QUAND LE JAZZ ET LA JAVA S’ACCORDAIENT

 

26 septembre 2011 – 22 février 2016

 

14 mars 2016 – 6 février 2017

 

logo_historique

 

DÉCÈS DE GÉRARD TERRONÈS

 

16 mars 2017

 

 

Lundi 26 septembre 2011. 20h30. La Java. Paris

Alain Pinsolle “Chtarbmusique” Quartet

 

Jean-Louis Chautemps : saxophone ténor

Alain Pinsolle : vibraphone

Roland Molinier : contrebasse

Christian Lété : percussion

Invité : Yoshiki Watanabe : flûte

 

(…)


Lundi 22 février 2016. 21h. La Java. Paris

Futura Expérience

 

Franck Assemat : saxophone baryton

Xavier Bornens : trompette

Morgane Carnet : saxophone ténor

Sophia Domancich : piano

Michel Edelin : flûtes

Caroline Faber : voix

Jean-Marc Foussat : synthétiseur analogique

Sylvain Kassap : clarinette et clarinette basse

Dominique Lemerle : contrebasse

Christian Lété : batterie

Jean-François Pauvros : guitares et voix

Rasul Siddik : trompette

 

      …         

 

Lundi 14 février 2016. 21h. La Java. Paris

Didier Petit & Guillaume Roy duo

 

Didier Petit : violoncelle

Guillaume Roy : violon

 

(…)


Lundi 6 février 2017. 21h. La Java. Paris

François et Raphaël Lemonnier

 

François Lemonnier : trombone

Raphaël Lemonnier : piano

 

Nuts

 

Benjamin Duboc : contrebasse

Didier Lasserre : batterie

Makoto Sato : batterie

Itaru Oki : trompette, flutes

Rasul Siddik : trompette, percussion

 

Lundi 22 janvier 2016, je m’apprêtais à quitter La Java après le concert du Futura Expérience quand Gérard Terronès, l’un des deux initiateurs de cet orchestre avec le guitariste Jean-François Pauvros, m’informa du changement des propriétaires du lieu à compter du 1ermars.

 

Au final, j’aurai donc assisté à la quasi-totalité de la cinquantaine de soirées qu’il a organisées avec Christine et Mani (les anciens propriétaires entre 2006 et 2016) dans le sous-sol bien agréable de La Java. Ouverte en 1925 au 105, rue du faubourg du Temple, cette salle avait notamment vu le début de carrière d’Edith Piaf, celui de Fréhel et des concerts, j’imagine enfumés, de Django Reinhardt, phénomènes participant du statut, bien réel celui-là, de lieu mythique.

 

Mais l’assistance de ces quelque cinquante soirées ne fut pas toujours aussi mythique : elle a varié d’une quinzaine d’entrées payantes (cas extrême) à plusieurs salles combles, la moyenne se situant autour d’une cinquantaine d’entrées payantes. Les musiciens, les journalistes et les acteurs du jazz bénéficiaient de la gratuité de l’entrée, comme dans tous les clubs gérés par Gérard Terronès.

 

Les différents groupes de musiciens vus à La Java me permirent d’entendre le plus souvent du jazz, mais pas que. Du free jazz, certes, mais pas seulement : de la poésie, de la chanson française, du flamenco, du blues, des musiques improvisées européennes, du be-bop… Bref, un très large éventail de musiques, acoustiques comme électrifiées, à l’image des différents labels gérés par Gérard Terronès : d’ailleurs, sa volonté première était d’offrir la scène de La Java aux musiciens qu’il avait enregistrés. Je vous propose ci-après quelques exemples de flyers.

 


 

 

Je ne dirai pas que la cinquantaine de concerts fut inoubliable, Gérard Terronès ne s’en cachait d’ailleurs pas. J’ai bien aimé par exemple le concert donné par Jac Berrocal avec le trio Antigravity ou Swing on This, celui de Joe McPhee avec Raymond et Bastien Boni, père et fils.

 

Entre 2011 et 2016, ce club connut également trois dimanches d’hommage aux piliers des labels Futura et Marge : Jacques Thollot,Bernard Vitet et un concert à la mémoire de David S Ware, de John Tchicai, de Ted Curson… En quelque sorte, un hommage rendu collectivement en cette année 2013 qui avait connu une véritable hécatombe de musiciens ayant tous participé de près, voire d’un peu plus loin, à l’aventure de la naissance, puis à l’éclosion du free jazz en France.

 

La Java connut également la naissance d’un nouveau groupe, Futura Expérience. Son premier concert intervint le lundi 27 février 2012 et fut accompagné du texte suivant :

 

L’idée d’un big band « free » du nom de Futura Expérience est partie d’une discussion spontanée entre le guitariste Jean-François Pauvros et le producteur des disques Futura, Gérard Terronès : réunir plusieurs musiciens emblématiques ayant participé à toutes les expériences des scènes musicales des années 1970-1980, et désireux de se réunir pour jouer ensemble en cette année 2012 à La Java, un espace de musiques mythique en l’absence d’autre lieu « free » à Paris. Le programme en forme de coup de poing artistique et de revendications sociales fera allusion à l’ombre de Jimi Hendrix…

 

Puis, début 2015, les flyers des concerts organisés par Gérard Terronès à La Java cessèrent de voler, faute de moyens …

 

Quatre autres concerts de l’orchestre eurent lieu ensuite : trois en 2015 (8 juin, 30 novembre, 21 décembre) et un seul en 2016 (le concert final du 22 février). Celui du 30 novembre dernier était une « première » car le nombre de concerts organisés par Gérard Terronès passa d’un seul par mois à deux pour en proposer toujours un à Futura Expérience. Et, pour celui du 21 décembre, le second set fut particulièrement réussi, notamment du fait de l’introduction dans son répertoire d’une version admirable des Fables of Faubus de Charlie Mingus. Sinon, les autres morceaux joués à chaque fois depuis le premier concert avaient été Lonely Woman d’Ornette ColemanVoodoo Child de Jimi HendrixTintinyana de Dollar Brand et deux blues joués et chantés par Jean-François Pauvros.

 

Signalons que seuls deux de ces quatre concerts bénéficièrent d’un flyer : je vous ai mis celui du 22 janvier en tête d’article et voici le second

 

Le projet qui animait les deux initiateurs figure sur l’annonce du concert du 22 février 2016. Par rapport au premier concert qui datait de quatre ans, il s’est simplement affiné et précisé, le lieu du concert prenant une importance accrue.

 

L’idée d’un big band du nom de Futura Expérience s’est imposée lors d’une discussion entre le guitariste Jean-François Pauvros et le producteur des disques Futura, Gérard Terronès : volonté et besoin d’unir, en Île-de-France, dans un esprit libertaire, des musiciens emblématiques ayant participé au bouillonnement des scènes agitatrices des années 1960 à 1980 et des musiciens qui ont suivi.

La Java, salle parisienne mythique, a permis la création, dans un esprit fusionnel alliant les développements du jazz contemporain avec ceux des musiques alternatives actuelles, de ce programme en forme de coup de poing artistique et social…

Le Futura Expérience, groupe à la fois traditionnel et expérimental, aux couleurs sonores et visuelles spectaculaires, est composé d’un nombre de participants à géométrie variable.

Après plusieurs concerts à La Java, ce spectacle musical novateur et original sera à découvrir de nouveau dans ce même lieu le lundi 22 février prochain.

 

Concernant les musiciens qui ont joué dans cet orchestre, les piliers en furent la rythmique - Sophia Domancich (p), Jean-Marc Foussat(synt), Dominique Lemerle (db), Christian Lété (dm) – Michel Edelin (fl) et, bien évidemment, Jean-François Pauvros (eg, voc). Ce sont les autres souffleurs et la vocaliste qui changèrent souvent, la priorité donnée à la cohésion de l’ensemble, le choix parfois contraire des deux initiateurs et les emplois-du-temps respectifs expliquant ce turn over. Un certain nombre d’instrumentistes se range ici : Sylvain Kassap (bcl, cl), Frank Assemat (bs), Claude Bernard (as), Rasul Siddik (tp, perc), Sophie Alour (ts), Alexandra Grimal (ts, ss), Morgane Carnet (ts), Xavier Bornens (tp), Arnaud Sacase (as), Ramón López (dm), Sébastien Llado (tb)… J’en oublie certainement et ne me rappelle plus si Jack Gregg, le contrebassiste annoncé sur le premier flyer et Pierrick Pédron (ts, ss) étaient effectivement présents les soirs annoncés. Il ne me semble pas qu’ils aient été là.

Rang du haut : Michel EdelinRamón LópezSophie Alour

Rang du milieu : Christian LétéJean-Marc FoussatDominique Lemerle, Jean-François Pauvros

Rang du bas : Rasul SiddikLeïla MartialSophia DomancichClaude Bernard

Sous le chapeau : Gérard Terronès

FUTURA EXPÉRIENCE 2 © Geneviève Bauzée

 

Je sais que de nombreux spectateurs ont particulièrement apprécié la voix de Leïla Martial. Elle a dominé de la tête et des épaules toutes les autres vocalistes : Dorothée MunyanezaAïwa TimboFrançoise-Franca Como et Caroline Faber. Il est vrai que ces dernières se sont fait connaître dans d’autres domaines que le big band plus ou moins free. Leïla Martial, elle est fondamentalement free !

 

L’économie du jazz à La Java est symptomatique de la situation du jazz en France : le jazz en public n’est pas rentable s’il ne dispose pas de subventions conséquentes. En dépit d’une location de La Java offerte par Christine et Mani (du fait de leur proximité politique avec Gérard Terronès : c’est le fruit d’une longue amitié) et en raison de la volonté constamment renouvelée du producteur de ne pas toucher de subventions publiques ou privées, très peu de musiciens américains (le fond de son catalogue), voire européens, ont accepté la règle du jeu suivante : le partage d’une recette forcément minime (10 euro, l’entrée étant le tarif le plus élevé). Il ne me revient en mémoire que seuls Joe McPheeNoah Rosen et Alan Silva pour les américains, encore que les deux derniers cités habitaient en France, deux Anglais (Alex Ward et Dominic Lash), un Belge (Ronald Lecourt) et deux Suédois (Biggi Vinkeloe et Peeter Uuskyla) ont accepté cette règle.

 

Donc, si je multiplie le nombre moyen d’entrées payantes (disons 50) par le prix moyen payé par les spectateurs (disons 8 euro, compte tenu du fait d’un tarif réduit à 7 euro payé par tous les récipiendaires du courriel annonçant le concert). Cela fait 400 euro en moyenne à se partager entre six musiciens, en moyenne. Soit un cachet approchant les 70 euro par musicien. Le plus souvent, la règle accordait une cinquantaine d’euro ! Il est bien évident que lorsque des musiciens habitaient la province, cette règle de calcul ne tenait plus. C’est pourquoi la phrase de Gérard Terronès résonne en moi : chaque fois que je mets le pied à La Java, c’est une perte ! Et la vente sur place de CD Futura ou Marge ne compensait pas le déficit : les ventes furent quasi-nulles un nombre incalculable de fois.

 

L’importance des subventions est donc décisive si l’on veut faire des entrées, qu’ils s’agissent de salles de concert ou de festivals. C’est la raison pour laquelle le jazz écouté en France est très largement consensuel, malheureusement ! Pas trop d’originalité, pas trop de bruit dérangeant, pas trop fort… Je ne suis pas trop optimiste concernant la situation du jazz en France : regardez simplement le programme des Banlieues Bleues 2016. Où sont passés les William ParkerJemeel MoondocHenry GrimesAbdullah IbrahimJoachim Kühnd’antan ? D’ailleurs, en France, la plupart des festivals de jazz n’en programment plus qu’une journée, voire deux tout au plus. Et, la majorité des clubs de jazz parisiens ne programment quasiment plus que de la variété.

 

                                                            Je m’étais arrêté ici, nous étions le 4 septembre 2016. Je souhaitais évoquer le changement de propriétaires de La Java et les conséquences sur la programmation jazz de chaque troisième, puis deuxième lundi du mois. Christine etMani leur avaient imposé la fin de la saison jazz 2015-2016 sur un rythme mensuel. Ensuite, les repreneurs de La Java, quatre frères d’origine berbère, ne lui laissèrent organiser des soirées qu’un lundi tous les deux mois à partir d’octobre 2016… Donc, décembre 2016 vit le deuxième concert de la saison et en février 2017, le troisième… et dernier auquel Gérard Terronès n’assista pas : il venait d’entrer à l’hôpital dont il sortit uniquement quelques jours avant d’y retourner pour ne plus en sortir vivant.

                                                            Notre première rencontre s’était déroulée début 2000 à la FNAC des Champs Elysées. Très rapidement, je lui parlais de ma passion pour le jazz sud-africain. Il me dévoila alors qu’il possédait une bande du duo Johnny Dyani –Mal Waldron, qu’il allait sortir un an plus tard sous le titre Some Jive Ass Boer. Je réalisais par la suite que mon tout premier concert de jazz, un mémorable duo Archie Shepp – Max Roach à la Mutualité en 1976, avait été organisé par lui. Et, je n’oublierai pas non plus les innombrables samedis ou dimanches passés chez lui.

MERCI, GÉRARD !

 

FUTURA EXPÉRIENCE AURA RENDU HOMMAGE À

GÉRARD TERRONÈS LE LUNDI 10 AVRIL 2017, À LA JAVA


Olivier LEDURE - jeudi 30 mars 2017




Blues for Gérard

(mon frère Gérard)

 

I first met Gerard in 2001. Alexander Pierrepont brought my wife Yuko and me to his radio show to be interviewed sometime in the middle of summer in the middle of the night. We immediately hit it off, both of us loving jazz and justice just equally. I always made him laugh…we always understood each other despite my non-existent French and his almost nonexistent English. We would see each other every time I went to Paris and I’d always go to a concert he’d booked at Sunside/Sunset or La Java. He was very generous to me and would always give me CDs from his incredible label. I had already had some LPs on Marge/Futura but knew nothing about the man behind the label and as I said we became fast friends. Sometime in autumn around 2013 Gerard offered me a gig at La Java. He said there would be little if any money but that I could have all drinks I wanted and that i could bring merchandise to sell and any musicians I wanted. He had only one request. Since I was opening for French band that played Chicago blues he asked if I had any blues poems and if not could I write/read at least one to help please the audience. I’m laughing… “But Gerard mon frère of course I’ll write you a blues poem” and I did. The musicians were Sabir Mateen, Sylvain Kassap and Cathy Hayden, three avant-garde reed players. Well the audience hated us and we didn’t much like them either. They showed their disgust by talking through the entire set. I’m amazed they didn’t throw tomatoes at us or maybe they did. But the gig was actually pretty good. I expected not to sell one Book or CD to this hostile crowd but to my amazement there was one American, one Australian and I don’t remember who else in the audience who came up to me afterward, thought set was amazing and amazingly enough bought tons of books and CDs. The other great thing that happen that night was that I learned about Picon (the drink of old men i was told) which I have now indulged in quite a few times while in Paris. One of the last times I drank Picon was when I went to another gig that Gerard had booked the following year at La Java. It was also the last time I saw Gerard and sadly all my attempts to contact him after that were futile. By that time he had become even more frail and I already knew his health was failing. I also had the privilege about 5 years ago of hanging out with him when came to New York to do a recording session for the label we had a great great fucking week… okay here’s that blues poem a bit updated for this solemn occasion – adieu mon frère Gerard….

 

Blue Marge d’soiree blues for mankind important my friend please pardon my French too hot to sell in sync the solo the style the change regard the blue blue night

Gerard’s chapeau tipped down low so come here mama turn your lamp down some mo’ -  some people carry old faces and the blues puts out my fire some people leave no traces but Gerard was never for hire – don’t complain just let it rain said Bessie as she stepped in to muddy waters… key to the mystery is the key to life to take care of your pets without regrets the more that you spend on eating food the poorer it means you are but if life is lush and the weather is green it don’t matter what happens to the stuff in between – mon frère Gerard the BLUES fall down –

There’s a pigeon on my roof a miracle a restless rage Blue sky Blue skin Blue eyes it’s so nice not to look for the dead as they surround you   as you surround us now with you smile with your teeth with your one-of-a-kindness your genuine kindness and you’re chapeau and your smile la futura la futura por GERARD – the thought of the sunset seen only by one man another song sung the bridge reached then crossed the folds within the folds the hangin on and the hangin in and the hangin out

a place where the cymbal was born and birthed other symbols and there began eventually the speaking in tongues a written oratory the sweat of the brow the enslavement of souls not far from this place but so far indeed and color was born out of water and the promise of freedom our full blown freedom mon frère Gerard as you are finally released but from what to where to what – ah how I miss you already ah how I mourn the loss of not being there as you chased another dream another note another challenge another musical… now chasin’ the ashes in Per Lacaise … and the sky the blue sky and the light inhabiting dark places as the sky begins to cry the blue sky as the darkness paves the way for revolution a revolution you helped create maybe never to come again… you paved the way just as darkness itself has done before you… your life helped pave the way your revolution helped show a way out the push and the pull… the way opposites attract and apostle’s are born the way magnets merge and the blues are born the way the blues are born the blues are born    on the riverbank asleep for so long the blues open up and sing this song as we open up our weeping hearts and speak in many voices the key to mystery the key to life solo the style the changes hung upside down sweet brother Gerard…  as your soul remains here somewhere everywhere in this book in this universe in this dream in this lowest land this highest plateau this flawless world where only the outlaws can spread the news we’re only the outlaws can sing the blues where only an outlaw can save us now and Jazz is what makes us mon frère Gerard and Jazz is what takes us… life solo style breath chapeau changes changes changes… so let it rain Gerard… let it rain Gerard… let it rain.

 

Steve DALACHINSKY

 

 

For GT by GM

 

Goodbye pork-pie hat
though it wasn't really pork-pie,
perhaps some kind of tourte de Cordou
shading flamenco eyes
all the way to Paris
topping off a
slim slanting silhouette
in the basement clubs
making the sound happen
taking the risks, dancing
on the high wire of what is possible
Ornette, Archie, Boni, bluesjazz musing 
under the not pork-pie hat
ever present discretion
faithful in passion and anger and
anarchy and false pork-pie hat
that hat, hat hat hat hat that hat
who will wear that hat hat hat now
as the ideal with Odile ends
but the sounds resonate, resonate
and sound on in basement clubs
the Javas, Gills and unique Unités
still resonate in time, bouncing off the broad brim
we can still hear Lacy, Webster, Vitet
and the so-many-more-still-here who will play
under the ever-protective flamenco shade
of the not-exactly-pork-pie hat
and the gentle wily smile.
Goodbye Gérard, tomorrow is the Futura!
Jazz was the question
Terronès the answer.

 

Gary MAY

 

Willem BREUKER "nettoyant" le chapeau de Gérard TERRONES, Mulhouse 1991 – photo Gérard ROUY

 

Gérard Terronès

C'était l'exigence, l'indépendance, l'engagement, le goût de l'authentique, la connaissance encyclopédique de l'histoire du Jazz dont il fut un des acteurs. 
            C'était l'étroite collaboration avec les plus grands noms de cette culture et, en regard, la dénonciation souvent véhémente des imposteurs et des carriéristes qui s'écrasaient impitoyablement sur le mur de sa compétence. 
 C'était un témoin, un acteur majeur et intransigeant de l'histoire du jazz . Il exigeait  que les expressions les plus  actuelles et les plus radicales qu'il défendait soient solubles dans les racines de la culture afro – américaine.
 C'était un "entrepreneur" infatigable: après les "petits boulots" de sa prime jeunesse , il fut fondateur du probable premier label indépendant français, organisateur et programmateur de festivals et de concerts, manager  - tourneur, disquaire dans une boutique située près du Panthéon, créateur de plusieurs clubs de jazz  … 
 C'était le "sacerdoce libertaire" d'un dévouement sans limites à la musique, aux musiciens, à son label,  au détriment de sa santé et d'un minimum de confort matériel .
Tout cela aurait-il été possible sans Odile, son épouse qui, solidairement, courageusement et inlassablement, participait au radoub de l'embarcation à chaque fois qu'elle était proche du naufrage ? Nos affectueuses pensées vont vers elle et vers leur fils Eric.
 Homme de la  nuit, c'était un éclaireur et les différents clubs qu'il avait créés devenaient des pôles d'attraction de tout ce qui se passait de neuf, de fort et d'authentique dans la jazzosphère . Lieux de création, d'échanges, de rencontres, d'apprentissage, d'étonnements, d'invention, d'enthousiasme, d'engagement, ils ont été essentiels dans ma formation de jeune musicien. 
Gérard fut le premier à m'avoir fait confiance en enregistrant "Triode" pour Futura (j'y étais sideman) puis "Flutes Rencontre" pour Marge à son instigation et sous mon nom.
Depuis, nous étions constamment restés en relation  jusqu'aux récents concerts de La Java.
Bien qu'épuisé par ses problèmes de santé, il allait chercher je ne sais où assez d'énergie pour gérer son label, co-organiser le prochain enregistrement de Futura Experience et me proposer un projet discographique qu'il souhaitait mettre en place à sa sortie de l'hôpital …
 Qui peut ,mieux que lui, retracer son parcours, parler de ses orientations et de son éthique ?
 On pourra donc le lire et l'entendre grâce à une interview publiée sur le site de Djam "Gérard Terronès, les dessous du doulos"
http://www.djamlarevue.com/entretiens/gerard-terrones-les-dessous-du-doulos <http://www.djamlarevue.com/entretiens/gerard-terrones-les-dessous-du-doulos> 
 à un entretien audio sur le site Gallica de la BNF
http://gallica.bnf.fr/html/und/enregistrements-sonores/entretiens-avec-gerard-terrones <http://gallica.bnf.fr/html/und/enregistrements-sonores/entretiens-avec-gerard-terrones> 
 et à une interview d'Improjazz parue dans le n° 176 de juin 2011.
 
Gérard est parti voir si Abbey Lincoln, Max Roach, Ornette Coleman, Mal Waldron, Siegfried Kessler et quelques autres seraient disponibles pour un concert exceptionnel. Tout heureux de le retrouver, ils l'ont gardé à dîner. Là-bas, le repas risque de s'éterniser … Mais ici, les brumes de la tristesse se lèvent à l'horizon. 

Michel EDELIN

33 (0)1 46 63 14 28 - 33(0)6 98 69 01 43 - http://micheledelin.nuxit.net

Photo Gérard ROUY


 Archie SHEPP, Chris Flicker, Gérard Terronès – photo Gérard ROUY.

 

Gérard ROUY : Archie Shepp devait jouer aux Nancy Jazz Pulsations en 1975, il croyait que c’était à Massy, il a donc pris un taxi de l’aéroport à Massy, puis il a du appeler quelqu’un qui lui a dit que c’était à Nancy, il y est donc allé en taxi, il est arrivé très très tard au festival. Je suppose qu’avant le concert, il a du éplucher les contrats avec Terronès et ici Chris Flicker, journaliste à Jazz Hot qui parlait mieux anglais que Terronès.

  

 

            J’ai toujours rencontré Gérard depuis de longues années. On avait, une année, un projet de cordes, et sans doute faire un cd..; ça n’a pas eu lieu. J’ai surtout les souvenirs de son club à la Défense,  il nous avait invité Annick NOZATI et moi, duo assez "provocateur" il faut dire. Annick et sa voix unique, sa présence tragi-comique,  duo intense et un peu barré. Il aimait ça (on est à la fin des années 70 !!) ; c’est un peu tout, il connaissait mon travail et tout ces concerts ailleurs, à l’étranger, beaucoup aux USA.

            Mais ce que j’aimerai dire tout simplement, c’est l’homme, son travail, sa parole, sa fidélité au jazz et aux musiques créatives en général, il était direct, drôle parfois.. Il aimait rire, il n’était pas facile parfois…  il était aussi « dérangeant » pour certains car il avait "ses" musiciens, quelques musiciennes et c’est tout… le reste ne l’intéressait pas !! Gérard a tellement fait, passionné et travailleur intense, il aimait les musiciens et leur vie, il connaissait cette vie de route, de joie, de difficulté, d'hôtels, de cette "cérémonie à la vie" car c’est ça, cette musique, et tous ses risques, cette rage qu’il nous faut pour encore et encore continuer en face des décideurs, des institutions qui savent... quoi? Des modes, des vendables ou pas vendables…, fatiguant tout ça !! Gérard savait, il était de cœur entier, avec son fameux chapeau !!

 

            Il aimait ses musiciens !! Il va nous manquer, beaucoup !

 

Merci Gérard, we love you !

 

Joëlle LÉANDRE