Freddy Morezon + Un Pavé dans le Jazz

Ils s’associent pour fêter ensemble leurs 15 ans d’anniversaire !

8 et 9 avril au Théâtre du Pavé

 

Entretien avec Claire DABOS - Freddy Morezon –

et Jean-Pierre LAYRAC - Un Pavé dans le Jazz

 

 

 


Comment vos associations sont-elles nées, comment ont-elles été créées ?

 

Jean-Pierre Layrac : « Ce sont souvent des histoires de rencontre. J’étais dans les Hautes-Pyrénées à ce moment-là, on avait déjà commencé un travail sur le festival de Luz. En revenant à Toulouse, je regardais ce qu’il s’y passait et il y avait de toute évidence un créneau qui n’était pas exploité, celui du jazz moderne, jazz contemporain, du jazz français etc., il nous paraissait évident qu’il y avait une place pour un projet comme ça. Après, ce qui provoque l’histoire, c’est qu’à ce moment-là, Francis Azéma qui est un ami de longue date, a eu l’opportunité de prendre le Théâtre du Pavé. De suite je me suis dit que c’était peut-être possible de lancer une aventure. Pour lui c’était génial, donc l’aventure est partie. Après, il restait à s’entourer de passionnés, et là ça n’a pas été très difficile. Il se trouve que la mairie de Toulouse et Marie Déqué, et je leur rends hommage, ont cru à notre projet de suite, un projet qui était quand même marginal, elle nous a donné une subvention puis l’aventure a pris son envol. On a rencontré le public assez vite, c’est aussi ce qui fait que le projet était assez facile à défendre, on savait qu’il y avait une attente de ce jazz un peu absent à Toulouse.


Par rapport à Freddy Morezon, le Pavé dans le Jazz est une association qui fait essentiellement de la programmation ?

 

J-P : Je vais être franc, à l’époque je ne savais pas du tout que Freddy Morezon existait. On s’est rencontré assez vite, forcément, car on était un peu sur les mêmes musiques. C’était Sophie Bernard qui avait lancé Freddy Morezon, on a été amené rapidement à se rencontrer puisqu’on souhaitait travailler aussi avec les musiciens du coin. Mais la création de Freddy Morezon et la notre sont complètement dissociées. Nous on faisait tout ce qui est diffusion, on voulait chercher un public et faire exister le jazz contemporain sur Toulouse. Ça paraît un peu prétentieux, mais il y avait très peu de choses qui se passaient : à l’époque, des gens comme Sclavis qui sont devenus des vedettes, ils ne passaient pas trop à Toulouse. C’est assez surprenant, il y avait vraiment quelque chose à faire, et le public a répondu présent de suite.

 

Et comment est né Freddy Morezon ?

 

Claire Dabos : Freddy Morezon est né il y a 15 ans autour d’un noyau d’artistes. À l’époque, au départ de Freddy Morezon, ce n’était pas uniquement axé sur la musique. Il y avait vraiment deux pôles, autour de la musique et du conte. C’est né entre autres autour de Marc Démereau et de certains musiciens avec qui il travaillait depuis longtemps, et autour d’un conteur, Didier Kowarsky qui travaille encore aujourd’hui avec Marc. Tout ce noyau de musiciens a composé La Friture Moderne et plus tard Le Tigre des Platanes qui étaient des groupes assez forts à Toulouse il y a 15 ans. Les musiciens ont senti un fort besoin de se structurer et là aussi c’est une histoire de rencontre, puisqu’ils ont rencontré Sophie Bernard qui avait vraiment envie de prendre les choses à bras le corps et qui a réussi à fédérer une structure associative autour de ces musiciens, générer une reconnaissance des institutions, et obtenir des financements publics à destination de ce groupe d’artistes.

 

Freddy Morezon a la particularité d’être une association et un collectif, vous programmez uniquement les musiciens qui sont dans le collectif c’est bien ça ?

 

Claire : Contrairement au Pavé, Freddy Morezon Prod n’a pas du tout à priori une vocation à faire de la diffusion. L’association est là pour accompagner les musiciens, dans des recherches de financements pour monter des créations, dans des recherches de partenariats pour trouver des accueils en résidence, tout un travail de communication autour de leurs projets. En cours de route on a également monté un label pour vraiment maîtriser le processus, du départ de la production, diffusion, communication, et édition, pour être maître de l’ensemble de la filière. On travaille aussi sur un volet d’actions culturelles. À priori notre vocation est surtout là, et c’est assez exceptionnel d‘organiser nous-même des concerts, hormis cette année 2017 pour nos 15 ans où l’on met en place cette série d’évènements pour nos 15 ans. Ça nous arrive aussi ponctuellement quand on veut mettre en valeur des projets qui sont importants mais la vocation de l’association c’est d’être un accompagnement sur le long terme de ce collectif de musiciens Toulousains.

 

Le Pavé est donc orienté vers le Jazz contemporain, Jazz moderne, comment définissez-vous vos identités musicales ?

 

J-P. : On est obligés de mettre des appellations lorsqu’on veut parler de ce qu’on défend, mais c’est toujours un piège car c’est difficile de mettre des étiquettes sur les musiques. Quand on dit jazz contemporain, c’est vrai que c’est ça, mais en même temps c’est très vague. Nous ce qui nous intéressait dans l’aspect jazz contemporain, c’est ce qui se faisait, la création de l’époque. C’est à dire, les musiciens qui à ce moment-là créaient une musique. Il y avait des tendances sur le jazz français, à l’époque des CorneloupKassap, il y avait presque un style de jazz français. Il y avait tout un tas de formes de musiques très différentes autour du jazz et on avait vraiment envie d’aller explorer, d’aller défendre tous ces aspects, pourvu que ça soit ce qui existe au moment. On n’était pas sur le jazz traditionnel tels qu’ils le pratiquent à certains endroits. Nous ce qui nous intéressait c’était l’histoire, ce qui se passait à l’instant sur le plan national et international. Après on ne faisait pas venir que des musiciens français, je parle beaucoup du jazz français mais il y avait beaucoup de musiciens Européens et des musiciens de la région. Des fois ce n’était pas du jazz, il y avait des choses très différentes, mais c’était actuel.

 

Claire : Par rapport à Freddy Morezon, c’est aussi un collectif qui regroupe plusieurs facettes de musiques, déjà par la diversité des musiciens qui composent le collectif, puisqu’on va trouver des musiciens qui viennent du jazz, du free jazz, des musiciens qui viennent des musiques improvisées, d’autres qui sont plus axés sur le rock expérimental, il y a tous les projets que continuent Marc Démereau avec Didier Kowarsky, qui mêlent paroles et musique etc. Après je pense que ce qui fait le point commun et une esthétique commune à tous ces projets, c’est d’une part, un fort engagement dans la création, un vrai engagement artistique, une vraie recherche, une vraie présence, et d’autre part tous les musiciens de Freddy Morezon ont un dénominateur commun, c’est que tous cherchent à s’approprier un matériau, une référence, quelque chose qui pour chacun de ces musiciens, fait un moment clé de leur histoire de la musique, de comment ils ont vécu l’histoire de la musique, et ces références sont réappropriées avec leur langage de musiciens improvisateurs ou de musiciens contemporains. On a vu passer chez Freddy tout un travail sur la musique Éthiopienne, un travail sur Charles Mingus, là en ce moment il y a un travail sur la folk-anglo-saxonne, il y a eu un travail sur la musique répétitive à partir de pièces de Terry Riley, il y a eu beaucoup de travail de Marc Démereau autour du free jazz, autour de l’Art Ansemble of Chicago, Pharoah Sanders etc. avec le projet Ostaar Klaké. Je pense que c’est vraiment un point qu’ils ont tous en commun, de s’approprier un « patrimoine » et de le relire avec leur individualité, leur identité, un langage plus contemporain.

 

Vos associations ont toutes les deux un engagement envers la scène locale, mais elles côtoient l’international, pouvez-vous nous en parler ?

 

J-P. : Les points communs sont évidents, c’est qu’on émet un peu les mêmes musiques. C’est à dire quand on parle de toutes les créations de Marc Démereau, ça correspondait aux musiques que nous aussi on avait envie de diffuser, donc c’est vrai que le rapprochement paraissait évident. Après, nous on allait chercher des musiciens de l’extérieur. Évidemment, eux c’est plutôt l’inverse, le but c’est de faire que les musiciens Toulousains puissent se faire connaître à l’extérieur. Ça nous intéressait aussi, on aimait bien amener des programmateurs étrangers, on se dit qu’on va leur faire connaître les musiciens du coin. C’est un peu le but, on travaille quand même nous aussi sur cet export Toulousain. On était donc associé dans cette aventure, de façon assez naturelle.


A suivre dans le magazine...


                                                                                                    Propos recueillis par Sarah BRAULT