Un album virtuel est toujours un album... 


La réaction de Sébastien BRANCHE


Bonjour,

Je réagis à l'article de Gary May "un disque virtuel est toujours un disque".

Pour moi cet article pose deux questions, la sempiternelle question du disque et de son avenir, et la question, indépendante même si elle apparaît vraiment avec la possibilité du disque dématérialisé, de la gratuité.

La gratuité n'est pas une fatalité de la dématérialisation, des plateformes comme bandcamp permettent aux musiciens ou aux labels (on trouve depuis peu le catalogue du label rectangle sur ledit bandcamp - et aussi le reste des disques physiques) de mettre en vente facilement, à prix libre ou fixe, ou de mettre à disposition gratuitement, morceaux ou albums entiers, sans frais. Et pour l'acheteur, en général, la possibilité de tout écouter en streaming avant de se décider. C'est aussi un moyen de remettre à disposition sous forme dématérialisée des albums épuisés sans avoir à engager de frais supplémentaires.

Le mp3 n'est pas non plus un passage obligé : il y a bien longtemps que les débits de téléchargement permettent d'envisager la musique encodée en bonne (voire très bonne) qualité sur internet. Et l'amateur audiophile peut, avec les lecteurs de flux numériques qui commencent à apparaître sur le marché, avoir une chaîne hifi adaptée à ce mode de fonctionnement, chaîne connectée à la bibliothèque musicale stockée sur ordinateur ou disque dur via le réseau local. Je suis l'heureux propriétaire d'un tel système et il me ravit absolument, la qualité audio étant sans compromis (mais elle a son prix).

Reste la question de l'objet auxquels beaucoup d'entre nous restent attachés. Déjà, cet attachement s'effrite chez les moins de 30 ans, plus habitués sans doute à ces modalités (films et séries en streaming par exemple). Cependant, pour les musiciens et les collectionneurs, avoir un objet que l'on peut donner, vendre, échanger lors des concerts notamment, ou trouver chez un disquaire (pour toutes les raisons que vous évoquez) reste important, voire nécessaire. Mais on peut faire avec! A titre d'exemple, pour mon premier disque autoproduit, j'ai opté pour l'édition très limitée (32 exemplaires) sur CDR avec pochette faite main afin d'avoir un "bel objet" qui pourra contenter les collectionneurs, ainsi que la mise à disposition sur bandcamp à prix modique, et l'édition de petites cartes avec code de téléchargement pour avoir un objet physique lié à l'album virtuel. Plus poussé encore, le label suisse Insub (www.insub.org - anciennement insubordinations) a opté pour l'édition systématique sous forme d'album virtuel, accompagné pour ceux qui le souhaitent (et y mettent le prix - raisonnable) d'un bel objet (œuvre graphique, interview ou autres).
Il reste aux chroniqueurs d'accepter de passer à ces nouvelles modalités. Quand on voit que l’accueil fait à des disques CDR n'est pas toujours très chaud, le passage au virtuel risque de poser difficultés. J'espère, tout comme vous, qu'on vous emboîtera le pas!

Merci pour votre article,

Musicalement,

Sébastien BRANCHE

www.sebastienbranche.com

Liens :

www.insub.org

http://rectangle-records.bandcamp.com




Lettre ouverte de
Gary May

    Depuis un certain temps la vente de disques est globalement en chute libre. Je ne vais pas me lancer ici dans une analyse du comment et du pourquoi de cette situation. Partons simplement du constat, pour mettre tout le monde d'accord au moins sur ce point. L'internet, et l'échange, plus ou moins légal, de fichiers, pose des questions importantes sur les habitudes des gens, et la façon dont les artistes peuvent réagir à cette nouvelle donne. La démarche 'officielle', (Hadopi ou autres structures similaires), semble être très peu adaptée à la réalité technologique, sociologique et économique de notre époque. Regardons donc comment un artiste, Jean-Jacques Birgé, a choisi d'agir, et essayons de voir si sa solution s'applique ailleurs.

    Jean-Jacques, toujours à l'affût des nouvelles technologies, a choisi de mettre sa production en ligne gratuitement, et en même temps de continuer à vendre les stocks de CD et vinyles restant. Il a déjà mis sur son site une quantité impressionnante de musique inédite du passé (Le Drame Musical Instantané, évidemment, mais aussi Bernard Vitet, Thurston Moore, Birgé en solo, Aki Onda, Alexandra Grimal...) et aussi des projets récents et flambant neufs, citons juste un trio génial avec Birgé, Birgitte Lyregaard et Sacha Gattino, nommé El Strom, et qui a joué pour la première fois sur scène récemment au Triton, et aussi un duo très original : Birgé et le violoncelliste Vincent Segal. Je recommande à chacun d'aller sur www. drame.org et de se laisser tenter par le choix des œuvres. Sur son blog Jean-Jacques a expliqué les raisons de sa démarche. Je le cite "La majorité des musiciens enregistrent des albums pour entériner leurs avancées artistiques et par souci de communication. Ils gagnent leur vie grâce au spectacle vivant ou à des commandes de musique appliquée (cinéma, théâtre, ballet, etc.), extrêmement rarement des royalties qui leur sont consenties sur les supports matériels. Hors les grosses ventes style variétés, entre les exemplaires donnés, les envois et les frais divers, un disque coûte la plupart du temps plus cher qu'il ne rapporte.... La publication numérique en ligne que nous proposons ... est gratuite, donc accessible à tous, et peut rayonner jusqu'aux confins de la planète. Nous touchons donc plus d'auditeurs pour un coût considérablement moindre, voire quasi nul." Jusqu'ici, tous va bien. Saluons une démarche généreuse, démocratique et faite dans un esprit positif et constructif.

    Mais cela pose aussi des vraies questions; quid des disquaires, relais précieux depuis toujours, et de leur rôle de conseil, de lieux de rencontre et de lien sociaux; et quid des artistes qui n'ont pas un catalogue impressionnant dans lequel piocher pour créer une vitrine aussi alléchante que celle de Jean-Jacques; comment rémunérer les artistes qui participent aux disques si tout devient gratuit; comment ne pas vouer aux oubliettes le public 'traditionnel', acheteurs et collectionneurs, pour lequel l'objet physique a encore du sens, pour lesquels le virtuel reste 'virtuel' et qui, à mon sens, semble être souvent peu ou pas adapté à l'ordinateur et à l'internet ? Et enfin, la qualité du son dans tout ça... le mp3 reste assez minable comme qualité; est-ce qu'une solution 'audiophile' est envisagée/envisageable ? Sur son blog, Jean-Jacques a déjà formulé quelques éléments de réponse, par exemple "Lorsque j'ai créé le label GRRR en 1975 les ventes de disques se portaient bien parce que l'offre était moins large. Il y avait dix fois moins de musiciens en France." ou "La qualité d'un mp3 est à peine meilleure qu'une copie sur mini-cassette. Si la reproduction est plus simple techniquement, elle pousse à l'accumulation, mais de toute manière jamais ces jeunes "pirates" n'auraient acheté tout ce que leur baladeur ou leur ordinateur abritent. La circulation des œuvres est plus importante que leur protection". Mais je ne vais certainement pas répondent à sa place à mes (et pourquoi pas vos) interrogations. L'idée de cette article est double; premièrement parler de la musique de Jean Jacques, disponible en ligne, et qui mérite amplement d'être chroniquée au même titre que les CD et vinyles (je vais me lancer mais j'espère que d'autre chroniqueurs d'Improjazz vont m'emboîter le pas...!), et deuxièmement, de poser ces questions, ouvrir un débat, un échange, et de susciter des réactions. Alors, à vous de réagir, soit en écrivant à Improjazz, soit en passant directement par les commentaires sur le blog de J.J. Birgé. Je reste partagé entre le désir de saluer une solution démocratique et originale à un vrai problème, mais aussi la tristesse de voir disparaître l'objet musical, la pochette, le dilemme du choix (on ne peut pas tout acheter, alors il faut choisir où mettre son budget...).

    Quelque part je ne peux pas m'empêcher de penser que tout avoir gratuitement revient à ne rien avoir du tout, et que finalement, c'est le choix qui devient virtuel.

Le blog de JJ Birgé : http://www.drame.org/blog/

Pour écouter et télécharger la musique : http://www.drame.org

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