Orchestre National de Jazz

Concert anniversaire 30 ans

ONJ Records – ONJ 464444

Sortie en avril 2018

 


 

Le 2 septembre 2016 l’Orchestre National de Jazz fête ses trente ans à la Cité de la musique lors du festival Jazz à La Villette. Les dix directeurs artistiques qui se sont succédés depuis 1986 à la tête de l’ONJ sont réunis pour une soirée, pendant laquelle il dirigent chacun une œuvre de leur répertoire de l’époque.

 

Arnaud Merlin présente la soirée et recueille les impressions sur le vif de chaque chef d’orchestre. Le concert, enregistré et filmé, fait l’objet d’un coffret publié chez ONJ Records en avril 2018, avec un disque, une vidéo et un livret qui retrace l’histoire de l’orchestre à travers les propos de ses différents directeurs rassemblés par Stéphane Ollivier, la composition de l’orchestre pour chaque période, la liste des invités qui ont joué avec l’ONJ, une discographie en image et des photos de Jeff Humbert, prises pendant le concert.

 

En 1982, Maurice Fleuret, compositeur, musicologue, journaliste et notamment initiateur de la Fête de la musique, rejoint l’équipe de Jacques Lang. Trois ans plus tard, le Ministre de la Culture annonce la création d’un orchestre national de jazz, subventionné par l’Etat. Le 3 février 1986, François Jeanneau dirige la première de l’ONJ au Théâtre des Champs-Elysées. Fleuret a réussi une fois de plus à appliquer le principe qui a toujours dirigé ses actions : « toutes les musiques sont égales en dignité et nous avons à leur égard une égalité de devoir ».

 

Le disque et le film reprennent les onze morceaux joués pendant la soirée pour former une biographie musicale captivante. L’ONJ, évidemment au grand complet, a invité sept élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et deux de la Norge Musikkhøgskole. Elise Caron et Yael Naim se joignent également à la fête.

 

A tout seigneur, tout honneur : Jeanneau ouvre le bal avec « Jazz Lacrymogène », un jazz symphonique moderne, avec des superpositions de sections à l’unisson qui ronflent, portés par la rythmique puissante de Sylvain Daniel et d’Eric Echampart. Changement de décor avec « Desert City » d’Antoine Hervé (1987 – 1989) : un minimalisme bruitiste qui joue sur les timbres, flirte avec les musiques de film, courtise le blues et permet à Hugues Mayot de lâcher la bride de son saxophone alto. Claude Barthélemy, le seul à avoir tenu les rênes de l’ONJ à deux reprises (1989 – 1991 et 2002 – 2005), propose « Real Politik ». Un jazz-rock free dynamique qui met en avant Théo Ceccaldi. Denis Badault (1991 – 1994) rend hommage aux quelques cent cinquante musiciens qui ont participé à l’ONJ depuis sa création, mais aussi au guitariste Lionel Benhamou, disparu prématurément en 1995 : Caron interprète le magistral « A plus tard », qui navigue entre musique contemporaine et musique médiévale. « In Tempo », de l’album éponyme enregistré par Laurent Cugny (1994 – 1997), a des allures de concerto pour violon, avec un Ceccaldi entre tradition et modernité… et Cugny de paraphraser Claude Debussy à propos du Sacre du Printemps pour illustrer le rôle de l’ONJ, qui permet de faire « de la musique de sauvage avec tout le confort moderne ». Didier Levallet (1997 – 2000) prend la suite avec « Out Of », morceau dans un esprit hard bop qui donne l’occasion à Jules Jassef (trompette), Raphael Olivier Beuf (guitare) et Kristoffer Alberts (saxophone ténor) de s’exprimer sur une walking et un chabada confortables. Paolo Damiani (2000 – 2002) introduit « Argentiera » avec beaucoup d’élégance, puis Ceccaldi développe une belle mélodie cinématographique, reprise au saxophone soprano dans une veine lyrique tendue par Alexandra Grimal. Barthélemy revient  sur scène pour « Oud Oud ». Après un duo de toute beauté entre le bugle de Fabrice Martinez et l’oud de Barthélémy, le moreau s’emballe sous l’impulsion de Mayot et de Grimal pour se conclure sur un final luxuriant. Animée par le vibraphone de Franck Tortillier (2005 – 2008), la « Valse 2 » navigue entre swing et jazz-rock, avec un chorus enlevé de Luca Spiler au trombone. Changement de décor avec Daniel Yvinec (2008 – 2013) qui confie à Naim l’interprétation de « Shipbuilding », romance pop composée par Elvis Costello et Clive Langer pour Robert Wyatt. Le concert s’achève sur « Paris V » d’Olivier Benoît (2014 – 2018) : une rythmique rock et minimaliste très contemporaine soutient Mayot et ses envolées débridées. Un concert qui permet de survoler la diversité créatrice des chefs qui se sont succédé à la tête de l’ONJ.

 

A la suite de la vidéo du concert, le DVD propose des entretiens avec les chefs d’orchestre qui éclairent les orientations de l’ONJ. Olivier leur a posé trois questions. La première porte sur les origines : « vos trois plus fortes influences en matière de Big Band ? » Cité par six des dix directeurs de l’ONJ, Gil Evans arrive largement en tête, devant Duke Ellington. Sont également nommés plusieurs fois : Count Basie, Charles Mingus, Joe Zawinul, Thad Jones, Quincy Jones, Django Bates, Mathias Rüegg et Frank Zappa. Quant aux autres orchestres et musiciens qui sont évoqués : le Grand Lousadzak de Claude Tchamitchian, Mel Lewis, Patrice Caratini, Chris McGregor, Kenny Wheeler, l’AACM et Henry Threadgill, John Hollenbeck… La deuxième question porte sur la constitution de l’orchestre : « par quel instrument avez-vous commencé le casting des musiciens de l’orchestre ? ». La section rythmique reste la clé de voute de l’orchestre pour la plupart des directeurs et, même si la couleur de l’orchestre ou la singularité du son s’avèrent importants, le choix des hommes prime sur les instruments. Enfin, la troisième question s’attache au futur de l’orchestre : « comment imaginez-vous le prochain ONJ ? ». Tous s’accordent sur l’intérêt d’une telle initiative, comparée à la Villa Médicis du jazz par certains, et la plupart souhaite qu’elle reste un laboratoire pour grands orchestres, de vingt musiciens voire plus. Avoir un chef d’orchestre qui change régulièrement, peut choisir son orchestre sans contrainte, créer des répertoires en toute liberté, regrouper des musiciens en phase avec leur époque, mais ouverts sur différents styles, réunir une équipe d’artistes qui inventent des choses nouvelles ensemble, mais qui jouent aussi leur musique avec leurs propres formations… voici les vœux des anciens pour la relève ! Sans oublier Bathélemy qui aspire à une parité féminin – masculin et Badault qui souhaite une femme à la tête de l’ONJ.

 

Autant de chefs d’orchestre que de directions artistiques, avec toujours une réelle volonté d’innover : l’ONJ est sans doute une « exception culturelle française », mais quelle chance que de pouvoir se permettre le luxe d’un orchestre qui peut s’exprimer « libre, largement très bien » !

 

Bob HATTEAU

 

Les candidatures pour la sucession d’Olivier BENOIT à la tête de l’ONJ ont été déposées. 7 noms ont été retenus :

 

Pierre de Bethmann, François Corneloup, Laurent Dehors, Régis Huby, Raphaël Imbert, Grégoire Letouvet, Frédéric Maurin.

 

Le choix s’effectuera le 29 juin.