Les trois principes fondateurs de la pensée Jacotot

- Le maître ignorant

- L’œuvre unique

- L’égalité des intelligences
 
 
 
Le maître ignorant
 
  

« Si l’on veut que l’élève commence à apprendre, il faut que le maître s’arrête d’enseigner »


R. Cousinet    


   

     Au début du XIXème siècle, Jacotot est nommé professeur à l’université de Louvain. Chargé d’apprendre le français à des élèves flamingants dont il ne parle pas la langue, Jacotot leur fait étudier une version bilingue du Télémaque de Fénelon.  La barrière linguistique empêche Jacotot de les aider dans leur apprentissage, les étudiants doivent s’approprier l’œuvre, la connaître par cœur. Il faut lire, observer, comparer, combiner, retenir l’œuvre bilingue en usant progressivement du français. Quelques mois plus tard, les étudiants conviés à écrire quelques pages en français sur Télémaque s'en sortent honorablement à la surprise de Jacotot. Les étudiants ont trouvé et appris par eux même, ce qui conduit Jacotot à remettre radicalement en cause les catégories d’analyse communément admises et les méthodes traditionnelles de l’enseignement.

 
« Seul le maître qui parce qu’il ignore, oblige l’autre à trouver par lui-même, est un maître émancipateur »                                        
J. Jacotot                     

 

Jacotot, en tant que maître ignorant, a su susciter un apprentissage autonome de ses élèves.  Cette émancipation de l’apprenant se fait lorsque le maître n’impose pas son savoir, mais met l’élève en situation de comprendre par lui-même. L'homme est une volonté, servie par une intelligence et la fonction du maître est de révéler à chacun les pouvoirs de sa propre intelligence.

 

Par la suite il appliquera et répandra ce concept de maître ignorant, à travers ses œuvres (Musique, dessin et peinture en 1824, Mathématiques en 1827, Langues étrangères en 1828 etc.) et par des conseils. De retour en France, il explique à des personnes illettrées comment apprendre à lire à leurs enfants en s’aidant de textes connus, comme les prières. La comparaison du texte su, et du texte lu suffit à faire démarrer l'apprentissage.

 

 

 

 

   

 
 

    

 
 
 
 
L’œuvre unique

 

 
« Sachez un livre, rapportez-y tous les autres : voilà ma méthode »
 


J. Jacotot       

 

 
 
    Jacotot s’est appuyé sur une œuvre, une œuvre unique, pour apporter et montrer les fondements d’une langue étrangère à ses élèves. L’apprenant doit procéder à un travail d’apprentissage, de réélaboration et de reconstruction de cette unique œuvre, pour finalement se l’approprier dans sa totalité.

Sous l’œil du pédagogue, une œuvre humaine complète est suffisante comme outil d’apprentissage, car celle-ci saura représenter un tout.

 



 

« La partie est dans le tout, le tout est dans la partie »

J. Jacotot          

       

 

Jacotot explique, « ce qui paraît impossible devient un jeu quand on commence par savoir un livre. Il est aisé de s'apercevoir que tous les autres livres ne sont autre chose que le commentaire et le développement des idées contenues dans le premier. C'est cette remarque, c'est cet exercice que nous appelons « tout est dans tout », qui rend facile l'acquisition d'un nombre illimité de connaissances nouvelles. N'apprenez donc jamais rien sans le rapporter au premier objet de  vos études. Cet exercice doit durer toute votre vie. »

 

 
L’égalité des intelligences

 

" Ne point parler de ce que l'on ignore, dans la crainte de dire une sottise ou même une vérité qu'on a point vérifié, c'est être discipline de l'enseignement universel"  

J. Jacotot      

 


 

     Joseph Jacotot est un pur produit de la Révolution française. Sa philosophie de l’éducation repose sur le principe de l’égalité des intelligences. […] Malgré les tentatives de Jacotot et celles de quelques disciples, l’éducation universelle ne s’est jamais constituée en système. Elle n’a pas eu le succès des philosophies ou des techniques d’éducation de Rousseau ou de Lancaster. Jacotot se contente d’affirmer une opinion (l’égalité des intelligences) et d’en assumer toutes les conséquences. Il ne promet rien ; il n’est pas un utopiste. Il s’adresse aux individus, à ceux de son temps et de toutes les époques. Il révèle aux élèves par quels moyens ils peuvent s’émanciper, c’est-à-dire libérer leur intelligence, et aux enseignants, comment ils doivent s’y prendre pour favoriser l’émancipation de leurs élèves. À la pédagogie traditionnelle fondée sur un principe inégalitaire (un élève ignorant et un maître savant), il oppose une pratique pédagogique nouvelle fondée sur un principe égalitaire : un maître et un élève tous deux ignorants. ‘’   
(Serge Pouts-Lajus - Education et territoires)

 

 

L’acte d’apprendre ne doit pas être forcé par un explicateur mais issu d’une volonté propre à l’apprenant et de son investissement dans la tâche ; ce que Jacques Rancière décrit comme étant l’exercice autonome de l’intelligence.

 

On peut enseigner sans rien savoir, en mettant l’apprenant dans un rapport de travail exigeant avec une œuvre, jusqu’à ce qu’il se l’approprie, voilà la méthode Jacotot. Ce travail est accessible à tous les hommes, en partant du principe que ‘’ l’intelligence est la même pour tous les hommes, et tous les formés sont intelligents ‘’ (P.Mérieux)

  
 

« N’expliquez rien ; dites à l’élève qu’il vous l’explique lui-même »

J.Jacotot          

 

  ‘’ Il y a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. L’homme – et l’enfant en particulier – peut avoir besoin d’un maître quand sa volonté n’est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur la voie. Mais cette sujétion est purement de volonté à volonté. Elle devient abrutissante quand elle lie une intelligence à une autre intelligence. Dans l’acte d’enseigner et d’apprendre il y a deux volontés et deux intelligences. On appellera abrutissement leur coïncidence. Dans la situation expérimentale créée par Jacotot, l’élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes. On appellera émancipation la différence maintenue des deux rapports, l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté. ‘’ 

 J.Rancière. Le Maître ignorant. 

Fayard, 1987