RECOMMENDED RECORDS

 

Eloge de la science et / ou leçon d’impouvoir (10)

 

THE Re RECORDS QUARTERLY (3)

 

Vol. 1, n° 4 : Une face presque entièrement dédiée au groupe japonais After dinner, enregistré au Musiam Square d’Osaka le 2 février 1986, avec au chant Haco, à la guitare Mutsuhiko Izumi, aux percussions Ichiro Inoue, à la basse et hichiriki, Seiichi Kuroda, à la batterie Hideyuki Yamagata, à la basse et au violon Tadahiko Yogogawa, au mellotron et claviers Kenji Honishi et Tomoko Tsunoda au violon. L’esprit d’Henry Cow plane sur les cinq morceaux de cette face, avec la voix haut perchée de Haco et la frappe puissante du batteur ("After Dinner", le titre). Plus léger le thème suivant, "A walnut", thème binaire avec une mélodie martelée et appuyée. "RE" correspond tout à fait au titre de cet article, on est proche de HC, Art Bears ou News from Babel, de ces climats créés par les claviers, la voix intense, l’apparition du violon là où on ne l’attend pas, le tout enveloppé par la batterie à la fois légère et drue, comme sait la traiter Chris Cutler. Petite comptine pour suivre, notes de guitare égrénées en arpège et cette voix qui se promène, rejointe par le violon qui se couple à la guitare avant de s’évaporer. Puis la violence reprend ses droits pour annoncer la voix en écho de Haco, pour un final tout en progression. Quelques textes en anglais sont présentés dans le (copieux, comme toujours) livret, parmi lesquels j’ai retenu "Kitchen Life" qui parle de la frigidité de l’être et de l’admiration des gens pour des choses mortes… La face A se termine avec une pièce de Wondeur Brass, groupe québécois entièrement féminin composé de Ginette Bergeron (ts, voc), Judith Gruber-Stitzer (bass), Joane Hétu (as), Diane Labrosse (synthés) et Danielle Roger (dr). "L’heure des louvesconfirme leurs propos, à savoir qu’il y a des motivations politiques dans tout leur travail. Cela se confirmera avec la création, la gestion et l’administration du label "Ambiances Magnétiques".

 


La face B est introduite par le groupe russe Strange Games, décrit comme un groupe New Wave. Dans un article reproduit dans le livret, la journaliste Marianne Dulac reprend les propos des musiciens, et notamment le passage dans lequel ils précisent qu’à Léningrad la situation est très difficile pour les groupes pop, notamment en ce qui concerne les instruments, ceux provenant de l’ouest, de meilleure qualité, ne se trouvant qu’au marché noir et coutant très cher…

Steve Moore prend la suite, pour une pièce assez planante, plutôt basée sur le traitement du son. Art Moulu Tréfin, une sorte d’Etron Fou aux paroles déjantées. Exemple ? "C’est pas la bile qui fait le moine, ni la folie qui fait l’art mure". Après cela, difficile de rentrer dans le texte d’Adrian Mitchell qui parle de l’assassinat du poète Michael Smith par trois hommes à Kingston, Jamaïque. Mitchell clôturera l’album en nous demandant de rester éveillé ("Staying awake"). Entre ces deux lectures, The Black Sheep nous aura ravi les oreilles avec"Power", l’accordéon de Colin Mclure et la voix de Loek Van Saus s’accordant à merveille. Très belle surprise pour compléter ce disque : André Duchesne a arrangé la Cantate 159 de Jean Sébastien Bach, transposé les mots en français, et ce pour la musique du film de Serge & Jean Gagné, "La couleur encerclée". L’aria est dédié à la mort de Vincent Van Gogh. Duchesne chante, René Lussier joue de la guitare électrique, Bernard Cormier le violon et Jean Corriveau les synthés (basses). Et c’est magnifique.

Chris Cutler précise dans le livret qu’il aura fallu 16 mois pour réaliser les 4 premiers volumes qui se voulaient au départ trimestriels. Il dit aussi que l’expérience était prévu pour une année, à la fin de laquelle il ferait le bilan. Celui-ci se révélant positif malgré les difficultés, il est temps d’ouvrir le volume 2 contenant 4 nouveaux opus…

 

Vol. 2 n° 1 : Ré Records Quarterly Magazine change de visage et s’ouvre sur la musique contemporaine, "sérieuse" comme le précise Chris Cutler avec semble-t-il une pointe d’ironie, grâce aux interviews de Pierre SchaefferJaroslav Krček et Georg KatzerTim Hodkinson traite de la technologie appliquée à la tradition dans la musique d’art européenne, texte complété par Michael Gerzon qui lui parle de la tradition de la musique électronique et des influences venues des musiques classique et populaire. Ken Hyderraconte comment il a acheté un tambour shaman, important dans la tradition shamanique à tel point que de la vodka est aspergée dessus pour augmenter sa performance. Le magazine contient 64 pages toutes aussi fournies, et toutes en anglais…

            Le disque nous permet d’entendre Blitzoids (USA), Ur (Suède), le trio Henry Kaiser / Michael Maxymenko, Bill Frisell pour un morceau basé sur un titre de Muddy Waters (alors que sur le disque il est attribué à W. Dixon), Iva Bittova et Pavel Fajt et, pour conclure la face A, onze minutes de field recordings peuplés de chants d’oiseaux signéesAnthony Moore. La face B voit défiler John Oswald (Canada) dans une oeuvre symphonique de onze minutes également, Joseph Racaille (France), toujours aussi décalé, This Heat(UK) et David Thomas & the Accordion Club, avec Chris Cutler et Alan Dunn, pour deux morceaux.

 

 

Les souscripteurs de l’époque se voyaient remettre en cadeau un pamphlet en 9 tableaux dessiné par Graham Keatley.

 

A suivre…

 

Philippe RENAUD