CAPE DOCTOR

 

10 janvier 2018

 

 

Mercredi 10 janvier. Fondation suisse. Paris

Cape Doctor

 

Louis Laurain – trompette

Bertrand Denzler – saxophone ténor

Sébastien Béliah – contrebasse

Hannes Lingens – batterie, percussions

 

Tout d’abord, ce concert était mon deuxième dans ces locaux de la Fondation suisse, pavillon de la Cité Internationale Universitaire dessiné par l’architecte Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous le nom de Le Corbusier. Plus précisément, la prestation du quatuor dirigé par Louis Laurain avait lieu dans une salle située au rez-de-chaussée du bâtiment dont la partie droite est entièrement couverte d’une splendide fresque du Corbusier.

Mon premier concert dans ce lieu avait été celui d’un autre quartet où figure Louis LaurainDie Hochstapler (Les Imposteurs en allemand), dont le batteur est également Hannes Lingens. Nous étions le 14 juin 2017 et cette prestation avait été tout aussi excellente que celle de la Dynamo de Banlieues Bleues[1] où ce groupe avait joué des titres d’Ornette Coleman et d’Anthony Braxton, extraits de leur premier double CD, The Braxtornette Project.

Ensuite, c’était la deuxième fois que je voyais Cape Doctor : la première[2] s’était déroulée le 28 janvier 2017 au 34 (un bar du XVIIIème arrondissement) où cette formation qui ne portait pas encore ce nom, n’avait présenté que des titres sud-africains durant trois sets. J’avais été enchanté par les deux premiers vus !

Enfin, comme précisé dans le communiqué de la Fondation suisseCape Doctor est le surnom du vent qui souffle à Cape Town. La raison en est la force de celui-ci qui nettoie tout : les nuages bien sûr et même, dit-on, toutes les maladies des Capetonians.

 

Cape Doctor © Olivier Ledure

 

Neuf titres furent bien, voire excellemment bien joués par le quartet. Comme pour le concert du 34, je vous ai mis en illustration les albums originaux des morceaux joués.

Et la prestation démarra par un titre absent des trois sets joués l’an dernier, Musician’s Musician de Johnny Dyani. Ce morceau ne figure pas sur le LP Born Under The Heat, mais il a été ajouté sur le CD du même nom. Il accompagnait le second supplément, Let My People Have Some Freedom enregistré tous deux en quartetlive au Lunds Museum of Art (musée d’art de Lund) en Suède en mai 1985.

 

Et, d’emblée, Louis Laurain se mit en évidence sur ce Musician’s Musician.

Puis, vint le tour de Wait And See, deuxième titre de l’album Armitage Road enregistré par The Heshoo Beshoo Group.

Ce groupe dont le nom signifie Avancer avec force, était dirigé par le saxophoniste alto Henry Sithole. Ce groupe n’aura connu qu’un seul enregistrement réalisé en 1970, Armitage Road. Cet album comprend cinq titres dont seul Wait And See fut composé par Henry Sithole, les quatre autres étant écrit par le guitariste poliomyélite Cyril Magubane. Juste après ce disque, Henry Sithole forma un autre groupe, The Drive, qui connut une aura bien plus importante en Afrique du Sud avec des vinyles tels Can You Feel It ou Zone 6, albums plus funky qu’Armitage Road

   

Wait And See présente logiquement des sonorités groovy que le groupe Cape Doctor a plus ou moins bien rendues.

 

Puis ce fut au tour de Bahula Dithabeng (Bahula dans les montagnes) de retentir. Une première reprise fut enregistrée en 2016 par les quatre du concert plus un percussionniste, Rim Kaboré, vous pouvez l’écouter sur Soundcloud :

 

https://soundcloud.com/louis-laurain-1/bahula-dithabeng?in=louis-laurain-1/sets/cape-doctor

 

Ce post est le prélude à la sortie prochaine du premier CD de Cape Doctor avec notamment l’autre titre des Malombo Jazz Makers (voir plus bas). La photographie qui illustre ces deux posts est celle de Santu Mofokeng qui l’a prise vers 1991 à Tembisatownship situé à moins de 50 km au nord-est de Johannesburg. Elle fait partie de la série Township Billboards (les panneaux publicitaires du township) que j’avais vue en 2011 à la formidable exposition du musée du Jeu de Paume,Chasseur d’ombres, consacrée au Sud-Africain.


Puis, vint le tour de Jabulani – Easter Joy, titre joué pour la première fois sur l’enregistrement Anatomy of a South African Village par Dollar Brand au début 1965 à Copenhague.

 

Mais, comme en 2017, ce morceau fut plus joué dans l’esprit de la vidéo suivante :

 

https://www.youtube.com/watch?v=MwJRIiuJzIk

 

Cette vidéo tournée en 1968 rassemble le quintet suivant : Abdullah IbrahimJohn TchicaiGato BarbieriBarre Phillips et Makaya Ntshoko.

 

Ensuite, nous retrouvons les Malombo Jazz Makers avec Matshenyogo. L’an dernier, je vous avais dit que j’étais très curieux de voir comment allait se dépatouiller de ce titre le quartet européen car il n’y avait pas de guitare électrique, ni de flûte, encore moins de malombo. Eh bien, ils réussirent à le jouer de façon tout à fait satisfaisante ! Un an plus tard, la conclusion reste la même.

 

https://soundcloud.com/louis-laurain-1/matschenyogo?in=louis-laurain-1/sets/cape-doctor

 

Vint ensuite Lonely Flower In The Village, exceptionnel titre de l’album Song For Biko, absent du LP, mais présent sur le CD du fait de sa durée : plus de 21 mn. Je n’avais pu assister à sa prestation l’an passé pour cause d’heure tardive : elle avait eu lieu après minuit, au cours du troisième et dernier set. C’était donc la première fois que j’entendais ce titre ! Si le quartet franco-allemand ne l’a pas joué aussi longtemps ni, surtout, aussi bien que son homologue original, j’ai éprouvé un réel plaisir à l’écoute en public de ce morceau.

 

Par contre, j’avais déjà entendu For Leo Dirch Petersen du même Johnny Dyani. C’est l’un des morceaux[3] joués et enregistrés par le Blue Notes Tribute Orkestrade Marcus Wyatt !

 

Je suis sûr également d’avoir déjà entendu les deux derniers titres joués : Homecoming Song d’Abdullah Ibrahim et Song For Biko de Johnny Dyani.

 

 

Le titre du pianiste coloured justifie pleinement l’appellation du groupe Cape Doctor. Il s’inspire en effet des morceaux joués par sa communauté lors du défilé Coon Carnival, chaque 2 janvier. Et, ce morceau très entrainant est parfait pour conclure le concert… sauf que le public en général, et moi en particulier, a carrément exigé un tout dernier morceau.

 

Louis Laurain a alors décidé que ce serait Song For Biko : ce choix m’a comblé.

 

Le concert terminé, je concluais un rendez-vous début mars pour un entretien avec le trompettiste Louis Laurain : vous êtes loin d’en avoir terminé avec Johnny Mbizo Dyani

 


Affiche du concert de Cape Doctor, de g. à d.

Bertrand DenzlerSébastien Béliah

Louis LaurainHannes Lingens

 

Olivier LEDURE

22 janvier 2018