LES ALTERNATIFS / EPISODE 1

 

RULHAND

Mathias Pontevia et Ian Saboya - interview à la maison et par courriel - et Michel Doneda par courriel

 

Au menu, foies de volailles à l’ail, sauce tomate maison, sel, poivre et pasta !!!

 

RUHLAND est un fameux duo bordelais ! Il réunit Mathias Pontevia et sa batterie horizontale, il joue aussi d’un micro branché à un ampli, qu’il fait résonner avec les fûts et les cymbales et d’un pad dans lequel il a enregistré des sons. Ian Saboya, lui triture ses pédales et danse avec sa guitare électrique.

 


Photos Bruce MILPIED


Entrée en matière dédiée au quartier des Capucins !

 

Ian SABOYA (IS) : c’est bien d’habiter à côté des Capus quand même...

 

IMPROJAZZ et bien, ça te change ton rapport à...ton alimentation. Tu ne fais plus du tout les courses de la même façon......et tu t’orientes beaucoup plus sur le frais...

 

IS : carrément ! Le frais et des fois, des trucs que tu as repérés, par exemple samedi, là, à Saint Michel, des oignons de Roscoff.

 

Mathias PONTEVIA (MP) : ah bon !

 

IS : ouaip, tu mets ça avec des patates que j’ai repérées aussi et t’as pas besoin de plus, tu fais ça à la vapeur, huile d’olive et sel, et en fait tu manges mieux...

 

IMPROJAZZ : en fait quand tu bases ton choix sur le produit, t’as souvent pas besoin de plus !

 

IS : ah oui carrément !

 

IMPROJAZZ : le produit, il t’éclate à la bouche de ses saveurs.

 

IS : le produit fait tout !

 

Abordons la musique...

 

IS : On va faire trois dates avec Mathias, ça nous a permis de répéter un peu plus aussi. Il y a toujours l’«improvisation» et des formes un peu plus figées, pas composées non plus, sur des textures de son.

 

IMPROJAZZ  : déjà la dernière fois quand je vous ai entendu, vous étiez sur ce registre là. C’est un peu l’évolution du travail ?

 

MP : jusqu’à présent il y avait une longue improvisation libre et un morceau prévu qui arrivait.

 

IS : on a travaillé pas mal avec les textures de son, avec les effets, Mathias avec son micro, avec le pad. Composer par rapport à une sonorité, sans figer, approfondir une texture de son, cela contraste avec les parties improvisées, qui sont un peu plus baroques.

MP : on avait bossé sur un morceau de Monk que j’avais dans mon pad.

 

IS : Mathias a le thème de Monk dans le pad, on joue deux fois et après l’improvisation part. Cela permet d’être sur des ruptures par rapport à ce que l’on a fait avant ! Après il y a toujours une possibilité que cela retombe sur autre chose, mais on sait sur quoi on retombe.

MP : c’est comme un morceau de jazz avec plus de possibilités.

 

IS : ce qui est rigolo, c’est de la faire un peu destroy, ça change !

 

IMPROJAZZ : les textures de sons, vous les avez prédéfinies à l’avance ?

 

MP : oui, en bossant des impros, par exemple, l’autre jour on est tombé sur l’histoire du micro qui faisait larsenner la grosse caisse et qui fait une sorte de boucle.

 

IS : moi j’ai une pédale qui est basée là dessus, Mathias a son pad qui propose des sons de musique électronique ou concrète, afin de varier la palette.

 

IMPROJAZZ : comment travaillez vous ?

 

IS : on se permet des choses que l’on ne ferait pas en concert, des plans assez rythmiques, on tente.

 

MP : on fait tourner des plans assez répétitifs, et là on se dit, tu as entendu ce qui est arrivé ! Refaisons-le ! Et cela peut être une base de morceau.

 

IS : Comme on est que deux, faire tourner les choses en concert, c’est plus difficile, il manque un peu un instrument, on n’ose pas encore trop le proposer, mais on y vient ! Par exemple le micro qui fait le larsen en boucle, c’est comme un troisième instrument.

 

MP : comme un orgue, une basse...

 

IMPROJAZZ : ce micro, c’est un instrument qui vient d’arriver dans ton instrumentarium et ta batterie «horizontale» ?

 

MP : oui, c’est un micro que j’ai à la main (pour Rien Virgule aussi) et maintenant j’ai carrément un ampli basse à côté de moi ! Je me sens à l’aise d’avoir un point de sono à côté de moi, comme si cela venait de ma batterie, c’est comme une baguette, une sorte de zoom.

 

IS : ça rapproche de la musique électronique, cela fait une troisième source sonore.

 

MP : je peux le poser, cela fait une basse continue, je le laisse faire et je me concentre sur la batterie, j’aime passer de l’électronique à l’acoustique !

 

IMPROJAZZ : pourquoi avoir fondé «chute libre» ?

 

MP : c'est Ian qui a fondé cette collection dans les Potagers Nature. Il consacre cette collection à l'édition de projets d'improvisation ou apparentés, qui sur ses coups de cœur et ce qu'il a écouté souvent en direct, lui paraissent essentiels. Le premier c'est le concert que tu as organisé de Didier Lasserre et Jean Luc Guionnet; le deuxième fut Ruhland, enregistrement au novo local ; le prochain sera Peür, trio composé de deux musiciens et d'un "lecteur" complètement jeté.

 

IS : pour essayer à terme d'éditer des disques de musiciens qui sont peu sollicités dans le "milieu" confinée de la musique improvisée; et ainsi proposer une autre facette du style musicale, en y élargissant la définition du genre. Le nom vient de la collection de fiction des éditions Champs Libre créé au début des années 70 et qui éditait de nouveaux auteurs dont la violence de l'écriture traduit la fin du "rêve" hippie et anticipe l'esthétique punk (cf. Le chaos final, Spinrad).

 

IMPROJAZZ : que représente Lee Konitz pour vous ?

 

MP : drôle que tu poses cette question; avons nous parlé de cela ensemble ? C’est une chose ni secrète ou honteuse mais qui ne parait pas au premier abord dans la musique de Ruhland. Il se trouve que Konitz est un des musiciens qui nous relie Ian, Doneda et moi, et nous nous en sommes aperçus au détour de conversations, l'idée est même venue de Doneda de jouer sa musique. Ce que nous ferons surement un jour. Ian par exemple, qui écoute peu de jazz (ce qui est relatif, disons en pourcentage de l'énorme quantité de musique qu'il écoute) choisit des choses essentielles, comme Konitz. Pour ma part, j'écoute souvent Lee Konitz, et il est toujours un mystère et un magicien pour moi exactement et précisément comme Steve Lacy et Dexter Gordon. Il fait entendre quelque chose qui n'est pas là ; l'air de rien Il a ce petit son aérien, en réalité en concert il a un son énorme. Il donne l'impression de flotter au dessus du rythme, et il est pile dedans, il brasse des mélodies en continue, alors qu'il est plein de silence, il a cette force (cette sagesse orientale?) qui travaille par delà des styles, il pourrait jouer avec un poste de radio qui cracherait un bruit blanc, ça fonctionnerai.

Ce qui est fascinant c'est sa manière de rentrer dans la musique en apparence naturellement. Le disque "Motion" avec Elvin Jones et Sonny Dallas est impossible; il joue aussi souvent avec Paul Motian, espèce de Monk à la batterie, ils sont comme des frères. Il y a une vidéo sur Youtube où Motian lui demande s'il joue toujours le même vieux saxophone; et Konitz lui répond que oui, que c'est même son premier sax que lui ont offert ses parents quand il a débuté au lycée !

 

IS : Un bon musicien.

 

IMPROJAZZ : comment est né Ruhland ?

 

MP : drôle de nom déjà qui est ... enfin faut demander à Ian je ne sais s'il veut le dire, mais qui est un nom alsacien, dialecte de l'allemand. En allemand Ruhe c'est le silence et Land le pays. Je ne me rappelle plus comment est né notre duo (avant de jouer parfois avec Doneda on travaillait en duo, avec quelques rencontres de ci de là). Mais je me suis toujours dit qu'on avait à faire ensemble avec Ian, on a une espèce de vitesse, et lui est un musicien énorme, je me sens absolument libre avec lui, il sait faire avec tout et en plus il est ternaire. Je me rappelle de la proposition que tu as faite de jouer le duo avec Doneda à Luz, et qu'on a poursuivi de façon démente (peu de concert mais des concerts démentiels) et de toute façon je les aurais fait se rencontrer. D'ailleurs lorsque je suis parti avec Bruce Milpied faire un reportage à Istanbul en 2014, une résidence était prévue pour nous trois aux Instants Chavirés. Or j'ai eu des problèmes de sortie du territoire turc et me suis retrouvé coincé à Istanbul sans pouvoir les rejoindre. Ils ont travaillé bien sûr et notamment des Lee Konitz torsadés. J'ai tiré une pièce un duo de leur travail et me suis enregistré par-dessus un an plus tard. (pas un Konitz). la pièce est là :https://www.youtube.com/watch?v=IXFkyvO6tZ0


A suivre dans le magazine


Propos recueillis par Yan BEIGBEDER

 

Chronique du disque

 

 

 

RULHAND

CAVES CANES !

Collection Chute Libre 02

Edité par les Potagers Natures

et Fougère musique

Michel Doneda : saxophone et sopranino

Mathias Pontevia : batterie horizontale

Ian Saboya : guitare électrique

 

 

            

    Ce groupe cherche les racines du swing et du blues, pour mieux s’en échapper dès qu’il touche au but ! Du Cante Jondo des villes !

Fréquences aigües et graves cohabitent, le swing en dessous des électricités /attention aux chiens /

Écrire avec la fièvre /parmi les Sus Suidés, omnivores et forestiers/

Lifetime / sorte de canari/

L’étrange beauté des cymbales, le souffle sopranien et les caresses électriques /pour le regroupement familial des dinosaures et des oiseaux /

La chute est douce au fond de la caverne / du porc au dauphin ; partagent une couche de graisse analogue.

 

Yan BEIGBEDER