de théologiens tant catholiques que protestants, dont Edward Schillebeeckx, dominicain, Jacques Dupuis jésuite, Hans Küng jésuite, Roger Leenaers jésuite (“De droom van Nebukadnezar’, 2001 et ‘Uittocht uit oudchristelijke mythen’ 2003), le théologien anglican John Hick, et nombre d’autres, auxquels s’ajoutent les tenants de la théologie de libération, surtout d’origine latino-américaine. Les changements qu’a connus la communauté des croyants catholiques, les nouveaux mouvements d’après-guerre, notamment la revalorisation de la nature, l’appréciation et l’acceptation des valeurs d’autres cultures et religions, la naissance et le développement du mouvement écologiste, avec ses préceptes de préservation de l’environnement et de vision écologique de la planète comme héritage commun de l’humanité, le nouveau rapprochement positif entre science et religion ainsi que la collaboration croissante entre décideurs politiques et chefs religieux, tout cela est, d’une façon ou d’une autre, lié. Chacun des changements précités exerce une influence sur les autres, et vice-versa, dans une évolution irréversible.

Mentionnons un autre changement, non moins important, dans la représentation du Divin dans l’esprit des croyants ordinaires. En effet, la représentation, purement monothéiste jusque là, est aujourd’hui modulée par une tendance au panthéisme, c’est-à-dire une nouvelle croyance et conscience qui décèle l’omniprésence de Dieu, non seulement dans la personne humaine, mais également dans toutes les choses créées, qui trouvent ainsi leur origine et leur destin ultime dans la Réalité divine. Dans la communauté des croyants catholiques, le corps humain et la sexualité sortent de l’univers du péché, où ils avaient été confinés pendant des siècles.

2) Dans les Communautés de Foi en général

a) Il s'agit de changements dont on pourrait s'attendre à ce qu'un grand nombre soit transmis tôt ou tard à d'autres communautés de fidèles, dont principalement l'Islam, ce qui contribuera sans nul doute à de véritables dialogues interreligieux dans la compréhension et l'acceptation de l'identité de l'autre.

b) Agitation et d'incertitude L'ancienne stabilité de la vie religieuse qu'a connue le monde chrétien pendant tant de siècles s'est transformée en un sentiment d'agitation et d'incertitude, la masse des croyants étant à la recherche de nouvelles voies dans le vécu de leur foi. La foi en un Dieu orné de tous les attributs que l'homme lui a adjoints est remise en question, tandis qu'un grand nombre de fidèles sont de plus en plus convaincus qu'il existe quelque part, d'une façon ou d'une autre, une Réalité Spirituelle Ultime qui est à l'origine de la vie humaine et de tout ce qui existe dans l'univers et qui doit également en être le but final, soit au travers d'une intégration unique après la mort, soit au travers d'un cycle de renaissances ou de réincarnations.

c) Rapprochement entre le monde de la science et des religions

Dans les mass-média et diverses publications, nous voyons également apparaître -  et il s'agit peut-être d'une évolution qui découle de ce cheminement  -  un rapprochement croissant entre le monde de la science et celui de la religion, avec une nouvelle reconnaissance des valeurs réciproques et le besoin d'une coopération plutôt que d'une confrontation.

d) Des activités d’inspiration chrétienne par des laïques

Une autre évolution importante a trouvé naissance dans le monde industriel et politique. Au cours des dix dernières années, des centaines d'entreprises belges ont uni leurs efforts au cours de réunions régulières afin de tenter de remédier au problème nord-sud de la pauvreté et de l'analphabétisme en générant des prêts financiers et en envoyant du personnel technique en vue de soutenir de petites entreprises dans les pays pauvres d'Afrique et d'Amérique du Sud. D'un point de vue religieux, elles exécutent aujourd'hui les tâches qui ont été le privilège des abbayes, ordres monacaux et autres organisations chrétiennes de bienfaisance pendant des siècles.

e) Communautés de foi sans obligations ni interdictions

Le Bouddhisme nous apprend qu'une communauté de foi sans obligations ni interdictions constitue un véritable mode de vie pour les croyants bouddhistes du monde entier. Le Bouddhisme dispose d'un véritable trésor de doctrines, mais cette religion ne connaît aucun dogme. Il s'agit d'une religion mystique qui débouche, au-delà de la pensée et du raisonnement, sur le silence de la "sagesse transcendante". Le Dalaï-lama, qui est admiré et même vénéré par un si grand nombre, ne prononce jamais de discours ‘ex cathedra’ et n'adopte jamais une attitude professorale, il n'ordonne ou n'interdit jamais. Au lieu de cela, ses conseils et ses exhortations sont de plus en plus souvent admirés et respectés en tant qu'émanations d'une sagesse universelle, profondément mystique. La plupart des mouvements spirituels, comme entre autres le Brahma Kumaris, des communautés religieuses indigènes et des mouvements humanistes ont déjà adopté ce comportement non-ordonnant mais plutôt dirigeant et encourageant en tant qu'attitude de base par rapport à leurs disciples et sympathisants.

    Serait-il possible que des dialogues interreligieux entre des communautés chrétiennes et bouddhistes puissent déboucher sur des religions sans commandements ni interdictions, même si nous parlons là d'un avenir encore très éloigné ? L'Eglise catholique et les autres Eglises chrétiennes pourraient-elles maintenir leur autorité dans la guidance morale et spirituelle de leurs croyants, et donc de l'humanité dans son ensemble, sans cette attitude de "Va et Enseigne" ? Dans ce contexte, l'image de l'Eglise catholique et des autres Eglises chrétiennes en tant qu'institutions est l'objet de changements radicaux au niveau de certains aspects de la foi qui étaient considérés et acceptés jusqu'à ce jour comme étant immuables. Déjà maintenant, nous observons une évolution radicale de l'ancienne attitude "Va et Enseigne" vers une "attitude d'encouragement et de guidance" plutôt que des obligations et vers des témoignages en lieu et place d'une concurrence acharnée sur le terrain des conversions. Compte tenu de l'agitation et de la perte de confiance en l'Eglise en tant qu'institution, il va de soi que les Eglises doivent être soutenues en tant qu'entités impossibles à remplacer par n'importe quelle autre organisation. Leur tâche reste une nécessité absolue dans la préservation de l'essence même du message d'amour du Christ, de l'importance de l'homme en tant que personne et également du rappel d'une éthique globalement acceptable, telle qu'elle a été défendue depuis des années par le théologien catholique allemand Hans Küng, éthique qui a été reconnue comme étant une base particulièrement recommandable pour le comportement humain dès sa première communication publique à l'occasion du second congrès du dialogue interreligieux du Parlement des Religions du Monde à Chicago en 1993.

    En arrière-plan de cette évolution hautement recommandable d'une attitude de commandement et d'interdiction vers une attitude d'encouragement et de guidance, nous trouvons une acceptation croissante de l'impuissance de l'intellect humain, dans sa capacité actuelle, de percer ou de comprendre la Réalité Spirituelle Ultime. D'autre part, il est de plus en plus universellement accepté que tous les mots humains qui tentent de décrire cette Réalité sont extrêmement limités et qu'ils sont sujets à la nécessite de subir des adaptations périodiques, conformément à une compréhension plus profonde, scientifique et même mythique, des propriétés de ce monde, tant matériel que spirituel. Ceci implique également que les 'révélations' des fondateurs des communautés religieuses ne pourraient plus être proclamées comme étant des dogmes infaillibles, parce que chacune de ces 'révélations' ne dévoile qu'une infime partie de la Réalité Spirituelle Ultime, et encore en utilisant des mots qui sont influencés et formés par l'environnement culturel ou religieux de leur époque.

    Mes ‘Directives du Dialogue Interreligieux’ expriment ceci dans paragraph 4) comme suit : ”Nous Croyons que les principes de toutes les religions mondiales et des autres traditions de foi ont obtenu leur forme dans la culture á partir de laquelle elles sont nées, qu'elles se sont développées, toutes avec leur propre identité de valeur, á partir des acquis philosophiques et moraux de cette culture et qu'elles ont approché et présenté le mystère divin dans les termes et les cérémonies propres à la culture à laquelle elles appartiennent. En tant que pèlerins en route vers d'incessantes nouvelles découvertes, toujours en proie à des changements, aucun adhérent de quelque religion ou autre tradition de foi que ce soit, ne peut revendiquer la représentation exclusive de la Vérité, ni sa supériorité sur autrui.”

    L'acceptation de cette nouvelle façon de penser devrait rapprocher les communautés de fidèles ainsi que toutes les organisations qui se sont consacrées à un dialogue interreligieux dans une union de coopération.

3) L’avenir : Collaboration entre le monde politique et religieux

Une autre évolution qui mérite d'être mentionnée ici s'exprime au travers des signes évidents de la recherche d'une coopération entre le monde politique et le monde religieux. Le Royaume-Uni peut être considéré comme étant un exemple de cette recherche d'une coopération entre les dirigeants politiques et religieux, dont témoignent les réunions nombreuses et régulières qui ont lieu dans ce pays sur un plan local, régional et national. Une même recherche de coopération existe depuis plus de dix ans au sein de l'Union Européenne et plus précisément dans le cadre de la Cellule de Prospection (Forward Studies Unit), qui a encore été fondée par Jacques Delors et qui agit depuis 2001 sous le nom de 'Groupe des Conseillers Politiques' (Group of Policy Advisors). L'un de ses quatre terrains de travail est le 'Dialogue avec les Religions et les Humanismes' (Dialogue with Religions and Humanisms).

    Un nombre croissant de dirigeants politiques et industriels partagent aujourd’hui la conviction que seule une collaboration avec les chefs des communautés religieuses est susceptible de conduire à un monde  où règnerait davantage de paix et de justice sociale pour tous. Or, modifier les structures socio-économiques à la source de la pauvreté et de l’analphabétisme de centaines de millions d’êtres humains en Inde et en Amérique latine est uniquement réalisable moyennant une pression exercée tant de l’intérieur que de l’extérieur des frontières.. Ce type de pression nécessaire pourrait uniquement être appliquée par une organisation mondiale réunissant les représentants des communautés de foi.. L’idée d’une unité politique du monde est déjà en marche, depuis la création des Nations unies, qui comptait 191 Etats membres en 2002. La collaboration entre l’organisation mondiale envisagée ci-dessus et les communautés de foi de par le monde, en tant qu’interlocuteurs des Nations unies, devrait aboutir à la fondation d’un forum mondial des communautés de foi, d’une Organisation des Religions unies, d’après l’idée, lancée en 1995, par l’évêque épiscopalien William Swing de San Francisco. L’idée avait d’ailleurs déjà été proposée, il y a plus de trente ans, par le Président de la République indienne (1961-1967) Sarvepali Radhakrishnan, plus tard Président du Conseil d’Administration exécutif de l’UNESCO, en 1950. Cette initiative mérite l’appui de toutes les organisations de dialogue interreligieux du monde entier.

    En effet, il ne fait aucun doute que le dialogue interreligieux est appelé à y jouer un rôle de premier plan. Cependant, la réalisation de l’idée exige la mise en place urgente d’organisations de coordination nationales et continentales. La fondation récente, en mars 2003, du Conseil européen des Chefs religieux, par la Conférence mondiale pour la Religion et la Paix (World Conference for Religion and Peace, WCRP), constitue une évolution dans ce sens. L’organe européen précité réunit 30 représentants des communautés de foi actives dans l’UE. Mentionnons l’appartenance du cardinal Danneels de Belgique à cet organe.  .

    Il va de soi que la fondation d’une association de chefs religieux ne vise pas l’élaboration d’une religion unique, mais bien la collaboration entre communautés de foi, dont chacune conservera son identité, dans le respect et la reconnaissance des valeurs d’autrui.

Autres nouvelles Visions:

La Déclaration des Responsabilités de l’Homme

Cette déclaration fut rendue publique, à Tokyo, le 1 septembre 1997, par le Conseil InterAction, à titre d’émanation du mode de vie japonais et oriental. Elle reflète les valeurs des civilisations orientales, qui accordent la priorité aux devoirs et aux responsabilités plutôt qu’aux droits. Dans cet ordre de choses, le bien-être général est une valeur prioritaire. Considérée telle quelle, elle représente une addition fort opportune et indispensable à, voire même le couronnement de, la Déclaration des Droits de l’Homme, car elle offre d’autres fondements moraux à la mondialisation économique, culturelle et religieuse que connaît notre planète. Le site Internet du Conseil peut également être consulté en anglais, à l’adresse suivante :  www.interact@asiawide.or.jp   Je renvoie également à mon propre site, qui aborde le sujet.

Une interprétation monothéiste du Bouddhisme et de l’Hindouisme

Il s’avère clairement, à l’étude des textes sacrés indiens, qu’il y a une acceptation générale de l’existence d’une ultime Réalité spirituelle en une Trinité de Brahmâ, Vishnou et Krishna, dont la foule des saints (‘divinités’) est une expression ou une émanation sous des formes multiples. Cela signifie que l’Hindouisme peut désormais être considéré, non plus comme panthéisme ou hénothéisme, d’après Max Müller, ce qu’il est à certains égards, mais qu’il se prête également à une classification dans la catégorie des religions monothéistes. Le Sikhisme, autre religion née en Inde, est déjà reconnu comme religion monothéiste

    Similairement, on peut dire qu’il y a, dans le Bouddhisme, une même acceptation générale d’une ultime Réalité spirituelle, comme origine et destin ultime de tous les hommes, même de tous les êtres vivants et des choses matérielles. Dans ce contexte également, on peut voir les nombreuses divinités et les bodhisattva, généralement des personnages historiques d’une religiosité éminente, comme des « saints » qui ne font pas l’objet d’une adoration telle que celles communément prodiguées aux Dieux. Voilà qui permet de classer le Bouddhisme dans la catégorie des religions monothéistes.

    Des extraits de textes sacrés des deux religions, en anglais, sont disponibles sur demande.


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