SHABAKA AND HIS ANCESTORS

40ème festival de La Défense, 21 juin


ANDILE YENANA SEXTET

BLUE NOTES TRIBUTE

BâleBird’s Eye, 21-22 juin & 23-24 juin


JAZZ from SOUTH AFRICA with ANDILE YENANA,

MARCUS WYATT and SIYASANGA CHARLES

BâleMarkthalle, 25 juin


SHABAKA AND HIS ANCESTORS

Paris, 20 juillet

 


mercredi 21 juinParvis de La Défense12h     mercredi 21 juinBird’s Eye. Bäle. 20h30

jeudi 20 juilletNew Morning. Paris. 21h30      jeudi 22 juinBird’s Eye. Bâle. 20h30

Shabaka And His Ancestors                           Andile Yenana Sextet


Shabaka Hutchings – tenor saxophone             Andile Yenana – piano

Mthunzi Mvubu – alto saxophone                     Ganesh Geymeier – tenor saxophone

Ariel Zamonski – double bass                          Marcus Wyatt – trumpet, flugelhorn

Tumi Mogorosi – drums                                  Siyasanga Charles – trombone

Gontse Makhene – percussion                         Patrice Moret – double bass

Siyabonga Mthembu – vocal (La Défense)         Michi Stulz – drums

Cleveland Watkiss – vocal (New Morning)        

 

vendredi 23 juinBird’s Eye. Bâle. 20h30

samedi 24 juinBird’s Eye. Bâle. 20h30           dimanche 25 juinMarkthalle. Bâle. 11h

Blue Notes Tribute                                         Jazz from South Africa with

Andile Yenana, Marcus Wyatt and

Marcus Wyatt – trumpet, flugelhorn                Siyasanga Charles

Siyasanga Charles – trombone, vocal

Simon Spiess – tenor saxophone                      Marcus Wyatt – trumpet, flugelhorn

Donat Fisch – tenor saxophone                        Siyasanga Charles – trombone

Andile Yenana – piano                                    Andile Yenana – piano

Fabian Gisler – double bass                             Stephan Kurmann – double bass

Domenic Egli – drums, percussion

 

Il m’aura fallu attendre d’avoir quasiment cinquante huit ans pour fêter la musique au son du jazz sud-africain. Non seulement à Paris, mais aussi à Bâle en ce premier jour d’été 2017 !

En effet, j’ai assisté tout d’abord à l’excellent concert de Shabaka & His Ancestors sur la dalle de la Défense. Excepté Shabaka Hutchings qui est d’origine West Indies, comme disent les Anglais (Antillais britannique, en vf), les musiciens qui l’accompagnaient étaient tous sud-africains. Je connaissais déjà le formidable altiste Mthunzi Mvubu et le contrebassiste prometteur, Ariel Zamonski : je les avais déjà vus jouer en Afrique du Sud lors de mes deux derniers voyages là-bas.

Mthunzi MvubuAriel Zamonski © Olivier Ledure 

Par contre, si j’avais également déjà vu des vidéos avec Tumi Mogorosi et m’étais entretenu avec lui à Joburg, je n’avais jamais encore assisté à l’un de ses concerts. Et, ce fut ma toute première rencontre avec Gontse Makhane, particulièrement bon percussionniste, ainsi qu’avec Siyabonga Mthembu, puissant chanteur.

Enfin, je n’avais vu Shabaka Hutchings que dans trois formations différentes : The Comet is Coming et Sons of Kemet, deux groupes récemment vus à la Dynamo de Banlieues Bleues et sa participation à la prestation d’Anthony Joseph du 39ème Festival de la Défense. C’est bien évidemment Shabaka & his Ancestors que je préfère, pour l’instant du moins[1].

Entre les répétitions et le concert, Ariel Zamonski m’avait prévenu que Nduduzo Makhithini (p) et Mandla Mlangeni (tp) allaient manquer à l’appel pour cause d’étroitesse du budget de la tournée. C’est moins l’absence de Nduduzo que celle de Mandla que je regrettais : j’avais déjà vu jouer le premier alors je n’ai pas encore pu apprécier le second sur scène.

Ariel m’informait également qu’après le concert, ils partaient aux USA avant de revenir en France, le 20 juillet au New Morning, cette fois-ci. Ensuite, je lui fis la remarque que, recevant la newsletter de The Orbit, le club de jazz situé à Johannesburg, je ne le voyais plus y passer depuis qu’Aymeric Péguillan ne fait plus partie de la direction du club. Il me répondit qu’effectivement, il n’y jouait plus et il invoqua un prix des places devenu trop important et, donc, une sélection d’ensembles plus « grand public ». Je ne lui cachais pas que je m’étais aperçu des mêmes changements. Et, notre conversation s’orienta vers les difficultés que le jazz rencontre actuellement, même dans l’hémisphère Nord. Puis, il m’invita à venir backstage saluer les autres musiciens que je connaissais, en particulier Mthunzi Mvubu et Tumi Mogorosi.

Le concert commença (et finit, d’ailleurs) sous un soleil de plomb avec des titres de leur seule réalisation jusqu’à présent : Wisdoms of Elders, éditée l’an dernier sous format CD ou 2LP. Je ne rappelle plus exactement du nombre de titres joués, mais une chose est sûre : ils ne commencèrent pas par Mzwandile, le plus long titre de l’album qui lui donne son ton et son ambiance. Un Mthunzi Mvubu visiblement inspiré se montrait le compagnon idéal pour un Shabaka Hutchings qui ne présente pas de partenaire équivalent dans ses groupes The Comet Is Coming ou Sons of Kemet. Là, j’ai eu le sentiment qu’il avait dû élever la qualité de son jeu pour délivrer au public plusieurs soli réellement admirables.

  

Shabaka HutchingsTumi Mogorosi © Olivier Ledure 

Quelques mots sur le chanteur et le percussionniste qui se montrèrent tout à fait à la hauteur de leurs partenaires : deux découvertes de premier plan ! Et là, il me faut rendre hommage à Shabaka Hutchings qui a parfaitement assimilé les spécificités du jazz sud-africain : les appels / contre appels juxtaposés à la circularité (l’impression que les titres joués pourraient durer éternellement), les percussions dont le rythme incessant est à porter l’actif de Gontse Makhene et les voix – en l’occurrence, celle de Siyabonga Mthembu, qui subliment les mélodies en les dynamitant littéralement. Visiblement, les nombreux voyages du leader dans l’hémisphère sud avaient porté leurs fruits ! Aussi, c’est avec un grand plaisir que je retrouverai l’ensemble du groupe[2] au New Morning !

Avant de partir à Bâle, je repassais backstage pour dire à l’ensemble du groupe combien j’avais apprécié ce concert. Un court voyage en RER et j’étais prêt pour le départ en train pour la troisième ville de Suisse par ordre d’importance du nombre d’habitants. Le trajet fut plus long que d’habitude (4h30 au lieu de 3h30) car mon train récupéra les voyageurs d’un autre TGV en rade pour cause de chute de caténaire. Pas de problème : j’arrivais à temps pour voir l’Andile Yenana sextet, premier concert des cinq vus à Bâle.

Je ne savais pas que Bâle vivait littéralement à l’heure africaine. Quelques minutes après mon arrivée au Bird’s Eye, je vis une jeune femme qui apportait une pile de journaux gratuits : j’en pris un pour m’y plonger. C’était l’édition papier d’A* MAGAZINE (32 pages) qui présente l’ensemble des manifestations de la septième Conférence Européenne des Etudes Africaines (ECAS7, pour l’acronyme anglais). Trois articles m’intéressèrent plus particulièrement :

·        La chronique d’une exposition de photographies prises en Namibie, Stolen Moments. En particulier, celles d’un ensemble musical coloured venant de Cape Town en septembre 1959 à Windhoek, capitale de la Namibie. Les photographies d’un certain Dieter Hinrichs sont admirables.

·       L’exposition sise à l’Université de Bâle et centrée sur le Cameroun et quelques photographes sud-africains, mais pas uniquement.

·        Un long article de Veit Arlt sur la totalité à date de tous les groupes de musiciens sud-africains qu’il a contribué à faire jouer au Bird’s Eye à partir de 2004, dixième anniversaire de l’élection de Nelson Mandela. Il occupe toute une page. En face d’elle, se trouve un texte[3] de Lewis Nkosi sur une prestation de Zim Ngqawana quartet, toujours au Bird’s Eye.


J’avais trouvé mes occupations musicales et extra-musicales pour mes cinq jours passés à Bâle ! Mais, commençons par le début, le concert de l’Andile Yenana sextet au Bird’s Eye.

Veit Arlt monta sur la scène, évoqua, du moins je crois[4], quelques activités de l’ECAS version 7, puis présenta les musiciens que j’avais déjà tous vus jouer. Je fus littéralement soufflé, emporté, sidéré par le premierset : les cinq titres écrits par Andile Yenana, dont Rwanda, morceau de son second album Who’s got the map?, contenaient très certainement tout ce qui explique ma passion pour le jazz sud-africain.

Andile Yenana © Olivier Ledure 

Puis, au cours du second set, la magie s’évanouit pendant les deux premiers titres : pourtant le premier d’entre eux était un hommage à Zim NgqawanaZim’s Tune. Mais, ces deux morceaux étaient trop lents pour me satisfaire et, du coup, la présence de musiciens européens s’avérait trop manifeste ! Quand je dis cela, je n’y inclus pas Ganesh Geymeier. En effet, je sais qu’il est indo-allemand (ou bien germano-indien, je ne connais pas la formule la plus appropriée), qu’ensuite, il parle un Français admirable car il habite la Suisse romande et qu’enfin et surtout, j’ai constaté qu’à 32 ans, il progresse encore et toujours.

Par contre, mes réticences s’envolèrent à l’écoute des quatre titres suivants : nous eûmes droit à une version enlevée de Tembisa – The People, morceau du premier album d’Andile YenanaWe Used To Dance et à deux rappels (c’est inhabituel ici !). Les absents ont toujours tort : ce dicton prenait un relief singulier car l’assistance du concert avait été décevante en termes d’entrées payantes.

Mon programme du jeudi 22 juin démarra tout en douceur : lever, douche, petit-déjeuner, j’entrais en action vers les 13h. Il était donc trop tard pour rejoindre Marcus et Ganesh, partis se baigner dans le Rhin ! Les répétitions achevées dans l’après-midi, je proposais à Marcus une photographie de groupe en dehors du Bird’s Eye. Il faut vous savoir qu’à part la maîtrise de ses deux instruments (trompette et bugle), Marcus est un photographe tout à fait émérite. Après cette séance plus ou moins « officielle », je préfère vous laisser la toute dernière prise. 

Peu avant 20 heures, Sylvie Coulon arriva au Bird’s Eye. Les lecteurs assidus d’Improjazz la connaissent en raison d’un portrait publié par Jean-Michel Sinou dans le numéro 174 d’avril 2011. Je ne me rappelle plus de la date de notre première rencontre : était-ce à l’occasion du premier concert vu de Braka à Aubervilliers (Paris-Joburg avec Carlo Mombelli et Marcus Wyatt) ou bien lors du suivant à Pierrefitte-sur-Seine dans une configuration proche, mais sans Carlo remplacé par Peter Ndlala ? Peu importe. Toujours est-il que, régulièrement, nous nous revoyons autour d’un verre pour partager notre amour pour les sonorités sud-africaines et/ou jazzistiques.

Bien qu’à nouveau le même groupe jouât les mêmes morceaux dans le même ordre, ce fut un concert sensiblement différent de la veille. Ce soir-là, j’ai préféré le second set au premier et notamment, les deux morceaux les plus lents, dont Zim’s Tune. Et, le concert terminé, je partageais mes impressions avec une Sylvie Coulon extrêmement satisfaite de ce qu’elle venait d’entendre : voyageant nettement moins souvent que moi en Europe pour voir des concerts avec des musiciens de jazz sud-africains, elle avait pleinement apprécié le fait de les avoir entendus en direct !

Le lendemain matin, vendredi 23 juin, je décidai de voir l’exposition Stolen Moments. Mais commençant le mardi 27 juin pour finir le vendredi 14 juillet, je ne devais pas la voir en principe ! Quand j’arrivais aux éditionsBasler de Bâle, lieu de l’exposition, les préparatifs battaient leur plein. Je demandais si je pouvais malgré tout la voir et prendre des photographies : je remercie très chaleureusement Aino Moongo, universitaire namibienne et codirectrice artistique de l’exposition et Reto Ulrich, superviseur de la bibliothèque avec Antonio Uribe, d’avoir accéder à mes demandes. J’allais partir quand Christian Vandersee, directeur du lieu, engagea en français une intéressante conversation avec moi : nous parlâmes musique, collections et voyages en Afrique du Sud !

Sur ce, je partis rejoindre Marcus et Sylvie qui avaient pris rendez-vous au Tinguely Museum pour une baignade dans le Rhin. Puis, vint le moment des répétitions du Blue Notes Tribute au Bird’s Eye. Je ne connaissais pas Simon Spiess, le nouveau venu dans l’orchestre : joueur de saxophone ténor, il avait remplacé au pied levé Domenic Landolf, qui aurait déjà dû faire partie du sextet conduit par Andile YenanaGanesh Geymeierl’ayant remplacé. Mais ce dernier avait dû partir, étant pris par d’autres engagements au grand regret de Marcus. Incontestablement, la jeunesse de Simon Spiess ne fut pas idéale pour une confrontation avec les compositions de Johnny DyaniChris McGregorDudu PukwanaMongezi Feza et consorts : il manque tout simplement de pratique de ce jazz si particulier, donc, lecteur correct, il se contenta essentiellement de jouer les thèmes.

J’ai tenu à vous mettre une photographie de Siyasanga Charles. Cette jeune tromboniste s’était entraînée au cours des répétitions à chanter sur deux titres : le formidable morceau de Johnny DyaniDear Africa et le sublime titre de Mackay Davshe[5]Lakutshon ‘Ilanga, l’un des standards du jazz sud-africain les plus souvent joués. Elle nous les servit à nouveau excellemment bien lors de ce premier concert des Blue Notes Tribute. 

Le concert commença à 20h30 devant deux invités de marque : Makhaya Ntshoko et Irène Schweizer. Aussi, Marcus Wyatt s’est-il senti obligé de délivrer une prestation des plus irréprochables qui soit : il me l’a avoué le lendemain. Aucun problème pour ses deux compatriotes, Andile Yenana et Siyasanga Charles : tous deux ont fait preuve d’une maîtrise parfaite de leurs instruments respectifs ! Même constat avec Fabian Gisler pour lequel les mélodies de Johnny Dyani – l’essentiel du concert - n’ont plus de secret depuis son plus jeune âge ! Et si Donat Fisch éprouva par contre quelque difficulté sur la mise en place de certains titres, notamment leDo It final de Chris McGregor, il se montra extrêmement à l’aise lors des improvisations.

Call and Response (Appel et Contre-appel, en français) parait être une expression inventée pour Do It! Le piano s’avança percussif, puis, la trompette entra en action : les deux instruments semblèrent s’enlacer. Ensuite, les trois autres cuivres enchainèrent l’Appel, la trompette se chargeant du Contre-appel. Enfin, ce fut au tour de la contrebasse et de la batterie de complèter l’arrangement de ce morceau qui me ravit chaque fois que je l’entends.

Le lendemain, visite de la formidable exposition Images d’actualité (Bilder des Zeitgeschehens en version originale) à l’université de Bâle ! Celle-ci présentait trois thématiques :

·        La première, et la plus importante, mettait en lumière le travail photographique d’Emmanuel Mbwaye, qui, notamment, immortalisa les discussions entre des représentants des deux Cameroun, anglophone et francophone. Celles-ci aboutirent à une meilleure intégration du Cameroun anglophone dans l’ensemble formé des deux. Pour information, Emmanuel Mbwaye est le photographe représenté sur l’affiche et le flyerde l’exposition. 

·        La deuxième présentait un ensemble de photographies prises en Afrique du Sud pendant les années 70 et 80. Je ne citerai ici que les plus connus d’entre eux : Omar BadshaPaul WeinbergDavid Goldblattet Guy Tillim[6].

·        La troisième concernait d’autres photographes africains qui proposaient des images en n&b bien réelles et qui avaient ajouté des formes colorées qui accentuaient l’expression saisie des individus ou bien déformaient l’interprétation qui pouvait être faite de la situation. Quelques-unes d’entre elles étaient réellement saisissantes !

Sortant de cette exposition, je suis allé à un marché aux puces qui se tenait juste à côté de l’université. La pêche fut très bonne ! Puis, j’allais au Museum des Kulturen voir trois expositions dont je vous parlerai plus tard : je retournerai à Bâle début septembre pour voir Feya Faku et les visiterai plus longuement. J’avais profité de l’heure gratuite du musée : il m’aurait fallu nettement plus de temps pour en découvrir toutes les richesses.

Passons très rapidement sur le quatrième concert (le moins bon des cinq vus) pour nous focaliser sur le dernier. Ce fut, à mon sens, la meilleure prestation bâloise à laquelle j’ai assisté cette fois-ci ! Au programme, uniquement des standards de jazz sud-africain. Qui dit standards, dit mélodies qui se sont imposées au cours du temps… surtout en Afrique du Sud, très nettement moins souvent en Europe. Je vous ai déjà décrit la complicité entre Marcus et Andile qui se fonde sur une pratique commune du jazz de pratiquement vingt ans. Tous deux ont même fait partie du groupe Voice qui s’était attaché sur deux CD[7] à quelques-uns de ces fameux standardsStephan Kurmann présente une expérience significative de ce jazz si particulier, en serait-ce qu’en tant que contrebassiste du groupe Makaya’s New Tsotsis. Et, la jeunesse de l’excellente jeune tromboniste, par ailleurs praticienne émérite de musique classique, a fait le reste. Au programme du premier setMraChisa (traditionnel sud-africain joué notamment par Abdullah Ibrahim) et Pezulu (Dudu Pukwana), déjà joué les deux jours précédents ! Cette première partie se termina par un joyeux Happy Birthday car une des tables de l’assistance fêtait l’anniversaire d’un des leurs. Courte pause passée en compagnie d’Andile Yenana, puis reprise d’un répertoire de standards. Puis, arriva l’heure du départ…

Un mois après les avoir entendus, j’avais promis à chaque membre de Shabaka and his Ancestors de leur offrir un CD Dyani-Waldron. J’en avais donc pris sept, un par musicien plus un par sécurité. Arrivé sur place vers 17h30, je commençais la distribution par Ariel ZamonskiGontse Makhene et Tumi Mogorosi, déjà présents sur scène : ils réglaient la puissance de leurs instruments. Et je retrouvai Mthunzi Mvubu qui s’entrainait seul backstage : outre le CD, je lui donnai deux tirages de son duo non prévu avec Nduduzo Makhithini du 20 mars 2016 à The Orbit. Quand un grand black vient se planter devant moi la main tendue, mon premier réflexe fut de lui refuser, ne le connaissant pas. Prudent, je lui demandai who are you? Il me répondit par un Cliveland Watkiss qui ne me renseigna guère plus. Il m’expliqua qu’il était londonien, d’origine jamaïcaine et qu’il chantait. Je jetai un coup d’oeil interrogatif vers Mthunzi qui, d’un signe de tête, m’indiqua qu’il disait la vérité… 

Et c’est ainsi que j’appris l’absence de Siyabonga Mthembu, le chanteur sud-africain du groupe. Puis arriva quelques instants plus tard Shabaka Hutchings qui resta un long moment avec Cleveland Watkiss pour le faire répéter. Il était bien évident que le concert allait sensiblement différer de celui de La Défense du fait du remplacement de Siyabonga par Cleveland, certes noir… La prestation de Siyabonga avait été pleine et entière, celle de Cleveland plus tenue, mais il ajouta quelques discrets effets électroniques. Par la suite, chacun des membres du Shabaka & his Ancestors retourna sur scène se placer devant son microphone et apprécier le niveau sonore lui convenant. Enfin, vinrent les répétitions de l’ensemble du groupe. Celles-ci furent relativement courtes : de simples derniers ajustements sonores furent nécessaires. Il était 19h.

 


Il me restait donc une heure et demie à patienter pour voir l’ouverture des portes (20h30), puis une autre heure  jusqu’au début du concert (21h30). Je me dirigeai donc vers la sortie quand j’aperçus une amie assise près de l’entrée qui me permit au final d’assister au concert du meilleur endroit possible : je remercie donc Micheline qui contribua à rendre cette soirée inoubliable !

Le concert commença à l’heure ! Il dura deux sets d’environ une heure chacun, entrecoupés d’une courte pause. La totalité de l’album Wisdom of Elders, complétée par deux titres des Sons of Kemet, fut brillamment interprétée. Personnellement, j’ai préféré les morceaux les plus rapides qui constituèrent la majorité du second set : c’est sur ce type de mélodies que le caractère de spiritual South African jazz fut le plus manifeste, celui où la tension fut la plus évidente, celui qui fit le plus vibrer le public.

Mais il ne faut pas s’y tromper : le jazz sud-africain ne devient pas plus populaire en France ! C’est l’aura dont bénéficie actuellement Shabaka Hutchings qui lui permet de jouer avec tous les types de groupe, des excellents comme des moins bons (toujours à mon sens). Sa connaissance du jazz sud-africain est en partie liée à la nationalité de son partnerQue Cupidon soit remercié !

Olivier LEDURE

29 juillet 2017



[1] Shabaka Hutchings sera le cinquième Bloke du groupe de Louis Moholo-Moholo sur le prochain Ogun à sortir en automne prochain. Donc, ce verdict est simplement momentané…

[2] Je laisse ici un lien qui présente Shabaka & His Ancestors, donnant un concert de plus d’1h30 au Jazz Cafe en avril 2017 : https://www.youtube.com/watch?v=IU4vpE2eGho.

[3] Voir Improjazz #238. A cet égard, je renouvelle mes remerciements les plus chaleureux à Astrid Starck et à Veit Arlt.

[4] J’avais déjà évoqué mon déplorable niveau d’allemand.

[5] Mackay Davashe n’a bien évidemment jamais fait partie des Blue Notes. C’est la reprise de son morceau par Johnny Dyani avec Abdullah Ibrahim sur l’album Echoes From Africa, qui, entre autres, a incité Marcus à l’intégrer dans le répertoire des deux soirées bâloises.

[6] En tout cas, leurs travaux ne me sont pas inconnus du fait de la possession de quelques-uns de leurs ouvrages.

[7] Voir les CD Quintet Legacy. Volumes 1 et 2 parus sur le label Sheer Sound.